Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Le procès de Solidarnosc

· Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 19 · 1 069 mots

Cyril Smuga était le pseudonyme de Jan Malewski, coéditeur de l'Inprekor polonais (1981-1990) et directeur d'Inprecor à partir de 1998.

Pologne Syndicalisme

S places sous mandat date et acues, en ve

EPT des principaux dirigeants de Solidarité, déjà internés placés sous mandat d'arrêt et accusés, en vertu de l'article 123 du Code pénal, d'avoir formé une « entente » en vue de

« renverser par la violence le régime de la République populaire de Pologne ». Cette arrestation, qui a eu lieu avant la « suspension » de l'état de guerre, jette une lumière crue sur ce que

Cyril SMUGA

Qu'y a-t-il de changé en Pologne, depuis que, le 30 décembre 1982 à minuit, le général Jaruzelski a « suspendu » l'état de guerre ? Pas grand chose du point de vue des travailleurs : les internés ont certes été libérés, mais nombre d'entre eux ont immédiatement été incorporés dans l'armée, pour effectuer leur « service de réserviste » dans des bataillons disciplinaires qui ressemblent à s'y méprendre aux camps d'internement ; les entreprises militarisées le restent, et d'autres pourront l'être à l'avenir ; pas un seul des quelque 5 à 6 000 prisonniers politiques, dont une grande partie est en attente de jugernent, n'a été relâché. En règle générale, ils sont inculpés au titre de « poursuite d'activités syndicales ». Le procès des militants du

KOR, eux aussi arrêtés alors qu'ils étaient internés, est annoncé pour début février (1) ; le Conseil militaire de salut national, le tristement célèbre WRON, reste en place (même de ce point de vue formel, il n'y a pas de changement).

Enfin et surtout, le droit de se syndiquer dans des organisations indépendantes des autorités n'existe toujours pas. Solidarité, dissous le 8 octobre dernier, passe au contraire en procès en la personne de sept de ses dirigeants nationaux:

Andrzej Gwiazda, Seweryn Jaworski, Marian Jurezyk, Karol Modzelewski, Grzegorz Palka, Jan Rulewski et Andrzej Roz-

Il est significatif que, parmi les sept, se trouvent trois des signataires des accords de Gdansk qui, en août et septembre 1980, avaient mis fin à la vague de grèves et avaient constitué la base légale de la formation du syndicat indépendant autogéré Solidarité : Jurezyk (Szczecin),

Gwiazda

(Gdansk)

et Rozplochowski

(Haute-Silésie). En leur personne et celle de leur quatre camarades, c'est le procès des dix millions de travailleurs polonais qui ont adhéré à Solidarité, que prépare la junte du général Jaruzelski.

Et ce procès, c'est clairement au nom de la bureaucratie que la junte militaire

POLOGNE 7 dirigeants syndicaux inculpés

1981, ont été ro 140, du 3 janvier 1983). entend le mener. En effet, malgré les pressions et les menaces, malgré un an d'état de guerre, malgré les propositions alléchantes de vacances à l'étranger et de primes, la junte n'a pas réussi à obtenir ne serait-ce qu'un soutien apparent pour les nouveaux pseudo-syndicats qu'elle cherche à mettre en place pour liquider Solidarité. Lancés avec fracas dès octobre 1982, ils se heurtent à un boycott quasi unanime des travailleurs.

Sur les quelque soixante mille entreprises polonaises, c'est seulement dans 2 500 d'entre elles (chiffre officiel) que la junte a réussi à trouver la trentaine de personnes nécessaires à la constitution d'un syndicat. Même en supposant qu'elle parvienne à doubler ce chiffre (voire même à le tripler) et à attirer au sein des pseudo-syndicats ne serait-ce que 10% des travailleurs de chaque entreprise, le nombre de « syndiqués » resterait même bien en-deçà des effectifs officiels du Parti ouvrier unifié polonais, le POUP ! Ajoutons, à titre d'illustration, que dans les quelques grandes entreprises où la junte a réussi à former ses syndicats, ils restent squelettiques: 300 adhérents sur 17 000 travailleurs dans l'aciérie de Varsovie Huta Warszawa, 200 adhérents sur 12 000 travailleurs dans la fabrique de tracteurs Ursus, 40 adhérents sur 10 000 travailleurs à FSM (FIAT) de Bielsko-Biala (à titre de comparaison, Solidarité y comptait respectivement 15 000, 11000 et 9 000 adhérents ...).

Les sept dirigeants inculpés ont été choisis avec soin : non seulement ils repré. sentent l'ensemble des sensibilités qui existaient au sein du syndicat Solidarité, mais ils ont été parmi les porte-parole les plus intransigeants de ces courants. Notons que trois d'entre eux (Jaworski, Jurczyk et Palka) furent, au sein de Solidarité, des partisans convaincus de l'autogestion ouvrière dans l'économie, et ont milité pour l'imposer par la voie de la grève active. Trois d'entre eux (Modzelewski, Gwiazda et Jurezyk) sont connus pour leur activité en faveur des droits des trabien avant que Solidarité

SOLiDARITÉ

SOLiDARNOS

cette « suspension » signifie : une simple manœuvre, destinée avant tout à permettre aux gouvernements capitalistes et à leurs banquiers d'aider plus ouvertement la « normalisation » en Pologne sans avoir à se déjuger de leurs proclamations passées sur les droits de l'homme en Pologne (voir Inprecor numé-

Tous les sept furent membres de la

Commission nationale (KK) de Solidarité et de son présidium. Trois d'entre eux furent présidents de leur syndicat régional

(Jurczyk de Szczein, Rulewski de Byd-

Rozplochowski de Katowice avant la fusion de plusieurs syndicats régionaux en un seul syndicat pour la Haute-Silésie). Trois furent vice-présidents de leur région (Jaworski de Varsovie, Gwiazda de Gdansk, Palka de Lodz). Modzelewski, enfin, premier porte-parole du syndicat, est aussi celui qui, le 17 septembre 1980, a proposé au syndicat en création le nom qui allait devenir le sien : Solidarnose.

Après la dissolution de Solidarité, le procès de sept de ses dirigeants prestigieux doit done, dans l'esprit de la bureaucratie, être un nouveau pas sur la voie de la « normalisation », du non-retour à la situation d'avant le coup de force du 13 décembre 1981.

C'est donc une nouvelle attaque d'ampleur que la bureaucratie prépare contre les travailleurs polonais, contre leurs droits et, par là-même, contre tous les travailleurs. Le mouvement ouvrier international se doit d'apporter une réponse à la hauteur de l'attaque, en mobilisant ses forces pour exiger la libération des sept dirigeants de Solidarité et celle de tous les militants syndicalistes emprisonnés actuellement en Pologne, le respect des droits syndicaux en Pologne, et en particulier du droit de Solidarité à une

Il doit en même temps poursuivre et développer son soutien à l'activité des structures clandestines de Solidarité.

- Mobilisation internationale pour la libération des dirigeants de Solidarité in-

- Liberté immédiate pour tous les prisonniers politiques de Pologne !

- Solidarité avec Solidarnose ! Cyril SMUGA Paris, 12 janvier 1983. 1. Voir la déclaration du Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale dans Inprecor numéro 133, du 27 septembre 1982.

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