Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Gilson, le camarade maire de Diadema

· Inprecor n° 140, 3 janvier 1983 · p. 8-9, 9 · 1 962 mots

Brésil Syndicalisme

Le PT a remporté la mairie de cette ville de 300 000 habitants

BRESIL

E Parti des travailleurs (PT) a conquis la mairie d'une ville de 300 000 habitants de la banlieue industrielle de Sao

/ Paulo, Diadema. Nous publions ci-dessous une interview du nouveau maire, Gilson, dirigeant du syndicat des métallos évincé de ses responsabilités syndicales par le gouvernement.

Gilson Luiz Correia de Menezes est né dans une petite ville du sertao, dans l'Etat de Bahia. Il a trente trois ans. Comme de travailleurs originaires du Nordeste, il est arrivé à

Sao Paulo à l'âge de 11 ans, et à 12 ans il commençait déjà à travailler dans une fabrique de pièces détachées pour bicyclettes. Par la suite, après un cours de formation professionnelle, il travaille chez Mercedes-Benz, puis à la Scania de Sao Bernardo, où commence réellement son activité syndicale. En 1975,

Gilson participe à la commission qui définit les revendications de l'entreprise. En 1977, il prend part aux luttes pour le rattrapage des salaires. En 1978, il est élu délégué de base dans son entreprise, sur la liste conduite par Luis Inacio da Silva « Lula », qui gagne la direction des métallurgistes de Sao Bernardo et de Diadema. C'est précisément à la Scania qu'a débuté le mouvement gréviste de 1978 dans la banlieue industrielle de l'ABC. Gilson, avec toute la direction du syndicat, qui sera ultérieurement suspendue de ses fonctions par le ministère du

Travail, a joué un rôle important dans cette grève. Dans la fou-

« EM TEMPO »:- Comment s'est passé le lancement de ta candidature à la mairie et le déroulement de la campagne, ici, à Diadema ?

GILSON : — Certains camarades pensaient qu'en tant que président suspendu du syndicat, je devais me présenter à la mairie. D'autres préféraient que je me présente comme député. Il y a eu beaucoup de discussions ici et là, et finalement, la majorité a voté pour la mairie. A partir de la, tout le monde s'est uni autour de la décision et nous nous sommes mis au boulot.

Notre campagne s'est distinguée par son caractère très cohérent (1) par rap port à ce qui s'est passé en général dans le parti. C'est la clef pour expliquer notre victoire ici à Diadema, alors que le PT s'est en général mal tiré d'affaire dans les batailles municipales. Ici, le parti a agi avec cohésion, et en conséquence avec beaucoup de force. Il y a bien sûr tou jours de petits problèmes ; on ne peut pas dire que ce fut une campagne parfaite.

Mais nous devons comprendre que c'est cette société qui inculque aux gens un grand individualisme, et que cela se reflète aussi dans le PT. Ceci dit, notre campagne fut comparativement la plus unitaire de celles du PT dont j'ai entendu parler.

L'essentiel du travail de propagande a été fait par des équipes de dizaines de « pétistes » qui allaient dans les rues et les quartiers, de maison en maison, distribuer le matériel unifié et discuter des proposilurgie, et ils ont trois enfants. caractère de parti de classe ». tions du PT avec le nom de tous les candidats au Conseil municipal.

- Ce seraient donc là les raisons internes au PT qui ont favorisé la victoire. Mais quelles sont, d'autre part, les caractéristiques de la ville de Diadema en comparaison, par exemple, avec les autres mu. nicipalités de l'ABCD (voir encart), qui permettent de comprendre la conquête de cette municipalité en particulier ?

- En ce qui concerne les adversaires, on ne peut pas dire qu'ici, à Diadema, ils étaient particulièrement faibles. Au contraire, ils comptaient avec nombre de personnalités connues et solidement établies dans la ville. Quant à l'argent, ils ont misé gros, alors qu'on peut dire que la campa gne du PT à Diadema a été l'une des plus pauvres du parti. Notre local n'a même pas de téléphone ou de permanent à temps plein.

Je crois que la différence tient peutêtre à ce que notre ville a une concentration ouvrière supérieure à celle des municipalités voisines. De nombreux ouvriers de Sao Bernardo demeurent ici, à Diadema. C'est d'ailleurs pourquoi la ville est très pauvre, bien plus pauvre même que Sao Bernardo ou Santo André. Ici, un tiers de la population vit dans les favelas (bidonvilles), dans la misère la plus noire. Mais je pense que l'essentiel à été notre campagne unifiée. C'est ce qui nous a donné la victoire.

lée, il a participé à la fondation du Parti des travailleurs (PT)

en militant à Diadema, où il habite depuis maintenant dix ans.

Il est marié à une camarade, elle aussi ouvrière dans la métal-

Au sein du PT, Gilson s'est affirmé comme l'un des dirigeants les plus conséquents et les plus combatifs, intransigeant sur l'idée originelle d'un parti sans patrons, insistant sur l'organisation des noyaux du parti à la base, exigeant une intervention concrète dans la lutte de classe. C'est d'ailleurs pourquoi il s'est souvent opposé frontalement aux pressions réformistes et parlementaristes qui se sont exprimées dans le PT de Sao Paulo : lors du congrès régional de janvier 1982, il s'est fait le porte-parole des délégués qui critiquaient un projet de plate-forme proposé par la direction et qui ne mettait pas l'accent sur le renversement de la dictature. Pour Gilson, « la grande perspective du PT, c'est d'affirmer de plus en plus profondément son

Aujourd'hui, l'ancien dirigeant syndical des métallurgistes de Sao Bernardo, « suspendu », est le nouveau maire élu

(avec 32 % des voix) de la ville ouvrière de Diadema. Dans une interview exclusive au bi-mensuel Em Tempo du 15 décembre, il parle de la campagne électorale, de la ville et des projets de gestion « pétistes » (du Parti des travailleurs).

- Et quelle a été ta plate-forme pour la campagne électorale aux municipales ?

- Ecoute, le centre de notre campagne a été de ne pas faire de promesses. A la différence des politiciens traditionnels, nous n'avons pas promis au peuple monts et merveilles. Nous avons dénoncé la corruption, proposé une administration honnête, la participation effective des travailleurs aux décisions, par le biais des consseils populaires, nous avons affirmé la né.

cessité pour le peuple de voter pour un parti différent, le parti des travailleurs eux-mêmes ...

Et maintenant, c'est ce que nous allons faire, malgré toutes les pressions que nous allons subir. On va en finir avec la corruption, ici à Diadema. On va en finir avec les humiliations. Ce sont les travailleurs qui vont dieter la marche des choses, à leur manière. La classe dominante locale est déjà choquée. C'est le désespoir pour les puissants, qui commencent à perdre leurs positions. Ils pouvaient envisager

1. Dans le système électoral en vigueur, le vote en faveur de la liste détermine le nombre de sièges. Pour la répartition des siéges, les candidats d'un même parti sont en concurrence les uns contre les autres, les « mieux votés » étant élus. Ce système divise les organes de base du parti, favorise les cliques, le clientélisme, les alliances et les combines. A Diadema, la campagne unifiée a, au contraire, signifié une centralisation des ressources financières, une centralisation du matériel de propagande et la présentation de tous les candidats du parti dans cette campagne.

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que nous fassions un bon score électoral, mais ils ne sont jamais allés jusqu'à imaginer la possibilité de notre victoire. Mes déclarations selon lesquelles, ici, on n'appellera plus le maire « Votre Excellence » mais « camarade », rien que ça, pour eux, c'est quelque chose d'inimaginable et une grave atteinte à l'autorité. Ainsi, on entrevoit déjà ce que nous aurons à affronter lorsque nous allons ouvrir une enquête contre la corruption des administrations précédentes. Nous allons réussir à donner au peuple une idée de ce qu'étaient les combines des puissants.

- La question centrale dans le projet du PT pour les municipalités, c'est le Conseil populaire. Comment vois-tu la concrétisation de ce projet ? Et quelle sera la relation de ce Conseil populaire avec un Conseil municipal (Chambre municipale) officiel, où le PT n'aura que 6 conseillers sur un total de 17 (2) ?

- Nous pensons discuter les propositions avec le Conseil populaire et, à partir de là, les présenter à la Chambre municipale, en appelant la population à participer aux discussions sur les décisions à prendre. Nous voulons que le parti monte une petite imprimerie, grâce à une contribution de la moitié de mon salaire de maire et de celui des conseillers municipaux, pour éditer régulièrement un bulletin informant la population de tout ce qui se passe dans la politique de la municipalité.

Il va y avoir une énorme politisation ici. En ce qui concerne les Conseils populaires, nous voulons discuter les propositions à la base, convoquer tout de suite des assemblées par quartiers pour élire des conseillers de quartier, qui éliront des représentants au Conseil général de la ville. Il y a près de trente quartiers à Diadema. Les conseils de quartier pourraient avoir de vingt à trente conseillers chacun, parmi lesquels seraient élus trois conseillers pour un Conseil général d'une centaine de membres au niveau de la ville.

- As-tu déjà un projet statutaire pour le fonctionnement de ces conseils populaires?

- Non. Il faudra que nous discutions de tout cela. Nous avons des idées sur certains aspects. Le mandat devrait être d'un an, révocable à tout moment. Une ques-

OTO eleger trabalhadores para vereadores, prefeitos, deputados e senadores l

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tion est de savoir si les autres partis parti- de l'approvisionnement en produits ciperont ou non aux Conseils populaires. Ils sont horrifiés à l'idée de telles structures. Mais s'ils ne participent pas et que l'affaire marche, ils risquent de se marginaliser. S'ils y participent, ils risquent d'être compromis. Je ne sais pas ce qu'ils vont choisir. Il y a certains conseillers du Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui ont manifesté certaines dispositions favorables à un travail commun. Mais ce qui sera décisif pour le succès sur le plan législatif, c'est la pression populaire organisée.

- Pour terminer, quelles répercussions la conquête de la municipalité aura sur le PT et sur le mouvement populaire ?

— Au niveau du mouvement populaire, nous impulserons son organisation et sa politisation. Par exemple, nous n'allons pas abandonner le mouvement syndical, au contraire : la municipalité doit l'aider. Elle peut créer des locaux pour des réunions larges. Il y a mille façons d'aider les luttes. En plus de cela, je crois que nous donnerons un grand exemple pour tout le Brésil sur la manière de traiter les questions municipales, le problème première nécessité, la formation de brigades pour la construction d'ouvrages publics et de logements, l'amélioration des transports, l'alphabétisation, la santé, une politique salariale plus équitable pour les fonctionnaires publics, etc.

Au niveau du PT, sans prétention exagérée de ma part, je crois que l'exemple de Diadema permettra de tirer certaines leçons. Notre exemple d'humilité et d'unité dans le travail contre la personnalisation et l'individualisme, notre exemple de défense d'une conception du parti plus avancée, etc., ce sont des choses devant lesquelles beaucoup de gens devront s'incliner et tirer les leçons. Je suis optimiste et je crois que nous apporterons une grande contribution à la lutte des travailleurs et à la construction du Parti des travailleurs.

Propos recueillis par « EM TEMPO » 15 décembre 1982. 2. Comme le PT a eu 32 % des voix, il remporte la mairie à la majorité relative. Mais les sièges au Conseil municipal sont répartis à la proportionnelle, de sorte que le PT y sera minoritaire. En revanche, le maire forme un exécutif municipal pour lequel il choisit les « secrétaires » : à la planification, à l'urbanisation, à la santé, ete. Affiche électorale du PT appelant à voter pour des travailleurs. (DR)

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