Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAL

La campagne électorale de l'organisation socialiste des travailleurs

Inprecor n° 139, 20 décembre 1982 · p. 34-35 · 1 043 mots

La campagne électorale de l'OST Les élections présidentielles et législatives du début de l'année prochaine constituent une pièce maîtresse du dispositif politique mis en place pour assurer la réussite définitive de la succession de Leopold Sedar Senghor à la tête de l'Etat néocolonial sénégalais et, par là même, la pérennité des intérêts impérialistes, notamment français, dans ce pays.

Dès 1976, le président Senghor avait organisé la légalisation du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l'avocat Abdoulaye Wade et, plus tard, celle du Parti africain de l'indépendance (PAI) de Majmout Diop, dans le cadre d'une ouverture limitée visant à donner la réplique au parti gouvernemental, le Parti socialiste sénégalais (PS, membre de l'Internationale socialiste), lors des législatives de 1978. Mais cette légalisation étriquée n'avait pas suffi à remplir son rôle de canalisation des mobilisations populaires. Et, en janvier 1981, le poète-président s'effaçait au d'Abdou Diouf, son Premier ministre depuis dix ans, sans avoir recours à une consultation électorale, grâce à l'article 35 de la Constitution institué à cet effet. (Cf. Inprecor numéro 100 du 27 avril 1981).

Sous la présidence d'Abdou Diouf, l'ouverture démocratique était étendue au bénéfice de tous les partis politiques qui

(OST), qui se déclare dans son Manifeste « solidaire du combat politique de la /Ve Internationale », fut légalisée au début 1982. (Cf. Inprecor numéro 120 du 8

L'objectif d'Abdou Diouf consiste en fait à recomposer la direction bourgeoise de l'Etat néo-colonial en y intégrant les fractions aujourd'hui dans l'opposition. Tenter de formaliser cette démarche dans d'un gouvernement d'Union nationale, après avoir redonné à son

June certaine légitimité lors des 1983, voilà d'Abdou Diouf et de ses tuteurs impérialistes. Cette opération politique leur est nécessaire pour la conduite, sans remous sociaux, d'une politique d'austérité définie par le pouvoir sur les « conseils » du

Pour garantir son succès lors des prochaines consultations électorales, le PS au pouvoir entend mettre toutes les chances de son côté. Son Assemblée nationale a ainsi voté un Code électoral particuliè rement arbitraire, qui refuse, de fait, le droit de vote aux émigrés et aux militaires, ne rend pas obligatoire le passage dans l'isoloir, interdit les coalitions de partis autour de listes unitaires aux léde fortes aux candidats et exige des médias qu'ils partagent leur temps d'antenne en deux, l'une pour les listes du PS et l'autre pour l'opposition.

courants nationalistes bourgeois d'opposition sont divisés face à cette manœuvre. Les dirigeants du Rassemblement national démocratique (RND) de Cheikh Anta Diop hésitent à présenter un candidat contre Abdou Diouf, tant ils espèrent entrer au gouvernement avant même l'échéance électorale. Le PDS, bourgeois pro-impérialiste, présentera Abdoulaye Wade, mais se contentera de revendiquer le rôle d'opposition respectueuse qu'il joue déjà dans les institutions néocoloniales, puisqu'il est la seule force d'opposition représentée à l'Assemblée nationale élue en 1978. Par arrivisme per-

Mamadou Dia, ancien Président du conseil dans les années 1960 et grand rival de Léopold Senghor, veut présenter sa candidature, espérant entraîner quelques formations peu regardantes sur leur politique d'alliance, derrière son groupuscule bourgeois du Mouvement démocratique populaire (MDP).

La situation est tout aussi confuse dans les rangs des organisations se réclamant du mouvement ouvrier. Parmi les fractions staliniennes ou néo-staliniennes, le Parti de l'indépendance et du travail (PIT-Sénégal), le plus proche de Moscou, se propose d'œuvrer avec le PDS bourgeois à « l'unité la plus large possible des forces de l'opposition démocratique ». A l'issue de son récent congrès, son organe Daan Doole, d'août 1982, note que « c'est dans cette perspective, du reste, que hier comme aujourd'hui, MDP, le PDS et le RND constitue l'axe principal de notre politique unitaire ». Les formations bourgeoises étant désunies, le PIT choisira done probablement de soutenir Abdoulaye Wade aux présidentielles. La Ligue démocratique, scission de gauche du PAI dans les années 1970, déclare qu'elle est « favorable à une alternative démocratique tournée vers le socialisme », mène aucune bataille unitaire et s'empresse de préparer ses listes de candidats pour les législatives.

à l'échéance présidentielle, courant issu du aujourd'hui autour de l'importante organisation And-Jef/MRDN (Mouvement révolutionnaire pour la démocratie nouvelélectoral, And-Jef refuse de participer aux présidentielles, se réservant la possibilité de présenter des candidats aux législatives. Il semble surtout que cette organisation veuille ainsi éviter de courir le risque d'un débat en son sein sur la politique d'alliances et le meilleur représentant « bourgeois patriote » avec lequel s'allier.

C'est dans ce cadre que l'OST développe ses propositions unitaires autour d'une campagne contre le Code électoral anti-démocratique et pour une candidature d'unité ouvrière aux élections. Dans les réunions unitaires de l'opposition, qui ont eu lieu ces dernières semaines, l'OST a défendu cette orientation de démarcation de classe, contre toutes les options de

« de l'opposition patriotique » ou autres, qui ouvrent la voie à la avec les formations bour geoises et done à la capitulation face à la manœuvre d'Union nationale préparée par

Un premier pas vers l'objectif que s'est fixé l'OST a été atteint le 9 novembre sous la forme d'un appel commun de l'OST, de la Ligue communiste des travailleurs (LCT, section locale du CIRQI) et du PAI de Majmout Diop, « pour une candidature unique et une liste unique nationale de l'ensemble des organisations de la classe ouvrière et du peuple travailleur pour les élections de féurier 1983 ».

Dans ce document, les formations signataires affirment que « les organisations des masses travailleuses peuvent et doivent faire l'unité autour d'une plate-forme commune qui corresponde aux préoc avance, tout « gouvernement d'union na tionale conçu par le pouvoir et ses satellites », l'appel unitaire précise « qu'il ne faut se faire aucune illusion sur la capacité du gouvernement néo-colonial ou d'un quelconque autre gouvernement bourgeois à mettre en œuvre un programme anticapitaliste et anti-impérialiste pour sortir le pays de la crise. La LCT, l'OST et le PAI disent que seul un gouvernement des organisations ouvrières, paysannes et populaires peut réaliser un tel programme et satisfaire les revendications des masses ».

Les semaines à venir seront done dé. cisives pour impulser une dynamique pouvant entraîner d'autres organisations qui voie de l'unité ouvrière, et maintenir celles qui s'y sont déjà engagées à l'abri de toute capitulation devant une candidature

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bourgeoise au nom de l'unité de l'opposition démocratique, et de tout soutien au « candidat le mieux placé » contre

Abdou Diouf.

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