Importante manifestation anti-impérialiste à Athènes novembre 1973, de l'Ecole polytechnique d'Athènes par les étudiants - premier acte de la lutte pour le renversement de la Junte militaire —, a connu, cette année aussi, un gros succès, rassemblant plucentaines de milliers de manifestants en direction de l'ambassade américaine, à l'appel de toutes les organisations
Après la chute de la Junte militaire grecque, en 1974, et durant toute l'époque de gouvernement bourgeois du parti Nouvelle démocratie, sous la houlette de Constantin Caramanlis, cette manifestation commémorative fut soit purement et simplement interdite, soit détournée son objectif traditionnel, l'ambassade des USA. A plusieurs reprises, des affrontements violents eurent lieu en ces occasions. En 1980 par exemple, il y eut même deux morts parmi les manifestants, à la suite d'affrontements avec la police.
Cette année, un an après la victoire électorale du Parti socialiste pan-hellénique (PASOK) et la mise en place du gouvernement d'Andreas et quelques semaines seulement après la confirmation de la poussée électorale de la gauche lors des consultations municipales d'octobre dernier, cette manifestation, qui se fit autour du mot d'ordre « Hors de l'OTAN ! », revêtait un carac-
Mais au-delà, l'affluence à cette mobilisation rend compte du puissant sentiment anti-impérialiste et anti-USA des masses populaires de ce pays. Ce sentiment est alimenté par le fait que les EtatsUnis, après avoir soutenu des années dumilitaires grecs, maintiennent toujours dans le pays quatre grandes bases militaires et environ 3 500 soldats. Deux de ces bases sont installées non loin de la capitale, à Hellinikon et à Nea-Makri, et deux autres sont situées en
Heraklion, où « grande oreille » (centre d'écoutes international! de l'armée américaine pour touon, et à Suda-Bay, où se trouve se navale qui sert de port d'attache aux r vires de la VIe flotte. Ce dispositif militaire joue donc un rôle essentiel dans la défense du flane sud de l'OTAN. Or, le PASOK a mené en partie sa campagne électorale de 1981 contre la participation de la Grèce à l'OTAN et pour le démantelement des bases américaines.
Aujourd'hui pourtant, le discours gouvernemental du PASOK est plus timoré. Les négociations engagées entre le gouvernement de Andreas Papandreou et les représentants américains, le ler novembre dernier, témoignent de l'infléchissement des intentions du PASOK, et avant tout de sa volonté de monnayer et de mieux contrôler l'occupation du territoire national par l'impérialisme américain. Aujourd'hui, le gouvernement d'Andreas Papandreou ne parle plus à ce sujet que d'obtenir un accord fixant un délai « raisonnable » au départ des bases US. Mais lorsque l'on sait que les seuls pourparlers doivent, de l'avis même de entre six et neuf mois, on voit que la perspective du retrait américain s'estompe
C'est là, en partie, la raison de la surenchère verbale à laquelle s'est livrée le Parti communiste pro-soviétique, dit « de l'extérieur », lors de la manifestation du 17 novembre dernier. Le cortège PC(e), un peu plus long que celui du PASOK, qui s'écoula pourtant pendant plus d'une heure et demie, reprenait le slogan « La lutte continue ! », tandis que militants socialistes lui préféraient celui qui disait « La lutte a payé ! »
Dans le cortège de l'extrême gauche, un groupe d'une dizaine de militaires en uniforme était présent. Devant l'ambassade US, deux d'entre eux furent arrêtés par la police. Condamnés à 15 jours d'emprisonnement ferme, ils sont aujourd'hui l'objet d'un chantage visant à leur faire avouer le caractère concerté de leur action, pour pouvoir ensuite les traduire devant un tribunal militaire où ils risquent d'écoper de très lourdes peines d'emprisonnement. Car le changement n'a pas encore touché la « grande muette », qui le fut d'ailleurs si peu dans l'histoire de ce pays.