La crise de l'Union de la gauche a servi de révélateur politique de l'évolution des organisations d'extrême-gauche , amenées à préciser leur analyse de l'Union de la gauche, de la nature des partis qui la composent; le débat sur la réactualisation du Programme commun a été aussi l'occasion de définir les axes d'un programme d'action pour la période à venir. Nous publions ci-après des extraits significatifs des prises de position de Lutte ouvrière (LO), de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), de l'Organisation communiste des travailleurs (OCT) et des Comités communistes pour l'autogestion (CCA).
La position des organisations d'extrême- gauche
Lutte ouvrière développe son intervention presque exclusivement en direction des entreprises. Ses militants interviennent dans la CGT et parfois dans Force ouvrière (le syndicat le plus à droite des trois principales confédérations syndicales). Ils ont également des forces dans la CFDT. Lutte ouvrière publie un hebdomadaire du même nom et une revue mensuelle "Lutte de classe" , qui porte le sous-titre : " Pour la reconstruction de la IVe Internationale". LO est l'héritière d'un courant qui n'a jamais intégré la IVe Internationale. Depuis quelques mois, LO a engagé des discussions avec le Secrétariat Unifié de la IVe Internationale et la LCR. L'Organisation communiste internationaliste (OCI) milite essentiellement dans la CGT et dans FO. Elle caractérise la CFDT comme n'ayant point rompu avec son passé de syndicat lié à la hiérarchie catholique. Elle développe aussi une intervention parmi les enseignants (notamment ceux du primaire). Au sein de la Fédération de l'Education nationale (FEN), les militants de l'OCI animent la tendance "Front unique ouvrier"' Son organisation de jeunesse, l'Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS) est essentiellement active dans un syndicat étudiant très minoritaire, l'UNEF-unité. L'OCI publie un hebdomadaire " Informations ouvrières" et une revue mensuelle "La Vérité". L'OCI est membre du Comité d'organisation pour la reconstruction de la IVe Internationale (CORQI) dont Pierre Lambert est un des principaux dirigeants. Ce courant a refusé de participer à la réunification de 1963. Des discussions se sont engagées dernièrement entre le CORQI et le Secrétariat Unifié de la IVe Internationale afin d'organiser un débat public dont les premiers échanges sur le stalinisme seront bientôt publiés. L'Organisation communiste des travailleurs (OCT) est issue d'une scission de la Ligue communiste en 1971. Le groupe prit alors le nom de Révolution! et évolua vers des positions maofstes. En 1976, "Révolution" fusionna avec la Gauche ouvrière et populaire, courant maofste issu du PSU. L'OCT intervient aujourd'hui dans la CGT et surtout dans la CFDT. Une partie substantielle de ses forces est active en milieu étudiant. Sur le plan international, l'OCT entretient des contacts avec Avanguardia Operaia en Italie et le MES au Portugal. L'OCT publie un hebdomadaire "L'Etincelle" et une revue "Premier mai" . Avec LO et la LCR, l'OCT participa à la formation des listes unitaires "Pour le socialisme, le pouvoir aux travailleurs" , lors des élections municipales de 1976. Les Comités communistes pour l'autogestion (CCA) sont issus d'une scission récente d'un courant du PSU animé par les anciens militants de l'Alliance marxiste révolutionnaire (AMR). Ces derniers se rattachent à la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI) dont Michel Pablo est l'un des dirigeants les plus connus. Les CCA représentent une force politique restreinte qui est en plein débat de préparation de son prochain congrès de constitution. Quelques dizaines de militants de la LCR et l'OCT ont rejoint cette organisation. Elle ne dispose, pour l'instant, d'aucun organe de presse régulier. Lutte ouvrière C'est avec le mot "unité" à la bouche que Marchais et Mitterrand s'en sont pris, une fois de plus, l'un à l'autre. Marchais en accusant le Parti socialiste de remettre en cause l'essentiel du Programme commun. Mitterrand en envisageant ouvertement de gouverner, comme l'a fait le Parti socialiste en 1936, c'est-à-dire en s'appuyant sur le PCF, mais sans le prendre au gouvernement. (...) Le PC sait de longue date que sa seule chance de parvenir au gouvernement et d'y rester, c'est d'avoir le maximum de députés, suffisamment en tout cas pour que Mitterrand ne puisse pas se passer de lui pour avoir une majorité au Parlement. Mais ni le Parti communiste, ni le Parti socialiste n'ont intérêt à la rupture. Renouvellement du Programme commun ou pas, le PC comme le PS ont besoin au moins d'un accord de désistement mutuel au deuxième tour. L'un comme l'autre sauront d'ici les élections reconstituer l'Union de la gauche au moins sous forme d'un accord électoral équivalant à ce qui existait jusqu'à présent. Le fait que les uns ou les autres haussent le ton ne change pas grand
chose non plus du point de vue de la défense des intérêts des travailleurs. La polémique se concentre de plus en plus sur la question des seules nationalisations. Mais à qui voudrait-on faire croire que la confuse, l'obscure et dérisoire querelle sur le fait de nationaliser ou pas les filiales des grands groupes concerne tellement les travailleurs. (...) Non, toute cette discussion autour du nombre des entreprises à nationaliser n'est, de part et d'autre, que grossier prétexte à démagogie électorale. Le PS et les Radicaux de gauche en réclament un peu moins car une partie de leur clientèle électorale frémit au seul mot de collectivisme. Le PCF en réclame un peu plus, pour tenter de faire croire que les travailleurs peuvent lui faire confiance, qu'il est plus exigeant et qu'il est partisan de transformations plus profondes que ses alliés et néanmoins rivaux. Quand bien même le PCF obtiendrait gain de cause dans ce marchandage, cela n'apporterait aucun avantage, aucune garantie supplémentaire pour les travailleurs, aucune réponse à leur inquiétude face au chômage, aucune prise sur une économie qu'il serait vital, indispensable de planifier pour éviter une catastrophe. Mais le PCF n'otiendra même pas gain de cause, car il n'a aucun moyen de contraindre le PS et les Radicaux de gauche à s'aligner sur ses positions; par contre, ces derniers en ont bien plus de le contraindre, lui, à s'aligner. Alors travailleurs, nous n'avons pas à faire confiance à tous ces gens. Nous pouvons faire en sorte qu'ils soient demain, au gouvernement. Mais nous ne pouvons pas espérer qu'une fois au gouvernement ils veuillent changer notre vie. Avec eux ou sans eux au gouvernement, nous devrons lutter pour obtenir ce dont nous avons besoin.
Fi, ouvriers et paysans intérêts communs n24 utte ouvriere GAUCHE: Les rivalités électorales sont visibles, les intérêts des travailleurs le sont moins! (Extraits de l'éditorial de l'hebdomadaire "Lutte ouvrière" en date du ler octobre 1977)
Organisation communiste internationaliste
NFORMATIONS OUVRIERES TRIBUNE LERE DE LA LUTTE DES CLAB • "Profondément excédés par division du PCF et du PS -Exigeons unité inédiate" C'est la volonté de tous! SOLDARITE "Nous accuser de vouloir le collectivisme est une calomnie" a rétorqué le secrétaire général du PCF à Robert Fabre, dirigeant du parti bourgeois des radicaux de gauche. Une calomnie : ni plus ni moins. Et pour être plus précis, le PCF répète chaque jour que le Programme commun, ce n'est ni le socialisme ni le communisme. Bien. Ni le socialisme ni le collectivisme en effet : le Programme commun est un programme de défense du système capitaliste, plus précisément de la Ve République. (...) Staliniens et sociaux-démocrates, "frères jumeaux de la contre-révolution" comme l'écrivait Trotsky, doivent édifier un barrage contrerévolutionnaire pour tenter de préserver le système de la propriété privée, la Ve République. Sur ce point, il n'y a aucune divergence entre les dirigeants du PCF et du PS (...). L'Union de la gauche est un front populaire, ni plus, ni moins. Il en découle que le PCF et le PS éprouvent aujourd'hui les pius grandes craintes et difficultés à rompre l'Union de la gauche alors que la crise révolutionnaire n'a pas encore éclaté, sous peine de ne pas être en mesure de faire face à cette mobilisation révolutionnaire des masses. C'est à la lumière de cette analyse que nous pouvons apprécier l'ampleur et la portée de la crise qui secoue l'Union de la gauche-front populaire. Les dirigeants staliniens ont un objectif précis : protéger la Ve République, c'est-à-dire prolonger le plus longtemps qui soit le règne de Giscard-Barre. L'agence française de l'appareil international du Kremlin n'est pas, comme le PS, déterminée par une "victoire électorale". Est-ce là une calomnie ? Non. La politique du PCF est fondamentalement définie en rapport avec la défense de la bureaucratie stalinienne de Moscou qui lutte de toutes ses forces contre la révolution mondiale. Cela ne signifie évidemment pas que les liens entre Moscou et le PCF soient comparables à ce qu'ils étaient au zénith du stalinisme. Mais ceci est une autre affaire. La "réactualisation" du Programme commun, exigée par le PCF, comme l'entrée de la quatrième composante gaulliste, sont autant d'efforts que le PCF fait pour mettre en œuvre
cette politique de division dont l'objectif est le soutien au gouvernement Barre, à la Ve République à l'agonie. En clair, les dirigeants du PCF multiplient les initiatives pour essayer de démoraliser militants et travailleurs, concrètement, c'est le soutien direct à Giscard-Barre (...). Lutter pour la constitution d'un gouvernement du PCF et du PS sans gaullistes ni radicaux de gauche, pour que Giscard d'Estaing soit démissionné, comme le propose l'appel du Comité central de l'OCI (pour la reconstruction de la IVe Internationale), c'est concrètement opposer à l'Union de la gauche le front unique ouvrier. Il n'y a pas, il n'y aura jamais de "'bon programme commun" pour la classe ouvrière. Voilà pourquoi l'OCI combat sans conditions pour l'unité du PCF et du PS, pour la victoire des candidats du PCF et du PS aux élections, pour que Giscard soit démissionné. C'est aujourd'hui concrètement ouvrir la voie qui permettra aux masses de réaliser leurs aspirations, de balayer la Ve République et la Constitution, d'ouvrir la voie au gouvernement ouvrier et paysan : c'est la politique de la IVe Internationale. (Extraits d'une tribune libre de l'OCI parue dans "Rouge" du 28 septembre 1977) Organisation communiste des travailleurs La surprise a été grande. Voici que ce que nous prenions pour une simple péripétie dans les relations des partis de la gauche est devenu une véritable crise. Une crise que personne ne prévoyait, à commencer par l'OCT (cf. "Etincelle" n° 30) : sous-estimant l'ampleur de l'épreuve de forces engagée entre le PS et le PC, nous en déduisions qu'ils ne mettraient pas en péril leur alliance avant les élections. Mais aujourd'hui, à gauche, rien ne va plus. Ceux qui, à toutes les manifestations couvraient les mots d'ordre de lutte de leur puissante sono : "Union -Action-Programme commun", ceux-là étalent aujourd'hui leur division. PC et PS rivalisent d'ardeur pour convaincre les travailleurs de s'engager à leurs côtés contre le partenaire de la veille. (...) Alors les travailleurs doivent intervenir bien sûr, dans ce débat, mais pour leur propre compte. Ni le Programme commun de 72, ni la version du PC, ni la version du PS ne peuvent répondre aux exigences des travailleurs aujourd'hui telles qu'elles s'expriment dans les luttes. Il faut l'unité. Mais qu'est-ce aujourd'hui qu'une véritable unité des travailleurs ? L'unité c'est la lutte déterminée contre le chômage (qui divise si profondément actifs et non actifs) contre la situation discriminatoire des travailleurs immigrés, contre la surexploitation et l'oppression des travailleuses. Bien faibles sont les réponses du Programme commun, de sa version PS, de sa version PC sur ces points. Programme commun, programme PS ou programme PC, qu'adviendra-t-il de l'écrasante majorité des travailleurs qui, en tout état de cause ne relèvent pas d'entreprises nationalisées et sur lesquels Marchais affirmait que "les patrons garderont le pouvoir"? Et dans les entreprises nationalisées qu'est-ce qui permettra aux travailleurs d'être autre chose que des machines à produire, de contrôler les cadences, de savoir pourquoi, comment, pour qui ils produisent ? Ces questions-là sont celles des travailleurs tous les jours. Aujourd'hui plus que jamais, il faut prendre les moyens dans les ateliers, les bureaux... d'en parler, d'organiser avec les syndicats des débats, des assemblées générales pour savoir ce que pensent, ce que veulent les travailleurs. Alors que le débat sur le projet de société ne passe pas entre le PC et le PS, il passe entre les divers projets de collaboration de classe et le projet révolutionnaire, pour le socialisme et le pouvoir des travailleurs. (Extraits de l'éditorial de "L'Etincelle", hebdomadaire de l'OCT, en date du 29 septembre 1977) Comités communistes pour l'autogestion (...) De tout cela, il faut tirer une leçon. La recherche d'accords avec des forces bourgeoises ne peut mener les partis ouvriers (même réformistes) qu'à reculer, y compris sur leurs propres positions, fussent-ils majoritaires dans la coalition. Les travailleurs doivent compter sur leurs propres forces et leur force, c'est leur unité autour de leurs besoins et de leurs revendications. Pour les faire aboutir, et dès maintenant, il faut la construire et la renforcer, autour des 35 heures, de l'échelle mobile des salaires et des heures de travail, de la nationalisation massive des grandes entreprises qui ferment ou licencient, sans indemnité ni rachat et sous gestion ouvrière. Leur force, c'est leur unité avec leurs organisations : il faut que ce gouvernement chasse Giscard. Il faut qu'il satisfasse les revendications, il faut que les travailleurs communistes, socialistes, révolutionnaires, s'unissent pour appuyer de telles mesures, pour que les partis ouvriers rompent avec la bourgeoisie, rompent avec la logique du profit, avec le système capitaliste et s'engagent dans la voie du socialisme. (...) C'est l'enjeu pour cette campagne électorale qui vient, que puisse s'exprimer un courant uni des révolutionnaires qui se batte autour de claires positions, capables de réaliser l'unité des travailleurs contre la bourgeoisie et sans compromis. (....) Alors, il ne faut pas tarder : - faisons des comités de discussion là où les forces révolutionnaires sont présentes; - dans les entreprises nationalisées ou nationalisables, agissons ensemble pour que la question centrale de qui décide et de qui décidera soit posée dans les mois qui viennent; - engageons le débat et la pratique commune chaque fois que cela sera possible de la base au sommet, entre les forces et les militants qui se réclament des perspectives révolutionnaires. (Extraits d'une tribune libre parue dans "Rouge" du 21 septembre 1977)