/ que du pays. Elle a permis la libération de plus de 500 prisonniers politiques et l'arrêt des recherches ou des condamnations concernant « les auteurs, les complices ou ceux qui dissimulent des faits constituant des délits politiques (...) tels que la rébellion, la sédition, les émeutes et tous les faits liés à ceux- ci, commis pour les faciliter ou favoriser leur réalisation, ou pour les dissimuler » (articles 1 et 2 de la Loi 35/82). Ceci vaut de surcroît pour ceux qui luttaient les armes à la main et qui n'ont pas été pris.
Certaines restrictions ont cependant
Socorro RAMIREZ
Pendant trois ans, la guérilla avait réclamé une amnistie générale, et c'est pour cela que le mouvement démocratique avait fait de cette exigence l'axe central de ses discussions et de ses propositions.
Dans ces conditions, la position prise par le groupe de guérilla M-19 (Mouvement du 19 avril) apparaît peu compréhensible, dans la mesure où une fois la Loi approuvée (et alors qu'auparavant il en avait appuyé le projet), il met en avant toute une série de conditions maximalistes, qui impliquent presque la révolution, pour accepter ces mesures.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, pro-soviétiques) ont réclamé la démilitarisation des régions en guerre et salué la promulgation de la Loi.
L'Armée de libération nationale (ELN, castriste), l'Armée populaire de libération
(EPL, maoïste), le Pedro Leon Arboleda
(PLA, dissidence de l'EPL), et l'Autodéfense ouvrière (ADO), ont pris position contre l'amnistie. L'ELN, par exemple, a déclaré qu'elle pousuivrait le combat. Et, bien que la Loi n'exige pas la remise des armes ni de présentation personnelle des combattants, il y a au maximum 100 guérilleros qui, individuellement, l'ont
Malheureusement, cette loi, bien que constituant un grand progrès, n'est pas accompagnée de réformes sociales qui permettraient de faire face à la misère, à l'accaparement des terres par les riches propriétaires fonciers, au chômage, aux problèmes qui ont engendré une lence permanente.
Les décrets présidentiels ont mis en route des programmes de travaux publies, certaines offres de crédit, d'emplois, de bourses, qui ne permettent pas de régler les problèmes clés qui nécessitent une réforme agraire démocratique. Une telle réforme devrait non seulement distribuer la terre aux paysans pauvres qui en ont beété inclues dans la soin pour la travailler, mais elle devrait s'en prendre aux grands propriétaires fonciers et rendre aux indigènes les récépissés leur reconnaissant leurs droits de propriété et qui leur ont été volés.
La Loi d'amnistie n'a pas non plus concerne l'arrêt des activités du MAS (1), responsable de l'assassinat de dirigeants ouvriers, qui a menacé des combattants et semé la terreur. Il n'y a eu ni trève ni arrêt des opérations militaires, ni démilitarisation - c'est-à-dire retrait de l'armée des régions paysannes qui garantissent les droits de ceux qui acceptent l'amnistie.
S'AGIT-IL D'UNE OUVERTURE
DÉMOCRATIQUE ? Le changement de style, la liberté de protester, la levée de l'état de siège, la Loi d'amnistie, sont des conquêtes qui résultent d'une lutte démocratique de plusieurs années, mais il ne s'agit pas d'une réelle ouverture démocratique. De nombreux citoyens continuent à « disparaître » et, en dépit de nombreuses démarches, personne ne sait où ils sont, et nul ne peut se porter garant de leur maintien en vie. De nombreux travailleurs ont été assassinés lors des grèves qui ont eu lieu récemment à l'ouest de la ville d'Antioquia pour demander une baisse des prix des services publies. Leur hausse venait d'être négociée avec la Banque mondiale par le gouvernement qui voulait obtenir des crédits internationaux.
Il n'a pas été défini de projet de Réforme politique qui donnerait des garanties aux minorités grâce à un statut de l'opposition. S'il s'agit d'intégrer à la vie civile ceux qui avaient pris les armes, il faut détruire les privilèges que le monopole sur une vie politique nationale a donné au bipartisme bourgeois (2). Ceci implique, comme l'a proposé le Parti sociarévolutionnaire (PSR), une série
Loi, qui excluent les « homicides perpétrés en dehors des combats (...) lorsqu'ils ont été accompagnés de sévices ou commis sur une victime sans défense ou en situation d'infériorité, en mettant à profit cette situation » (article 3). Elle donne également la possibilité au Président (grâce à des transferts budgétaires) d'assurer la réalisation des « actions civico-militaires » des forces armées dans les régions affectées par la violence, en plus de la réorganisation de la Police nationale.
Le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale, considère cette Loi, malgré ses nombreux aspects négatifs (voir encadré), comme une conquête démocratique du peuple colombien.
de mesures, par exemple, il ne faudrait pas que l'Etat puisse réglementer le fonctionnement des partis politiques, mais seulement codifier les droits et les garanties. Tous les citoyens, y compris les illetdevraient pouvoir participer aux élections et l'opposition bénéficier plus particulièrement de moyens lui permettant d'agir, et en permanence, du droit d'accès à la radio et à la télévision. Tout ce qui concerne les problèmes électoraux devrait être constitué en « quatrième pouvoir », avec une Commission électorale représentant tous les secteurs politiques. Il faut moderniser le système de légalisation des partis pour remplacer celui qui existe actuellement, qui est tout à fait frauduleux et arriéré.
Toutes les propositions que nous présentons font partie des réformes sociales et économiques, qui sont les conditions d'une réelle indépendance nationale permettant une réorganisation démocratique qui puisse faire face à la crise que l'Etat connaît de haut en bas. Seule une Assemblée constituante souveraine et démocra tique, exprimant de façon directe les intérêts du mouvement ouvrier et populaire pourrait atteindre cet objectif. Cette proposition, qui fait partie de notre programme, a été défendue, propagée et réaffirmée lors de nombreux forums, rencontres, congrès, commissions et mobilisations, depuis la fondation du PSR. C'est pourquoi elle a, aujourd'hui, un écho certain et s'oppose aux projets capitalistes face à la crise actuelle.
1. MAS (« Muerte a los secuestradores ».
« Mort à ceux qui séquestrent »). Groupe paramilitaire, financé par la mafia colombienne pour s'opposer aux enlèvements de personnalités. Entretient d'étroits rapports avec la police.
2.
Bipartisme bourgeois : vie politique bourgeoise traditionnelle qui organise l'alternance entre le Parti libéral (Libéraux) et le Parti conservateur (Conservateurs).
LE PSR ET LA COMMISSION POUR LA PAIX En ce qui concerne la question de la Commission pour la paix désignée par le président Belisario Betancur (et ceci a été publié et largement diffusé), et comme je l'ai dit lors de sa constitution le 23 septembre 1982, le fait que mon nom ait été inclu par décret dans la liste des membres de cette Commission « est une reconnaissance du travail accompli pour l'amnistie, la démilitarisation, les droits de l'homme et les revendications sociales pour lesquelles j'ai lutté en tant que membre du PSR et de la gauche démocratique. En aucun cas, ma nomination - appuyée par mon parti — ne peut être interprétée comme impliquant un quelconque appui ou une adhésion au gouvernement actuel. Notre participation est destinée à nous permettre de faire des propositions sur le plan social, économique et politique, qui contribuent à l'obtention d'une amnistie démocratique. Pour qu'il y ait une réelle negociation entre les parties qui s'affrontent militairement : l'Etat et les guérilleros. Une véritable amnistie requiert non seulement que la Loi lui donne un caractère large, mais qu'elle soit accompagnée d'une série d'actions politiques et socia-
Parmi ces dernières, je considère comme prioritaire une vaste mobilisation des travailleurs pour défendre et élargir les droits démocratiques tout en appuyant l'amnistie générale, pour obtenir une réponse immédiate sur le sort des personnes disparues, pour la démilitarisation des régions rurales, pour mener une enquête et faire cesser effectivement les activités
C'est pourquoi nous avons accepté la nomination à cette commission au somnous avons considérée non comme le lieu d'une concertation qui se ferait dans le dos de la mobilisation, mais comme une tribune et un point d'appui d'une opération de maquillage très habile, destinée à intégrer et institutionnaliser de nouvelles réalités sociales nationales et
Nous sommes face à un gouvernement bipartite, qui fait participer les deux partis traditionnels — le Parti libéral et le Parti conservateur — aux plans et aux projets gouvernementaux. Les positions de l'Alliance nationale populaire (ANAPO, extrême-droite) et de la Démocratie-chré tienne sont secondaires, parce que sans influence notable sur les décisions politiques fondamentales.
Quant à la gauche et au mouvement ouvrier, on les invite à participer à des discussions et à des actions dont le cadre a été défini de longue date par la majorité parlementaire et le gouvernement, qui présentent du reste la même physionomie. Les contradictions qui existent entre les fractions bourgeoises ne sont que le reflet des pressions qu'elles exercent pour un partage bureaucratique plus favorable ou bien sont des séquelles de la récente
pour les luttes démocratiques, syndicales et populaires. C'est pourquoi nous avons été dans tout le pays pour informer et appeler à la mobilisation. C'est la seule garantie qui existe pour obtenir la satisfaction des revendications et des propositions que nous venons de mentionner.
LA FAILLITE DU SYSTEME INTERAMERICAIN La banqueroute du système interaméricain est encore plus évidente depuis la guerre des Malouines. La Colombie a annoncé sa participation au mouvement des « non-alignés », et lors de la visite de Reagan à Bogota, le 3 décembre dernier, le Président Betancur a porté des critiques à la politique des Etats-Unis en Amérique prononçant en faveur d'une Organisation des Etats d'Amérique (OEA) incluant les Etats-Unis et Cuba. Les discours du chancelier colombien devant l'Assemblée des Nations-Unies (ONU) et devant la présidence de POEA ont été marqués par un langage tiers-mondiste. Mais il s'agit de nager entre deux eaux. C'est un langage fait de critiques et de menaces dans le but de négocier de meilleurs prix pour les produits colombiens sur le marché international, nouveaux prêts et s'assurer un rôle dirigeant en Amérique latine, tout en ne rétablissant pas les relations avec Cuba.
BETANCUR EST-IL UN GARANT
DE LA PAIX ET UN ANTI-IMPÉRIALISTE ? Avec Belisario Betaneur, n'avons nullement affaire à un démocrate anti-impérialiste. Les discours populaires et le changement de style imposés avec habileté et savoir-faire par le nouveau Président depuis le 7 août 1982, date de son entrée en fonction, ont suscité confusion. qu'elle a éveillé dans le pays y ont contribué. Il s'agit, de la part de la bourgeoisie, campagne électorale. Socorro Ramirez, lors d'un meeting de quartier à Bogota, le 14 octobre 1982. (DR)
Le mouvement ouvrier et la gauche seront-ils capables de mettre à profit ce quart d'heure de respiration pour conquérir, par la mobilisation et la lutte et sur la base de propositions claires, un élargissement des libertés démocratiques et syndicales ouvrant aux travailleurs des possibilités d'organisation et d'action politi-
C'est la politique économique menée qui montre le mieux quels sont les véritables intérêts défendus et représentés par le Président. Face à la récession mondiale, au déficit budgétaire, à la baisse de la production industrielle et agro-industrielle, à l'inflation croissante, à la spectaculaire faillite financière du régime et à celle des entreprises, il défend les intérêts de la grande bourgeoisie et une politique pro-impérialiste. Il a promis au patronat toutes sortes d'aides, comme la baisse des charges qui pèsent sur les revenus du grand capital et l'augmentation des impôts indirects sur des produits qui affectent le budget des salariés. Il a offert tou-
tes sortes de stimulants à la grande industrie textile et automobile, ainsi qu'aux gros propriétaires producteurs agraires.
Mais pour le peuple, dont la pauvreté est extrême, les seules mesures proposées sont des appels aux sacrifices, l'acceptation d'un blocage des salaires à un niveau insuffisant pour faire face à un coût de la vie qui augmente scandaleusement, une hausse des tarifs publies ou la privatisation de certains services publics.
La banqueroute de compagnies financières telles que le groupe Colombia, associé à la Banque nationale,- survenant après la faillite de la Banque d'Etat —, fut épongée par des mesures de nationalisation décrétées au nom de l'Economie d'urgence (Emergencia Economica). C'est l'Etat qui assume ainsi les pertes et les escroqueries des banquiers privés, comme celles des sociétés d'épargne, afin de sauver la crédibilité du système financier.
RÉACTIVATION DU MOUVEMENT
DE MASSE Après une longue période de reflux, pendant laquelle la terreur militaire a étouffé les libertés démocratiques, certains indices montrent que le mouvement de masse commence à revivre et à exiger, y compris, des solutions rapides à des problèmes devenus angoissants. Mais cela ne constitue pas encore un terrain d'affrontement avec le gouvernement, ou de désillusion à son égard, vu ses nombreuses promesses. Les grèves civiques (paros civicos), les grèves dans les entreprises, les manifestations pour des augmentations de salaire, contre le MAS ou en solidarité avec les peuples du Salvador, de Palestine et de Pologne, le rejet et la protestation contre la visite de Reagan en Colombie, n'ont pas encore réussi à entraîner une participation plus large que celle des militants et de l'avant-garde. Un congrès réunissant des jeunes, avec la participation d'organisations et de secteurs divers venus de nombreuses régions du pays, a commencé à poser le problème de l'unité syndicale des étudiants.
Une Rencontre du syndicalisme indépendant, qui n'est fédéré avec aucune des quatre centrales ouvrières qui existent, et à laquelle assistèrent près de 1 000 participants, a analysé la situation nationale et celle du mouvement ouvrier et populaire. Le PSR y a mené la bataille pour l'unité syndicale et pour la participation à la lutte pour les libertés et les droits démocratiques, s'élevant contre les positions de division sectaires de participants maoïstes et staliniens, qui avaient critiqué la tenue de cette rencontre. Les résultats furent très positifs, et José Arnulfo Bayona, dirigeant du PSR et de la Fédération colombienne de l'Education, est devenu membre de la Coordination nationale qui a été élue.
NOS TACHES PRIORITAIRES
Nous préparons le troisième Foru s droits de l'homme (pour février 198 avec des secteurs démocratiques et syndi. caux : pour le droit à la vie, contre le MAS, pour l'ouverture démocratique et la paix. Cela permettra, de plus, de lutter pour la conquête des conditions politiques nécessaires à l'applicatiion de la Loi d'amnistie.
La déstructuration du système financier et bancaire actuel, grâce à la nationalisation, est une lutte centrale pour le mouvement syndical. Il faut un plan d'urgence pour récupérer nos richesses naturelles et des mobilisations pour obtenir des augmentations de salaire et la stabilité de l'emploi. Pour faire un pas en avant vers une centrale unique des travailleurs, il faut mener une campagne de signatures dans le but de réaliser l'unité de la Confédération : des travailleurs colombiens (CSTC, centrale anti-patronale contrôlée par le Parti communiste colombien) avec le syndicalisme non lié au patronat et au gouvernement. Il faut que l'amnistie s'applique sur les lieux de travail à ceux qui ont été licenciés pour leurs positions politiques ou leurs responsabilités syndicales. Ils doivent être réintégrés à leurs postes de travail ou d'étude, dans les entreprises ou les universités.
La participation au mouvement des « non-alignés » — sur la base du respect de l'autonomie et de la souveraineté nationale de la Colombie, doit mener à la sortie de l'orbite yankee et à s'opposer aux aventures guerrières de Reagan contre les peuples d'Amérique centrale et de la Caraibe. Les relations avec Cuba doivent être rétablies et les rapports avec le Nicaragua améliorés.
Voici quelques-unes des tâches prioritaires que nous, les socialistes révolutionnaires, nous proposons.
Socorro RAMIREZ Bogota, le 15 décembre 1982.