Halte à l'invasion contre -révolutionnaire Lors de son récent voyage en Amérique latine, Ronald Reagan a rencontré au Honduras les autorités de ce pays et celles des dictatures du Salvador et du Guatemala. Tout comme les manœuvres militaires américano-honduriennes prévues pour la fin 1982 dans cette région et reportées à une date ultérieure au dernier moment, ces rencontres illustrent la politique agressive de l'impérialisme US envers la révolu-
L'hebdomadaire week du 8 novembre dernier était done fondé à présenter un dossier complet sur « la guerre secrète de Reagan », dans lequel il accusait la CIA et l'ambassadeur américain à Tegucigalpa (Honduras) d'organiser des actions subversives pour tenter de renverser le gouvernement sandiniste. Il est clair, par contre, que les responsabilités d'une telle politique dépassent largement l'ambassadeur US et se situent à Washington.
Lors d'une conférence de presse à Mexico, le 30 novembre dernier, un transfuge des Services de renseignements argentins, Hector Frances, membre jusqu'en octobre dernier du bataillon 601 de ces Services, devait d'ailleurs le confirmer en dénonçant le passage du « vaste plan » de la CIA à la phase de « l'invasion » du Nicaragua depuis la mi-octobre dernier. La main-d'œuvre de ces actions est constituée par d'anciens gardes somozistes - dont plus d'un millier est déjà en territoire nicaraguayen — encadrée par des experts américains ou des militaires argentins et israéliens. Le correspondant de CBS News écrit, dans le New York Times du 3 décembre, que ce qui se trame au Honduras est « l'une des tentatives les plus ambitieuses de Washington d'abattre un gouvernement étranger, depuis que Kennedy avait déchaîné la CIA contre Fidel Castro ».
nombreuses informations cordent en effet et permettent d'affirmer que ces actions contre-révolutionnaires sont entrées dans une nouvelle phase. Ainsi, de nombreux journalistes ont fait état de l'abandon récent des camps somozistes situés du côté hondurien de la frontière avec le Nicaragua. Ce qui signifierait leur transfert à l'intérieur même du territoire nicaraguayen. C'est ce que confirme
un contre-révolutionnaire interrogé par le correspondant du Washington Post, dans l'édition du 3 décembre 1982. A la question du journaliste, il répond : « Ils sont tous à l'intérieur du Nicaragua. C'est là que se déroule la guerre. C'est là que nous devons nous battre. »
Cette amplification des agressions impérialistes, suivant le plan dénoncé par Hector Frances, peut être qualifiée « guerre silencieuse », de « stratégie de la l'Intérieur du gouvernement sandiniste depuis 1979, réaffirmait récemment que si les cinq mille somozistes installés au Honduras essayaient de pénétrer Nicaragua, « nous leur opposerons deux cent mille hommes, et alors il n'y aura plus de frontière » (le Monde, 19-20 décembre 1982).
Dans la défense du pays, la mobilisation des milices sandinistes joue un rôle très important, compte tenu de la nature même du pays et de la supériorité des agresseurs en armement, comme l'attestent d'ailleurs les extraits publiés ci-après du reportage effectué par Leo Gabriel pour l'Agence d'information journalistique alternative (AIPA), dont le siège est à Managua au Nicaragua.
Le nord du Nicaragua a été, depuis toujours, le théâtre de grands ou de petits combats. Au début des années 1930, les montagnes du Nord se sont transformées grande école militaire contre les envahisseurs nord-américains. Trente années plus tard, l'exemple de Augusto Sandino fut repris par les premiers foyers de guérilla constitués par ceux qui s'appelaient les « sandinistes ». De cette manière, la « petite armée de fous » a grandi dans la mémoire de la population majoritairement paysanne, puis a fusionné lors de l'offensive de septembre 1978, avec le mouvement populaire dans les villes. Mais c'est seulement lors de cette insurrection finale que cette force s'est convertie en une véritable armée populaire formant le « Front nord Carlos Fonseca Amador ».
Ainsi, les montagnes de Nueva Segovia, les collines arides du département de Madriz et les régions boisées ont hébergé à plusieurs reprises les bases arrières d'un mouvement armé. Aujourd'hui, le Front (FSLN), deux ans et demi seulement après sa sortie de l'ombre de la clandestinité, affronte à son tour un mouvement clandestin dont l'origine se avec les décombres d'un pouvoir défait.
Au cours d'une récente visite dans les montagnes du nord, nous nous sommes rendus compte de ce que ces mouvements contre-révolutionnaires, qui agissent depuis l'autre côté de la frontière du Honduras, copient les tactiques de guérilla, d'hommes armés dont l'objectif est le harcèlement des milices, des troupes de gardes-frontières et de la population civile. C'est une guerre des familles de la garde somoziste contre les familles sandinistes, surtout dans le département de Madriz où Somoza avait recruté près de 50 % de la Garde nationale.
« Beaucoup d'entre eux se sont joints à la contre-révolution parce qu'un de leur famille a été exécuté pendant la guerre ou parce qu'ils ont eu du ressentiment après notre victoire », explique le commandant Roque, chef d'un bataillon de réserve de miliciens près de Somoto, chef-lieu du département de Madriz. « Cependant, ajoute-t-il, il y en a quelques-uns qui sont là parce qu'on leur a offert de l'argent ». Ces commentaires sont faits au cours d'une marche le long d'un étroit chemin de terre, d'où le chef miliciens nous montre quelques paysans brûlées lors des récentes attaques des noyaux contre-révolutionnaires.
Tous les 300 mètres, il montre du doigt un milicien en uniforme qui nous discrètement, caché derrière arbre ou depuis une maison. La surveillance de chaque pouce de terre est garantie par des postes qui jalonnent toute la frange frontalière comme les pièces d'une immense table d'échecs. Au premier signal de la possibilité d'une attaque, la toile des sandinistes se resserre sur les points stratégiques pendant que l'on gagne du temps pour permettre l'arrivée des renforts. Avec ce système simple de positions militaires se crée l'infrastructure de communications qui sert aussi trouilles sandinistes comme point de re-
Mais la véritable importance des bataillons de réserve des milices populaires réside dans leur préparation à une guerre
A notre arrivée au campement des réservistes, on nous a informés de la bienveillance et de l'aide que l'armée hondurienne dispense aux groupes contre-révolutionnaires. Ce fait apparaît surtout dans l'appui en infrastructure fourni par de nombreux officiers honduriens à leurs collègues somozistes renversés il y a quelques années. Lorsqu'il y a une semaine, composée de plus de cent contre-révolutionnaires a attaqué le poste frontière de Las Palmas, tuant un soldat miliciens, l'armée hondurienne se limita à observer l'intégrité territoriale du Nicaragua. C'est pourquoi le Gouvernement de reconstruction nationale du Nicaragua a envoyé son ultime note de protestation au gouvernement du Honduras, ultime « parce que nous sommes arrivés à la conclusion de ce qu'aucune de nos notes de protestation n'a été prise en compte par le gouvernement du Honduras », a déclaré un porte-
Regardant la chaîne de montagnes à l'horizon, qui constitue la frontière avec le Honduras, le commandant Roque continue : « Le mot d'ordre "Patrie libre ou mourir" n'est pas seulement une parole en l'air. Elle signifie que chaque pouce de terre, chaque fusil que nous récupérons à l'ennemi, chaque colline que nous défendons, font partie de cette Patrie libre que nous avons conquise au prix de notre
Après avoir observé les exercices militaires effectués avec un armement qui apparaît ridicule en comparaison avec les armes sophistiquées dont dispose normalemnt une armée régulière, après avoir côtoyé durant un jour ces jeunes qui prenleur tâche au sérieux comme s'ils étaient de véritables militaires professionnels, nous sommes parvenus à la conclusion de ce que la véritable force de la défense des frontières nord du Nicaragua réside dans son formidable déploiement d'hommes qui couvrent des centaines de kilomètres carrés. Ils constituent les réserves militaires dans le cas d'une agression massive de la part d'un autre pays. Bien qu'avec des fonctions différentes, ils s'intègrent organiquement aux troupes de garde-frontières qui balayent la zone frontalière sur une profondeur de quelque dix
Entre 3000 et 5000 hommes et femmes ont l'ordre d'exterminer toute bande contre-révolutionnaire qu'ils rencontrent sur le territoire du Nicaragua. Ils ne procèdent pas ainsi lorsque les bandes se trouvent encore en territoire hondurien parce que n'importe quel tir pourrait être interprété comme une agression contre le Honduras et utilisé internationalement pour justifier une intervention contre le Nicaragua.
Dans une zone de quelque 15 kilomètres de large, que l'on nous a fait visiter, on parle de dix attaques par mois, chiffre qui a tendance à augmenter. peut-il supporter cette Cette question, nous l'avons posée au ben », qui avait réussi à s'échapper, lors de la Semaine Sainte de 1979, d'un encerclement militaire de plusieurs milliers de soldats somozistes.
« Je crois que nous ne pouvons pas l'endurer très longtemps, commence par déclarer avec modestie et dignité le héros d'Estelli. Ce n'est que nous ne puissions pas les vaincre au combat, mais notre patience atteint ses limites lorsque nous voyons que tous les ef forts de notre gouvernement pour trouver une solution pacifique a notre conflit ont été rejetés par les Etats-Unis, qui se refusent tout simplement à discuter avec nous. De plus, nous dépensons tant d'efforts et d'énergie que nous pourrions utiliser pour le développement social et économique de notre pays, qui dispose de si peu de ressources. » Quelques minutes plus tard, Francisco Rivera nous apprit que deux importantes attaques avaient eu lieu le jour même contre des postes frontières et avaient fait trois victimes.
« Nous n'avons jamais été des partisans de la guerre. Cela dépend d'eux que puissions vivre en paix » ajoute « Ruben » en conclusion, laissant entendre que le déploiement de forces militaires dans le nord du Nicaragua, tout comme l'état d'urgence décrété dans le pays, sont le reflet de l'incertitude provoquée l'impérialisme en Amérique centrale qui transforme, une fois de plus, les montanord du Nicaragua en théâtre d'une guerre interminable.