Inprecor 1974–2004

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KURDISTAN

La lutte du peuple kurde en Iran, un entretien avec cheikh Ezzadin Hosseini

· Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 15-18 · 3 956 mots

Iran Golfe et Irak

E peuple kurde est divisé entre cinq Etats (1), dans la majorité desquels il est totalement privé de ses droits nationaux élémentaires et très souvent soumis à des pratiques de discrimination féroces, voire à une véritable négation de son

Une spécificité a marqué la lutte des Kurdes pour la reconnaissance de leurs droits nationaux : devoir s'imposer comme nationalité opprimée face à des pays dominés par l'impérialisme. Cette lutte plus que centenaire a connu des développements inégaux selon les pays concernés. Tour à tour la Turquie, l'Irak et l'Iran, qui rassemblent la très

Aujourd'hui, c'est en Iran que la lutte du peuple kurde connaît le développement le plus important. Elle s'appuie sur une large mobilisation des masses et sur leur armement. Elle est conduite par des organisations puissantes, comme le PDKI (Parti démocratique du Kurdistan iranien) (2), dont le dirigeant le plus connu est Ghassemlou, et comme la Komala (3). Une autre organisation, les Fedayin du peuple (Kalq),

Le régime khomeiniste a lancé à plusieurs reprises des offensives visant à réduire la rébellion kurde. La dernière en date, à l'automne 1982, s'est arrêtée avec le commencement de l'hiver, sans que les troupes de Khomeini aient réussi à poursuivre leurs opérations de nettoyage jusqu'à la frontière irakienne. Dernièrement, ce sont les

Kurdes qui, malgré les mauvaises conditions climatiques, ont repris l'offensive contre

Le cheikh Ezzadin Hosseini, chef religieux des musulmans sunnites, majoritaires au Kurdistan iranien (alors que dans le reste de l'Iran les chiites sont majoritaires), personnalité indépendante, politiquement liée à la Komala, est l'un des principaux porte-parole de la résistance kurde en Iran et symbolise, pour les Kurdes, l'unité nationale. Lors de son récent passage à Paris, il a accordé une interview à la revue

International Viewpoint. Nous la reproduisons ci-dessous. Cette interview a été intégralement retransmise par la radio de la Komala après le retour du cheikh Ezzadin Hosseini identité, comme l'interdiction absolue de parler sa langue.

large majorité des Kurdes, en ont été les épicentres.

ont vu leur influence décroître beaucoup dans la dernière période.

les troupes gouvernementales.

au Kurdistan, en novembre 1982.

«INTERNATIONAL VIEWPOINT» :

- Des conflits armés ont lieu les organisations kurdes et le régime de

Khomeini depuis mars 1979 (11 mars, référendum sur la République islamique :

90 % d'abstention au Kurdistan). Quelle est la situation actuelle au Kurdistan ?

Cheikh Ezzadin HOSSEINI: - Le

1. On compte, mais les chiffres sont généralement approximatifs et très contestés, envide Kurdes en Iran (chiffre de

1975), plus de 6 millions en Turquie (1970).

environ

800 000 en Syrie (1976) et environ 250 000 en

Union soviétique (1970). Le Traité de Sèvres, signé par les belligérants après la Première Guerre mondiale (1920) avait prévu la création d'un

Etat indépendant du Kurdistan. Mais cette décision ne fut jamais ratifiée.

2. Le PDKI est la principale organisation politique de la résistance kurde, surtout implantée dans le Nord, autour de Mahabad. Sa direction centrale, comme son leader Ghassemlou, sont historiquement liés au mouvement com-

KURDISTAN

La lutte

du peuple kurde en Iran

gouvernement a lancé une nouvelle offensive contre nous en septembre 1982, dans le but évident d'occuper militairement toute la partie du territoire iranien où les Kurdes sont en majorité.

Ils ont engagé toutes leurs forces contre nous, attaquant même la population civile de nos villes et de nos villages. muniste international. Il a décidé, en 1981, d'entrer dans le Conseil national de Résistance (CNR), aux côtés de l'Organisation des moudjahidin du peuple (OMPI) et de l'ancien président de la République, Abdolassan Bani Sadr.

Le cheikh Ezzadin Hosseini emploie simplement le sigle PDK, l'adjonction du « I » pour iranien, est récente et peu employée dans les journaux de langue anglaise.

3. Organisation kurde d'origine maoiste, surtout implantée dans le sud du Kurdistan. Elle a décidé, lors de congrès de 1981, de rompre avec ses références populistes, et développe une ligne essentiellement fondée sur les conceptions de Lénine lors de la révolution de 1905. Elle dénonce l'entrée du PDKI dans le CNR et son soutien à Bani Sadr.

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Néanmoins, les peshmergas (combattants nationalistes kurdes, littéralement « ceux qui bravent la mort »), ne sont pas demeurés sur la défensive et ils ont contre-attaqué. Ainsi, ces dernières semaines ont-elles été le théâtre de batailles importantes menées par les peshmergas contre les forces armées du régime.

Nous ne pouvons pas nier que les forces gouvernementales « tiennent » certaines régions, en particulier celles proches de la frontière irakienne. Cependant, les peshmergas ont infligé de lourdes pertes aux soldats de Khomeini. Des combats très durs ont eu lieu à proximité des villes de Mahabad, Sanandaj, Boukan et Divandareb.

Les principales forces militaires kurdes, celles de la Komala et du Parti démocratique kurde (PDK) ont heureusement signé un pacte de coopération militaire, et, pour la première fois dans notre histoire, ces deux organisations ont maintenant un état-major commun, qui a son quartier général dans la région située entre Piranshahr et Sardasht.

- Dans la presse iranienne de ces dernières semaines, il a été régulièrement affirmé que les villages kurdes auraient été « nettoyés de leurs immondices contre-révolutionnaires », comme le titrait il y a quelques jours le journal de Khomeini, Jumhuriye Eslami, ajoutant qu'un certain nombre de villages avaient été « purifiés de leur corruption ». Qu'est-ce que cela signifie en pratique ?

- Cela signifie que les forces du régime encerclent un village, y pénètrent et réunissent l'ensemble de la population. Ils s'informent alors de ceux qui possèdent des armes et ajoutent que ceux qui en possèdent doivent les leur remettre. Si cela n'est pas fait, ils fouillent chaque habitation. En règle générale, les jeunes s'enfuient du village avant l'arrivée des soldats.

Immanquablement, les forces du régime arrêtent quelques personnes, prétendant qu'elles sont sympathisantes de telle ou telle organisation. A l'occasion, ils n'hésitent pas à tirer sur les habitants rassemblés. Ils s'en retournent ensuite à leur base et annoncent qu'ils ont procédé à une « purification ». Quelques jours plus tard, les peshmergas retournent dans le village. Certains villages ont déjà été « purifiés » plusieurs fois.

- Depuis août 1979, le gouvernement a essayé de maintenir le blocus économique des villages et des cités kurdes. Quels en ont été les effets ?

- La population est pershmerga et les peshmergas sont la population. A cause de cette étroite collaboration, il nous est possible de tenir en dépit du blocus, bien que cela soit parfois très difficile.

L'armée et les pasdaran (gardiens de la révolution, khomeinistes)) ne peuvent pas contrôler toutes les voies de communication. La population s'arrange toujours pour acheminer des vivres des villes vers les villages. Et, dans les villages soumis à une campagne de « purification », la po_pulation vit presque en économie d'autosuffisance.

- Qu'en est-il pour le combustible ? Il fait très froid dans les montagnes kur-

- L'an dernier, nous avons eu un hiver très rude, et cela a rendu la situation des peshmergas difficile. Mais, avec l'aide de la population, ils ont pu survivre. Dans l'année qui vient, nous nous attendons à voir le gouvernement iranien appliquer un programme d'austérité à l'ensemble pays, ce qui n'en sera que plus dur pour

Nous avons le plus grand besoin de médicaments, de médecins et de chirurgiens. Dans de nombreux cas, le manque de médicaments et d'équipes médicales a fait que des peshmergas blessés n'ont pas pu recevoir les soins nécessaires et sont devenus des martyrs du peuple kurde. Combattants kurdes : Peshmergas. (DR)

- Quelles ont été les positions des organisations kurdes vis-à-vis du conflit Iran-Irak ?

- Notre position a été très claire, dés le début. Nous avons dit que si le gouvernement reconnaissait nos droits nationaux, s'il accordait son autonomie au peuple du Kurdistan, nous étions prêts à défendre la frontière iranienne, et que le gouvernement pouvait compter sur nous.

J'ai dit et répété que, s'ils mettaient fin à leur guerre contre le Kurdistan et reconnaissaient nos droits, nous défendrions la frontière iranienne. Non seulement le gouvernement ne l'a pas fait, mais il a intensifié ses attaques contre nous.

- Comment l'invasion irakienne a-t-elle modifié les conditions mêmes de votre conflit avec les forces iraniennes au Kurdistan ?

-Il n'y a aucun lien entre ces deux conflits. Avant le début de la guerre avec

VIrak, le gouvernement était déjà en guerre contre nous, aussi n'est-ce pas à cause de l'invasion irakienne qu'ils ont engagé les hostilités contre nous. Nous poursuivons la lutte pour nous défendre. Donc, en ce sens, rien n'a changé.

- Concrètement, que faites-vous dans une région comme celle de Qasr Shirin, ville kurde qui a été prise par les troupes irakiennes dans les premiers jours du conflit Iran-Irak, en septembre 1980, et ce jusqu'à leur retrait, après la libération de Khorramshahr par les troupes gouvernementales, en mars 1982 ?

- Dans la région à laquelle tu fais référence, nos forces étaient si peu consistantes que, lorsque les Irakiens sont arrivés, nous sommes simplement partis.

Mais dans la région de Marivan, là où il y a eu des combats entre l'Iran et l'Irak et où les forces iraniennes ont attaqué des populations civiles kurdes, les Kurdes ont répondu aux agressions des forces iraniennes. Cependant, nous n'avons pas frappé les forces de Khomeini frontalement quand elles étaient engagées contre l'armée irakienne.

Il faut parler de deux guerres séparées qui n'ont aucun rapport entre elles : la guerre d'un peuple pour ses droits nationaux et la guerre entre deux gouvernements.

- Accepterais-tu une aide militaire irakienne, puisque, comme tu l'as dit, vous êtes acculés par l'armée iranienne ?

- Je n'ai pas eu à prendre une telle décision, ne commandant personnellement aucun peshmerga. Ce qui est sûr, c'est que je n'ai reçu aucune aide de la part des Irakiens. Je pense cependant que, dans une telle situation, si quelqu'un est prêt à fournir de l'aide contre votre ennemi, et si cela ne vous place pas dans une position de dépendance, alors mon opinion est que l'on peut accepter une telle aide.

La lutte du peuple kurde est une juste lutte pour la reconnaissance de droits. Quelle que soit l'issue de la guerre entre l'Iran et l'Irak, qu'elle se prolonge

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voir et me demandaient ce qu'ils pouvaient Khomeini presque dès les premiers jours ?

ou non pendant plusieurs années, notre lutte se poursuivra jusqu'à ce que nos droits aient enfin été reconnus.

— Avez-vous une position sur la guerre Iran-Irak elle-même ?

— Nous pensons que cette guerre va à l'encontre des intérêts des peuples iranien et irakien, et nous souhaitons qu'elle se

- Quel rôle ont joué les forces dirigées par Khomeini dans la révolution au Kurdistan et dans l'organisation des mas-

- Au Kurdistan, elles ont joué un rôle limité sinon nul, quoique l'insurrection de février 1979 à Téhéran ait été le signal de l'insurrection dans notre pays, comme dans d'autres régions d'Iran.

La révolution au Kurdistan est née de notre propre expérience et des conclusions qu'en ont tiré les éléments les plus politisés. La lutte pour la reconnaissance de nos droits nationaux est très ancienne ; en Iran, il faut remonter à au moins un siècle (1804). Dans le passé, notre lutte était menée par les seigneurs et les dirigeants religieux locaux. Mais une telle direction s'est montrée incapable de remporter la moindre victoire.

Durant la Deuxième Guerre mondiale et après, en raison de la faiblesse du gouvernement central à Téhéran, les dirigeants du pays ont été forcés d'octroyer un minimum de liberté et de démocratie au Kurdistan. Dans cette situation, la population kurde s'était encore une fois mobilisée pour réclamer ses droits nationaux. A cette époque, une organisation fut mise sur pied par des intellectuels kurdes issus des milieux des petits propriétaires terriens dans les zones rurales et de la petite bourgeoisie citadine.

En langue kurde, leur organisation s'appelait la Komala i Jianaway Kurd (Société pour la renaissance des Kurdes), fondée en 1942. En 1945, trois années plus tard, après un changement au niveau de son programme et de sa direction, cette organisation a pris le nom de Parti démocratique kurde (PDK), sous la présidence de Ghazi Mohammed, président martyr de la première République kurde.

En 1946, la première République autonome kurde est déclarée à Mahabad. Eldevait être réprimée seulement onze

Sous le régime du chah Mohammed mouvement armé dans les montagnes du Kurdistan. Mais les forces du chah ont d'importantes offensives et ont réussi à le détruire. C'était un mouvement de jeunes intellectuels qui proposaient de nouvelles perspectives à la lutte nationale. Il était organisé par le Komiteh Engelabi (Comité révolutionnaire) du PDK. Cette formation ne regroupait pas l'ensemble du PDK et incluait aussi quelques autres forces nationalistes. L'objectif commun à toutes les forces issues du PDK était de créer une nouvelle organisation.

La lutte contre le régime du chah dans les dernières années n'était que le prolongement de cette lutte vieille d'un siècle. C'est pourquoi, dès les tout pre miers jours, la révolution a pris une tout autre couleur au Kurdistan. On a pu y parler de démocratie et de liberté réelles. Alors que dans d'autres régions la révolution était dirigée par une seule personne, au Kurdistan, elle l'était par les conseils

Bien sûr, il nous a fallu combattre pour empêcher les éléments réactionnaires de freiner l'extension de ce type d'organisation démocratique. Je me suis opposé à ceux et à celles qui disaient que les devaient tout dominer. Je me suis battu pour la défense de la liberté de parole pour tout le monde. J'ai dit que notre problème n'était pas que nous n'avions pas l'Islam, car nous l'avions. En revanche, ce que nous n'avions pas, c'était la liberté, et notre problème était de l'ob-

- Qu'étaient ces conseils de ville qui organisaient le peuple au cité n'était contrôlée par les agents du gouvernement, nous étions obligés de créer des conseils de ville pour administrer les villes. Pour mettre ces organes sur pied, on procédait à une élection au sein des différentes catégories de gens : personnel administratif, diants, et dans certains endroits même les femmes. Chaque catégorie élisait son représentant, chaque conseil regroupait de sept à onze représentants.

- Comment s'organisait la vie dans les villes qui n'étaient plus sous le contrôle des agents du gouvernement ?

- Les villes étaient contrôlées par la masse des gens. A ce moment-la, l'ensemble de la population participait à la révolution. Beaucoup de gens venaient me faisaient des tours de garde devant tous les immeubles importants et des rondes le long des routes, surtout la nuit.

Durant l'hiver 1978-1979, nous avons connu une pénurie de combustible pour domestique. cette époque, les jeunes gens ont siphoné ce qu'ils pouvaient trouver dans les réservoirs. Chaque famille s'est ainsi vu attribuer 30 litres, et les familles vivant dans les coins les plus isolés n'ont pas été oubliées. Ce n'est que quelque temps après que les organisations qu'elles existaient.

quelqu'un devait organiser tout cela, non ?

- Oui, les anciens prisonniers politiqui étaient légion à l'époque chah et qui avaient tous été remis en liberté. A Mahabad, nous organisions le mouvement, et dans les autres villes, c'étaient les éléments révolutionnaires.

- Que veux-tu dire par « nous » ? - Le shora de la ville dont j'étais le président à l'époque. Une étroite collaboration existait entre les villes, les premiers temps, chose qui était spécifique au Kurdistan. Pour te donner un exemple, à Boukan, quand une personne était abattue par les forces gouvernementales, je me rendais sur place et les gens se déplaçaient de l'ensemble des villes kurdes. transférait l'expérience d'une ville vers les autres. Ce qui fait que si un conseil était mis sur pied dans une ville, il servait de modèle pour les autres. Les intellectuels se déplaçaient constamment d'une localité à l'autre. Ils avaient des amis partout. Les éléments politiques avaient été amenés à se connaître dans les prisons et

Dans les jours qui ont suivi l'effondrement du régime du chah, début 1979, des associations ont vu le jour. Elles pordes noms comme l'Association pour la défense de la révolution et de la liberté. A côté de cela, le PDK a créé des sections locales. Bien sûr, ces associations étaient soutenues par la Komala.

- Le PDK faisait-il partie de ces as- Non. Elles étaient principalement soutenues par la Komala. Elles comprenaient également d'autres groupes nationalistes kurdes hors du PDK. Les associations tendaient à être les groupes dominants dans le sud du Kurdistan, dans les villes comme Sanandaj ou Boukan. Les sections locales du PDK étaient les plus influentes dans le nord du pays, comme à Mahabad ou encore plus au Nord. Je parle bien sür du Kurdistan dans son ensemble, et non pas de la seule province du Kurdistan. Officiellement, Mahabad fait partie de la province de l'Azerbaidjan oriental.

- Selon toi, pour quelles raisons t'estu trouvé en conflit avec les forces de

- Dès les premiers jours, nous avons essayé de discuter avec les nouveaux dirigeants iraniens pour voir reconnus nos droits nationaux. Ainsi donc, en février 1979, une délégation du gouvernement est venue à Mahabad, et nous lui avons présenté notre Déclaration en huit points de Mahabad, dont le septième point précisait que toute négociation avec le gouvernement devait se faire sous ma prési-

Les combats ont éclaté à Sanandaj dès mars de la même année, aux alentours du Nouvel an iranien (21 mars). J'ai soumis un nouveau Plan, lui aussi en huit points, qui confirmaient les huit points du Plan de Mahabad. Ce plan essayait de résoudre notre problème politiquement.

Après cela, je me suis rendu à Téhéran et à Qom. J'ai rencontré les dirigeants du gouvernement, y compris Khomeini, mais ils se sont refusés à reconnaître la moindre parcelle de droits nationaux au

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peuple kurde. Les relations ont continué ple pour qu'il manifeste. Des centaines de de se détériorer. Il y a eu le massacre de Naghadeh, puis le lancement d'une offensive généralisée en juin. Finalement le 19 août 1979, Khomeini a déclaré la guerre sainte (Djihad) contre nous. Il est ironique que cela ait eu lieu à la même date que le coup d'Etat du général Zahedi, qui renversé Mossadegh pour rétablir le chah, en 1953.

— Y a-t-il eu une élection libre importante au Kurdistan dans les quelques semaines de paix relative qui ont suivi le

- L'élection la plus importante s'est Sanandaj, immédiatement après les combats de mars. Elle s'est tenue sur l'insistance expresse de l'ayatollah Taleghani, l'ayatollah libéral que les militants de l'Organisation des moudjahidin du peuple (kalg) (OMPI) considèrent comme leur père spirituel, qui avait conduit la délégation envoyée de Téhéran pour trouver une solution aux combats à Sanandaj. Les combats s'étaient intensifiés à la suite du conflit entre la fraction Muftizadeh (khomeinistes) et le Jamiat (4). Le vote avait pour but de déterminer lequel des deux groupes avait le soutien du peuple. Le conseil élu représentait la population de Sanandaj dans son ensemble, avec une majorité de représentants du

- Quelle a été la réponse des organisations kurdes face à l'offensive lancée par le gouvernement au cours de l'été

- A l'époque, le peuple n'était pas préparé à mener une guerre sur une grande échelle. Aussi, au début, a-t-il battu en retraite. Il a ensuite commencé à attaquer les bases et les pasdaran.

Les pasdaran étaient incapables de se battre. Le gouvernement était faible et nous avons profité de l'avantage de la situation. Dans notre déclaration, nous avons dit que notre mouvement avait deux armes. L'une était les peshmergas installés dans les montagnes, la seconde, la masse des gens dans les villes. Le ler novembre, jour de la l'Eide Kurban, j'ai lancé un appel au peuMilitants kurdes de la Komala. (DR)

de personnes sont descendues dans les rues des cités kurdes, ce qui a profondément étonné le gouvernement. Dans la ville de Mahabad, trois ou quatre tanks ont été détruits. Boukan a été reprise après d'intenses combats.

Le gouvernement n'a eu d'autre alternative que d'offrir de négocier avec nous, mais il a ensuite essayé de s'engager dans une manœuvre de division en ne voulant négocier qu'avec un seul parti. Mais, partout où se sont rendus les représentants du gouvernement, le peuple criait: « Vous devez parler à tous nos dirigeants qui sont dans les montagnes ! » Et ainsi, la délégation kurde a donc été mise sur pied. Elle comprenait la Komala, le PDK et les Fedayin du peuple (marxiste-léni-

- Comment peux-tu expliquer qu'ils aient pu reconstituer leurs forces au point de pouvoir lancer une deuxième offensi. ve, plus importante que la première, contre le Kurdistan ?

- D'une part, le gouvernement de Mehdi Bazargan était tombé (6 novembre 1979). Même maintenant, quand ils dénoncent le gouvernement Bazargan, ils mentionnent comme preuve de son état décomposition les négociations qu'il avait ouvertes avec les Kurdes.

Ils ont eu le temps de mener à bien l'opération de mise en place de leur Assemblée d'experts. Des élections présidentielles se sont tenues le 28 janvier 1980, et Abdollassan Bani Sadr est devenu le président de la République islamique, ce qui leur a donné une structure gouverneprêts à ouvrir les hostilités contre nous.

-L'occupation de l'ambassade des Etats-Unis (4 novembre 1979), a-t-elle joué un rôle important dans la décision finale du gouvernement de lancer la deuxième guerre contre le Kurdistan ?

- Sans doute.

- Quel caractère a pris cette deuxième offensive ?

- Il s'est agi d'une opération sur une grande échelle. Cette fois, l'armée s'est montrée très active aux côtés des pasdaran. Ils ont systématiquement bombardé les cités. Sanandaj a été pilonnée durant vingt-quatre jours consécutifs. Des villes

Baneh ont été virtuellement rayées de la carte.

— Sur quel programme politique vous battez-vous maintenant ?

- Nous réclamons toujours le droit à l'autodétermination du peuple kurde. Pour nous, cela signifie l'autonomie. Nous ne demandons pas la séparation parce que nous ne pensons pas que cela soit dans notre intérêt. Si nous pouvons bâtir un Iran indépendant et démocratique, cela signifiera que nous pourrons tirer profit de toutes les ressources de ce pays, aux côtés des autres peuples d'Iran. Nous pourrons vivre côte à côte dans l'intérêt de chacun, si on nous considère comme une nation. Pour arracher nos droits nationaux, nous avons besoin du soutien de toutes les forces progressistes d'Iran. Seuls, il nous est impossible de renverser le gouvernement

Donc, afin de construire un Iran démocratique dans lequel tous les Iraniens pourront vivre en paix, il nous faut coopérer avec toutes les forces iraniennes. Nous avons trois principes que tu peux considérer comme une plate-forme pour rassembler ceux qui sont prêts à agir :

- Le premier est le renversement du régime actuel :

-Le deuxième est l'instauration d'un régime démocratique, d'une République démocratique iranienne ;

- Le troisième est l'acceptation du droit du peuple kurde à l'autonomie.

Nous sommes prêts à collaborer avec toutes les forces de l'opposition qui sont en accord avec ces trois points, quelle que soit leur idéologie. Nous avons quelques points d'accord avec le Conseil national de résistance (CNR) constitué à l'initiative de Massoud Radjavi de l'OMPI et de l'ex-président Abdolassan Bani Sadr, et des différences aussi. Ce qui ne nous empêche pas de collaborer avec certaines de ses composantes, même si nous n'en fai sons pas partie. L'une des différences que nous avons avec le CNR concerne la question de l'autonomie du Kurdistan. Les déclarations concernant cette question sont des plus vagues. Elles laissent trop de place à l'interprétation.

- Le fait que l'un des dirigeants du CNR, Abdolassan Bani Sadr, soit à l'origine d'une des phases de la guerre contre le Kurdistan justifie-t-il que vous preniez une attitude de non-participation ?

- Oui, je l'ai déjà dit. Propos recueillis par Gerry FOLEY Paris, le 26 octobre 1982. 4. Jamiat (Rassemblement): il s'agissait d'un regroupement de forces radicales ayant lutté contre le chah mais opposées à Khomeini.

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