Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

Le mouvement ouvrier d'Euskadi à travers les résultats des dernières élections syndicales

Inprecor n° 140, 3 janvier 1983 · p. 23-24 · 1 248 mots

État espagnol Euskadi Syndicalisme

re fois qu'une histoire de ce type se produit, mais c'est la première fois qu'elle se produit depuis la victoire électorale du Le mouvement ouvrier d'Euskadi PSOE. Je ne veux pas discuter sur le fait de savoir si les trois personnes mitraillées à travers les derniers étaient ou non des mouchards, on ne sait pas. Des erreurs ont été commises dans le résultats des élections syndicales passé. Ce qu'il y a eu à Renteria, c'est l'utilisation politique, de la part du PSOE, du PC, d'Euskadiko Eskerra et du PNV, d'un fait qui a permis une première mani- Les élections syndicales de novembre 1982 illustrent la complexité de la sifestation de force antiterroriste. Mais cet- tuation du mouvement syndical du Pays basque et confirment à la fois le rente utilisation démagogique n'a pu avoir forcement des positions des principales centrales ouvrières, ainsi que le mainlieu que parce qu'auparavant il y avait eu tien d'un pôle syndical de gauche par rapport aux précédentes consultations cette action militaire de l'ETA dans le contexte de la nouvelle situation. Or, les activités militaires de l'ETA vont de plus Le Syndicat des travailleurs basques (STV) obtient 32,01 % des délégués et progresse de 10 % par rapport à 1980, avec des résultats importants, surtout en en plus être ressenties par de nombreux

Navarre et en Alava. L'Union générale des travailleurs (UGT) gagne 2 points par secteurs de masse, dans la nouvelle situation créée par la victoire électorale rapport à 1980 et totalise 20,44 % des délégués syndicaux. Les Commissions PSOE, comme un obstacle dressé face au ouvrières (CCOO) résistent assez bien aux conséquences de la terrible crise que connaît le PCE et maintiennent leurs résultats à 18,41 % des délégués. Le Regouvernement du PSOE, contre sa politique de changement. Nous savons que ce groupement des travailleurs nationalistes (LAB) maintient, avec 4,6 % des dén'est pas vrai, nous savons que ce gouver- légués, ses résultats antérieurs. Enfin, les « candidatures unitaires » impulsées par l'EMK (équivalent basque du Mouvement communiste d'Espagne), en denement ne va pas changer les choses. L'ETA a proposé au gouvernement de né- hors des cadres syndicaux, obtiennent pour certains de bons résultats locaux dans la métallurgie de l'Alava et dans les entreprises où cette organisation est gocier sur des themes qui ne sont pas extraordinaires, il ne s'agit pas de la révolu- implantée, sans pour autant parvenir à un résultat global en rapport avec leur tion socialiste, il s'agit seulement de la li- objectif affirmé d'être un élément moteur du processus unitaire de convergence bération des militants emprisonnés, de de la gauche syndicale. l'autodétermination pour l'Euskadi, du Les résultats montrent aussi des disparités importantes suivant les provinretrait des troupes policières d'Euskadi en ces. En Biscaye, le STV reste la principale force syndicale, grâce à son implanéchange d'un arrêt de la lutte armée. Cela tation dans les petites et moyennes entreprises, devant l'UGT et les CCOO. représente des ouvertures, mais quelle va Dans la province de Guipuzcoa, le STV est quasiment hégémonique (43,22 % être l'attitude du gouvernement? Les des délégués), devançant cette fois-ci les CCOO et l'UGT, qui connaît un cerchoses risquent de continuer, l'ETA va tain recul. Ce maintien des résultats des CCOO (20,03 % des délégués) est signipoursuivre ses actions et le PSOE va conti- ficatif, car la direction de la centrale syndicale dans cette province n'est pas ennuer dans la même voie, afin de créer un tièrement contrôlée par le PCE, à l'inverse d'autres régions et, de plus, on note mouvement social de rejet à l'égard de une forte présence de militants de la LKI, section de la LCR dans le Pays l'ETA militaire et donc de Herri Batasuna, basque, et d'autres militants radicaux dans les Unions locales et les branches qui est le courant nationaliste de masse en des CCOO. Le Guipuzcoa est aussi la province où le LAB enregistre ses meilleurs

A la différence de l'Union du centre En Alava, c'est par contre l'UGT qui demeure la principale force syndicale, démocratique (UCD) et des gouverneavec 32,2 % des délégués. Fait important, car cette direction régionale de ments antérieurs, le PSOE est conscient l'UGT a des positions beaucoup plus radicales que celles du PSOE. Cela lui a que la condition fondamentale pour mard'ailleurs valu d'être l'objet d'une tentative d'éviction menée par le PSOE, lors ginaliser le secteur de la gauche la plus radicale d'Euskadi, est d'arriver à créer un du dernier congrès provincial de l'UGT. Le STV est la seconde force syndicale mouvement social, à base essentiellement dans cette province, alors que les CCOO, ici étroitement contrôlées par une fraction du PCE, connaissent un recul. C'est en effet dans la province de l'Alava l'ETA. Bien que l'objectif soit d'acculer la que le départ des militants de l'EMK des CCOO, après une série d'expulsions gauche radicale à la défensive, la forme bureaucratiques effectuées par la direction de la centrale syndicale, ont eu le que cela va prendre va être celle d'une plus de répercussions au niveau des élections syndicales. Parallèlement, c'est mobilisation antiterroriste, et naturelle- aussi ici que les « candidatures unitaires » réussissent leurs meilleurs scores.

En Navarre, le STV double le nombre de ses délégués avec 16 % du total ment les actions de l'ETA vont favoriser cette politique. Elles vont créer une des élus, tandis que les CCOO se maintiennent aux alentours de 10 %. Mais base favorable pour permettre cela. 50 % des élus restent des non-affiliés aux grandes centrales syndicales. Néan-

Quant aux événements de Renteria, moins, les récents résultats pourraient être les prémisses d'une réactivation du je ne connais pas le détail de ce qui s'est mouvement syndical. passé. D'après la presse, les incidents vien- Le numéro du 26 novembre dernier de Combate, organe de la Liga Comunent toujours d'un seul côté et les provo- nista Revolucionaria, section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, qui cations aussi. Mais c'est une catastrophe, commente ces résultats, précise à propos de l'activité de la LKI : « Les travailc'est un désastre pour la classe ouvrière, leurs de la LKI, affiliés majoritairement aux CCOO, ont participé à ces élecc'est un désastre pour la lutte pour les re- tions sur les listes de ce syndicat dans la grande majorité des entreprises où novendications nationalistes, et c'est un dé- tre parti est présent, et l'ont fait aussi, mais dans une moindre mesure, sur les sastre pour le secteur radical du mouve- listes de l'UGT, du LAB et, dans certaines entreprises où les militants de la LKI ment nationaliste d'Euskadi. A ce type de ont été expulsés des CCOO, sur des listes de la gauche syndicale de l'entreprise. manifestation antiterroriste, ayant un ca- L'effort de notre parti est orienté vers l'obtention de l'élection du maximum ractère de masse, il faut répondre politi- possible de délégués de la gauche syndicale sur les listes des CCOO. Et, dans quement en ne cherchant pas à faire une une certaine mesure, cela a réussi, spécialement dans la province de Guipuzcoa, contre-manifestation qui peut déboucher mais aussi dans quelques branches et entreprises de l'Alava, de Biscaye et de sur un affrontement. Il faut d'autres mé- Navarre, où la présence de la LKI dans les CCOO est forte. Il a donc été possithodes. ble de maintenir les postes de délégués syndicaux obtenus en 1980 par les travailleurs de la LKI, et même de les augmenter. »

Propos recueillis par Jeannette HABEL

Madrid, ler décembre 1982.

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