Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

Libération immédiate de tous les prisonniers politiques

Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 14 · 626 mots

Le 28 novembre 1982, on a retrouvé à Bogota, enveloppé dans un drapeau rouge et noir, le corps de Gloria Lara de Etcheverri, épouse de l'ancien président du Congrès de la République et membre de la direction du Parti libéral. Ce drapeau était frappé du sigle de l'Organisation révolutionnaire du peuple (ORP).

Le 22 décembre, les organismes militaires annonçaient l'arrestation des prétendus « assassins ». L'accusé principal, Jorge Tadeo Espitia Supelano, militant du PCT, a été en fait enlevé, torturé et remis à la brigade militaire par le mouvement terroriste d'extrême-droite Muerte a los Secuestradores (MAS). Le dirigeant du PCT, Hernando Franco, est lui accusé de porter la responsabilité morale de l'assassinat. Tous deux, donnent des preuves de leur innocence et fournissent un emploi du temps détaillé pour la nuit où a été enlevée Gloria Etcheverri.

Toute cette opération fleure la mise en scène et la provocation militaire au moment où le président parle d'amnistie et d'ouverture. Le MAS continue d'agir ouvertement en étroite liaison avec l'armée.

Il faut défendre d'urgence la vie menacée et la liberté de Jorge Espitia, employé de la Caisse nationale d'épargne, aujourd'hui détenu à la prison Modelo. Il faut également exiger la libération immédiate des autres détenus et accusés : Freddy Rivera, Rodrigo Pinilla, Froilan Rivera, Betty Suarez, Pedro et Emeratriz Santander.

Quant à Hernando Franco, ingénieur chimiste et dirigeant de la Gauche démocratique front constitué par le PCT et le PSR lors des dernières élections), il a échappé à la police et se cache pour pouvoir organiser sa défense et celle de ses camarades. Les événements actuels montrent en effet que rien n'est aujourd'hui garanti dans le domaine du respect de la loi pénale, encore largement aux mains des militaires. De sa retraite, il a envoyé, le 23 décembre, une lettre d'explication à la presse, qui a rencontré un écho certain.

Nous en publions ici quelques extraits : « Je n'ai aucun rapport avec l'horrible crime commis contre Madame Gloria Lara de Etcheverri. Mon curriculum professionnel et politique est du domaine public. (...) Sur le plan politique, je suis un révolutionnaire convaincu, et j'ai consacré les meilleures années de ma vie à la cause de la révolution. (...) Je considère que seule la lutte de masse la plus large permettra la transformation révolutionnaire dont a besoin la société. Je suis par conviction contre le terrorisme et l'aventure. (...) Comment a-t-on utilisé l'affaire de Gloria Lara ? L'enlèvement de Gloria Lara a eu lieu au moment du changement de gouvernement, alors qu'on discutait de savoir si la paix était possible en Colombie, si l'amnistie était juste ou (...) Maintenant, on monte un scandale autour de l'arrestation des assassins présumés. Cela, précisément juste après l'approbation de la Loi d'amnistie à laquelle se sont opposés les chefs de l'armée, et alors que les organisations de guérilleros décidaient un cessez-le-feu et proposaient une trève refusée par les militaires. (...) Ces faits démontrent qu'il y a, de la part de secteurs du haut commandement militaire, une volonté de sabotage de la Loi d'amnistie, de l'ouverture démocratique, et qu'ils visent à créer un climat défavorable à la paix.

(...) Dans la situation politique actuelle, toute cette mise en scène n'est rien d'autre qu'une provocation du militarisme réactionnaire. (...) Je jure devant mon peuple et ma patrie que je suis innocent. »

Les messages pour le respect de la vie de Tadeo Espitia doivent être adressés au président de la République, Belisario Betaneur, au Procureur général de la nation, Carlos Gimenez, et au directeur de la prison Modelo, à Bogota, Colombie. Les mêmes messages doivent être adressés exigeant les garanties constitutionnelles et le respect des droits de l'homme pour Hernando Franco. Un double de ces messages doit être adressé à l'adresse suivante: Apartado Aereo 13750, Bogota, Colombie.

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