Inprecor 1974–2004

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MILITARISATION

France : le gouvernement Mitterrand accentue son effort de militarisation

· Inprecor n° 141, 17 janvier 1983 · p. 13-14 · 1 497 mots

France Paix et armements États-Unis

EPUIS dix-neuf mois qu'il est en place, le nouveau gouvernement français à direction socialiste a eu tout le temps nécessaire pour affiner sa politique militaire. Après avoir affiché, dans un premier temps, son intention de poursuivre sur ce plan ce que les précédents gouvernements de la Ve République avaient accompli depuis

1958, il dessine désormais clairement les contours d'une nouvelle politique de l'impérialisme français. L'appareil militaire qui autorise une telle politique va done être

Le gouve

Mitterrand accentue

remodelé pour servir les nouvelles ambitions des autorités françaises. Jean-Louis MICHEL

Qu'il s'agisse en effet des nouveaux programmes d'armement nucléaire ou de la réorganisation des forces conventionnelles, tout concourt à un renforcement global des capacités d'intervention contrerévolutionnaire de la bourgeoisie française à l'échelle internationale. Une nouvelle Loi de programmation militaire pour planifier l'effort de militarisation d'ici 1988 est en préparation. Elle devrait être préle printemps 1983. Ce sont ainsi toutes les promesses du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste français (PCF) qui sont abandonnées les unes après les autres, à la plus grande satisfaction des états-majors de la

La réduction du service militaire six mois a été oubliée et remplacée par un allongement de la durée du service militaire obligatoire - douze mois actuelle-

FRANCE ernement ment - pour une fraction de « volontaires » du contingent, 10 000 hommes dès 1983, qui feront entre seize mois et trois ans.

La promesse d'une « moralisation » des ventes d'armes a laissé la place à une politique servile de marchand de canons au profit des industriels des secteurs publies ou privés de l'armement. La prétendue politique d'« indépendance nationale » s'est traduite dans les faits par une affirmation, encore plus nette que sous Valéry Giscard d'Estaing, de l'ancrage de la France au sein de l'alliance contre-révolutionnaire de l'Atlantique-Nord (OTAN). Et ce ne sont pourtant là que quelques-uns des traits caractéristiques, mais non exclusifs, de cette nouvelle politique militaire de l'impérialisme francais.

Comme toujours en pareil cas, ces nouveaux « lieutenants ouvriers » de la bourgeoisie ont commencé par envisager la réalité des menaces. Ils en ont conclu

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que celles-ci ne se profilaient pas exclusivement - ni même principalement - à la frontière nord-est du pays, les développements de la révolution coloniale leur apparaissant autrement plus dangereux. En conséquence, ils envisagent, en modernisant leur arsenal nucléaire destiné au « théatre européen », de pouvoir dégager une partie du « corps de bataille » massé à l'est du pays et en République fédérale d'Allemagne (RFA) pour l'affecter à d'autres tâches, celles de gendarme impérialiste en Afrique, au Moyen-Orient ou ailleurs.

L'HORIZON DES « MENACES» A CHANGÉ Après la décision de construire un septième sous-marin nucléaire lance-engins pour la Force océanique stratégique (FOST), la France capitaliste done dans la voie d'une tion » de son arsenal tactique, avec la mise au point du missile Hadès, d'une portée de 400 km, qui pourra être tiré du territoire national et atteindre des objectifs situés au-delà des frontières orientales de la RFA. Le ministre de la Défense, Charles Hernu, a, en outre, confirmé que la bombe à neutrons (« N») française était au point, « en attendant une éventuelle décision de déploiement ». Le président de la République François Mitterrand, répondant aux questions des journalistes, le dimanche 2 janvier 1983, a été tout à fait explicite : « Il n'est pas question que la France retire un seul de ses missiles. » Quant à l'installation par les Américains des missiles Cruise et des fusées Pershing-Il dans d'autres pays européens, on sait que le gouvernement français s'est fait l'un des plus ardents défenseurs de cette politique criminelle des centres impérialistes.

LE GENDARME IMPÉRIALISTE VEILLE En dehors du « théâtre européen », l'impérialisme français a encore vu croître ses responsabilités depuis un an et demi. Il n'entretient pas moins de 17 000 hommes de l'armée de terre outre-mer. En plus des territoires et départements d'outre-mer (TOM-DOM), l'armée française est massivement présente à Djibouti, en Côte-d'Ivoire, au Sénégal et au Gabon. Ses missions Centrafrique confèrent un caractère permanent de fait à la présence militaire de la France dans ces deux derniers pays. Des centaines de « conseillers » sont présents dans 24 Etats au total, dont 18 pays africains. 1 200 officiers et sous-officiers étrangers sont formés chaque année en France. Il convient d'ajouter à ce dispositif quelque 3 000 gendarmes stationnés en permanence outre-mer. L'activité de la marine est consacrée pour 31 % à l'Océan Indien et pour 18% à la Méditerrannée. Enfin, les missions diverses de l'aviation sont également à prendre en compte. Aujourd'hui, le gouvernement prévoit même de renforcer encore les Forces d'assistance rapide (FAR), tant sur le plan du nombre d'hommes disponibles que sur celui des armements lourds dont seront dotées

Dans le cadre de cet effort de militarisation, le territoire national n'est pas oublié. La gendarmerie, véritable enfant chéri du régime, a vu son rôle tant militaire que politique se renforcer dans des proportions inquiétantes et, sous couvert de « lutte contre le terrorisme », on assiste à un redéploiement des activités de renseignement, ce qui a ému de nombreux secteurs démocratiques.

LES CONTRADICTIONS

S'ACCENTUENT La première des contradictions à s'accentuer, la plus visible aussi, affecte les relations entre Paris et Washington. S'il ne perd pas une occasion de réaffirmer son attachement à l'Alliance atlantiLa France est le premier producteur d'armes du monde par tête d'habitant. (DR)

Be darmes PLUTON /Spline de se vere que, le gouvernement français n'entend pas pour autant avaliser les « incohérences majeures » de la politique de Ronald Reagan. C'est le message que Charles Hernu a délivré à la dernière assemblée de l'Union de l'Europe occidentale (UEO), qui se tenait au même moment que le sommet de l'OTAN à Bruxelles (1). Le gouvernement français s'inquiète du renforcement et du redéploiement des forces conventionnelles envisagés par l'OTAN sous le nom de « Plan Rogers » (2). Paris y voit un affaiblissement de la dissuasion, mais surtout le prélude à une nouvelle offensive US dans le secteur de l'armement. La récente confirmation par le Congrès US des mesures protectionnistes autour de l'industrie d'armement nord-américaine a fini de convaincre les dirigeants capitalistes européens que Ronald Reagan leur préparait un nouveau coup fourré. La France peut done obtenir - pour un temps - le soutien de ses partenaires dans sa volonté de relance d'une politique européenne de défense, notamment par la réactivation de l'UEO, d'une part, et des projets de coproduction d'armement, d'autre part. Mais elle ne peut espérer voir se ranger derrière elle ses partenaires de manière durable.

Deuxième contradiction : aucun autre pays européen n'a des intérêts aussi décisifs que ceux de la France dans le secteur des industries d'armement. La France reste, et de loin, le premier producteur mondial d'armes par tête d'habitant. La politique de surarmement française est en vérité à hauts risques économiques. A la différence de ce qui s'était passé dans les années 1950 et 1960 où, après un formidable effort de surarmement, les USA avaient relâché le rythme, cette fois il n'y aura pas de pause américaine, parce qu'il y a la crise qui s'approfondit chaque jour davantage. Ce faisant, les capitalistes américains vont simplement déplacer les cré neaux porteurs de leur politique de surarmement, des forces nucléaires aux forces classiques par exemple, et sans doute demain vers les systèmes anti-missiles balistiques (ABM) comme le laissent prévoir les débats autour du mode de déploiement du MX. Dans ce contexte, l'économie française en général, et son secteur « militaire » en particulier, feront inévitablement les frais de la politique de Ronald Reagan, presqu'aussi agressive à l'égard de ses alliés ouest-européens que de P'URSS.

Troisième contradiction, sans doute la plus décisive pour les révolutionnaires : le gouvernement français doit faire appel, pour mettre en œuvre sa politique, à la jeunesse, qu'il va devoir militariser et embrigader à un degré supérieur à ce qui prévalait avant le 10 mai 1981. Les jeunes travailleurs sous l'uniforme peuvent retrouver à cette occasion une place centrale dans le dispositif militaire de l'ennemi de classe. Sous réserve que vienne des rangs du mouvement ouvrier une politique cohérente de dénonciation de la militarisation, la situation actuelle peut se révéler favorable aux travailleurs, car les jeunes embrigadés sous les drapeaux de la bourgeoisie n'ont que des raisons de rester fidèles à leur classe, s'ils y ont été préparés.

Jean-Louis MICHEL Paris, mardi 4 janvier 1983. 1. L'UEO est un organisme européen de coopération militaire et de défense. En sont membres les signataires du Traité de Bruxelles du 17 mars 1948 - Belgique, France, Luxembourg. Pays-Bas et Grande-Bretagne — plus l'AIlemagne fédérale et l'Italie. Ses rencontres au niveau des ministres des Affaires étrangères ont lieu avant celles du Conseil de l'OTAN, comme ce fut le cas en décembre dernier.

2. Pour plus de détail sur cette orientation, on peut se référer à l'interview du général Bernard Rogers, commandant suprême des forces alliées et commandant en chef des forces américaines en Europe, publié par le Monde daté du 6 janvier 1983.

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