La crise des fusées: Cuba 1962 sujets qui polarise le plus massivement le mouvement ouvrier depuis la Deuxième Le programme américain d'« assistance » à l'Amérique latine mis en place Allemagne de l'Ouest, même par le président John Fitzgerald Kennedy dans les années 1960 sous la dénomi- avant la chute du gouvernement social-dénation « Alliance pour le progrès » constituait la réponse impérialiste à la révo- mocrate libéral (SPD-FDP), près d'un tiers lution cubaine. Il s'agissait, par une politique d'aide économique et militaire, des organisations du SPD s'étaient oppod'endiguer la contagion cubaine sur le continent. Ernesto « Che » Guevara, pré- sées au déploiement des missiles. Les sent à la Conférence de l'Organisation des Etats américains (OEA) de Montevi- missiles seront, avec l'austérité, la quesdeo de la mi-juillet 1961, lorsque Kennedy annonça son programme, définira tion centrale des élections allemandes de très justement cette politique comme « un instrument conçu pour séparer le peuple de Cuba des autres peuples d'Amérique latine, pour stériliser l'expérien- En Grande-Bretagne, les conférences ce de la révolution cubaine et, en définitive, asservir les peuples aux directives du Parti travailliste votent régulièrement depuis 1979 contre le programme des Cuba riposta donc à ces plans militaristes par des mesures de défense missiles et pour le désarmement nucléaire exceptionnelles en 1962. C'est dans ce cadre que les dirigeants cubains accepté- de la Grande-Bretagne. rent l'installation sur leur territoire de missiles soviétiques à têtes nucléaires à 1982, cette majorité a atteint les deux moyenne portée. En réponse, le gouvernement américain multiplia les prépara- tiers. Pour la première fois de son histoitifs guerriers, augmentant les vols de reconnaissance et d'espionnage au-dessus re, la Confédération des syndicats britande l'ile, organisant le blocus de Cuba et demandant au Congrès américain de niques (TUC) s'est prononcée pour le rappeler les réservistes en septembre 1962. En octobre de la même année, la désarmement nucléaire unilatéral. mobilisation impérialiste contre Cuba atteignait un point proche de l'interven- Cependant, il ne faut pas se faire d'iltion militaire et de la guerre proprement dite. Le 22 octobre, une heure seule- lusions, malgré l'envergure du mouvement ment avant que Kennedy ne donne l'ordre de « renforcer la ceinture militaire d'opposition, sur l'importance autour de Cuba », Fidel Castro décrétait « le dernier degré d'alerte pour les for- que l'OTAN accorde à l'installation de ces armées cubaines ». Le matin du 27 octobre, à la suite d'un accrochage entre ces armes nucléaires en Europe. Ces derdes avions espions américains et l'aviation cubaine, la guerre était presque dé- nières constituent en effet une pièce maitresse de tout le dispositif militaire de Nikita Khrouchtchev finira pourtant par accéder aux demandes américai- l'impérialisme et, en tant que telles, affecnes. Sans même prendre en compte l'avis des dirigeants cubains et sur la base tent fondamentalement non seulement les de simples promesses de non-intervention, il proposa aux Etats-Unis un com- travailleurs d'Europe occidentale et des promis : l'URSS démantelait ses installations de fusées à Cuba et, en contrepar- Etats-Unis, mais aussi la révolution colotie, les USA s'engageaient à faire de même avec leurs bases militaires en Tur- niale et l'Union soviétique.
Pour comprendre l'orientation que le quie. Par-dessus la souveraineté cubaine, Nikita Khrouchtchev n'hésita pas à affirmer que les fusées soviétiques à Cuba étant sous la responsabilité directe mouvement anti-missiles devrait adopter d'officiers soviétiques, cela excluait « toute utilisation accidentelle dirigée en 1983 face aux nouvelles manœuvres contre les Etats-Unis d'Amérique ». Capitulant devant les exigences impérialis- impérialistes, il faut donc commencer par tes, Nikita Khrouchtchev écrivait, le 28 octobre, au président américain : « Je rappeler le rôle du renforcement militaire m'en remets avec confiance à votre déclaration du 27 octobre 1962, selon la- de l'Europe occidentale dans l'ensemble quelle aucune attaque ou invasion de la part des Etats-Unis ou d'autres Etats de la contre-offensive internationale de occidentaux n'aura lieu contre Cuba. En conséquence, les raisons de notre aide l'impérialisme. On comprendra alors aussi à Cuba dans ce domaine cessent d'exister. Ordre a été donné aux officiers so- leur rôle dans l'étape actuelle de la lutte viétiques qui contrôlent les travaux de les interrompre, afin de ramener les dis- de classe internationale. positifs en Union soviétique. Nous accédons à vos vues, parce que des représentants de l'Organisation des Nations unies (ONU) pourront témoigner du déman- LA SIGNIFICATION DES MISSILES tèlement des installations. » «PERSHING-II » ET « CRUISE »
Cette déclaration illustre la politique de la bureaucratie soviétique par rapport au jeune Etat ouvrier cubain. Le soir même du 28 octobre, Fidel Castro L'escalade militaire impérialiste en réaffirmait la souveraineté du peuple cubain bafouée par Nikita Khrouchtchev, cours s'est d'emblée fixée comme objectif en précisant les conditions d'une réelle garantie contre une agression impéria- un affrontement avec la révolution cololiste, et en s'opposant à tout contrôle de l'ONU. Le dirigeant cubain réclamait niale et non une guerre avec l'Union so« la cessation du blocus économique, (...) de toutes les activités subversives. (...) viétique. C'est un point qui la différencie des actes de piraterie menés à partir des bases établies aux Etats-Unis et à Porto radicalement de l'escalade militaire impéRico, (...) des violations de notre espace aérien et naval, (...) l'évacuation de la rialiste de la fin des années 1940 et du débase navale de Guantanamo et la restitution du territoire cubain occupé par les but des années 1950 qui, elle, avait effectivement pour objectif de créer une dynaCet épisode rappelle opportunément que la bureaucratie soviétique est lar- mique menant à un conflit militaire digement sensible aux pressions impérialistes dans le cadre de sa stratégie de rect avec l'URSS. « coexistence pacifique ». Néanmoins, le monde étant ce qu'il
Best, l'impérialisme ne saurait engager une escalade militaire contre la révolution coloniale sans qu'il soit obligé de chercher 1. Toutes les citations sont extraites de l'introduction au livre de Saverio Tutino, en même temps à neutraliser l'Union sol'Octobre cubain, Cahiers libres numéro 143-144, Maspero, Paris. 1969. viétique par des menaces ou des marchandages. En effet, à chaque pas en