"Le vote blanc c'est un vote d'indépendance de classe !"
exil du Parti pour la victoire du peuple (PVP)
(dirigeant du Parti pour la victoire du peuple (PVP). Em- OUS publions ci-dessous une interview de Luis Romero prisonné pendant six ans en Uruguay, Luis Romero a été libéré en juillet 1980, et a dû ensuite s'exiler.
Travailleur de l'industrie du caoutchouc, il fut dirigeant de son syndicat et membre de l'exécutif de la Confédération nationale du travail (CNT) durant la grève générale de 1973. Il
« INPRECOR » : - Peux-tu donner appréciation du résultat du référendum constitutionnel organisé par la dictature en novembre 1980 ?
Luis ROMERO: - Il faut bien comprendre que mon pays souffre d'une dictature sanglante, l'une des plus cruelles d'Amérique latine, son système carcéral est l'un des plus durs, la torture y est massivement employée et les disparus sont nombreux. Sur cette toile de fond, le « non » majoritaire du 30 novembre 1980 au projet constitutionnel des militaires au pouvoir fut un coup dur pour la dictature. Le résultat du référendum a soulevé l'espoir des camarades qui résistent à l'intérieur du pays, des couches populaires, des travailleurs, des étudiants et de tous ceux qui, hors du pays, œuvrent à la continuation de la résistance.
Nous devons reconnaître que la faiblesse des organisations syndicales et politiques des travailleurs n'a pas permis de profiter de cette victoire dans le sens d'un changement fondamental en Uruguay. Les effets de nombreuses années de répression et de désorganisation ont empêché le peuple de récolter les fruits de ce triomphe. Il est clair, cependant, que le peuple continue de résister, et de nouvelles échéances vont se présenter pour affronter les plans de la dictature et consacrer la victoire acquise par le vote du 30 novembre 1980.
- Quel a été le rôle joué par les partis bourgeois traditionnels dans ce processus ?
- Le résultat du référendum signifie le rejet de la dictature par le peuple. Mais les partis traditionnels de la bourgeoisie - Blanco et Colorado - ne virent dans ce référendum que l'occasion de se confron ter à la dictature dans le cadre de la défense de leurs intérêts propres. Le peuple a rejeté la dictature dans son ensemble, alors que ces secteurs bourgeois ont seulement rejeté la Constitution proposée par
Entretien avec Luis Romero, dirigeant en
Erection extérieure de la CNT. les militaires. C'est pour cela que ces derniers ont pu et ont su profiter de la situation pour se reprendre après leur défaite.
Entre le retour à une répression aveugle ou le dialogue avec les secteurs politiques traditionnels, où il rencontrait un écho favorable, le gouvernement militaire a choisi cette dernière solution. Les politiciens dont je viens de parler, en défense de leurs intérêts de classe, ont ouvert le dialogue avec la dictature, trahissant par là les résultats du référendum. Ils sont contre le gouvernement sur certains points de sa politique économique, mais ils voient dans les militaires leurs alliés de classe, par exemple pour contrôler les salaires. Les conditions de ce dialogue en font d'ailleurs une parodie où le gouverest aujourd'hui membre d'un organisme coordinateur de la di-
Dans cette interview, accordée pour Inprecor à un camarade de la Liga Comunista Revolucionaria (LCR, section de la
IVe Internationale dans l'Etat espagnol), Luis Romero analyse les conséquences du résultat du référendum de novembre 1980 pour la dictature et définit les positions de son parti à la veille des « élections internes » de novembre dernier.
nement et les forces armées imposent aux partis politiques leurs conditions, que ces derniers acceptent, même si c'est parfois en protestant. Mais ils ne furent jamais capables de refuser le dialogue avec la dictature et d'exiger le respect de la volonté populaire.
Dès la première réunion de la commission politique des forces armées avec les dirigeants des partis, ces derniers se virent imposer une réduction du nombre de leurs représentants. Les partis Blanco et
Colorado présentèrent des projets de statut des partis politiques qui furent restreints par cette commission, et une nouvelle fois restreints par le Conseil d'Etat.
C'est sous cette forme amputée qu'ils fu-
« Notre pays souffre d'une dictature sanglante » (DR)
expression anarcho-syndicaliste des secteurs combatifs du mouvement ouvrier qui rejetaient le réformisme des dirigeants communistes et socialistes. La FAU, qui reprend les traditions historiques du mouvement ouvrier anarchiste implanté dans la région du Rio de la Plata en y intégrant des éléments d'analyse marti révolutionnaire à des positions internationalistes qui considèrent la révolution uruguayenne comme partie prenante de la révolution socialiste latino-amésation se posèrent le problème de la réorganisation de la gauche révolutionnaire la dictature militaire ouverte — le Parti pour la victoire du peuple (PVP) qui, peu de temps après, en 1976, subit les coups d'une répression brutale, conséquence taine « disparaîtra ». Parmi ces derniers, les figures historiques du PVP Gerardo Gatti, dirigeant ouvrier de l'imprimerie et Léon Duarte, dirigeant ouvrier du caoutchouc. Aujourd'hui encore, plus de 50 camarades du PVP sont en nit comme parti marxiste-révolutionnaire lors d'une conférence où se met en place la réorganisation. Les tâches définies par cette conférence s'orientent vers la réimplantation du parti à l'intérieur du pays autour de trois axes de travail :
la réorganisation du mouvement ouvrier, la lutte contre la dictature, et la lutte cipé à la lutte pour le rejet, en 1980, de la Constitution proposée par la dictature et il a mené campagne pour le « vote blanc » aux « élections internes » rent approuvés. A l'heure actuelle, ces statuts sont en vigueur et les partis légaux les acceptent.
Les revendications de ces partis n'ont jamais atteint un point tel qu'elles supposent l'affrontement avec le projet de la dietature. C'est pour cela que le peuple ne les prend pas pour une opposition sérieuse à la dictature, ce qui aurait ouvert des possibilités d'alliance pour lutter contre les forces armées au pouvoir. Le statut des partis légaux proscrit les principaux dirigeants de ces partis et ils l'ont accepté.
Il interdit les partis ayant des liens internationaux et ils l'ont accepté, même si cela touche indifféremment des communistes, des socialistes et des démocrates-chré-
Faisant partie intégrante de ce programme des militaires, des « élections internes » vont avoir lieu maintenant pour élire dans chaque parti la Convention qui, ensuite, désignera l'exécutif du parti et ses candidats aux élections présidentielles
Qu'est-ce que le Parti pour la xiste, a une solide implantation dans le mouvement ouvrier.
connu la FAU d'origine :
masse comptant de nombreux militants ouvriers ;
pe armé, et qui orienta ses actions armées vers l'appui aux luttes ouvrières.
et s'unirent aux noyaux politiques de la FAU.
de l'alliance militaire Argentine-Uruguay.
pour la libération des prisonniers et la réapparition des « disparus ».
de 1984. Tout l'électorat participe à ces
« élections internes » pour nommer les
Ultérieurement, les dirigeants des partis élaboreront avec les militaires une constitution où les forces armées imposeront ce qu'elles voudront, notamment l'institutionnalisation du Conseil de sécurité nationale (COSENA) comme organe supragouvernemental, composé des généraux du commandement suprême, des ministres et du président de la République.
Il est évident que les partis vont accepter ces propositions parce qu'ils n'ont pas de divergences de classe avec les militaires et sont d'accord avec eux sur la politique qu'ils mènent contre les travailleurs. C'est dans ce cadre que les militaires préparent les élections présidentielles qui sont prévues pour 1984.
victoire du peuple (PVP) ?
C'est en 1956 que se forme la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU),
Ce processus de synthèse politique a intégré la nécessité d'organiser un par-
En 1962, la FAU participa à la réunion constitutive du Mouvement de li-
En 1970 apparaissent deux organisations qui reflètent l'évolution qu'a
- la Résistance ouvrière et étudiante (ROE), qui est une organisation de
- l'Organisation populaire révolutionnaire 33 (OPR 33), qui en est le grou-
En 1972, après la défaite du MLN, des secteurs dissidents de cette organi-
Aboutissement de tout ce processus, apparaît en juillet 1975 - sous
Plus de 200 membres du PVP sont arrêtés à cette occasion, dont une cen-
En 1977, le parti fait une analyse autocritique de cette situation et se défi-
Fort de son implantation réelle dans le mouvement ouvrier, le PVP a parti-
- Quelle importance accordez-vous à ces « élections internes » du 28 novembre 1982 ?
- Nous pensons que de la même façon que nous avons profité du référendum de 1980 pour dénoncer la dictature, ces « élections internes », où tout le peuple doit voter, doivent être utilisées pour rejeter la politique des forces armées.
Il y eu, au sein de la gauche, trois positions par rapport à ces « élections internes ». L'une d'elles propose de voter pour les candidats les plus progressistes de chaque circonscription électorale. autre propose l'abstention et il faut prendre en considération la possibilité d'un fort taux d'abstention, étant donné le peu d'intérêt suscité par ces élections parmi les masses populaires.
Et la dernière position, que partage le PVP, c'est le « vote blanc », le vote nul, qui implique le rejet de la dictature dans ensemble. Pour nous, le « vote blanc », c'est un vote d'indépendance de classe, c'est un vote de mobilisation organisationnelle et programmatique, c'est un vote qui doit servir à regrouper la gauche et les secteurs démocratiques conséquents. Enfin, c'est un vote qui servira à démontrer qu'après tant d'années de ré pression, la gauche uruguayenne est vivante et qu'elle lutte pour la chute de la dictature.
- Et quelle est la position du Frente Amplio (FA, Front élargi) ?
- Il convient de rappeler que lors de sa création en 1971, le Frente Amplio regroupait toute la gauche, des secteurs des partis Blanco et Colorado, et qu'il comptait avec l'appui des guérilleros Tupamaros et du Mouvement du 26 Mars. A l'heure actuelle et après la répression, le Frente Amplio est très faible à l'intérieur du pays, et ses représentants sont sous
l'hégémonie des partis communiste et so-
Nonobstant, lors de réunions en Uruguay, les camarades du Frente Amplio décidèrent d'appeler comptant sur l'appui de son président, le général Liber Seregni, qui soutenait cette position depuis la prison. Je veux préciser que la position de notre parti, le PVP, de voter « blanc » à ces « élections internes » n'implique pas le rejet de possibilités de fronts anti-dictatoriaux avec des secteurs de partis bourgeois. Au contraire, notre parti a appelé en différentes occasions à former un front de ce type, mais sur la base d'un accord public, qui s'affirme de façon conséquente contre la dictature et qui implique la lutte et la mobilisation effectives pour les revendications démocratiques exigées par le peuple.
- Quelle est la situation actuelle du mouvement syndical ?
- Après de longues années d'illégalité quasi totale de l'activité syndicale, la dictature a promulgué, en 1980, une loi sur les associations professionnelles destinée à désamorcer le mouvement syndical qui commençait à renaître. Mais, pour cela, elle a dû concéder quelques marges de manœuvre légales, étroites certes, permettant d'organiser syndicalement les travailleurs. C'est dans ce sens que fut autorisée la création de commissions syndicales provisoires sur les lieux de travail, avec beaucoup de restrictions et permettant la « pluralité », c'est-à-dire l'existence de plus d'une commission dans chaque lieu
Depuis lors, ce sont plus de 200 commissions qui ont surgi, qui ont maintenu l'esprit unitaire de la classe ouvrière, qui ne se sont pas divisées et qui, dans de nombreux cas, éditent des bulletins.
processus doit continuer jusqu'à la création de syndicats selon les plans du gouvernement, mais nous pensons qu'il avancera en conservant son esprit de classe et en faisant échouer les plans des forces armées d'atomisation des forces ou-
Il est essentiel pour cette réorganisation de pouvoir compter sur la solidarité internationale du mouvement ouvrier. Récemment, une délégation de syndicalistes brésiliens de toutes tendances, même des bureaucrates, s'est rendue dans mon pays. Elle a joué un rôle important car elle a permis à un mouvement ouvrier illégal depuis une décennie de renouer des liens et de se sentir appuyé dans sa lutte de réorganisation des travailleurs. Nous ne pouvons pas oublier que la classe ouvrière désespérément de pouvoir sur des organes indépendants, défendant ses intérêts. Souvenons-nous que la chute du salaire réel a été de 53% en un an, qu'il y a 12 % de chômeurs, et que c'est par centaines de milliers que les Ürugayens ont quitté leur pays, soit du fait de la répression, soit parce qu'ils ne pouvaient plus y gagner leur vie.
Propos recueillis par Luis ALONSO, Madrid, octobre 1982.