Le dur cheminement d'une alternative ouvrière
ES élections présidentielles et législatives doivent avoir lieu au mois de février 1983 au Sénégal. C'est là un évé nement majeur, au moins pour les organisations politiques d'opposition, dont la plupart étaient encore dans la clandestinité il y a seulement un an. C'est aussi un événement nouveau pour l'ensemble du continent africain.
En assurant la succession de Léopold Sédar Senghor le 31 décembre 1980, le président Abdou Diouf a amorcé une « ouverture politique » à peu près totale, alors qu'auparavant seuls quatre partis politiques étaient légalement reconnus par la
Constitution. Chaque organisation politique a pu, dês lors, réclamer sa légalisation. Plusieurs facteurs sont intervenus dans cette « ouverture », dont certains sont à mettre en relation avec la crise économique que connaît le pays et avec l'influence déterminante de l'impérialisme sur la politique locale, notamment de l'impérialisme français, qui maintient une forte garnison militaire à Dakar et une base aérienne à Ouakham.
Déjà sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, le pouvoir avait dû lâcher du lest et reconnaître l'opposition bourgeoise du Parti démocratique sénégalais (PDS) d'Abdoulaye
Wade, puis du Mouvement républicain sénégalais (MRS, formation se disant elle-même « conservatrice » et à droite du Parti socialiste au pouvoir). Il s'agissait par là de laisser certaines fractions de la petite bourgeoisie cossue exprimer leur mécontentement sans danger pour le régime. Il avait aussi fallu prévoir un moyen de canaliser la combativité de certains secteurs ouvriers et de la jeunesse sur le terrain des institutions. On a donc légalisé, au nom de la reconnaissance constitutionnelle du
« courant marxiste-léniniste », le vieux Parti africain de l'indépendance (PAI) de Majhmout Diop, formation stalinienne
Claude GABRIEL
François CAZALS
La difficulté principale que rencontre la domination impérialiste dans cette région de l'Afrique noire est de parvenir à rationaliser cette économie néocoloniale, à transformer l'appareil d'Etat construit à la va-vite à l'époque des Indépendances dans les années 1960, tout en étant contraint, par nécessité, de maintenir les mé.
canismes fondamentaux du fonctionnement de ce système, à savoir la corruption et la prévarication généralisées qui le principal ciment d'une bourgeoisie faible, spéculatrice et presqu'uniquement mercantile. Il est en effet difficile de remettre totalement en cause les formes particulières d'accumulation du capital (corruption, détournement de fonds, prévarication) qui président à l'enrichissement de cette bourgeoisie locale.
Ainsi, tout dernièrement, les petits patrons du Groupement économique sénégalais (GES) ont vivement protesté contre les institutions financières qui voulaient contrôler leurs comptes en banque com...
me préalable à l'attribution de prêts bancaires, et qui exigeaient la mise en
Consultations électorales
par le gouvernement. abattu ses cartes. liquidation des entreprises par trop endettées. Ce n'était pourtant là qu'un des aspects du Plan de redressement économique et financier dieté FMI. Mais le gouvernement néocolonial a dû céder devant les récriminations de sa clientèle, et la valse des trafics, des prêts bancaires jamais remboursés, des détournements de fonds légalisés, va pouvoir se
Tout ne peut donc pas se faire dans un pays néocolonial de ce genre au nom des intérêts supérieurs du capitalisme en général. Il faut avant tout assurer la pérennité de l'édifice que constitue l'appareil d'Etat néocolonial et du vaste réseau de ceux qui profitent des retombées de ce système. L'Etat sénégalais, comme
Etats néocoloniaux s'appuie en effet sur une pyramide sociale dont la corruption est le dénominateur commun et le fondement de sa cohésion et de sa solidarité. Ainsi, dans la préparation des élections prévues pour février prochain, le Parti socialiste (PS) au pouvoir - qui est membre de l'Internationale socialiste — a su mobiliser à ses côtés une multitude de « solidarités » et de réseaux qui fondent l'assise de l'Etat néocolonial
SENEGAL
« historique » fondée en 1957 et disposant aujourd'hui de bonnes relations avec le Parti communiste italien (PCI) et le
Parti communiste roumain (PCR). Cette première étape a culminé avec les élections générales de 1978, qui ont confirmé le
PDS comme opposition bourgeoise au sein des institutions néocoloniales (17,38% des voix aux élections présidentielles)
et disposant d'un petit groupe parlementaire.
Depuis l'arrivée d'Abdou Diouf à la présidence, les choses se sont encore précisées. D'une part, la crise économique s'est aggravée et ce sont le Fonds monétaire international (FMI), la
Banque Mondiale et les institutions monétaires de la Zone franc qui dirigent maintenant sans fard la politique sénégalaise.
D'autre part, du côté des masses populaires, la combativité s'est renforcée dans certains secteurs, jusqu'à constituer une gêne réelle et durable pour la politique d'austérité envisagée
Le projet d'« ouverture démocratique » d'Abdou Diouf est donc clair, et personne n'est censé l'ignorer dans la gauche sénégalaise. Il s'agit, par le biais de la légalisation des appareils politiques, de renforcer les tendances à la bureaucratisation et à la sclérose d'une opposition politiquement et socialement divisée et hétérogène. Cela doit, dans un deuxième temps, conduire à l'élargissement des assises gouvernementales, par l'instauration d'un véritable climat d'« Union nationale » pour la sauvegarde du pays. Si ce processus était mené avec succès jusqu'à son terme, l'épisode qui lui succéderait serait celui d'une répression accentuée contre tous ceux qui auront refusé de se prêter à cette politique. Les prochaines élections constituent donc un test important pour mesurer ce que l'opposition sénégalaise compte faire après que le pouvoir ait aussi clairement et de la classe dominante dans ce pays.
Ont ainsi appelé à voter pour le candidat du PS Abdou Diouf les corps professionnels, les regroupements de commerçants, les éleveurs de poulets, la direction du principal syndicat, c'est-à-dire la Confédé.
ration nationale des travailleurs sénégalais
(CNTS), qui est d'ailleurs affiliée au PS, ainsi que toutes les chefferies marabou-
A travers la corruption et le clientélisme, le régime maintient des appuis sociaux qui dépassent les contours économiques de la seule classe dominante. L'Etat et le PS ont pu, surtout dans la mesure où le mouvement ouvrier était structurellement et organisationnellement encore faible, s'attacher pour un temps les faveurs d'une partie des masses populaires. Ces liens ne sont toujours pas entièrement rompus aujourd'hui. Au bon moment, ils peuvent être revivifiés de différentes
1. La population sénégalaise est musulmane à 90 %. Des confréries maraboutiques se partagent une grande partie des pratiques du culte.
Elles ont à leur tête des hiérarchies trés structurées et fort actives économiquement. Les principales sont les mourides, les tidjanes. les laobés.
manières par le pouvoir. Ainsi, comme cela vient de se faire à l'approche de l'échéance électorale, les dettes des paysans sont annulées et l'on fait intervenir la propagande des confréries islamiques pour relancer l'appui populaire à la candidature gouvernementale. A ce titre, lopération de succession entre Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf a aussi constitué un moyen de réactiver la dimension bonapartiste du régime. Seulement pour un temps limité certes, car de telles manœuvres ne suffiront pas à résoudre, à elles seules, la crise profonde de l'Etat néocolonial. Mais il s'agit justement, au travers des prochaines élections, de signer un nouveau bail entre le pouvoir et son électorat, quitte à improviser par la suite en fonction du succès de l'opération d'élargissement de l'assise gouvernementale du régime.
UN MOUVEMENT DE MASSE SOCIALEMENT ET POLITIQUEMENT
DIVISE Face à ce système fondé sur la corruption et le clientélisme politique, le mouvement de masse sénégalais reste profondément hétérogène sur le plan social et divisé au niveau syndical et politique. La société sénégalaise ne connaît pas de puissantes concentrations ouvrières - on estime à 200 000 environ le nombre de salariés sur une population de plus de 5 millions d'habitants. Sur une population active de 2 millions de personnes, les trois quarts se concentrent dans le secteur de l'agriculture. A côté de quelques dizaines de milliers d'ouvriers « stables » se maintient donc une couche bien plus importante numériquement de travailleurs temporaires, semi-prolétarisés, vivant occasionnellement d'emplois précaires (vendeurs de rue, travailleurs saisonniers, dockers embauchés à la journée ou contrôleurs des passagers dans les « cars rapides » privés ...). Il y a aussi cette masse de sans-travail dont l'écrasante majorité est composée de jeunes - les moins de ,quinze ans représentent 44 % de la population totale - et de femmes.
Dans les campagnes, la paysannerie est directement confrontée à la brutale exploitation système coopératif d'Etat, aux prêts sur les semences, qui provoquent un endettement endémique, au monopole d'Etat pour la commercialisation des principaux produits agricoles et pour la fixation des prix d'achat de ces productions. La seule production d'arachide occupe 42 % des terres arables et 70% de la population active totale, done un pourcentage encore bien plus important de la population active paysanne, et représente avec ses dérivés 42% de l'industrie et 23 % de la production intérieure brute (PIB). C'est dire combien la dégradation des termes de l'échange, le recul des quantités produites et de la productivité du travail en ce domaine, qui conduisent à la baisse régulière du prix de ces productions sur le marché mondial, maintiennent les masses paysannes à un seuil de pauvreté extrêmement bas. Ajoutée à la répression et à la coercition menées par l'administration, c'est là la raison fondamentale de l'absence de mobilisations paysannes d'envergure.
C'est encore dans les bastions ouvriers traditionnels, comme les transports urbains, l'électricité, les banques ou les chemins de fer, que s'est exprimée le mieux la combativité ouvrière ces dernie. res années. C'est dans ces secteurs qu'aujourd'hui le « consensus social » prôné par le régime passe le plus mal et que le mouvement d'organisation syndicale est le plus avancé. Toutefois, les différentes luttes sociales ces dernières années sont aussi restées dans ces secteurs principalement caractérisées par leur parcellisation. Aucun mouvement social d'ampleur n'est venu depuis l'Indépendance (1958-1960) unifier une partie ou la totalité de ces différentes fractions des masses laborieuses. Cette situation agit en retour sur le niveau de conscience de classe des secteurs prolétarisés les plus organisés et les plus combatifs. Très peu de grèves ont, dans la dernière période, affiché un objectif politique central contre le régime. Les luttes revendicatives demeurent isolées les unes des autres. A tel point que le gouvernement a même pu se permettre, à la veille des élections, de satisfaire les revendications salariales des employés des banques après seulement quelques heures de débrayage, dans la mesure où ces victoires n'entraînent pas la mobilisation immédiate d'autres secteurs du prolétariat pour exiger la même chose. Par ailleurs, des secteurs entiers de la population laborieuse (paysannerie, travailleurs temporaires, femmes et jeunes des bidonvilles ...) n'ont jamais fait l'expérience de luttes collectives ni même du minimum d'organisation
que connaissent les secteurs ouvriers.
Toutefois, dans les secteurs les plus combatifs au niveau de la lutte revendicative, le niveau de conscience politique reste encore faible. D'autant plus que la répression systématique contre toute forme d'organisation ouvrière indépendante, tout au long des vingt années de régime néocolonial, n'a pas facilité la permanence d'un haut niveau d'organisation syndicale ni même d'une mémoire des expériences ouvrières passées. L'histoire des luttes revendicatives du prolétariat sénégalais et de ses efforts pour se doter d'organisations syndicales combatives est celle d'un éternel recommencement.
Y compris lors de la première étape de l'« ouverture démocratique », avant même que Léopold Sédar Senghor ne cède la place à son Premier ministre Abdou Diouf, l'orientation manipulatrice des appareils politiques face au mouvement syndical renaissant de manière indé. pendante de l'Etat — à travers l'Union des travailleurs libres du Sénégal (UTLS), la Confédération générale des travailleurs démocratiques du Sénégal (CGTDS) ou le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) - a gâché une chance historique de faire un pas en avant décisif en direction de l'unité du mouvement ouvrier.
Le mouvement syndical actuel, caractérisé par une extrême cartellisation et le maintien de la CNTS liée au pouvoir comme la principale force syndicale, illustre aussi les conséquences néfastes de la stratégie des directions politiques nationalistes bourgeoises et staliniennes dans la dernière période. C'est dire si l'unification du mouvement revendicatif des masses demeure un objectif essentiel pour toute direction qui se veut révolutionnaire dans ce pays.
Faire avancer la perspective stratégique d'une révolution prolétarienne tout en dotant les masses de leurs organes de lutte indépendants de la bourgeoisie, tels sont les objectifs fondamentaux. Car la condition d'une avancée politique de la conscience des masses prolétariennes réside dans la rupture avec les pratiques et orientations de manipulation du mouvement de masse et d'union avec des secteurs bourgeois, défendues par les forces hégémoniques de l'opposition sénégalaise. Aujourd'hui, une telle orientation de classe constitue pourtant le cadet des soucis de la plupart des petits appareils politiques légalisés depuis environ un an.
La plupart de ces formations recherchent avant toute chose l'assurance d'une longue et tranquille période de légalité et militent en ce sens. Or, le but du pouvoir n'est pas simplement d'intégrer quelques fractions du PDS ou du Rassemblement national démocratique (RND), organisation nationaliste bourgeoise de Cheikh Anta Diop, dans un gouvernement de coalition, ou de rallier une serie de transtuges. L'objectif plus général du régime est de parvenir à museler toute l'opposition grâce au poison de l'arrivisme social et politique. Tous les moyens sont bons pour y parvenir : de la corruption pure et simple pour s'attacher des transfuges, jusqu'à la pression subtile pour créer un climat politique d'Union nationale tel que toute force préconisant la lutte sociale et politique contre le régime et l'impérialisme soit marginalisée pour mieux être réprimée ensuite.
Le nouveau gouvernement peut d'ores et déjà se targuer de certains succès en ce sens. Ainsi, lorsque dès son accession au pouvoir Abdou Diouf a annoncé la convocation d'états-généraux de l'enseignement, la direction du SUDES, à l'époque assumée par le Parti de l'Indépendance et du Travail (PIT, la plus pro-Moscou des formations staliniennes) et la Ligue démocratique (LD, scission du PAI dans les années 1970), a donné sans réserve dans le panneau de la « participation responsable ».
LA LUTTE POUR L'UNITE DU MOUVEMENT DE MASSE Dans le cadre de ce panorama politique et syndical particulier, la lutte pour l'unité et l'indépendance de classe du mouvement de masse passe principalement par le renforcement de l'indépendance du mouvement syndical par rapport à l'Etat et aux formations politiques bourgeoises et par la multiplication des formes adéquates d'organisation de la lutte des masses non salariées (femmes, jeunes, paysans ...) dans les quartiers et les villages, autour de leurs propres revendications.
Les syndicats et les organisations politiques ouvrières doivent avoir un rôle fondamental dans l'émergence et l'organisation de telles luttes. Au-delà de la bataille pour l'indépendance de classe
Abdou Diouf et François Mitterrand et leurs épouses lors de la visite du président français à Dakar, dans le mouvement syndical proprement dit, c'est par ces actions que peut le mieux se concrétiser la tactique d'unification des masses populaires opprimées autour du prolétariat. à la construction du mouvement syndical, qui pose donc la question de l'unité d'action des différents d'une base syndicale, certaines échéances, comme élections, mettent à l'ordre du jour la question de l'unité ouvrière au niveau des appareils politiques proprement dits. tout d'abord remarquer comme un peu partout où Afrique des forces d'opposition, ces appareils politiques — qu'ils soient bourgeois ou ouvriers ble implantation populaire. de leur unité au sommet n'est done pas forcément un terrain privilégié en permanence pour l'activité des marxistes révolutionnaires. Les principales forces ouvrières sénégalaises ont, par ailleurs, programmes politiques prônant la collaboration de classe et des directions de nature petite-bourgeoise, résultat du poids social et politique important de la petite bourgeoisie intellectuelle dans ces pays. Ce qui les distingue donc des formations bourgeoises, au-delà de leurs liens internationaux avec la bureaucratie soviétique pour certaines d'entre elles, c'est le fait qu'elles soient tenues pour responsables de leurs propositions, au moins par la fraction des masses populaires et du prolétariat qu'elles influencent. Leur rapport à cette fraction des masses populaires ne se limite pas, comme dans le cas des formations bourgeoises, au clientélisme, au suivisme religieux ou familial, mais constitue un engagement militant réel, bien que minoritaire. On peut dire qu'en dehors d'une base populaire éventuelle du parti au pouvoir, il n'y a guère de place au Sénégal, et peut-être même en Afrique en général, pour de puissantes formations bourgeoises d'opposition disposant d'une influence durable dans les masses. Le clientélisme, la corruption et la coercition peuvent permettre le contrôle d'une fraction des masses populaires par le pouvoir, mais beaucoup moins durablement par l'opposition. Par ailleurs, l'absence de bourgeoisie nationale interdit l'apparition d'une force bourgeoise antiimpérialiste conséquente et la masse paysanne reste très fluctuante dans ses attachements politiques, et souvent soumise aussi à la prévarication et au suivisme religieux.
Le seul moyen d'éviter le piège de l'Union nationale tendu par le pouvoir est donc de se battre en permanence pour l'unité et l'indépendance du mouvement de masse. La totalité des directions staliniennes et nationalistes restent en revanche empêtrées dans leurs conceptions purement incancatoires de revendications sociales et démocratiques, alors que seules de puissantes luttes de masse pourront faire plier l'impérialisme et le pouvoir néocolonial. Et c'est au profit d'un hypothétique front des « patriotes », c'est-àlire en fait d'une addition de quelque des luttes sociales.
L'activité syndicale n'est pas, pour manipulations font encore un peu plus reculer le taux déjà faible de syndicalisation.
L'EPISODE ÉLECTORAL
Dans le cadre des réunions unitaires qui se sont déroulées depuis le mois d'octobre 1982, les organisations en question ont donc fait mine de considérer l'échéance électorale comme un but en soi. Non pas qu'elles aient pensé que l'unité puisse parvenir à vaincre le parti au pouvoir, mais plutôt que cette campagne électorale devait d'abord servir à chaque formation pour manœuvrer contre les autres, et parvenir finalement à se présenter seules aux législatives et soutenir un candidat bourgeois aux présidentielles. D'une unité de lutte des organisations, il n'en était nulleseule voix discordante dans ces discussions aura donc été celle de l'Organisation socialiste des travailleurs (OST, formation qui se réclame de la IVe Internationale). Celle-ci estime que les élections devaient être un moyen de faire progresser la conscience de classe des travailleurs. Pour cela, l'OST se bat pour la seule unité des organisations de la classe ouvrièdu peuple travailleur. Toute allé geance à un politicien bourgeois comme Abdoulaye Wade du PDS ou Mamadou Dia du Mouvement démocratique et populaire (MDP) n'aboutirait, au contraire, qu'à faire reculer la conscience ouvrière. Comme POST l'affirme « Comment peut-on demain se dans les syndicats pour y virer les bourgeois si aujourd'hui on propose l'unité avec Wade et consorts ? (2) »
La bataille pour l'unité des organisations ouvrières et une bataille prolongée qui devra évidemment se poursuivre après les élections. La suspendre, même momentanément, sous prétexte qu'il serait préférable de soutenir un candidat bourgeois afin de faire un bon score électoral et de réaliser un front patriotique quelconque, est une méthode qui se retourne contre le mouvement ouvrier sénégalais. C'est cependant ce que la plupart des organisations de gauche ont décidé. Le PIT déclare vouloir s'abstenir de présenter un candidat aux présidentielles afin de ne pas « prendre une quelconque initiative susceptible de disperser davantage les choix de l'opposition (3) ». En d'autres termes, ce par ti, qui s'est opposé à l'unité des organisations ouvrières, s'apprête en revanche à faire voter pour Abdoulaye Wade du PDS. Du côté de la Ligue démocratique (LD), autre fraction stalinienne, même scénario, mais cette fois au profit de Mamadou Dia du MDP. Le petit groupe maoïste Union démocratique et populaire (UDP) et la Li gue communiste des travailleurs (LCT, groupe rattaché au Comité international pour la reconstruction de la IVe Internationale, CIRQI, voir encadré), affirment eux aussi vouloir soutenir cette candida-
Le courant maoiste And Jeff - Mouvement révolutionnaire pour une démocratie nouvelle, quant à lui, est traversé par la contradiction qui consiste à parler du socialisme mais à ne proposer, en fait, qu'une stratégie de « révolution nationale démocratique et populaire », c'est-à-dire un front multiclassiste. Après avoir dénoncé le Code électoral antidémocratique, mais sans proposer une riposte de masse unitaire, And Jeff a donc prôné l'abstention aux présidentielles.
Dans ce climat de division forcené, le pouvoir a su utiliser toutes les tares traditionnelles des formations de l'opposition.
2. « Lettre ouverte de l'OST aux militants de la Ligue communiste des travailleurs ». Da-
3. Le Soleil. Dakar, 13 décembre 1982. Le PIT propose la « démocratisation » de l'Etat et d'exiger l'indépendance de la CNTS par rapport au régime (cf. « Contribution du PIT à l'élaboration d'un programme électoral des partis de l'opposition »).
Finalement, contre Abdou Diouf ne vont se présenter que quelques vieux politiciens bourgeois pour lesquels vont « rouler », chacun dans leur coin, les différentes organisations ouvrières. En définitive, les élections présidentielles vont contribuer encore un peu plus à obseurcir la conscience de classe des travailleurs.
Dans un document exprimant ses avec une telle démarche, l'OST écrit: « Il faut savoir choisir le contenu de l'unité. Peut-on faire l'unité avec des organisations bourgeoises comme le PDS qui, à son Congrès, s'est déclarée sans vergogne prête à gouverner éventuellement avec Abdou Diouf ? (...) L'OST combat pour le socialisme. Cet objectif donc fondamentalement niveau d'organisation et de conscience de classe des masses laborieuses. Faire progresser cette conscience est une condition incontournable pour les révolutionnaires. Le moyen : Se battre en permanence pour l'unité et l'indépendance de classe du mouvement ouvrier. (4) »
C'est précisément dans cette voie que la majorité de la gauche au Sénégal est incapable de progresser. Pour les courants de matrice stalinienne, du type PAI, PIT ou LD, la lutte pour le socialisme est devenue un lent grignotage « démocratique » au sein de la société néocoloniale. Les luttes de masse sont reléguées au rang d'appoint tactique d'une telle orientation. La bataille pour contribuer à faire émerger une ferme conscience de classe parmi travailleurs est donc totalement LE POUVOIR CAPITALISE L'orientation d'Abdou Diouf consistant à favoriser la légalisation de l'opposition dans une perspective ultérieure de recomposition d'une nouvelle coalition gouvernementale n'a pas satisfait tout le monde au sein du PS. Des « barons » du parti au pouvoir ont vu d'un mauvais œil cette perspective. D'autant que, pour redorer le blason du régime et faire aussi bonne figure auprès du FMI, la présidence a lancé l'idée démagogique d'une lutte contre « l'enrichissement illicite ». Quelques têtes sont tombées, le ministre de l'Economie, Ousmane Seck, a dû démissionner. Rien de très méchant pour ce régime qui, jusqu'à la présidence de la Ré publique, est totalement corrompu. Mais ces petites manœuvres découpent pourtant des clans rivaux dans l'appareil du parti et le ton monte parfois au-dessus de ce qui est supportable pour le prestige
Le Congrès du PS, qui vient de se tenir en décembre 1982, avait donc pour but de le consacrer définitivement comme maître absolu du PS. Il n'y avait ni portrait de Senghor derrière la tribune, ni référence au passé dans les rapports présentés. Et ce n'est seulement que dans son discours de clôture qu'Abdou Diouf a rappelé brièvement le rôle du « père de la Nation ». Ce fut donc en quelque sorte le Congres de la « désenghorisation ».
Qualifié d'u artisan du renouveau » - ce qui laisse entendre qu'il était temps de ravaler la façade — l'actuel président de la République, Premier ministre Senghor durant dix ans, est présenté avec emphase dans le Soleil, journal « indépendant » dont le directeur est cependant membre du Bureau politique (BP) du PS, « comme Moïse déchirant la mer Rouge et franchissant le Sinaï. Abdou Diouf se veut conducteur de peuple et porteur de félicité. (...) Aujourd'hui, c'est la légitimité, la vox populi, la voix de Dieu (5) ».
Dès lors, tous les thèmes de « rassemblement » sont répétés à l'infini. « Sûr de lui, solide sur ses bases, le PS peut alors tendre la main », déclare un certain Cherif Seye. « La maladie infantile de la démocratie sénégalaise, c'est l'émiettement extrême du paysage politique, le poussiérisme. (...) Le PS favorisera toute ouverture dont le seul but est de réconcilier les Sénégalais avec eux-mêmes », ajoute Abdou Diouf, au congrès du PS. Les comités de soutien à Abdou Diouf se veulent dorénavant ouverts bien au-delà seul PS. Un comité national composé de 1500 intellectuels, où l'on trouve grand nombre d'anciens opposants à Léopold Sédar Senghor, a lui aussi appelé à voter pour Abdou Diouf. « Le Congrès devrait donner corps à l'ouverture prônée par Abdou Diouf. (...) Les soutiens, les ralliements qui se multiplient doivent conforter ce choix », est-il écrit dans le
C'est un fait que déjà des dirigeants du PDS ont rejoint le PS et que la direction du RND, qui a décidé de ne pas pré senter de candidat aux élections présidentielles, négocie secrètement avec la présidence. Il n'en est done que plus ridicule, à gauche, de vouloir prôner l'unité avec de telles forces.
Certain de réussir la première phase de son plan, Abdou Diouf prépare d'ores et déjà le second round. Il lui faudra isoler les groupes politiques et les secteurs
Vient de paraître
INPREKOR en Polonais numéro Au sommaire : Un an après le coup de force. Deux voix sur la situation (entretien avec deux dirigeants clandestins).
La nouvelle loi syndicale. Les buts et la stratégie de Solidarnose (deux contributions envoyées de Pologne). La solidarité avec Solidarnose. Sur la scission du Comité de coordination de Solidarnose en
Mécontentement en Roumanie.
Des documents : appel de J. Pinior, appel aux partis et syndicats ouvriers de l'Ouest
Varsovie, enregistrement de l'exposé d'un membre du BP du POUP aux cadres du parti de Wroclaw.
Prix au numéro: 15 FF. Abonnement d'un an (six numéros) : 75 FF (ou reuil, France.
sociaux les plus résolus, ceux qui refused'une manière compromis avec le régime et sa politique
Congrès du PS, il a été ainsi glissé que
« dans ces heures décisives (au niveau national), nous sommes prêts à nous opposer à toute remise en cause de la paix civile par ceux pour qui le pouvoir est une
Il ne peut donc y avoir aucun doute dans les rangs de l'opposition révolutionnaire. A terme, dans une perspective encore impossible à déterminer exactement et qui dépendra du rythme de radicalisation des masses, elle sera durement réprimée, comme par le passé et sans doute aussi interdite, sous le prétexte qu'elle refuse l'Unité nationale. Dans cette entreprise, tous les coups seront bons. On prépare déjà le terrain pour dénoncer « les agents de l'extérieur » et cela ne manque pas de piquant quand on voit ce que rel'appartenance du PS sénégalais à l'Internationale socialiste. C'est ainsi qu'un certain Boubacar Obeye Diop, député du PS, présente l'affaire : « Aussi, notre appartenance à l'Internationale soloin de nous gêner, constitue-t- elle une des formes de notre coopération et multilatérale.
détracteurs du Parti socialiste adoptent à cet égard notre transparence,
"internationaqu'ils se rattachent à des les" avouées ou occultes. (8) »
Dimanche, 26 décembre 1982.
4. « Pourquoi l'OST n'est pas d'accord avec la plate-forme électorale adoptée le 30 novembre par les partis de l'opposition ». tract.
5. Le Soleil, 11 décembre 1982.
6. Op. cit., 10 décembre 1982
7. Op. cit., 11 décembre 1982.
8. Op. cit., 8 décembre 1982.
SOLIDARNOSC Z SOLIDARNOŚCTA nr 7
PO ROKU...
• OMGEOS O SYTUAET
V KRAJU spotecrenstud robotnikon Zachodu
• ARTYRUEY NADESEANE
2 KRAJU
• Soit idarnose
* "Solitamoscia"
• Roztam - Komitecte
• Romuniskie odgtosy
CELONE EURA POLEMANIA MLADZY
DO KADR PARTYUNYCH WROCLAWIA
PIPR, POREBSKE ena: 15 FT. 2,5 05 4. 100 787 5F5, 7 0M. 15-30