Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALEDONIE

« La désillusion de l'opinion kanaque est à la mesure des espoirs mis dans le gouvernement Mitterrand ... », un document de l'Union des syndicats des travailleurs kanaques et exploités

· Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 22-23, 23-24 · 2 127 mots

France Syndicalisme

NOUVELLE CALEDONIE travailleurs kanaques

A mort, le 10 janvier 1983, de deux gendarmes mobiles

L pou tin a une action revendicative des Kanagues de dans la région de Sarraméa, lors d'affrontements avec la aient mis fin à une action revendicative des Kanaques de

Kouindé et de Ouipoint, illustre une nouvelle fois le caractère explosif de la situation dans ce territoire d'outre-mer (TOM), du fait de la domination coloniale française. Certes, cet événement isolé ne constitue pas l'apparition d'un nouvel axe de lutte du mouvement indépendantiste, qui s'est tenu à l'écart de cette action. Néanmoins, il illustre la détermination des populations locales à récupérer leurs terres et à s'opposer à l'exploitation coloniale (1).

L'arrivée au gouvernement, en France, de François Mitterrand, avait suscité de grands espoirs et d'immenses illusions au sein du mouvement indépendantiste kanaque. Celles-ci sont en train de se dissiper, bien plus vite d'ailleurs à la base que dans les directions indépendantistes, où elles se maintiennent encore partiellement. Depuis lors, la radicalisation rampante du mouvement indépendantiste s'est confirmée sous des formes diverses. Dans le mouvement ouvrier, l'apparition d'une Union des syndicats des travailleurs kanaques exploités (USTKE) en est un exemple.

Après l'assassinat, en septembre 1981, de Pierre Declerc, dirigeant blanc de l'Union calédonienne (UC), l'attaque par un commando fasciste de jeunes Européens de l'Assemblée territoriale en juillet 1982, ou encore le vote massif des « Blancs » de Nouméa pour le député réactionnaire du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) Jacques Lafleur en septembre de la même année, la bipolarisation politique de la situation a pris un contour racial encore plus accentué.

Le gouvernement français, loin de reconnaître le droit du peuple kanaque d'origine à l'autodétermination et à l'Indépendance, même s'il a été dépossédé de sa majorité sociologique par la politique coloniale d'immigration, continue à vou-

UNION DES SYNDICATS

DES TRAVAILLEURS KANAQUES

ET EXPLOITES (USTKE)

La situation politique actuelle sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie se caractérise par une sorte de statu quo dans les rapports de force entre le mouvement indépendantiste et les partis de la réaction locale. L'élection législative partielle dans la 2e circonscription, qui a permis à

Jacques Lafleur de s'auto-plébisciter sans grands risques, a accentué un peu plus le processus de bipolarisation politique et raciale qui marque progressivement l'évolution de ce pays (3). D'un côté, grosso modo, le « pays blanc et assimilé », aspirant majoritairement au maintien du système colonial, baignant dans l'idéologie dominante et sécurisante d'une Calédonie française. Un monde où les contradictions de classe sont masquées par le refus de l'Indépendance kanaque et socialiste, où le colonialisme réconcilie le gros éleveur colon européen, l'artisan-commerçant chinois et l'ouvrier polynésien de la

Get exploités (USTKE) Société Le Nickel (SLN). De l'autre, « le pays kanaque » acquis à l'idée que le processus de décolonisation est irréversible, que la réalité d'une nation kanaque souve-

Le bilan d'un an et demi de gestion socialiste du système colonial montre que le changement, dans un tel contexte, ne passe pas par une politique de la corde

1. Cf. l'interview de Nidoish Naisseline, dirigeant indépendantiste élu à l'Assemblée terrique socialiste (LKS) et grand chef coutumier. Inprecor numéro 115, du 21 décembre 1981.

2. Cf. Inprecor numéro 135, du 25 novem3. La Nouvelle-Calédonie est divisée en deux circonscriptions pour les élections législatives françaises. Dans la première, ou est regroupée la population kanaque, c'est le vieux dirigeant indépendantiste Roch Pidjot qui est réélu régulièrement. Dans la seconde, qui comprend la ville « blanche » de Nouméa, c'est le député RPCR Jacques Lafleur qui détient le siège. Au cours de l'été 1982, celui-ci, voulant faire pression sur la politique réformiste du gouvernement français, démissionne de son poste. Le 5 loir prendre en compte sur un pied d'égalité les intérêts de toutes les « ethnies » du territoire. Cela constitue une négation pure et simple de la réalité coloniale en Nouvelle-Calédonie.

Cette attitude s'explique à la fois par le respect du gouvernement français de la Constitution coloniale de la Ve République (1958), par sa volonté de ne pas se mettre à dos les colons locaux, les trusts de l'import-export et leurs protecteurs réactionnaires métropolitains, et enfin, par l'intérêt économique à maintenir la mainmise impérialiste sur le nickel et les autres ri-

Après l'expérience concrète du maintien d'une politique coloniale par le gouvernement Mitterrand-Mauroy - le Parti communiste français (PCF) ne se démarquant guère, sur cette question, de la politique gouvernementale —, la réflexion a avancé dans le mouvement indépendantiste, comme en témoigne le document que nous publions ci-après. Celui-ci est la synthèse du rapport politique débattu par le ler Congrès de l'USTKE, qui s'est déroulé à Nouméa en septembre 1982, et auquel a pu participer une délégation de militants de la IVe Internationale présente sur le territoire (2). Bien que n'avançant pas, dans ce texte, de perspectives précises de mobilisation pour l'Indépendance - ce qui reste un objectif du mouvement indépendantiste, et celui-ci ne veut pas se retrouver prisonnier du terrain institutionnel sur lequel l'a attiré la stratégie réformiste du gouvernement français, ou encore débordé par des actions isolées de populations poussées au désespoir par l'absence de perspectives politiques —, le document paru dans le Bulletin de l'USTKE de septembre 1982, présente une analyse assez lucide de la politique du gouvernement de François Mitterrand. A ce titre, il est un élément du débat nécessaire au sein du mouvement indépendantiste kanaque.

raide mais implique nécessairement une volonté de rupture par rapport au mode de gestion traditionnel du colonialisme, basé sur l'assistance et la départementalisation rampante. Or, cette volonté politique n'apparaît pas dans la démarche du gouvernement socialiste depuis le 10 mai 1981. La désillusion actuelle dans l'opinion kanaque est à la mesure des septembre il était réélu député sans surprise. Le

Front indépendantiste (FI) avait appelé à l'abstention. La principale signification du serutin, marqué par le respect de la consigne d'abstention par les Kanaques et un vote massif pour

Jacques Lafleur chez l'électorat blanc, aura été l'accentuation de la bipolarisation politique et raciale sur le territoire. La Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC), formation bourgeoise

« giscardienne » voyait son électorat blanc disparaitre au profit de son ancien allié, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, Proche du RPR français). La FNSC payait ainsi son revirement d'alliance du printemps 1982, qui lui avait fait accepter une alliance avec les indépendantistes au niveau du Conseil de gouvernement (exécutif local).

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ce, de la technologie, dus à l'héritage colonial, portent en germe un néocolo-

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espoirs mis dans ce gouvernement qui semblait, a priori, compte tenu des déclarations antérieures du Parti communiste français (PCF) et du Parti socialiste (PS), notamment lors du passage d'une délégation du Front indépendantiste (FI) à Paris en 1979, favorable, sinon à l'Indépendance immédiate, du moins à un processus d'autodétermination du peuple kanaque conduisant à terme à un Etat kanaque indépendant (4).

Rien de tangible dans les déclarations et les positions de l'équipe socialiste actuelle ne nous permet de penser que la tendance va s'inverser dans ce sens. Si, au départ, n'ayant pas de stratégie de rechange pour bouleverser vingt ans de Ve République coloniale, le pouvoir a donné l'impression d'improviser, il apparaît de plus en plus que celui-ci met progressivement en place une stratégie de réaménagement et de restructuration du système qui garantisse en fin de compte les intérêts supérieurs de l'impérialisme français dans le pays et la région. La politique des réformes s'inscrit comme une étape transitoire dans cette stratégie (5).

Le danger, c'est que derrière cette politique réformiste, si généreuse en paroles, se profile une orientation néocolonialiste. Elle se reflète à plusieurs niveaux. Dans les discours d'Henri Emmanuelli, le secrétaire d'Etat aux Départements et Territoires d'outre-mer (DOM-TOM), et de Christian Nucci (alors haut-commissaire français en Nouvelle-Calédonie), il est dit de plus en plus nettement que la France cherchera à maintenir, quoi qu'il arrive, son poids et son rayonnement dans cette partie du monde. Derrière ce jargon diplomatique, entendez les intérêts fondamentaux de l'impérialisme, politiques, économiques et stratégiques.

Elle se reflète également dans les rapports tactiques du pouvoir socialiste avec les directions indépendantistes: voyages politiques en métropole, promotion dans

La mort de deux gendarmes en Nouvelle-Calédonie, à la suite de l'intervenDans l'affaire de Kouindé, l'envoi de la gendarmerie par le haut-commisCOMMUNISTE REVOLUTIONNAIRE section française de la IVe Internationale

Paris, le mardi 11 janvier 1983. l'appareil administratif et exécutif local de dirigeants kanaques, discrétion de l'appareil de répression policière, autant d'éléments qui servent de décor à l'autosatisfaction, voire au triomphalisme de certains de nos dirigeants actuels. En contrepartie, du président de la République à Christian Nucci, le pouvoir socialiste n'a donné aucune espèce de garantie formelle que les réformes s'incrivent dans un processus de décolonisation qui aboutisse à l'Indépendance, et il enferme les « stratèges » indépendantistes dans l'impasse de négociations (calendriers, echeances) qui occultent les problemes de fond. Sans rien céder sur l'essentiel, le gouvernement français se paie le luxe supplémentaire de manœuvrer le Front indépendantiste (FI) sur des questions de calendriers. Comme base floue de négociation avec le gouvernement d'une puissance impérialiste, on ne peut pas faire

Au rapport de forces défavorable s'ajoute le poids de l'isolement géographique et politique des indépendantistes kanaques par rapport au mouvement ouvrier français, c'est-à-dire à des forces capables de relayer les revendications nationalistes des Kanaques dans la métropole impérialiste. Les retards des Kanaques sur le plan de l'éducation, de la culture, de la scien-

4. Le Front indépendantiste (FD) s'est constitué en 1979 comme un front électoral regroupant le PALIKA (Parti de libération kanaque, qui scissionna par la suite entre un groupe Libération kanaque socialiste (LKS) toujours dans le FI et un PALIKA s'en tenant à l'écart). l'Union calédonienne (UC, principale formation indépendantiste), l'Union progressiste mélanésienne (UPM), le Front uni de libération kanaque (FULK), et le petit Parti socialiste calédonien (PSC, a dominante européenne). Les candidats du FI ont recueilli, en 1979, 34,4 % des suffrages et 14 sièges sur 36 aux élections à l'Assemblée territoriale. En milieu kanaque, cela correspond à un taux de 80 % en faveur des theses indépendantistes. Le FI, qui se définialisme structurel, dans la mesure où, fatalement, des liens de dépendance seront maintenus avec la France, du moins dans une phase transitoire. A défaut de comprendre une articulation possible entre socialisme et coutume, Henri Emmanuelli sait très bien que l'Indépendance formelle de la Nouvelle-Calédonie ne supprimera pas miraculeusement le sous-développement organique de la société calédonienne.

Il reste enfin que, dans la logique de l'impérialisme français, les conditions objectives du néocolonialisme sont réunies. Le système colonial direct représente un intérêt certes important pour l'impérialisme dans la phase actuelle, mais c'est un intérêt périssable au regard des enjeux futurs en Océanie. Pour tous les spécialistes occidentaux de géopolitique et de prospective politique, la région du Pacifique sera, en l'an 2000, le centre de gravité du développement impérialiste, par les réservoirs fantastiques de richesses minérales terrestres et sous-marines qu'elle recèle. Le contrôle de ces trésors de matières premières confère déjà à cette région un intérêt hautement stratégique pour les puissances impérialistes. La France, seul pays européen à garder des colonies dans la région, dispose, par la magie des 200 miles marins (eaux territo riales) d'un pactole de plusieurs millions de km2 d'espaces maritimes qui attirent la convoitise des grandes puissances. La guerre économique que se livrent les puissances impérialistes commande à la France, qui importe toutes ses matières premières, de chercher à préserver ses chasses gardées fabuleuses par tous les moyens.

Pour l'impérialisme, il n'y a donc aucune autre alternative que de pérenniser les liens de domination sur ces territoires. Dans la comptabilité des pertes et des profits, l'Indépendance est un moindre mal, si ment ses intérêts. Dans cette perspective, les stratégies politiques du mouvement indépendantiste kanaque nous apparaissent pour le moment limitées. Le débat politique doit s'élargir impérativement vers une réflexion sur les dangers du néocolonialisme. L'Union des syndicats des travailleurs kanaques et exploités (USTKE) peut, nous semble-t-il, apporter sa contribution à ce débat.

« Bulletin de l'USTKE » spécial Congrès

Nouméa, septembre 1982. nit comme un « front anticapitaliste et anti-impérialiste ». « pour le développement », « pour les terres kanaques » a, malgré les débats et les tiraillements internes. maintenu une certaine coordination, qui est néanmoins restée surtout effective lors d'actions de riposte antiréactionhaires ou dans le cadre de son action dans les institutions coloniales.

5. Les perspectives réformistes du gouvernement français pour la Nouvelle-Calédonie ont été analysées dans un dossier paru dans Critique communiste, revue mensuelle de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale), numéro 9, juin 1982.

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NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE bourgeoisie locale qui forment alors le rait déjà augmenté de 2 ou 3 % par an de-

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