Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URUGUAY

Le projet de la dictature mis en échec aux « élections internes » du 28 novembre 1982

· Inprecor n° 141, 17 janvier 1983 · p. 20-21 · 1 316 mots

Brésil

E 28 novembre dernier se sont déroulées des « élections internes » pour la constitution des Conventions nationales des partis politiques. Les trois partis bourgeois légalement reconnus, le Parti national (Blanco), le Parti Colorado et la petite Union civique (catholique), résurrection récente de la formation autodissoute en 1961, se présentaient aux suffrages. Ces élections, auxquelles était convié tout le corps électoral, devaient désigner les 500 membres des Conventions nationales de chacune de ces trois formations, plus leurs Conventions départementales. Ces Conventions nationales devront nommer à leur tour les organes exécutifs de ces partis qui seront appelés à élaborer leurs programmes et à désigner leurs candidats pour les consultations électorales, prévues pour l'année 1984, dans le cadre du « processus de restauration démocratique » engagé par les militaires.

Il s'agissait ainsi pour la dictature de contrôler les appareils politiques des formations bourgeoises légalisées. Après l'échec du référendum constitutionnel de 1980, où le projet gouvernemental avait été rejeté par 57% des suffrages exprimés, les « élections internes » du 28 novembre dernier constituaient donc une nouvelle épreuve politique pour la dictature militaire. Avec la complicité des forces politiques bourgeoises, les militaires avaient réussi à se sortir du désaveu massif du référendum de 1980 en interprétant les résultats comme ... un refus de modification de l'organisation du régime.

Cette fois, pour les « élections internes », les militaires avaient multiplié les précautions pour éviter une nouvelle déconvenue. Tout d'abord seules sont autorisées les trois formations bourgeoises, parti Blanco, parti Colorado et Union civique. Tous les autres partis politiques, de la Démocratie chrétienne au Parti communiste, sont interdits, et notamment celles qui ont fait partie du Frente Amplio (Front élargi) d'opposition créé en 1971 et qui avait remporté 18 % des suffrages lors des élections de la même année. Pourtant, même les partis officiellement reconnus sont soumis à des restrictions et à des tracasseries telles que la « suspension » des droits civiques de leurs principaux dirigeants. Les militaires ont aussi imposé le retrait de plus de 600 personnes des listes de candidats com. posées par les partis, personnes frappées d'« inaptitude », et ce pour divers motifs.

L'hebdomadaire de la Démocratie chrétienne, Opcion, a été définitivement interdit pour avoir appelé au « vote blanc ». Il a été accusé « d'agir comme un parti politique et de servir de porte-parole au Frente Amplio ». La revue de l'opposition au sein du parti Blanco, intitulée la Démocratie, a été suspendue temporairement, tout comme une publication des groupes catholiques, la Plaza, qui avait soulevé le problème des prisonniers politiques dans un éditorial intitulé « Clémence pour les vaincus ». De multiples avertissements ont été lancés par les militaires contre les dirigeants des partis traditionnels qui ne « savent se situer, ni collaborer avec les instances électorales ». Lors d'une conférence de presse, le 18 octobre 1982, le ministre de l'Intérieur, le général Yamandu Trinidad, affirma : « Il y a des fractions des partis traditionnels qui veulent revenir aux vieux schémas qui ne font aucun bien ni au processus ni au pays. » Quelques jours plus tard, il menaçait de « soumission à la justice (militaire) les politiciens qui ne s'ajusteront pas aux normes fixées ». (Toutes ces citations sont tirées du bulletin bimensuel Uruguay Informations, 67, rue du Theatre, 75014 Paris, numéro 104 du 11 novembre 1982).

Malgré toutes ces mesures d'intimidation, les résultats de ces élections ont représenté une défaite pour le projet de la dictature militaire de contrôler la désignation des dirigeants politiques civils, à la fois du fait du succês du « vote blanc » et de celui des candidats d'opposition au sein des partis légaux.

millions d'électeurs inscrits ont participé au scrutin. Les résultats ont été accueillis par une explosion de joie dans les rues de Montevideo, la capitale. Le parti Blanco l'a emporté sur le Colorado (plus compromis avec la dictature) avec 46 % des suffrages contre 40 %. Mais, plus important en-

Best le résultat électoral des fractions dissidentes des partis traditionnels. Pour le parti Blanco, ce sont les candidats du courant « Pour la Patrie », lié au dirigeant en exil Wilson Ferreyra Aldunate, et ceux du « Mouvement de Rocha », qui arrivent en tête avec 70% des suffrages, et jusqu'à 78% à Montevideo. Le courant pro-gouvernemental de ce parti n'ob tient par contre que 9,4 % des suffrages. De sorte que la Convention du parti Blanco sera majoritairement d'opposition. De même, dans le parti Colorado, le courant dirigé par José Maria Sanguinetti et Jorge Battle (ce dernier également « suspendu » de ses droits civiques par le régime) remporte 330 sièges à la Convention du parti, avec 67 % des suffrages, contre 148 sièges et 28,6 % des suffrages au courant pro-gouvernemental. l'Union civique ne recueille, quant à elle, que 1 % des résultats

Si le Parti socialiste et le Parti communiste (par la voix de son dirigeant Rodney Arismendi, exilé à Moscou) avaient appelé à voter pour les candidats « progressistes » des partis bourgeois tolérés, un courant significatif s'est dessiné autour de la consigne de vote nul (« vote blanc »), pour exprimer un refus de la dictature et des règles du jeu qui interdisent toute possibilité d'expression d'un vote de classe. Le Parti pour la victoire du peuple (PVP) ou le Parti socialiste des travailleurs d'Uruguay (PST-U) ont notamment soutenu cette position. Mais ce fut aussi le cas de la revue Opcion et du général Liber Seregni, ancien leader du Frente Amplio, arrêté en 1973, qui a lancé de sa prison un courageux appel au « vote blanc ». Cette consigne a remporté un important succès, puisqu'elle a totalisé environ 11 % des suffrages. Cette position avait été soutenue au Brésil par les milieux d'émigrés uruguayens, et a reçu un important soutien du mouvement ouvrier brésilien, avec une pétition recueillant notamment les signatures des dirigeants du Parti des travailleurs (PT) (dont le président « Lula », le député Djamla Bom), de dirigeants syndicaux (Paolo Skromov) ou de personnalités du PMDB (Fernando Enrique Cardoso).

Aussitôt les résultats connus, la fille de Ferreyra Aldunate, Silvia, a proposé un front commun des oppositions pour le retour à la démocratie. Pourtant, cette opposition bourgeoise n'avait rien su faire, en 1980, du « non » massif à la dietature exprimé à l'occasion du référendum constitutionnel. Il est vrai que cette fois « les élections internes » lui apportent un surcroît de légitimité.

De leur côté, les militaires ont annoncé leur intention de procéder à un nouveau référendum constitutionnel en 1983, avant de tenir des élections présidentielles en 1984. Les deux échéances demeurent toutefois hypothétiques. En ce qui concerne la Constitution, les militaires maintiennent leur projet d'un « quatrième pouvoir », le Conseil de sécurité nationale (COSENA), qui signifierait une institutionnalisation du pouvoir d'exception. C'est déjà ce projet qui avait contribué, en 1981, à grossir les rangs de l'opposition bourgeoise.

Quant aux futures élections présidentielles, les candidats civils acceptables aux yeux des militaires ont été battus à plate couture à l'occasion de ces « élections internes ».

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Tout à leurs calculs et à leurs manœuvres, les secteurs bourgeois d'opposition ne sont pas plus prêts aujourd'hui qu'après le référendum de 1980, à transformer la défaite électorale de la dictature en mobilisation effective pour la reconquete des libertés politiques et syndicales, pour la libération des prisonniers politiques (il y en a plus de 1 000 officiellement reconnus, dont au moins 40 restent détenus après avoir fini de purger leur peine), et pour une assemblée constituante ternes ».

souveraine, dont les résultats du référendum et ceux des « élections internes » illustrent pourtant plus que jamais l'actualité.

Nous publions ci-après la prise de position du PST-U pour le « vote blanc », et une interview d'un dirigeant du PVP en exil présentant l'orientation de son parti sur les « élections in-

D.J.

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