L'enjeu de la mobilisation missiles américains en Europe
N ce débui d'année 1983, le mouvement contre l'installation des missiles américains en Europe entre dans une phase décisive. Nous publions ci-dessous un article qui présente les enjeux généraux de la lutte contre l'effort de réarmement impérialiste en ce domaine.
Dans les pages suivantes, nous abordons l'analyse du caractère démagogique des propositions impérialistes de « désarmement » faites par Ronald Reagan sous la formule dite « Option
C'est en 1983 que doit commencer le déploiement en Europe des missiles américains Pershing-Il et Cruise. On pouvait done s'attendre à ce qu'il soit préparé par un feu nourri d'opérations impérialistes visant à démobiliser le puissant mouvement anti-missiles qui s'est développé en Europe occidentale.
Ces manœuvres ont effectivement débuté avec l'émission télévisée du président américain Ronald Reagan en novembre 1982 et la série de déclarations sur la politique nucléaire faites par Henry Kissinger, Walter Mondale et d'autres porte- parole de la bourgeoisie américaine. Toutes s'adressaient en fait au mouvement anti-missiles pour lui signifier qu'il pouvait se démobiliser puisque des « négociations » étaient désormais en cours avec l'Union soviétique ...
show télévisé, Ronald
Reagan a notamment insisté sur l'ouverpourparlers avec l'Union soviétique pour trouver les moyens d'écarter le danger d'une guerre nucléaire « accidentelle ». On a ensuite annoncé que son administration continuerait à se conformer à certains aspects du
Traité de limitation des armes stratégiques SALT-II, conclu avec l'URSS le 18 juin 1979 mais non ratifié depuis par le
Congrès américain. Elle annulait donc le déploiement de 30 missiles balistiques intercontinentaux Minuteman-III, dont les porteurs de bombe multiples auraient enfreint les limites fixées par le traité. Les
Etats-Unis annonçaient aussi qu'ils installeraient des mécanismes d'identification sur leurs bombardiers B-52 porteurs de missiles Cruise, comme l'accord SALT-
Il l'exige. Ces décisions allaient à l'encontre d'un certain nombre de déclarations antérieures de l'administration Reagan.
Enfin, à la suite de la révision bilatérale en 1977 du Traité anti-missile balistique
SALT-I du 26 mai 1972, le gouvernement
US se déclarait satisfait de ce que l'Union soviétique en avait respecté les clauses.
Mais le véritable contenu de la pocontre l'installation des maine militaire. articles qui suivent. litique de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) se manifestait dans deux décisions fondamentales prises le même mois. En novembre 1982, Ronald Reagan annonçait la décision de déployer le missile MX (le Congrès ratifiait alors sa production mais repoussait simplement son déploiement). Il s'agissait-là d'une violation flagrante de SALT-Il, et la bureaucratie soviétique a dénoncé la décision en tant que telle. Les ministres de la Défense des pays de l'OTAN se réunissaient le même mois et réaffirmaient leur décision de procéder au déploiement des missiles Pershing-Il et Cruise en Europe.
En bref, sur les questions secondaires, et profitant d'un traité qui autorisait un gigantesque renforcement militaire, l'administration US faisait des concessions et manœuvrait pour en tirer le maximum du point de vue de la propagande. Quant aux aspects fondamentaux de son programme nucléaire, elle les appliquait aussi rapidement qu'auparavant.
Les raisons de ces manœuvres sont claires. La bourgeoisie américaine et ses alliés n'ont aucunement l'intention de négocier la moindre limite à l'escalade militaire. Des concessions ne seront obtenues que sous la contrainte. D'autre part, les négociations en cours ne sont pas destinées à limiter le renforcement militaire de l'impérialisme, mais à lui permettre de porter de nouveaux coups à la classe ouvrière d'Amérique centrale, d'Europe occidentale et d'autres régions du monde. Leur objectif consiste à obtenir une complicité plus poussée de la bureaucratie soviétique au processus de contre-offensive impérialiste internationale. C'est pourquoi le mouvement anti-missiles doit avoir une attitude très claire à l'égard des « négociations » défendues par les impé-
DU MOUVEMENT ANTI-MISSILES
Les raisons qui poussent l'OTAN a s'engager dans ce nouveau cycle de manœuvres sont parfaitement claires. En
MILITARISATION zéro », et présentons une courte analyse de la politique du gouvernement de François Mitterrand en France dans le do-
La plupart de ces articles ont été rédigés avant que Youri
Andropov n'avance les nouvelles propositions soviétiques sur la limitation des armes nucléaires lors de la réunion du Pacte de
Varsovie tenue début janvier 1983 à Prague. Nous reviendrons donc ultérieurement sur ce thème qui n'est pas abordé dans les effet, l'opposition au déploiement des missiles en Europe de l'Ouest et à la politique nucléaire des Etats-Unis en général, est bien plus large que l'impérialisme ne l'avait prévue lorsqu'il a entamé son effort de remilitarisation actuel. Au début, en 1981, l'administration Reagan utilisait un type de rhétorique - on envisageait des « armes nucléaires de théâtre (1) », le décret présidentiel numéro 59 parlait de la possibilité d'une « guerre nucléaire limitée » en Europe, et on utilisait la menace d'« explosions nucléaires d'avertissement » - qui ne pouvait se justifier que si l'on supposait que les missiles pourraient être installés en Europe sans problème, et que la seule tâche importante consistait à exercer le plus de pression possible sur l'URSS.
Or, même les personnalités européennes ultra-altantistes comme le vice-prési-
Parti travailliste britannique,
Dennis Healey, ont dû se rendre à l'évidence et mettre un terme à ce type de rhétorique. Dennis Healey a averti Ronald
Reagan qu'il avait mal jaugé le rapport de forces en Europe, et lui a prodigué le conseil suivant en novembre 1981: « Il faut se faire tout sucre et tout miel lorsqu'on dispose d'un gros bâton. Malheureusement, depuis douze mois, (les Etats-Unis)
nous ont fait entendre une combinaison de belligérance et de rhétorique mêlée à la négligence et à la confusion dans la définition des objectifs et des buts de ces armes nucléaires. (2) »
Depuis lors. malgré le changement tactique de « ton » à Washington, manœuvres plus substantielles comme les propositions baptisées « Option zéro » et la campagne anticommuniste à propos de
Pologne, le mouvement missiles Cruise et Pershing n'a cessé croître au cours de l'année 1982. Durant l'été, ce sont plus de 3 millions de personnes qui ont manifesté en Europe
1. Portée de 1000 km et plus, entrepo-
2. Time, New York, 16 novembre 1982.
occidentale, au Japon, en Australie et en siles Cruise, et 56 % contre le programme huit des neuf Etats des Etats-Unis ou se Amérique du Nord, contre l'armement de sous-marin atomique Trident. Au Par- déroulait un référendum sur cette quesnucléaire. Il s'agissait des plus grandes lement norvégien, le vote attribuant les tion, la majorité des électeurs s'est promanifestations depuis la Deuxième Guer- fonds pour l'application de la décision de noncée pour le gel nucléaire. re mondiale. l'OTAN d'installer des missiles Cruise n'a Bien que dans de nombreux pays il
Au début de 1982, les sondages révé- recueilli qu'une majorité de 77 contre 76 ait pris naissance d'abord parmi les coulaient que 58% de la population britan- voix. Dans un mouvement parallèle, lors ches de techniciens et d'employés, le nique étaient contre l'installation des mis- des élections de novembre 1982, dans mouvement contre les missiles et l'armement nucléaire a rapidement et profondément pénétré le mouvement ouvrier dans son ensemble. C'est aujourd'hui un des
avant de la révolution coloniale, l'aide militaire et économique de l'URSS a joué un
C'est l'Union soviétique qui a fourni l'aide économique et les armes avec lesquelles le Front national de libération (FNL) a infligé la défaite aux Américains et à leurs fantoches au Vietnam, qui maintient l'Etat ouvrier cubain en vie, et qui a rendu possible l'engagement cubain en Angola. Un nouvel Etat ouvrier en Amérique centrale devra forcément rechercher le soutien de l'URSS, et la décision de cette dernière d'accorder ou de refuser cette aide déterminera dans une large mesure les chances de survie de cet
Les bourgeoisies impérialistes ne craignent pas du tout la bureaucratie soviétique elle-même. Comme Henry Kissinger l'a écrit dans une série d'articles récents : «Il y a, dans les deux partis americains, des conservateurs qui s'abandonnent avec délices à l'évocation du mythe de conspirateurs soviétiques diaboliques ourdissant un complot général pour la révolution mondiale. Aucun de ceux qui ont eu réellement affaire à la direction suprême soviétique n'a jamais rencontré de tels types. S'ils existent, on les a bien cachés aux visiteurs étrangers. qu'on rencontre, en réalité, sont sévères, impitoyables et persévérants. n'ont pas été à l'origine d'initiatives d'envergure ; d'habitude, ils évitent les gros risques. Leur expansion s'est faite dans les vides créés par l'irrésolution et la faiblesse. (3) »
Toutefois, si l'impérialisme US ne craint pas de « révolution mondiale » fomentée par le Kremlin, il prend le potentiel militaire de l'Union soviétique très au sérieux. Les Etats-Unis savent aussi qu'en cas d'« irrésolution ou de faiblesse » - ils entendent par là une lutte révolutionnaire victorieuse menée par d'autres pays que par l'URSS -, l'Union soviétique peut fournir une aide matérielle importante qui permette de consolider la situation. C'est ce qui s'est produit, par exemple, dans les cas de Cuba, et qui peut se produire au Nicaragua et en Amérique centrale. Cette possibilité découle de la nature même de l'URSS et n'est pas complètement heutralisée par la politique de
Brejnev, Youri Andropov et La conséquence de cette réalité internationale, c'est que chaque nouvel effort impérialiste contre la révolution coloniale a entraîné en même temps un programme de réarmement dirigé contre l'Union soviétique (4). De ce point de vue, l'escalade militaire US actuelle suit le même modèle que les précédentes. Elle comporte d'abord la création de la « Force à déploiement rapide » (RDF), la « flotte forte de 600 navires », l'élargissement massif de la chaîne des bases militaires US autour du globe, une pression militaire consciente contre la frontière du Kampuchéa, et le déclenchement d'une guerre
USAF
non déclarée en Amérique centrale, toutes initiatives qui prennent directement pour cible la révolution coloniale.
Cependant, dans ce cadre, les Etatsl'empêcher d'accorder une aide militaire ou économique aux révolutions d'Amérique centrale ou à toute autre lutte contre l'impérialisme. L'impérialisme US s'efforce ainsi de couper la révolution coloniale de sa principale possibilité d'aide militaire et matérielle.
La politique internationale globale du Kremlin est la collaboration de classe. Sa politique en Pologne et dans les autres pays d'Europe orientale est contre-révolutionnaire et criminelle. Une grande par-
3. Newsweek, New York, 29 novembre 4. C'est ainsi que la campagne de réarmement massif que les Etats-Unis ont menée contre la révolution coloniale à la fin des années 1950 et au début des années 1960 sous Dwight contre l'URSS. Les décisions du Conseil de TOTAN de décembre 1957 et de mai 1958 ont entraîné le déploiement des missiles à portée intermédiaire Jupiter et Thor, en Grande-Bretagne, en Italie et en Turquie. Des bases navales importantes pour les sous-marins nucléaires ont été établies à Holy-Loch en Ecosse et à Rota en construction de 1000 missiles balistiques intercontinentaux de type Minuteman et du missile Polaris lancé à partir de sous-marins a été décidée par John Kennedy. Ces armes ont constitué la colonne vertébrale de l'arnucléaire américain jusqu'aux années tie de l'utilisation et de la structure des forces armées conventionnelles soviétiques est destinée à la répression de sa propre classe ouvrière et des populations des autres Etats sous sa domination. Les révolutionnaires combattent l'ensemble de cette politique et les actions de Moscou en Tchécoslovaquie, à Varsovie et partout où elles se présentent.
Mais il ne faut pas se faire d'illusions dans le domaine des armées nucléaires. La bureaucratie soviétique considère que sa politique d'armement nucléaire se situe dans le cadre de ses rapports avec l'impé. rialisme, et non pas de la répression de la classe ouvrière en Europe orientale et en URSS. Dans ce domaine, les mesures de la
BOEING Le fameux missile de croisière. (DR) bureaucratie soviétique sont de simples réactions à une escalade atomique entièrement et uniquement lancée par l'impérialisme. Toutes les propositions d'abolition des armes nucléaires, sans exception, se sont heurtées et continuent de se heurter à l'opposition des Etats impérialistes. C'est la bourgeoisie US et ses alliés - et personne d'autre — qui menacent la classe ouvrière de destruction nucléaire.
LE ROLE DES MISSILES déploiement en Europe occidentale des missiles à rayon d'action moyen Pershing-Il et Cruise. Ils permettent aux Etats-Unis de profiter au maximum de ses avantages escalade nucléaire contre l'URSS s'est déroulée en même temps qu'un énorme développement militaire conventionnel qui a culminé lors de la guerre du Vietnam. Toutes les tentatives de la bureaucratie soviétique de négocier un arrét de la course aux armements, comme la réduction unilatérale des effectifs des armées soviétiques ordonnée par Nikita Khrouchtchev en 1959. ont été ignorées. John Kennedy et son secrétaire à la Défense, Robert MeNamara, estimaient que la supériorité économique des Etats-Unis permettrait de dépasser la production de l'Union soviétique et d'écraser tous les obstacles. Seule la force de la révolution vietnamienne et la crise que les effets de la guerre ont suscité à sein des pays impérialistes, ont conduit la bourgeoisie américaine à revenir sur sa décision et à choisir la voie de la « détente »
Cependant, cette politique de « détente » n'a aucunement signifié une évolution vers le « libéralisme » ou la « paix » de la part de la bourgeoisie américaine.
stratégiques militaires et géographiques par rapport à l'Union soviétique, et constituent un moyen militaire ultra-efficace et bon marché d'exercer une pression énorme sur l'Union soviétique, à la fois dans le domaine des armements et, directement, dans le domaine économique.
Les Etats-Unis disposent de bases tout autour des frontières de l'URSS et de l'Europe orientale. Grâce à ces missiles nucléaires à rayon d'action moyen, qui sont relativement bon marché, ils peuvent atteindre les points principaux de l'Union soviétique. Le système des Pershing-Il, par exemple, coûte moins de 3 milliards de les missiles Cruise lancés du sol moins de 4 milliards de dollars, alors que le système de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) MX coûte plus de 35 milliards de dollars, et que le programme de missiles lancés par les sous-marins Trident coûte plus de 32 milliards de dollars. D'autre part, les Pershing-Il peuvent atteindre des cibles en Union soviétique quatre ou cinq minutes après leur mise à feu, soit six fois plus vite que les missiles lancés depuis les Etats-Unis.
L'Union soviétique, en revanche, ne dispose d'aucune base terrestre à partir de laquelle des missiles à rayon d'action moyen pourraient atteindre Unis. Les Etats-Unis ont clairement déclaré, à l'occasion de la crise cubaine des missiles (22 octobre - 22 novembre 1982), qu'ils étaient prêts à déclencher une guerre mondiale pour empêcher l'Union soviétique d'acquérir des bases de ce type (cf. encadré). Un autre avantage, pour les Etats-Unis, des missiles à rayon d'action moyen consiste dans le fait qu'ils sont situés en dehors du territoire américain et qu'ils ne suscitent par consequent pas l'intense activité d'opposition que le programme MX, par exemple, avait suscité aux Etats-Unis mêmes.
S'ajoutant aux effets de la plus grande échelle de l'économie US — environ deux fois et demie celle de l'Union soviétique —, le programme des missiles à rayon d'action moyen pêse donc proportionnellement beaucoup plus lourdement sur l'économie et les forces armées soviétiques. Car, pour se garder contre la possibilité d'une « première frappe » américaine, l'Union soviétique est contrainte de dépenser des sommes gigantesques dans les mesures de défense, comme la multiplication de ses vecteurs, leur aptitude à la manœuvre, etc.
Cette pression militaire et économique sur l'URSS est destinée à l'obliger à interrompre son « aide » à la révolution coloniale, soit par le biais du chantage, soit par un « marchandage », soit simplement en privant l'Union soviétique de la capacité matérielle de la donner.
Il ne fait pas de doute que la bourgeoisie américaine considère qu'en combinaison avec l'élargissement de l'arsenal conventionnel américain contre la révolution coloniale et les graves problèmes que rencontre la bureaucratie soviétique en Pologne et en Afghanistan, cette politique de pression par les missiles lui a déjà ap: porté de nombreux avantages. C'est avec une grande satisfaction que la bourgeoisie américaine a relevé l'extrême passivité soviétique qui a marqué l'invasion israélienne du Liban et y a laissé la main libre aux actions de l'impérialisme. De même, en regard des livraisons d'armes massives qu'elle avait fournies à l'Angola et à l'Ethiopie, l'Union soviétique aurait refusé d'accéder aux demandes nicaraguayennes d'avions Mig.
Si la multiplication des missiles en aux Etats-Unis n'est pas le seul facteur qui guide les décisions de la bureaucratie soviétique dans cette affaire — il y a aussi, par exemple, le fait qu'armer le Nicaragua signifierait un affrontement bien plus décisif avec les Etats-Unis que cela n'a été le cas pour l'Ethiopie —, il ne fait cependant aucun doute que le renforcement militaire américain ne fait pas que frapper directement la révolution coloniale ; par sa pression sur l'URSS, il affecte tous les aspects de la révolution mondiale. On comprend dès lors l'enjeu énorme du mouvement contre les missiles et contre les armes nucléaires, pas seulement pour les travailleurs des pays impérialistes, mais aussi pour l'URSS et la révolution coloniale.
EN EUROPE OCCIDENTALE
En dehors de l'Amérique centrale, les Etats-Unis ont réussi à mener à bien une grande partie de leurs préparatifs militaires dirigés contre la révolution coloniale ; ils ont d'autre part remporté une victoire importante au Moyen-Orient, avec l'invasion du Liban par les Israéliens. Mais en Europe, ils ont dû faire face à une énorme pression directe et indirecte qui s'est opposée à leurs menées militaires contre l'URSS. Jusqu'à présent, pas un seul gouvernement d'Europe occidentale, à l'exception de celui de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, n'a été capable d'augmenter ses dépenses militaires pour l'arest justement perçue par les travailleurs des pays impérialistes comme un pas important vers la guerre nucléaire.
Certes, l'impérialisme s'attendait à des actions de protestation contre sa politique. Mais il n'aurait pas reculé devant des protestations « routinières » de quelques dizaines de milliers de personnes dans les divers pays européens et d'une centaine de milliers de personnes aux Etats-Unis. C'est l'envergure véritablement colossale manifestations contre les missiles qui n'avait pas été prévue par l'impérialisme. Il ne s'est pas seulement agi d'actions de « protestation », mais bien manifestations à échelle capable d'infléchir la politique des gouvernements et de provoquer des crises politiques.
Leurs effets vont désormais s'intensifier à mesure que l'escalade militaire et nucléaire entre en résonnance avec la crise économique qui traverse le système capitaliste en général, et l'économie US en . particulier. C'est là ce qui sous-tend immédiatement la dernière vague de manœuvres de l'impérialisme. LE RENFORCEMENT DU DISPOSITIF
MILITAIRE AMÉRICAIN Quelle que soit la conjoncture économique, les projets de renforcement du dispositif militaire annoncés par Ronald Reagan auraient de toute manière terriblement grevé l'économie US. Les dépenses militaires américaines doivent passer de 183 milliards de dollars en 1982 à 240 en
286 en 1984, 386 en 1986 et 401 milliards de dollars en 1987. Il s'agit donc d'une dépense prévue de plus de 1500 milliards de dollars sur cinq ans et de près de 2 000 milliards sur six ans. Elle correspond à une augmentation annuelle de 7 % en termes réels, compte non tenu de l'inflation, et d'une augmentation de la budget fédéral, part qui passe ainsi de 25
Cependant, en même temps que l'administration Reagan échafaude ces projets d'augmentation des dépenses militaires américaines, on assiste à une série de révisions en baisse des prévisions portant sur la croissance économique réelle de l'économie des Etats-Unis. Cela signifie que l'augmentation des dépenses militaires américaines devra être financée à partir d'une base beaucoup plus étroite que l'impérialisme ne l'avait escompté. Les effets de cette situation se répercuteront à travers le système économique
La stagnation économique a entraîné un déclin de 80 milliards de dollars des recettes fiscales US au niveau fédéral par rapport aux prévisions pour 1981. Il y a une énorme augmentation des dépenses sociales du gouvernement en raison du chômage. Il y a donc une force implacable qui pousse à l'élargissement du déficit du budget fédéral, déjà prévu à plus de 200 milliards de dollars (5). Toute tentative de financer ce déficit budgétaire par un emprunt se solderait inéluctablement par une nouvelle augmentation des taux d'intérêt US qui sont retombés depuis l'été 1982, et donc par une nouvelle prolongation de la récession.
les effets d'une telle mesure ne se ressentiraient pas qu'aux Etats-Unis. Une nouvelle hausse des taux d'intérêt risquerait de grever si lourdement le système global des dettes qu'un de ses maillons faibles pourrait craquer et déclencher une réaction en chaîne catastrophique. C'est pour éviter une telle éventualité, et en particulier le non-paiement de ses dettes par le Mexique ou l'effondrement d'une grande compagnie amécomme International Harvester, que les taux d'intérêt US ont été ramenés à des niveaux sensiblement plus bas en août 1982. Toute nouvelle mesure restrictive pourrait déclencher une série de graves convulsions dans les pays semi-coloniaux, alors que c'est exactement ce que les Etats-Unis cherchent à éviter par leur
Par contre, si les taux d'intérêt ne 5. Business Week, New York, 22 novembre 1982.
sont pas relevés et si les dépenses fédérales sont maintenues au même niveau, l'inEtats-Unis. On a déjà assisté à une forte expansion de la masse monétaire américaine lorsque les taux d'intérêt ont été diminués en août 1982. L'inflation a également repris.
Enfin, pour les Etats-Unis, ce ne sont pas tant les chiffres absolus que la position relative par rapport à leurs rivaux qui importent. La « reaganomique » a finalement commencé à accroître la productivité de l'économie américaine après plus d'une décennie de stagnation. Mais cette augmentation reste extrêmement lente, et la dépense en capitaux, qui est le moteur nécessaire de toute croissance à long terme de la productivité, continue son dé-
Le résultat de cette situation est que les marchandises US du secteur industriel sont de moins en moins compétitives sur le marché mondial, situation aggravée par le taux d'échange élevé du dollar à la suite de la hausse des taux d'intérêt. La balance commerciale des Etats-Unis est en train de se détériorer rapidement et profondément (7).
Il était done assez clair à la fin de 1982 que la position économique américaine est devenue de plus en plus critique, ou, comme Ronald Reagan l'a lui-même déclaré, qu'il y a « une sacrée pagaille » dans l'économie, et notamment que le budget fédéral ne pouvait plus soutenir l'épreuve. Il est question de dégager des ressources, soit en déplaçant une partie du fardeau de la remilitarisation sur le dos des alliés impérialistes des Etats-Unis, soit en s'attaquant encore plus à la classe ouvrière américaine, soit en réduisant le budget militaire.
Dans ce contexte, la lutte contre les missiles en Europe acquiert, en plus de sa dimension sur le plan militaire, un rôle directement économique. S'il s'avérait impossible d'installer les missiles Pershing-Il et Cruise en Europe, alors il faudrait que les Etats-Unis dépensent de 5 à 10 fois plus pour installer sur le sol américain un système équivalent de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), qui serait non seulement moins efficace du point de vue militaire, mais grèverait bien moins lourdement l'économie soviétique. En réalité, l'opposition qui s'est déjà manifestée système MX aux Etats-Unis, sans parler de celle que son extension susciterait, justifie les doutes les plus graves quant à la possibilité de mener à bien
En ce qui concerne les autres issues Etats-Unis ont récemment confirmé, lors de la conférence de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le (GATT), qu'ils ne sont prêts à accepter, ni directement ni indirectement, aucuns sacrifices supplémentaires en l'économie américaine ils cherchent au contraire les meilleurs moyens d'affaiblir
Quant à la possibilité de résoudre le problème en intensifiant les coups contre la classe ouvrière américaine, elle dépend avant tout de la situation politique aux Etats-Unis. Or, on assistait à une reprise, modeste mais claire, de la lutte de la classe ouvrière américaine à la fin de l'année 1982 (8). Si les élections partielles à la Chambre des représentants de novembre 1982 ont encore réaffirmé la persistance deux partis capitalistes (le Parti républicain et le Parti démocrate), elles n'ont certainement pas été encourageantes pour la bourgeoisie quant à la possibilité de victoires rapides dans le démantèlement de pans entiers de la Sécurité sociale, par exemple, qui constitue l'alternative principale à une réduction du budget militaire, qui permettrait de rétrécir le déficit du budget fédéral.
Naturellement, face a cette situation, on assiste dans différents secteurs de la bourgeoisie américaine à la recherche de solutions différentes, correspondant à leurs intérêts qui sont divergents, et à leurs orientations politiques qui sont différentes. D'où les manœuvres de l'administration Reagan vers la fin de 1982 et la série de déclarations de Henry Kissinger, de Robert McNamara et d'autres porte-parole de la politique militaire et étrangère des
Cependant, il n'est pas difficile de deque la bourgeoisie américaine à obtenir derrière toutes ces Elle aimerait pouvoir faire passer l'ensemble de sa politique internationale et militaire actuelle, pour lui permettre à la fois d'attaquer la révolution coloniale par la force des armes, et de grever au plus haut point l'économie soviétique. Aucun secteur de la bourgeoisie américaine ne défend plus la perspective d'une nouvelle période de « détente » pleinement développée avec l'URSS, pour la bonne raison que la bureaucratie soviétique ne contrôle pas ce qui se passe dans l'arène de la politique mondiale.
Tous les secteurs un tant soit peu sérieux de la bourgeoisie américaine savent que ce n'est pas à l'appel du Kremlin que les masses iraniennes ont renversé le chah 1979, ou que le Front sandiniste de libé. ration nationale (FSLN) a dirigé la lutte pour le renversement d'Anastasio Somoza le 19 juillet 1979. La bureaucratie soviétique n'a pas réussi à empêcher ces progrès. En revanche, l'Union soviétique a effectifourni l'équipement, visionnement et le soutien logistique au
6. Au cours du troisième trimestre 1982. la productivité de l'économie US a augmenté à à 3,6% par an. Mais cet essor faisait suite à une simple augmentation de 1,4 % en 1981 et à une baisse effective en 1980 et en 1979. La productivité américaine n'a presque pas augmenté pendant les années 1970. alors que celle de ses rivaux japonais et ouest-européens augmentait. D'autre part, une croissance soutenue de la productivité dépend des investissements de capitaux. Or, les dépenses de capitaux dans l'économie US ont baissé entre 4 et 5% en termes réels en 1982. Les prévisions prédisent une nouvelle chute de 8.5 % en 1983 (Business Week, 15 novembre 1982).
septembre 1982, les exportations américaines ont baissé de 17,4 milliards de dollars, soit une baisse de 0,6 %, après avoir connu un déclin de 2,9 % en août et de 4,2 % en juillet. En septembre, les importations américaines se situaient en revanche à 21,6 milliards de dollars. La balance commerciale se détériore régumoyen desquels les troupes cubaines sont intervenues en Angola à partir de décembre 1975 et le régime éthiopien a repoussé l'invasion somalienne en février 1978. Elle dispose des moyens matériels, si elle le désire, de soutenir un nouvel Etat ouvrier au Nicaragua. Ce type d'opportunités peut créer des tentations auxquelles la bureaucratie soviétique n'est pas assez forte pour résister, comme cela s'est vérifié entre 1975 et 1979. Pour l'impérialisme, il est qualitativement préférable de pouvoir imposer ses décisions par des diktats militaires et économiques que d'avoir à le faire par le biais de marchandages avec la bureaucratie soviétique.
C'est ce qui explique les manœuvres de la bourgeoisie américaine et de ses alliés de l'OTAN au début de 1983. Seule la résistance à laquelle les bourgeoisies doivent faire face dans leurs propres pays - la croissance explosive du mouvement anti-missiles et anti-nucléaire combinée à la lutte tenace contre l'austérité - les pousser à envisager de renoncer à peut partie de leur programme de réarmement.
En même temps, si la classe ouvrière d'Europe occidentale peut empêcher le déploiement des missiles nucléaires, aura apporté une importante contribution à la lutte de classe dans le monde entier, ce qui explique qu'elle doit en faire un de ses objectifs fondamentaux en 1983. L'issue de cette bataille sera décidée dans les rues d'Europe et des Etats-Unis et non dans les négociations de Genève.
Le Parti travailliste britannique et le TUC ont appelé à faire du 6 août 1983, de l'explosion d'Hiroshima, la plus grande manifestation depuis la Deuxième Guerre mondiale en Grande-Bretagne, et une puissante dé mouvement appelle, pour le courant 1983, à manifestation encore plus grande que la plus importante manifestation de toute l'histoire de ce pays, qui a eu lieu le 21 novembre 1982 (cf. Inprecor numéro 140 du 3 janvier 1982). C'est de la sorte, avec tout ce que cela implique en termes de mobilisation, que l'installation des missiles américains en Europe pourra être remise en question.
Londres, 10 décembre 1982. lièrement depuis la fin de 1980 et, depuis le milieu de 1981, le secteur commercial a « contribué » pour près d'un tiers au déclin du produit national brut (PNB) américain.
D'autre part, ce déclin est particuliérement concentré dans certains secteurs. L'exportation de produits manufacturés a diminué de 10 % pendant le troisième trimestre de 1982, tandis que les importations augmentaient. Il faut y inclure un déclin de 12% dans les exportations de produits chimiques qui représentait environ un cinquième du déclin du secteur manufacturier, et un déclin de 10 % dans les exportations de machines et de moyens de transport. qui représentait environ 40 % des exportations. En août, les importations de voitures japonaises représentaient 30 % du marché américain (Business Week, 15 novembre 1982).
8. Cf. Will Reissner, « Nouvelles luttes des travailleurs américains et canadiens en perspective ». Inprecor numéro 139, 20 décembre 1982.