Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Qui sont les 7 inculpés ?

Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 20-21 · 2 302 mots

Pologne Syndicalisme Stalinisme

Andrzej Gwiazda, né en 1935, ingénieur dans l'entreprise Elmor à Gdansk, est un des fondateurs de Solidarité. Durant la dernière guerre, il a été déporté en Sibérie avec sa mère, d'où il a pu revenir en 1948. Etudiant à l'Ecole polytechnique Gdansk, il en a été exclu pour ses opinions en 1955. En 1968, après avoir terminé ses études en cours du soir, il travaille comme assistant à l'Ecole polytechnique et prend activement part au mouvement étudiant, en se prononçant pour une alliance étudiants-travailleurs.

En 1970, il organise le soutien des étudiants à la grève des travailleurs des chantiers navals. Licencié pour ses activités, il est embauché à Elmor. Après les grèves de juin 1976, il intervient publiquement contre la répression des grévistes et se liera avec le Comité de défense des ouvriers (KOR), qui se constitue trois mois plus tard.

En 1978, il fonde, avec deux autres militants, le Comité constitutif des syndicats libres du littoral balte, et prend part à la rédaction du bulletin Robotnik Wybrzeza (l'Ouvrier de la côte). Andrzej Gwiazda. (DR)

En août 1980, en tant que représentant du comité de grève d'Elmor, il se rend aux chantiers navals Lénine et prend part à la fondation du Comité de grève inter-entreprises (MKS). Il est l'un des rédacteurs des « 21 revendications » (1) de Gdansk, et prend part aux négociations qui aboutissent à l'accord du 31 août 1980. Il participe à la fondation de Solidarité, dont il est le vice-président et l'un des dirigeants à Gdansk.

Lors du Ier Congrès de Solidarité, en octobre 1981, il est candidat contre Lech

Walesa à la présidence du syndicat. Il déclare alors : « Nous avons besoin de compromis, mais le niveau de ces compromis doit être au-delà et non en deçà de ce que nous avons obtenu jusqu'à aujourd'hui. (...) 25 % du revenu national sont consacrés à la consommation au sens large, et 75 % au financement de l'Etat et de ses investissements. Chaque jour, nous travaillons donc six heures pour l'Etat et deux heures pour nous. Il faut poser la question s'il s'agit là d'une répartition correcte. (...) Là-dessus, nous devons prendre nous-mêmes le contrôle en main. » Lors de ce Congrès, il est réélu à la Commission nationale de Solidarité (KK).

Il est arrêté le 12 décembre à minuit, à l'issue de l'ultime session de la KK et emprisonné depuis. Adresse de sa femme, elle aussi militante de Solidarité : Joanna Duda-Gwiazda, Gdansk, ul. Gospody. Tél. 56 28 26.

Seweryn Jaworski, né en 1931, ouvrier à l'aciérie Huta Warszawa de Varsovie, fut à l'initiative de la fondation de Solidarité dans son entreprise et dans la capitale. Il a travaillé auparavant comme ouvrier électricien et comme éducateur de jeunes délinquants. Membre du POUP depuis 1952, il en est exelu en 1956.

Catholique pratiquant, Jaworski a fait partie des communautés catholiques de base avant août 1980. Le 26 août, il prend l'initiative de faire lire à la radio intérieure de son entreprise l'appel des syndicats libres, ce qui débouche sur une grève de soutien à ceux de Gdansk. Président de Solidarité à Huta, il devient vice-président de Solidarité de la région de Varsovie et membre de la direction nationale du syndicat. Le 4 décembre 1981, lors de l'intervention de la police contre la grève de l'Ecole des jeunes pompiers de Varsovie, il est emprisonné pour son activité de soutien à cette grève.

Libéré après l'annonce d'une grève générale dans la région, il ne cessera de mettre en garde contre la préparation d'un coup de force par la bureaucratie. Le 12 décembre, lors de l'ultime réunion de la KK, il réclame l'appel à une grève générale : « Une telle grève doit permettre de préparer la grève active qui nous amènera à prendre en charge une bonne partie du pouvoir économique et de l'appareil qui le coordonne. Nous pouvons remplacer cet appareil à 100 %. » Il demande encore que, au vu de la gravité de la situation, Solidarité proclame une « amnistie populaire » pour ceux qui ont agi à l'encontre des travailleurs dans le passé : « Cela per mettra à ces gens, qui voudraient bien se tourner vers nous, mais qui ont peur, de nous rejoindre. De telles "amnisties" ont été proclamées à la veille de toutes les insurrections. » Il est arrêté peu après et emprisonné.

Marian Jurezyk, né en 1935, oúvrier au chantier naval Adolf Warski de Szczecin, est président du syndicat de sa région et membre de la direction nationale de Solidarité. En 1970, il fait partie du comité de grève du chantier naval et, à ce titre, participe, en janvier 1971, à la négociation avec Edward Gierek, général du Parti. Elu président du comité de grève en août 1980, il signe, comme représentant des travailleurs, l'accord de Szczecin, le 30 août de la même année.

Connu pour son intransigeance quelques fois teintée d'ouvriérisme, il est présenté par sa région comme président de Solidarité au ler Congrès du syndicat contre la candidature de Lech Walesa. Dans la présentation de son programme, il insiste sur le fait qu'un dirigeant doit rester en permanent avec les masses dans les usines, car « c'est là qu'est la sagesse, c'est là qu'est la force ». Il déclare également : « Lors du IXe Congrès du POUP juillet 1981) (...) seules les têtes ont changé, les méthodes et les mécanismes d'action sont les mêmes que nous connaissons depuis trente-cinq ans. » Marian Jurczyk. (DR)

Partisan de l'autogestion ouvrière, il est de ceux qui, au sein de la direction nationale de Solidarité, se sont battus en faveur de l'organisation par le syndicat de la grève active. Emprisonné le 12 décembre 1981 dans la nuit. Il est marié et père d'un enfant.

Karol Modzelewski, né en 1937, historien avec un long passé politique. En 1956, il prend une part active à l'« Octobre polonais » (2) en tant que membre de

1. Voir Inprecor numéro 84, du 11 septembre 1980.

2. Nom donné aux grèves, manifestations et émeutes qui éclatèrent à Poznan en 1956. qui furent suivies d'une féroce répression (100 morts, 300 blessés), et amenérent Wladyslaw Gomulka au pouvoir. Voir Inprecor numéro 84, du 11 septembre 1980.

Page 21

Organisation de la jeunesse révolutionnaire, fondée par des opposants de gauche du POUP. En 1962-1963, il préside un club de discussion à l'Université de Varsovie, club qui sera interdit par les autorités. En 1964, il prend part à la rédaction de la « Lettre ouverte au POUP » (3), dans laquelle il se prononce pour un socialisme fondé sur les conseils ouvriers et internationaliste, et ébauche un programme pour une révolution, qu'il croit

En août-septembre 1980, il joue le rôle d'expert auprès des fondateurs du syndicat Solidarité dans sa région (Wroclaw). Il est délégué de sa région à la première réunion nationale des syndicats libres, le 17 septembre à Gdansk, où il obtient d'arrache-pied la formation d'un seul syndicat national dont il propose le nom : Solidarnosc (Solidarité). Il devient le porte-parole de la direction nationale de Solidarité. Au sein du syndicat, il aura été celui qui a le plus mis l'accent sur la nécessité d'un fonctionnement démocratique, fédéraliste de Solidarité.

Le ler avril 1981, il démissionne avec fracas de son poste de porte-parole de Solidarité pour protester contre l'annulation, par un groupe de dirigeants et de la direction de Solidarité en rupture de mandat, du mot d'ordre de grève générale, la veille du déclenchement de celle-ci. Lors du Congrès national de Solidarité, il est élu à la direction nationale. Il est également membre du présidium de la région de Wroclaw. Emprisonné depuis le 12 décembre 1981, il est marié et père d'un enfant. Adresse de sa famille : Wroclaw, ul. Wiezienna 6. Tél. : 44 16 08. • Gregorz Palka, né en 1950, ingénieur, fut un des fondateurs de Solidarité dans la région de Lodz, dont il devint le vice-président. C'est dans son appartement que le syndicat avait son premier local officiel. Responsable de l'organisation du syndicat dans la région, c'est lui qui a mis sur pied les groupes d'agitateurs qui devaient se rendre d'une usine à l'autre pour aider à la formation du syndicat. Avant le ler Congrès de Solidarité, il prend part à la création, à Lodz, d'une tendance, « le Groupe des indépendants », qui présente un programme radical : « Le système po lonais n'est pas socialiste, contradiction en Pologne, c'est celle qui existe entre les intérêts de la société et les intérêts de la bureaucratie au pouvoir, le syndicat doit lutter pour une réforme d'ensemble de l'économie et de l'Etat par l'autogestion, la grève active est un moyen de cette lutte ... » Ce groupe remporte la majorité des mandats de la ré-

En juillet 1981, il est de ceux qui impulsent dans Solidarité, au niveau national, le débat sur l'autogestion ; il se bat pour le contrôle des travailleurs sur la production et la distribution des biens.

Il est élu à la direction nationale de Solidarité et devient membre de son Présidium. C'est à ce titre qu'il mène les négociations sur la réforme économique et exige la constitution d'un Conseil économique qu'il présentait ainsi : « Nous proposons la création, par le syndicat, d'un Conseil économique. Cela veut dire que le gouvernement sera obligé de discuter ses décisions avec ce Conseil, et seules celles que ce dernier acceptera pourront être mises en application. »

En novembre 1981, il insistait auprès de la direction de Solidarité pour que des préparatifs concrets en vue d'une grève active soient entrepris, et il se prononça en décembre pour la formation de gardes ouvrières d'autodéfense du syndicat. Il a été emprisonné le 12 décembre 1981. • Andrzej Rozplochowski, né en 1950, est ouvrier dans le complexe sidérurgique Huta Katowice. Le 29 août 1980, une grève de soutien aux grévistes du littoral de la Baltique ya commencé. C'est Rozplochowski qui a été élu président du comité de grève et, à ce titre, il a négocié avec le gouvernement un accord qui généralisait les acquis des travailleurs de Gdansk à l'ensemble des travailleurs polonais. Après la grève, il préside le syndicat de la région de Katowice et se fait remarquer par son radicalisme. Il se prononce très tôt en faveur de la lutte pour le contrôle des travailleurs sur la production, et pour l'aide de Solidarité au mouvement pour l'auto-

Après l'unification de plusieurs syndicats régionaux pour former le syndicat de la région de Haute-Silésie, il perd son mandat de président. Lors du Ier Congrès de Solidarité, il est élu à la direction

Dans son discours-programme, lors de la présentation des candidats, déclarait : « Il faut abolir la primauté des comités du Parti dans les entreprises. Tant que les décisions économiques sont prises en fonction des impératifs de la politique du POUP, il ne sert à rien de discuter de l'économie. Pour que le pays soit indépendant, il faut produire des biens plus élaborés. C'est cela qui doit être la principale tâche des conseils ouvriers. Il faut en finir avec la méthode qui consiste à boucher les trous dans l'économie par une surexploitation des réserves de charbon et leur exportation irréfléchie. » Emprisonné le 12 décembre 1981. Il est marié et père d'un enfant.

Jan Rulewski, né en 1944, est ingénieur à la fabrique de bicyclettes Romet de Bydgoszcz. Etudiant de l'Académie technique militaire, il en avait été exclu et envoyé dans un bataillon disciplinaire pour avoir refusé de voter lors d'une de ces farces que la bureaucratie nomme « élections ». Brisé par la répression, il essaya de s'enfuir à l'étranger. Arrêté, il fut condamné à quatre ans de prison. En 1976, il est élu président du conseil syndical (officiel) dans son entreprise, fonction qu'il exerce durant deux mandats, élu à chaque fois sur proposition de la salle contre sept candidats officiels.

En août 1980, son syndicat envoie une lettre à la direction nationale des syndicats officiels, exigeant que celle-ci soutienne les justes revendications des grévistes de Gdansk. Il est de nouveau ré primé. Le 29 août, le syndicat officiel de direction, proclame la dans l'entreprise. plus tard, Rulewski est élu président du comité régional de grève de Bydgoszcz, puis président régional de Solidarité. Au

Solidarité, Rulewski est particulièrement actif dans le soutien aux reven-

Le 19 mars 1981, il est brutalement agressé par la police au cours d'une session de négociations à la mairie de Bydgoszcz, où il est le porte-parole des revendications des paysans de la région. C'est à la suite de cette provocation que Solidarité prépare la grève générale, annulée au dernier moment. Rulewski s'élève violemment contre cette décision. Lors du ler Congrès national du syndicat, il est candidat à la présidence du syndicat contre Lech Walesa. Il se prononce alors pour des élections libres à la Diète et pour un large recours aux mécanismes du marché dans l'économie nationale, basé sur un système d'actionnariat ouvrier. Il est élu membre de la direction nationale de So-

Au cours de la dernière session de la Commission nationale (KK), le 12 décembre 1981 à Gdansk, il s'oppose à la grève générale et à la grève active, proposant de

«politiquement » les tensions, en organisant un référendum sur les méthodes du pouvoir. Il est emprisonné le

En janvier 1983, peu avant son inculpation, il signe avec Gwiazda, Ja-

Modzelewski, Onyszkiewicz, Sobieraj et Tikarezuk (alors tous déjà internés au camp de Bialoleka) une lettre dans laquelle tous déclarent que Solidarité existe malgré sa dissolution, et qu'ils soutiennent l'action menée par les militants syndicaux dans la clandestinité. Il est père de deux enfants, divorcé.

3. Ecrite en collaboration avec Jacek Kuron, elle s'efforçait d'analyser de façon marxiste la société de Pologne, expliquant, entre autres, qu'une classe bureaucratique y domine le prolétariat. La publication de cette lettre apparut à de nombreux marxistes révolutionnaires comdes événements essentiels des années

Une erreur sur cette page ?