Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

La lutte des femmes pour le libre droit à l'avortement

Inprecor n° 140, 3 janvier 1983 · p. 25 · 895 mots

Femmes Portugal

PORTUGAL La lutte des femmes pour le libre droit à l'avortement

Selon des chiffres officieux, il y aurait au Portugal entre 200 000 et 300 000 avortements par an, pour une population totale qui n'atteint pas les dix millions d'habitants. Cela occasionnerait en moyenne 2 000 déces annuels. Or, ces chiffres peuvent encore s'avérer intérieurs à la

La législation sur l'avortement prévoit une peine de 2 à 3 ans de prison pour toute femme qui avorte. Néanmoins, dans la dernière période, la répression a été faible. Il n'y a eu aucun procès dans les deux dernières années, et seulement sept procès dans les cinq années antérieures. Du fait de l'insuffisante information sur les méthodes contraceptives et du petit nombre centres de planning familial, récem ment interdits aux mineurs par le gouvernement, l'avortement constitue une solution de recours très utilisée.

Pendant toute la période de la dictature s'est développé un commerce clandestin florissant, qui continue toujours, et qui constitue un réseau aux nombreuses ramifications, adapté au niveau économique et social des femmes qui avortent :

des médecins organisent des voyages à Londres surtout utilisés par la haute bourgeoisie, et touchent des commissions pour les frais médicaux ;

des médecins pratiquent les avortements en cliniques privées, dans de bonnes conditions, mais à des tarifs très

D'un autre côté, il y a des systèmes plus courants :

- dans les villes, des sage-femmes font des avortements pour des sommes de 5 000 à 10 000 escudos (de 350 à 700 francs environ), en utilisant des méthodes par aspiration ou le curetage. Les conditions sont en général très mauvaises et l'on enregistre de nombreux cas d'infection et quelques décès.

- dans la campagne prédomine le recours aux prétendues « soignantes », des femmes âgées qui utilisent les méthodes les plus artisanales, provoquant les avortements avec des aiguilles à tricoter ou des moyens identiques. Dans ces conditions, le nombre de décès est très élevé.

Depuis le 25 avril 1974, la lutte pour la légalisation de l'avortement a été impulsée par des organisations extra-parlementaires. A l'occasion des élections de 1979, l'Eglise et les partis de droite essayèrent par exemple de rendre illégale la candidature du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section portugaise de la IVe Internationale, en l'accusant d'« incitation au crime », après qu'il ait réalisé un programme de télévision où l'on décrivait les conditions de plusieurs avortements effectués par des sage-femmes ou des « soignantes ».

Aussi bien le Parti communiste portugais (PCP), que le Parti socialiste (PSP) et le Parti social-démocrate (PSD) actuellement au gouvernement, défendaient la dépénalisation de l'avortement dans leurs programmes de 1974. Mais ils s'opposèrent tous à ce que cela soit débattu au Parlement, pour éviter un affrontement avec l'Eglise. Aussi, la majorité parlementaire PS-PCP ne prit-elle aucune initiative en ce sens entre 1974 et 1979.

Au cours des dernières années, la discussion autour du droit à l'avortement s'est intensifiée. En 1979, une femme, Conceiçao Massano, fut accusée d'avoir avorté, sur la base de la déclaration d'une personnel. Ce cas suscita grandes mobilisations : plus femmes ont signé un manifeste de solidarité déclarant qu'elles avaient aussi avorté. Le jour du procès, une grande manifestation occupa l'entrée du tribunal. Conceiçao Massano fut finalement acquittée.

Quelques mois plus tard, Maria Antonia Palla, journaliste, fut jugée pour avoir réalisé un programme télévisé sur l'avortement. Derrière l'accusation de « promouvoir » le crime, dont elle fut l'objet, on voit clairement les pressions de l'Eglise et de l'Ordre des médecins. La mobilisation contre ce jugement fut très importante, à tel point que le procureur lui-même demanda l'acquittement.

En 1982 apparut le projet de loi du PCP, présenté conjointement avec d'autres projets sur l'éducation sexuelle et la protection de la maternité. Un sondage d'opinion démontra que plus de 50 % de la population - aussi bien hommes que appuyait la dépénalisation de l'avortement. En réponse à une des questions de cette enquête, plus de 20% des femmes déclarait avoir déjà avorté. Le PCP, contrairement à son attitude jusqu'en 1979, déclara que le débat sur l'avortement accentuerait les contradictions au sein du bloc de la droite, renforcerait électoralement les partis ouvriers et susciterait une grande mobilisation. Ces mêmes raisons amenèrent le PS, qui pensait initialement s'abstenir, à voter en faveur du projet de loi déposé par le PCP.

Face à cette initiative, la campagne de l'Eglise et de la droite a eu un contenu directement politique, menaçant les députés hésitants de la chute du gouvernement en cas de vote de la loi. De cette manière, la majorité des députés de la droite s'opposa à la loi, mais en s'abstenant toutefois d'intervenir activement dans le débat parlementaire. Finalement, le projet de loi du PCP a été repoussé le 11 novembre dernier.

Le mouvement de défense de l'avortement reste faible. Il existe plusieurs organisations différentes qui se sont coordonnées pour la première fois en soutien au projet de loi du PCP : la Campagne nationale pour l'avortement et la ception libres (CNAC), appuyée par des féministes radicales et les organisations pour la légalisation de l'avortement (CLA)

fondée par la journaliste Maria Antonia Palla ; le Mouvement démocratique des femmes (MDM), organisation du PCP. Les initiatives unitaires d'action de organisations ont consisté en une manifestation face au Parlement, et à la publication d'une revue en commun. La perspective actuelle est de maintenir cette unité et de poursuivre la campagne pour contraindre le Parlement à légaliser l'avortement.

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