Les documents présentés dans ce dossier sur la France s'efforcent d'analyser la situation créée par l'éclatement de la crise récente au sein de l'Union de la gauche. Dans l'article central, Daniel Bensafd, membre du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (section française de la IVe Internationale), analyse la situation générale sur le plan économique, politique et social, dans laquelle ont éclaté ces événements; les raisons raisons réelles des dissensions entre le PC et le PS; les perspectives probables d'ici mars 1978, date prévue pour les élections; et les axes d'intervention définis par la LCR. Cet article est suivi d'extraits des déclarations faites par différentes organisations d'extrême-gauche face à cette situation nouvelle.
FRANCE La nouvelle situation est marquée avant tout par un an d'application de la politique d'austérité définie en septembre 1976 par le gouvernement Barre. D'un côté, ce plan d'austérité est un échec. Malgré les prétentions initiales de ramener l'inflation à 6% par an, il est probable que cette année encore, l'augmentation des prix dépassera les 10%. Malgré les campagnes tapageuses et les mesures publicitaires sur l'emploi des jeunes, le nombre de chômeurs aura encore augmenté de plusieurs dizaines de milliers cette année d'après les chiffres officiels, pour atteindre un total réel supérieur à un million et demi. Enfin, le déficit du commerce extérieur n'a pu être significativement réduit. Il n'y a donc qu'un point du plan qui ait été scrupuleusement appliqué : c'est le blocage des salaires. Le pouvoir d'achat des travailleurs a globalement reculé de 2,5 à 3%. Mais derrière ce chiffre général, si l'on tient compte des disparités par branches, par régions, par catégories, on constate que des couches entières de la classe ouvrière sont touchées par la pauvreté, voire la misère. Parallèlement, les capitalistes ont vu se rétablir leurs marges de profits, sans pour autant que cela débouche sur une relance des investissements industriels. Leurs inquiétudes politiques y sont vraisemblablement pour quelque chose. Mais plus fondamentalement, il y a la crise structurelle de l'accumulation du capital. Et déjà, la perspective d'une nouvelle récession internationale est envisagée ! On peut se demander dans quelle mesure cette application du plan d'austérité a entamé la combativité de la classe ouvrière. Car l'année écoulée n'a guère vu de victoires importantes, ni sur le front des salaires, ni sur celui de l'emploi. Il y a des régions entières (comme la Lorraine) et des dizaines d'entreprises occupées auxquelles les directions syndicales ont offert pour seule perspective de tenir... jusqu'au "changement démocratique" de 1978 (les élections sont prévues en mars 1978). En fait, depuis les élections municipales de mars 1977, où la
Daniel BENSATD victoire des listes de l'Union de la gauche annonçait leur vietoire quasi certaine pour les législatives, les directions réformistes ont tout suspendu aux échéances électorales . Loin d'utiliser le rapport de forces favorable ainsi créé pour une offensive contre l'austérité, qui aurait pu en finir avec le gouvernement Giscard-Barre, elles ont lâché la vapeur de la combativité ouvrière dans des jourénes d'action dispersées, par régions ou par catégories, avec pour point culminant une grève générale tardive (le 24 mai) et sans lendemain, conçue comme davantage une démonstration pré-électorale que comme une mobilisation effective sur une plate-forme unitaire de lutte, avec des objectifs concrets. Si la classe ouvrière n'a pas donné dans l'ensemble de signes de démoralisation, c'est donc qu'elle était tenue en haleine par la perspective d'un changement politique qu'on lui présentait comme presque assuré. Après les élections municipales, le Parti communiste a demandé une actualisation du Programme commun qui avait été conclu en 1972 par le PS, le PC et les Radicaux de gauche. D'abord réticent, le Parti socialiste a ensuite accepté avec l'intention d'en faire une rapide mise à jour, rondement menée et conclue si possible avant les vacances. La polémique a rebondi au début du mois d'août, après que Mitterrand ait annoncé, en cas de victoire de la Gauche, la possibilité d'un referendum sur la "force de frappe". Le Parti communiste a aussitôt dénoncé cette proposition comme un reniement des travaux effectués par la commission tripartite d'actualisation. En effet, le Parti communiste a récemment tourné sur la question militaire en reprenant à son compte la politique gaulliste sur la force de frappe nucléaire. Dans l'actualisation du Programme commun, il a obtenu de ses partenaires que le passage annonçant le maintien "en l'état" de l'armement nucléaire soit transformé en "maintien en état" ! (Ce
qui implique non seulement le maintien, mais le développement de l'armement nucléaire). Il a donc profité de la proposition de referendum sur cette question faite par le Parti socialiste pour l'accuser de "brader l'indépendance nationale" en renonçant au système de défense. Dans un deuxième temps, début deptembre, au moment où se préparait le sommet de la Gauche pour la signature du Programme commun actualisé, le dossier de la polémique s'est alourdi. Outre le problème de l'armement et celui des nationalisations, le différend portait aussi sur la question du salaire minimum et sur la hiérarchie des salaires. Sur le premier point, le PCF faisait sienne la position des deux centrales syndicales fixant à 2200 francs la revendication du SMIC pour avril 1977, ce qui impliquerait un SMIC à environ 2400 francs au printemps 1978. Le Parti socialiste s'en tenait, quant à lui, à 2200 francs au moment des élections législatives de 1978. Certains de ses dirigeants se montraient encore plus modérés, puisque Michel Rocard aurait trouvé plus raisonnable de promettre le SMIC à ... 2000 f. Enfin, sur la hiérarchie des salaires, le PCF mettait en avant la réduction de 1 à 5 de l'éventail des rémunérations. Toutefois, cette proposition, qui constitue un spectaculaire tournant du PCF sur le problème de la hiérarchie, restait largement imprécise et assez éloignée ('à la fin de la législature") pour rester négociable. En somme, le PCF avait lancé une offensive sur des problèmes ( à part la bombe) touchant de près les travailleurs, populaires et en même temps propices à trouver des compromis. Ainsi, au moment de la rupture, la discussion sur le SMIC allait aboutir à un accord sur 2200 f. minimum au moment de la formation éventuelle d'un gouvernement d'Union de la Gauche, et sur une grande négociation salariale entre gouvernement et syndicats dès les semaines suivantes. En revanche, aucun des partis signataires du Programme commun n'avait (et n'a encore) pris la responsabilité de porter le débat sur des sujets plus épineux et explosifs, comme celui de l'emploi ou celui des institutions (rôle du Président, maintien de la Constitution de 58, etc.). Ainsi le PCF pouvait-il, au moindre coût, restaurer dans la classe ouvrière son image de parti-des-travailleurs et même prendre à contre-pied la direction de la CFDT, obligée pour la première fois de prendre ses distances publiquement envers un Parti socialiste accusé par E. Maire (secrétaire confédéral de la CFDT, membre du PS), d'être plutôt présidentialiste qu'autogestionnaire ! Dans un troisième temps, enfin, au cours du sommet de la gauche, la polémique s'est cristallisée presque exclusivement sur les nationalisations, alors que les autres litiges semblaient résolus. Ce fut une rupture en deux épisodes. D'abord, la sortie des Radicaux de gauche. Leur président, Robert Fabre, lui donna un caractère spectaculaire sous un prétexte hautement symbolique. Il s'agissait de la petite phrase du Programme commun envisageant que les travailleurs puissent réclamer au Parlement la nationalisation de leur entreprise. A plusieurs reprises, les dirigeants socialistes avaient souligné le caractère "inoffensif" de la phrase en faisant remarquer que le Parlement trancherait, que de nouvelles nationalisations appeleraient de nouvelles indemnisations, donc de nouveaux impôts et que les députés se refuseraient à une telle dynamique. Pourtant, les radicaux ont fait de la petite phrase leur cheval de bataille. Elle leur permet de jouer à bon compte dans l'Union de la gauche leur rôle de défenseurs de la propriété privée, de garants des intérêts de la bourgeoisie. C'est ce rôle qu'ils ont voulu illustrer par cette rupture-chantage, d'une façon qui est éclairante aussi bien pour la bourgeoisie que pour les travailleurs. A leur retour, un compromis était trouvé : la petite phrase serait précédée de la clause "conformément à la Constitution". Aucun des signataires du Programme commun n'avait mis en question la Constitution. Mais quand il s'agit des intérêts de la bourgeoisie, deux précautions valent mieux qu'une. Lors du second sommet, le 2 septembre, s'est produite, entre communistes et socialistes cette fois, la rupture qui dure encore. La cause officielle en fût la question des filiales des groupes capitalistes nationalisés. Le Programme commun prévoit la nationalisation de neuf groupes industriels. Pour le PCF, cette nationalisation englobe le holding financier et les filiales, la poignée et la valise. Pour le PS, il s'agit de nationaliser le holding et les filiales à 98% et de transformer les actions détenues par le holding en prise de participation de l'Etat. Chacun se réclame du Programme commun signé en 1972 et de son orthodoxie. Il est amusant de noter que chacun ne manque pas d'arguments. Le PC remarque à juste titre que le PS a parlé dans plusieurs projets de lois de nationalisations de groupes incluant les filiales, qu'un de ses dirigeants a parlé de "coquilles vides" à propos de nationalisations qui épargneraient les filiales; enfin, que, sous prétexte de la complexité juridique, l'hypothèse de nationaliser les seuls holdings est apparue tardivement (après les municipales) et prudemment dans la presse socialiste. Le Parti socialiste, pour sa part, souligne que le calcul du coût de l'indemnisation publié en mai dernier par le PCF ne porte pas sur l'ensemble des filiales. En outre, chacun des deux partis, tout en présentant sa position comme une position de principe a su trouver des accomodements. Le PCF a ramen de 1450 à 1008, puis à 729 le nombre d'entreprises dont il exige la nationalisation. Le PS est passé d'une soixantaine à 250 suivant des critères assez fantaisistes. Au bout du compte, le différend porte sur environ 400 entreprises qui réprésentent 0,07% des entreprises françaises occupant moins de 150 000 travailleurs; alors que la PCF a renoncé du jour au lendemain à la nationalisation de Peugeot-Citroën (180 000 travailleurs) et que les 19 premiers trusts qui ne sont pas sur la liste des national isables (dont Michelin, Hachette, les cimenteries, etc.) représentent à eux seuls près de 700 000 travailleurs ! Ces chiffres suffisent à démontrer que la divergence entre le PC et le PS ne porte pas sur deux versions qualitativement différentes du Programme commun, l'une anticapitaliste et l'autre réfor -miste. La question des nationalisations est à la fois un prétexte et un révélateur qui cache d'autres enjeux. Pour les saisir, il faut revenir aux raisons profondes de cette polémique.
Les raisons de la crise Certains ont dit que le Parti socialiste voulait se débarrasser du PCF pour aller seul au gouvernement. Que tel soit à terme le projet d'une partie au moins de la direction socialiste ne fait guère de doute. Mais pas tout de suite. C'est à travers l'alliance avec le PCF que Mitterrand a réhabilité une socialdémocratie par trop compromise. C'est en élargissant ses gammes idéologiques, des professions de foi autogestionnaires aux engagements de gestion loyale de l'austérité, qu'il en a fait électoralement le "premier parti de France". A rompre dans ces conditions, il risquerait de perdre, y compris auprès d'un électorat très composite et peu stabilisé. Mais surtout, dans l'hypothèse d'une victoire électorale l'appelant à gérer l'austérité, le PS a besoin d'impliquer le PCF dans les responsabilités gouvernementales. Mitterrand sait bien que la situation serait pire pour lui dans le cas d'un gouvernement socialiste homogène, au moins dans un premier temps. Il l'avait déjà compris en 1968 lorsqu'il combattait l'anticommunisme borné de certains socialistes en leur expliquant que la présence au gouvernement des communistes (à condition que ce fût à des postes modestes) serait une garantie supplémentaire pour la bourgeoisie, et que Séguy était, pour l'heure, le meilleur garant de l'ordre : Si Mitterrand s'apprête donc à prendre la responsabilité d'une politique d'austérité, comme Soares, Schmidt ou Callaghan, il sait que ses chances de réussite dépendent aux yeux de la bourgeoisie de sa capacité à en faire endosser la corresponsabilité par le PCF, sans lui faire de concessions. Trop de flexibilité face au PCF compromettrait ses espérances électorales. C'est pourquoi la marge de négociation est étroite et le jeu si serré. Quant au PCF, on a vu refleurir toutes les hypothèses, sans omettre la célèbre main de Moscou. Tout le monde sait ici, notamment depuis la visite de l'ambassadeur soviétique à Giscard en pleine campagne présidentielle de 1974, que la bureaucratie soviétique ne voit pas d'un mauvais œil le régime Giscard. L'accueil chaleureux qu'elle vient de réserver à Raymond Barre qui a visité Moscou au début d'octobre 1977 l'a encore confirmé. Mais un mois de polémique entre les partis socialiste et communiste n'efface pas une évolution de plusieurs années, une prise de distance de plus en plus explicite du PCF envers l'URSS. Et cette prise de distance n'est ni une péripétie, ni la toquade d'une équipe directionnelle. Elle correspond à la crise de décomposition du bloc stalinien et elle n'est pas réversible au niveau international. Sans aller jusqu'à reprendre la thèse guère vraisemblable (c'est la position de l'OCI par exemple) d'un téléguidage du Kremlin, certains camarades ont tendance à donner une explication stalinophobe qui n'en est pas une : les staliniens étaient et restent des diviseurs et en brisant l'Union de la gauche, ils cherchent à préserver le statu quo. Faudrait-il en conclure que l'Union de la gauche et sa victoire électorale menaceraient le statu quo ? Ou bien qu'il y a au moins deux façons de préserver le statu quo : un gouvernement de l'UG et la division de l'UG ? Et que l'appareil du PCF pourrait être divisé sur le fait de savoir quelle est la manière la plus efficace ?La contradiction fondamentale passe pour le PCF entre les liens étroits qu'il conserve avec la classe ouvrière et l'intégration plus profonde dans l'appareil d'Etat que signifierait sa participation gouvernementale. En cas de victoire de l'UG dans un contexte de crise du capitalisme qui impliquerait une politique d'austérité, cette contradiction peut devenir particulièrement aigut. L'appareil du PCF sait fort bien qu'il aura alors la responsabilité de la basse besogne d'encadrement de la classe ouvrière et qu'il risque pour la première fois depuis le Front populaire de voir son contrôle bureaucratique contesté par des secteurs entiers de la classe ouvrière. De plus, chaque fois qu'il a lâché un peu plus de lest, qu'il a gommé davantage son identité et sa doctrine (par exemple, la dictature du prolétariat) pour mieux ressembler à un "parti de gouvernement" respectable, la dynamique électorale unitaire a bénéficié principalement à la socialdémocratie. Les municipales ont bien illustré ce double danger ; pour le PCF : d'un côté la social-démocratie devient le premier parti, de l'autre apparait un courant de défiance polarisé autour de l'extrême-gauche. Une fraction de l'appareil qui semble se regrouper autour de Leroy a donc un réflexe de défense. Il faut d'abord à ses yeux, réaffirmer l'originalité du parti, comme le parti de la classe ouvrière. Et peut-être vaut-il mieux rester dans l'opposition que de se risquer au gouvernement dans d'aussi mauvaises conditions. Pour vaincre ces réticences à l'intérieur de son propre appareil, Marchais devrait se prévaloir de solides garanties : il faut que l'enjeu vaille le risque, il ne faut pas que les ministres communistes puissent être congédiés comme en 1947; il faut que le parti conquière des positions durables dans l'appareil d'Etat. D'où la valeur de test de la polémique sur les nationalisations. Ce qui est en jeu derrière le nombre des filiales nationalisables, c'est le problème de la gestion. La CGT est majoritaire dans la plupart des entreprises concernées. Le PCF demande que le PDG de l'entreprise soit élu par les salariés en leur sein. Le PCF contrôlerait ainsi la direction de nombre d'entreprises clés. D'autre part, il ne faut pas oublier que le PCF a avancé assez grossièrement à l'occasion de l'actualisation du Programme commun la délicate question du partage des portefeuilles ministériels. La bureaucratie du PCF se trouve donc à un tournant de son histoire. Ce tournant ne peut s'opérer sans une violente bataille d'appareil dont le 2le congrès avait donné des signes avant-coureurs. Cela dit, ni le PC ni le PS n'ont, dans l'immédiat, de politique de rechange. Le premier a recruté et éduqué la majorité de ses militants, renouvelé ses cadres dans la perpective de l'UG. Le second s'est reconstruit à travers cette alliance après avoir touché le fond en 1969, lors de la candidature Defferre aux élections présidentielles. Mais le PCF a encore moins de solution de rechange à court terme. Le repli sur son appareil constituerait une politique à courte vue n'offrant aucune perspective à ses militants.
Les conséquences immédiates Au-délà des réactions polémiques de la bourgeoisie qui dénonce l'irresponsabilité de l'UG et donne à imaginer le chaos au cas où la division se produirait après une victoire électorale et non maintenant, ses partis ne plastronnent pas outre mesure. Pour la première fois les giscardiens, qui ont toujours misé sur l'éclatement de l'UG et la recomposition d'une "véritable-démocratie" dont les membres seraient pour l'heure dispersés dans la majorité et l'opposition, arrivent dans les sondages avant le RPR. Celui-ci de son côté, par la bouche de Chirac, explique qu'il ne faut pas céder à la diversion, que PC et PS finiront par se réconcilier, et que le PS reste l'ennemi principal. En fait si la bourgeoisie n'est pas plus optimiste, c'est que les premiers sondages après la rupture ne traduisent pas de recul électoral de l'UG et qu'en dernière analyse ce sont les chiffres de l'inflation et du chômage qui péseront le plus lourd dans ces élections. Même divisés, même en se présentant chacun sur sa propre version du Programme commun, avec des accords de désistement au second tour, il n'est pas invraisemblable que le PC et le PS se retrouvent majoritaires. Dans cette hypothèse, mieux vaudrait, du point de vue de la bourgeoisie, pour éviter tout débordement, qu'ils aient un programme de gouvernement. C'est pourquoi et malgré tout, nous pensons qu'un compromis demeure probable. Dans la classe ouvrière, l'effet de la polémique est contradictoire. D'une part, elle suscite un scepticisme inquiet chez la plupart des travailleurs. Avec, à la clé, un réflexe unitaire élémentaire et électoraliste : cette histoire de filiales ne vaut pas une rupture, c'est secondaire, gagnons les élections et nous verrons après... D'autre part, dans un secteur plus conscient de la classe ouvrière, elle renforce l'image du PCF comme parti le plus dur et le plus vigilant. Enfin, elle favorise une politisation critique envers les deux directions réformistes. Ceux qui pensaient que le Programme commun avait réponse à tout constatent qu'il n'y a pas un mais des programmes communs, que"ça se discute... Donc, rien n'est joué. Le problème, c'est ce qui peut se passer après les élections en cas de victoire ou en cas d'échec de fUnion de la gauche. En cas d'échec, ce sera un relatif succès pour la bourgeoisie qui aura réussi à appliquer le plan Barre et à garder la majorité. Les coups reçus par la classe ouvrière tout au long de cette année peuvent alors provoquer une réelle démoralisation dans certains secteurs. Mais le plus probable, c'est qu'il y aura des explosions sociales importantes, dont la portée et l'efficacité peuvent être limitées par les différenciations mêmes dans la classe ouvrière. Ce sera là le problème principal. En cas de victoire de la Gauche, la polémique actuelle trouvera ses prolongements contradictoires. D'un côté, elle a mis en discussion énormément de problèmes, elle a engagé une politisation. De l'autre, elle a fait sentir la fragilité de l'accord et renforcé le contrôle du PCF sur sa propre base. Elle peut donc contribuer à différer les ruptures et fractures qui ne manqueront pas de se produire, mais elle contribue aussi à en mûrir le contenu politique.
rouge
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- le SMIC à 2400 francs ? Bien sûr, mais il faudra l'échelle mobile, le contrôle de l'indice, etc. - la hiérarchie de 1 à 5 ? Oui, s'il s'agit d'une offensive contre la fortune et le capital (ouverture des livres de comptes, nationalisations, banque unique, monopole du commerce extérieur, etc.) - le nombre de nationalisations est important ? Oui, mais alors nationalisez sans indemnités les 19 groupes qui représentent à eux seuls 4 fois plus de travailleurs que les 500 filiales en litige, etc. Il faut ajouter les questions non abordées dans la polémique PS-PC, principalement la question de l'emploi avec nos revendications traditionnelles. Enfin, nous prenons au mot les propositions avancées dans la discussion notamment par le PC : - le PC reprend une proposition de la CFDT pour la création de délégués d'ateliers et de services dans les entreprises nationalisées. Voilà une structure unitaire, enracinée à la base, fort bien. Mais pourquoi les limiter aux entreprises nationalisées ? Et surtout, pourquoi, puisque l'idée est bonne, attendre pour la mettre en pratique une victoire électorale ? - la CGT annonce que les comités d'entreprise devront avoir des attributions élargies, non seulement un droit de regard sur la comptabilité, mais un droit d'information sur l'ensemble des salaires, sur les projets d'embauche, de licenciemnts et de départ à la retraite sur cinq ans. Fort bien, mais pour travailleurs puissent se prononcer, il faut que soit levée la clause du secret, et surtout il faut que les informations fournies au comité d'entreprise puissent être vérifiées et contredites par l'ensemble des travailleurs dans les ateliers et les services. Il faut que les délégués des travailleurs au Comité d'entreprise aient un réel droit de veto. Alors que la division s'instaure par-dessus leur tête sur des questions qui les concernent au premier chef, qui conditionnent leur vie quotidienne et leur capacité de résistance à l'austérité, c'est aux travailleurs de dire leur mot et de trancher. Il faut qu'un grand débat s'instaure. L'unité sera d'autant plus solide que le sort des travailleurs ne sera pas suspendu aux marchandages d'appareil et qu'ils auront défini eux-mêmes leurs exigences, chiffré leurs besoins. Marchais et Mitterrand en appellent chacun aux travailleurs, mais c'est pour leur demander leur confiance, les inviter à rejoindre leur parti respectif, sans leur donner les moyens de se prononcer et de trancher. C'est en assemblée générale, sur les lieux de travail, que les travailleurs doivent se réunir pour établir une plateforme avec des exigences précises et chiffrées, qui ne soient ni de simples amendements au Programme commun, ni des objectifs négociables que l'on puisse réviser en baisse, mais des revendications vitales que les travailleurs seront prêts à défendre et à imposer face à n'importe quel gouvernement. Les directions syndicales confédérales CGT et CFDT se sont réunies sans rien décider, en se contentant de faire bonne figure et de maintenir une image unitaire qui leur permette quoiqu'il advienne, de faire face dans les meilleures conditions. Mais en même temps, la pression est forte pour que les syndiqués à la base servent de force d'appoint aux deux partis dans leur polémique.
Enfin, le plan Barre qui a déjà coûté lourd en chômage et en recul du pouvoir d'achat, continue à s'appliquer sans qu'un bilan soit tiré de la tactique syndicale des journées d'action dispersées qui a permis qu'il s'applique. Il faut que les travailleurs réunis en assemblées intersyndicales tirent ce bilan et avancent des perspectives de lutte contre l'austérité, qu'ils rappellent en commun face à la polémique PC-PS leurs propres revendications, qu'ils définissent leur plateforme et les moyens de l'imposer sans renvoyer leurs exigences à une hypothétique négociation générale avec un gouvernement de gauche, qu'ils forgent sur cette base l'unité syndicale à la base et posent le problème de l'unification syndicale avec droit de tendance. Le PC a souvent tiré un bilan critique du Front populaire en expliquant qu'il avait eu tort de ne pas lancer des comités de base. En 1973, le CERES avançait l'idée de tels comités, sans trop insister il est vrai. Aujourd'hui que la polémique bat son plein, que la question est ouverte de savoir pour quel programme sont les travailleurs et sur quelles bases ils veulent voir gouverner leurs partis, plus personne ne parle de tels comités unitaires ouverts à tous pour discuter et agir pour imposer un gouvernement qui satisfasse leurs revendications. Déjà, lors des élections municipales, les travailleurs ont donné la majorité aux partis dans lesquels ils se reconnaissent, au PC et au PS. Ils ont indiqué par là leur volonté de voir ces partis former un gouvernement. Mais pas un gouvernement pour pactiser avec Giscard et subir le chantage d'un Fabre ! Pas un gouvernement pour poursuivre une politique d'austérité et respecter la Constitution réactionnaire de 58. Avec eux, nous luttons pour un gouvernement du PC et du PS qui rompe avec la bourgeoisie et satisfasse les revendications. En ce qui concerne les initiatives, nous avons lancé une campagne d'explications publiques avec la diffusion massive à 200 000 exemplaires d'un appel du Bureau politique, la diffusion d'une lettre ouverte aux militants du PC et du PS sur les™ nationalisations, l'organisation de meetings et cercles publics dans les villes et les secteurs où nous intervenons. Il nous a paru également important que cet évènement politique soit l'occasion d'une confrontation et si possible d'une réponse publique commune entre les organisations révolutionnaires. Nous y voyons un test quant à la possibilité d'une campagne législative unitaire reposant sur un accord solide. " Inprecor" reproduit dans ce même numéro un résumé des positions des différentes organisations. Jusqu'à présent nous sommes parvenus à un accord sur un appel commun avec l'OCT et les CCA, qui devrait déboucher sur des réunions publiques (c'est déjà le cas dans certaines villes) permettant de débattre largement de ce qui nous est commun aussi bien que des divergences. Nous aurions souhaité que d'autres organisations, et notamment "Lutte ouvrière" se joignent à cef appel. Mais pour l'instant,, cette organisation a même refusé de participer aux réunions unitaires et semble avoir engagé seule sa campagne pré-électorale.
6 octobre 1977