Ratsiraka réélu pour sept ans En dissociant les élections présidentielles du 7 novembre dernier des consultations législatives et municipales reportées au mois de mars 1983, le président Didier Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975, voulait profiter de sa réélection assurée pour prendre un peu de distance par rap. port aux partis politique du Front national de défense de la révolution (FNDR) - cadre obligatoire de toute activité politique —, à un moment où la « grande ile » est en butte à une sérieuse crise situation générale d'un pays dominé, dont les exportations de café, de girofle et de chromite ne suffisent pas à compenser le déficit céréalier - 250 000 tonnes de riz seront importées en 1982 -, s'ajoute ici la corruption découlant de la •gestion de l'appareil d'Etat par une bourgeoisie bureaucratique au verbiage nationaliste, qui s'est hissée au pouvoir dans la foulée du mouvement de masse qui a renversé, en 1972, le gouvernement pro-impérialiste de Philibert Tsiranana.
Face à cette situation, le gouvernement de Didier Ratsiraka a, au cours de la dernière période, multiplié les facilités accordées au capital impérialiste, notamment aux compagnies pétrolières américaines, et s'en est remis aux remèdes traditionnels préconisés par le Fonds monétaire international (FMI). Le programme de « réajustement économique et financier » pour 1982 prévoit ainsi, entre auchoses, la suppression tions étatiques aux produits de première nécessité, la limitation des hausses salariales à 4,5 % l'an, une dévaluation de 15% de la monnaie, et la non-création des 6 000 emplois publies prévus pour l'année en cours. Ces dispositions se sont immédiatement traduites par une vague de hausse des prix en mai 1982: plus riz, plus 100% pour la farine, plus 78,6 % pour le pain ...
Ajoutées aux problèmes de ravitaillement et à l'agitation persistante dans le milieu scolaire, ces mesures impopulaires ont provoqué de véritables émeutes de la faim en mars 1982 à Antsiranana (anciennement Diego-Suarez) et sur l'ile de Nos-
Get en mai à Belamoty. Celles-ci, ce fut le cas à Nossi-Bé, ont donné lieu à la mise à sac de bâtiments publics et au pillage de magasins par la souvent à une sanglante, effectuée par les forces gouvernementales, avec des morts et de nombreuses arrestations.
Ces explosions de colère restent néanmoins isolées et sans objectif politique bien défini. Les deux principaux partis qui ont capitalisé ces dernières années la radicalisation populaire, le Parti du pouvoir au prolétariat (MFM) et le Mouvement national pour l'indépendance de Madagascar (MONIMA) du vieux leader nationaliste Monja Jaona, sont en effet orientés par une politique de soutien au régime. Certes, le MONIMA a souvent adopté une attitude plus indépendante par rapport au pouvoir, mais cela est resté très occasionnel. De plus, le MONIMA ment localisée dans le sud-est du pays.
C'est dans ce contexte que Monja Jaona s'est présenté aux élections présidentielles contre Didier Ratsiraka. Ce dernier a bénéficié du soutien de la majorité des partis du FNDR, c'est-à-dire de sa formation, l'Avant-garde de la révolution malgache (AREMA), MEM, de l'UDECMA (un groupuscule démocrate-chrétien), de l'AKEM (une formation bénéficiant de bons rapports avec la bureaucratie soviétique) et du VONJY (partisans de l'ancien président Philibert Tsiranana, ralliés au régime).
Parce qu'il s'opposait à Didier Ratsi« de faire cesser la corruption en 48 heures et de résoudre les problèmes de ravitaillement en moins de deux mois » grâce à « un changement global et radical », Monja Jaona a rencontré la sympathie de fractions populaires qui s'étaient opposées aux récentes mesures gouvernementales. Mais l'intégration dans son comité campagne de plusieurs personnalités réactionnaires illustre parfaitement l'ambiguité de la démarche du dirigeant du MONIMA. Ainsi, sur les 20 % de suffrages obtenus par contre 80% pour Didier Ratsiraka, qui est ainsi réélu pour sept ans, il y a, à la fois, les votes populaires, ceux de militants et sympathisants du MFM ayant désobéi aux consignes de leur direction, et ceux d'une bourgeoisie « merina » des
hauts-plateaux - traditionnellement hos- réclamaient leur légalisation. Ainsi, l'Ortile aux gens de la côte -
Run avertissement au pouvoir qu'elle avait soutenu lorsque Didier Ratsiraka était apparu en 1975 comme l'homme fort du moment pour museler le
Monja Jaona obtient ses meilleurs villes: 49,23 % capitale, Antananarivo, ou l'AKEM, dont la base essentielle est la petite bourgeoisie urbaine, a vu fondre son électorat au profit du vieux leader; 45,05 % à Antsiranana, et jusqu'à 65,54% à Nossi-Bé. Dans ce dernier cas, les résultats sont à mettre en rapport populaires de mars 1982. Le gouvernement a d'ailleurs fait la même constatation puisque, 10 novembre, plusieurs militants et responsables locaux du MFM emprisonnés à la suite des manifescondamnés à des peines de 3 à 4 années
Comme les « émeutes de la faim » de Nossi-Bé et Antsiranana, ces résultats électoraux montrent toutefois que l'image « démocratique et anti-impérialiste » du pouvoir malgache tend à être battue en brèche dans le pays, même si la bureaucratie soviétique et ses appendices continuent, au nom de ses prises de position diplomatiques, ment du capitaine de frégate Didier Ra-