Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAL

La LCT : du Front unique anti-impérialiste au soutien à une candidature bourgeoise

· Inprecor n° 141, 17 janvier 1983 · p. 16-17 · 874 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

IVe Internationale

La LCT: du Front anti-impérialiste au soutien à une candidature bourgeoise

La Ligue communiste des travailleurs (LCT) est l'organisation sénégalaise pour la reconstruction de la IVe Internationale (CIRQI) formé autour du Parti communiste internationaliste (PCI-lambertiste) français. Tout tion socialiste des travailleurs (OST), qui se réclame de la IVe Internationale, la LCT est une petite organisation, le courant se revendiquant du trotskysme étant encore le plus faible des courants ouvriers au Sénégal. Pourtant, certains dirigeants de la LCT se laissent souvent aller à avancer des chiffres fantaisistes sur leurs forces, surtout destinés d'ailleurs à la propagande extérieure. Le meeting central de la LCT au cinéma Rex de Dakar, du 18 décembre dernier, qui a rassemblé environ 80 personnes - dont des militants d'autres organisations — donne une idée plus unique du Comité international comme l'Organisadu réaliste de l'implantation réelle de cette organisation.

A l'approche des élections, la LCT a, comme toutes les autres organisations, commencé à préciser son orientation face à cette échéance. Le 10 juillet 1982, elle publiait un tract appelant à l'« unité de l'opposition ». Confrontée à quelques remous internes du fait de cette formulation qui n'excluait pas explicitement de cette unité les partis bourgeois, la direction de la LCT publiait une nouvelle fois ce tract, quelques jours après, en informant ses lecteurs que l'unité de l'opposition dont il était question n'incluait pas des formations bourgeoises d'opposition, comme le Parti démocratique sénégalais (PDS) d'Aboulaye Wade ou le Mouvement républicain sénégalais (MRS) de Boubacar Guèye.

Lorsque débutèrent les réunions unitaires autour de l'échéance électorale, l'OST obtint l'acceptation par la LCT et le Parti africain de l'indépendance (PAI, stalinien) d'une déclaration commune en faveur de « l'unité des organisations de la classe ouvrière et du peuple travailleur » (cf. Inprecor numéro 139,

20 décembre 1982). Cet appel fut diffusé à plusieurs milliers d'exemplaires au Sénégal et dans l'émigration sénégalaise en France, cité par le leader du PAI, Majhmout Diop lors d'une conférence de presse, repris par certains journaux comme celui de la Ligue démocratique - Mouvement pour le parti du travail, etc. Pourtant, ce document à peine signé, la direction de la LCT accepta, au cours des réunions unitaires suivantes, la proposition de divers groupes staliniens d'élargir ces rencontres à des organisations bourgeoises comme le PDS et le MRS, ce dernier étant

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formellement opposé au mot d'ordre d'« Etat laïque ». La LCT s'est même ensuite proposée de participer aux commissions chargées d'aller inviter ces forces réactionnaires.

Quand les réunions unitaires en arrivèrent à débattre d'une plate-forme politique, la LCT s'est opposée aux représentants de l'OST qui réclamaient que soit définie une perspective gouvernementale claire excluant toute participation des partis bourgeois. Les représentants de la LCT finirent même par donner leur aval à un programme aussi vague que confus, ne proposant aucune rupture avec l'impérialisme et prônant l'unité sans principes de l'opposition sur un projet de « salut national ». Mieux encore, la LCT fut la seule organisation à se réclamer publiquement de ce prétendu « programme unitaire », dans un tract diffusé le 12 décembre.

Alors qu'aujourd'hui les forces les plus importantes de l'opposition ont fait le choix de se présenter séparément aux élections, la LCT a suspendu ses discussions avec l'OST et le PAI, rompant ainsi avec ce qui aurait pu être le seul bloc de front unique dans cette campagne électorale. Elle l'a fait au profit d'un soutien au candidat Mamadou Dia et à son groupuscule bourgeois, le Mouvement démocratique populaire (MDP), comme l'ont annoncé les dirigeants de la LCT lors de la rencontre unitaire du 21 décembre 1982. Pourtant, ce vieux politicien bourgeois, ancien président du Conseil et rival historique de Léopold Sédar Senghor dans les années 1960, a présenté sa candidature comme le résultat « d'un devoir religieux, d'un acte de dévotion à Allah ». Par en bonne compagnie.

dante de la classe ouvrière, et ailleurs, il a précisé : « Nous ferons face avec la foi du militant et du croyant ... pour instaurer une société islamique délivrée de toute trace de despotisme. » (Le Soleil, 20-21 décembre 1982). Voilà donc la LCT

Il était un temps où cette organisation opposait à la tactique trotskyste de Front unique ouvrier une formulation confuse de « Front unique anti-impérialiste », dont le contenu variait au gré des tracts et déclarations. A la première échéance politique importante, la LCT a préféré rompre toute unité avec les formations ouvrières de l'OST et du PAI, abandonnant ainsi la bataille pour une candidature indépenalignée sur une position de soutien à un front de collaboration de classe et à un candidat bourgeois.

Cet opportunisme politique s'articule autour du catastrophisme politique de l'analyse que la LCT fait du caractère « pré-révolutionnaire » de la situation et de l'état de « dislocation » qui serait celui du régime. Il ne suffirait plus dès lors que de donner un coup de pouce — même avec des forces bourgeoises -pour faire basculer tout l'édifice... Ce faisant, les militants de la LCT contribuent plus au recul de la conscience de classe des truvailleurs qu'à l'avancée de la mobilisation ouvrière à l'occasion des élections. A leur modeste niveau, ils se retrouvent done ainsi servir de marche-pied à des politiciens bourgeois à la recherche d'un espace politique dans le cadre de l'U-

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