Inprecor 1974–2004

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MILITARISATION

USA : la frauduleuse « Option zéro » de Ronald Reagan

· Inprecor n° 141, 17 janvier 1983 · p. 12-13 · 1 876 mots

États-Unis URSS et Russie Paix et armements France

Les classes dominantes impérialistes opposition à leur programme de déploiement d'armes nucléaires qui va bien plus loin que ce à quoi elles s'attendaient. C'est la raison pour laquelle elles sont obligées de multiplier les manœuvres de diversion pour tenter de désamoreer ce plus importante d'entre elles est tion relancée lors de la réunion des ministres de la Défense de l'Organisation du de l'Atlantique-Nord (OTAN) en novembre 1982. Il s'agit d'une resucée des propositions émises lors du discours télévisé de Ronald Reagan en novembre 1982, au moment de la réouverture des négociations sur la réduction des armes stratégiques (Strategic Arms Reduction Talks - START) avec l'Union soviétique.

Ce que propose en réalité Ronald Reagan est parfaitement clair. L'Union soviétique doit démanteler toutes ses armes nucléaires en Europe, c'est-à-dire les SS-4, SS-5 et SS-20. En échange, les Etats-Unis renonceraient à déployer les missiles Pershing-Il et Cruise en Europe, mais maintiendraient en état l'intégralité des armes nucléaires actuelles, ainsi que l'ensemble des missiles sous-marins qui entourent l'Union soviétique. La GrandeBretagne et la France posséder et à moderniser leurs propres armements nucléaires.

Voilà en quoi consiste la prétendue « Option zéro » que l'Union soviétique

En vérité, dans toute l'histoire des « discours de paix » impérialistes, il y a rarement eu de propositions aussi grotesques. C'est à peu près du niveau des allégations du président américain Lyndon Baines Johnson selon lesquelles la flotte nord vietnamienne était passée à l'offensive contre la flotte américaine dans le golfe du Tonkin en 1964, ou encore de l'affirmation plus récente de Jimmy Carter selon laquelle Cuba constituait une menace militaire pour les Etats-Unis du fait de la présence sur l'ile de quelques centaines de soldats soviétiques en 1980 ...

Considérons d'abord la question des SS-20 qui doivent remplacer les SS-4 et SS-5 vieux de plus de vingt ans. Ces deux derniers missiles sont à propulsion liquide. Il faut des heures pour préparer la mise à feu des SS-4. Mais, surtout, ce sont des missiles fixes, qui ne peuvent être déplacés. Dans la mesure où les Etats-Unis déploient désormais des missiles très précis, capables d'atteindre leur cible à une centaine de mètres près, les SS-4 et les SS-5 sont complètement inefficaces pour déde Ronald Reagan l'Union soviétique contre une « première frappe » américaine.

Le SS-20, en revanche, est une arme moderne et efficace. Et surtout, il est mosorte qu'il est beaucoup moins vulnérable à une attaque par un système américain de type MX, et, bien entendu, Cruise ou Pershing-II. Cependant, la portée des SS-20 est bien trop limitée pour menacer directement le territoire américain, alors que les MX, les Trident et les parfaitement d'atteindre l'Union soviétique. Le professeur Jacobsen, directeur des études sovié tiques à l'université de Miami, a clairement exposé la situation dans le numéro de janvier 1982 du Bulletin of the Atomic

« Le problème, c'est que les SS-20 ne font ni plus ni moins que confirmer et garantir la puissance de frappe soviétique établie de longue date contre les alliés de l'Amérique. Les missiles Cruise et Pershing-Il cependant ne se contentent pas de menacer de destruction réciproque les alliés de l'URSS. Ils menacent, tout autant que le font les batteries de missiles intercontinentaux basées sur le sol américain, le cœur même de l'Union soviétique. Pour parvenir à la réciproque, il faudrait que Moscou installe ses missiles SS-20 à Cuba. Washington estime que Moscou peut être forcé d'accepter l'installation des missiles Cruise et Pershing-Il en Europe, alors qu'il est évident que les Etats-Unis ne tolèreraient pas SS-20 aux environs de La Havane. »

Le professeur Jacobsen aurait même pu aller plus loin. Washington a clairement montré, au moment de la crise des

Men 1962, que les EtatsUnis seraient prêts à déclencher une guerre mondiale pour empêcher l'Union soviétique d'établir des bases à proximité de leur territoire et de rétablir la symétrie par rapport aux bases impérialistes qui entourent l'Union soviétique.

UNE EUROPE DÉNUCLÉARISÉE

L'Union soviétique a affirmé à plusieurs reprises qu'elle était prête à renoncer aussi bien aux SS-20 qu'aux armes nuclaires en Europe, à la seule condition que les impérialistes, c'est-à-dire les EtatsUnis, la Grande-Bretagne et la France en fassent autant ... Mais cette proposition d'une « Europe dénucléarisée de la Pologne au Portugal » est totalement rejetée par l'impérialisme, parce que l'Union soviétique ne peut être attaquée que par les armes nucléaires. Retirer toutes les armes nucléaires américaines, britanniques françaises d'Europe rendrait précisément une telle attaque impossible. Or, l'impérialisme veut disposer d'un tel potentiel, en tant que menace pour l'instant, et dans la perspective possible d'une réelle utilisation à l'avenir.

La proposition de Ronald Reagan est tout bonnement absurde. Il demande que l'Union soviétique renonce à ses défenses nucléaires en Europe, tandis que les EtatsUnis maintiendraient toutes leurs forces existantes et déploieraient leurs nouvelles forces sous-marines, et que la France et la Grande-Bretagne moderniseraient propres armements. Sur cette base, Ronald Reagan aurait aussi bien pu proposer que l'URSS ouvre tout simplement ses frontières, hisse le drapeau blanc et autorise l'entrée des blindés américains sur son territoire. L'Union soviétique a rejeté ces propositions peu sérieuses, comme Ronald Reagan savait parfaitement qu'elle le

Le but de Ronald Reagan était en réalité purement politique : une simple manœuvre de propagande. L'« Option zéro » a été directement suggérée par le ouest-allemand Helmut Schmidt comme la meilleure manière de démobiliser le mouvement anti-missiles en Europe. Les gouvernements européens ont alors donné le maximum de publicité à l'« Option zéro » dans la perspective des négociations. Le ministre italien des Affaires étrangères, Emilio Colombo, a salué « la cohérence et l'efficacité » des propositions Reagan. Le ministre français des affaires étrangères du gouvernement Mitterrand, Claude Cheysson, a déclaré que c'était là « la solution la plus souhaitable ». Margaret Thatcher a parlé d'une « initiative de la plus haute importance » et déclaré : « Je pense qu'elle recevra un chaleureux accueil non seulement dans les cercles politiques, mais dans les cœurs et les esprits des peuples à travers l'Europe. »

ET L'« OPTION ZERO » Alors que l'« Option zéro » n'a militairement aucun sens, elle a néanmoins réussi a séduire certaines forces réformistes au sein de l'European Campaign for Nuclear Disarmament (END). Cette organisation, dont le porte-parole le plus prestigieux est l'historien britannique E.P. Thomson, a réalisé un travail utile en publiant un important matériel d'information. Mais, en ignorant la nature de classe différente des Etats impliqués, et à l'encontre de l'évidence élémentaire des faits, elle a maintenu la position selon laquelle

Etats-Unis et l'Union soviétique étaient également responsables de la course aux armements.

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Cela conduit en pratique les forces de PEND a s'aligner sur l'aile droite du mouvement anti-missiles sur les questions décisives. Ainsi, la Campagne britannique pour le désarmement nucléaire (CND) avait pris une position claire pour le retrait de la Grande-Bretagne de l'OTAN. Lors de la Conférence de novembre 1982 du CND, E.P. Thomson a combattu cette position sous prétexte qu'elle n'incluait pas aussi une condamnation du Pacte de Varsovie. Il a été mis en minorité.

Cette position l'END à renoncer à combattre sur ses propres revendications. Officiellement, elle soutient le mot d'ordre d'une « Europe dénucléarisée ». Mais, dans la mesure où il s'agit aussi de la position de l'Union soviétique, pour les raisons que nous avons déjà exposées, c'est totalement inacceptable pour l'impérialisme. Il faut done choisir entre rompre avec l'impérialisme, ou abandonner en pratique cette revendication. E.P. Thomson a bien montré ce que signifiait la condamnation symétrique des « deux super-puissances » quand il a pris une position favorable à l'« Option zéro » de Ronald Reagan. Cela revient à accepter l'intégralité de l'armement nucléaire américain, français et britannique déjà installé en Europe. Et tant pis pour l'Europe dénucléarisée !

Sur cette question particulière des armes nucléaires en Europe, la position affichée par les dirigeants soviétiques - à la différence de leurs orientations de politique étrangère en général — est grosso mo do plutôt positive. Ils disent qu'ils seraient prêts à tout moment au retrait de toutes les armes nucléaires d'Europe. Ils disent aussi qu'ils renonceraient inconditionnellement à user d'armes nucléaires contre tout pays refusant le stationnement d'armes nucléaires sur son territoire.

L'Union soviétique dit en revanche qu'elle ne renoncera pas unilatéralement à ses armes nucléaires tant que l'impérialisme n'en fera pas autant. D'ailleurs, si l'Union soviétique renonçait unilatéralement à ses armes nucléaires, cela renforcerait la possibilité d'une guerre nucléaire. L'impérialisme américain et ses alliés n'hésiteraient plus, dans ces circonstances, à utiliser leurs propres armes nucléaires, comme ils ont déjà envisagé de le faire en Corée en 1950-1951, et pendant la guerre de libération nationale au nam, avant 1954 et entre 1960 et 1975. Si l'Union soviétique n'avait pas eu d'armes atomiques, il ne fait aucun doute que les Etats-Unis les auraient alors employées. De plus, alors que l'Union soviétique s'est toujours engagée à ne jamais utiliser de telles armes la première, les EtatsUnis se sont toujours refusés à pareil engagement. Il est évident que si cet engagement mutuel existait, les gens en auraient conclu à l'inutilité de ces armes et à la nécessité immédiate du désarmement.

Comme toute la stratégie militaire américaine depuis la Deuxième Guerre mondiale est basée sur l'armement nucléaire, et comme l'Union soviétique ne peut être attaquée que par ces moyens, les Etats-Unis n'accepteront donc jamais de renoncer à l'armement nucléaire. C'est là quelque chose qui doit être clairement démontré aux yeux de la classe ouvrière du monde entier, à commencer par celle des pays impérialistes eux-mêmes.

Il y a un moyen pour écarter la menace de destruction nucléaire de la classe ouvrière européenne, c'est d'accepter sans délai les propositions d'une « Europe dénucléarisée ». Mais cela impliquerait pour des forces telles que l'END d'abandonner les mots d'ordre renvoyant dos à dos l'impérialisme et l'Union soviétique. Car le rejet de ces propositions les puissances impérialistes éclaire le fait que ce sont elles, et non l'Union soviétique, qui constituent la première menace

Ainsi, les travailleurs grecs doivent demander qu'Andreas Papandreou tienne ses promesses électorales, quitte l'OTAN et expulse de Grèce les bases américaines.

français et britanniques responsabilité particulière. L'impérialisme britannique ne se contente pas d'abriter sur son sol des bases américaines. Il construit ses propres armes nucléaires. Le gouvernement prétendument socialiste de François Mitterrand en France accélère le développement de la force de frappe nucléaire française, avec le soutien actif de son allié gouvernemental, le Parti communiste français (PCF), et maintient ses troupes et ses bases militaires en Afrique.

La première tâche que les travailleurs français et britanniques doivent se fixer, c'est le désarmement unilatéral de leur propre bourgeoisie et le démantelement de toutes les bases et armes nucléaires en Grande-Bretagne. Cela implique le rejet de tout discours confus sur « les deux super-puissances » et une claire reconnaissance du fait que c'est l'impérialisme qui représente une menace pour la paix et veut les armes nucléaires en Europe. Les revendications du mouvement anti-missiles en Europe sont donc claires :

- Pas de Cruise, pas de Pershing-II, pas de bombe !

- Désarmement nucléaire unilatéral en Grande-Bretagne et en France !

C'est par là que commence le combat contre la guerre nucléaire et pour le retrait de l'OTAN de tous les pays européens, pour une Europe dénucléarisée de la Pologne au Portugal.

John ROSS Londres, 10 décembre 1982.

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