A conquête de l'indépendance politique de classe en Co-
Lombie co situe une ne fes le lionaires. Le Parti sot
/ une tâche centrale pour les révolutionnaires. Le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe
Internationale, avance depuis plusieurs années la perspective d'un parti ouvrier basé sur les syndicats. En 1980, à l'annonce cette proposition rencontrait un écho jusque des élections, dans les directions syndicales, qui ont fait par la suite machine
PARTI SOCIALISTE REVOLUTIONNAIRE
La gauche colombienne traverse l'une de ses plus graves crises depuis plusieurs années. Sur le plan électoral, la candidature unitaire de gauche de Gerardo Molina, aux élections présidentielles du 30 mai
1982, n'a pas donné les résultats initialement escomptés, dans le sens de l'impulsion d'une unité de la gauche à l'occasion de la conjoncture électorale. En termes de résultats électoraux, sa candidature n'a pas dépassé les scores enregistrés ultérieurement. (...) La notion d'indépendance de classe a été escamotée dans la campagne au profit d'un discours hétérogène, mêlé de faits corrects quant à la réalité des droits démocratiques dans le pays, mais sans perspective organisationnelle extra-électorale sérieuse pour les larges secteurs qui se sont radicalisés sous les deux derniers gouvernements. (...)
(Le texte se poursuit par la description de la démoralisation de certains secteurs de gauche, qui « commencent à rejeter l'idée de construire une organisation politique socialiste centralisée basée sur des principes marxistes » et « expriment une haine viscérale contre l'idée d'un parti léniniste de combat ». Beaucoup rejoignent la clientèle des partis libéraux bourgeois dans l'attente de « jours meilleurs ».)
D'autre part, la proposition lancée par Gerardo Molina avant sa candidature, de constituer un large parti socialiste par des principes marxistes, a
Un autre aspect de la crise de la gauche, c'est la situation des forces engagées dans la lutte clandestine. Les groupes de guérilleros, et en particulier le M-19 (Mouvement du 19 Avril) ont subi des coups politiques et militaires sérieux, qui ont conduit à des différenciations et à des ruptures en leur sein. Au niveau politique, leurs partisans ont connu une terrible confusion. Leur discours n'est pas allé au-delà d'une position en faveur de l'ouverture démocratique ; ils n'ont pas abordé d'objectifs stratégiques de transformation sociale. Certains sont allés jusqu'à participer à l'éloge de personnalités capitalistes dans la campagne électorale, en même temps qu'ils annonçaient leur décision impopulaire boycott des élections, aggravant la confusion idéologique pour de larges secteurs de la population qui sympathisent avec leurs formes de lut-
La crise de la gauche
élargir substantiellement l'électorat de la gauche dans ce
Autrement dit, il n'y a pas seulement une crise d'orientation des groupes de la gauche légale, mais aussi un affaiblissement idéologique et organisationnel des groupes armés qui apparaissent les plus clairs, et ce dernier facteur ajoute de nouvelles raisons à la prostration de la gauche
UN PREMIER BILAN
A PROPOS DU PARTI OUVRIER
L'un des traits caractéristiques de cette crise, c'est l'incapacité de la gauche colombienne à se lier aux processus réels de la classe ouvrière. Victimes de préjugés économistes, les groupes politiques qui se réclament de la classe ouvrière n'ont pas su utiliser les ouvertures qui se sont présentées dans le mouvement syndical au cours de ces dernières années, et qui au-
Cpu déboucher de politisation indépendante de secteurs syndicaux importants.
Nous nous référons aux diverses propositions qui ont surgi, à partir du milieu de l'année 1980, à l'occasion des congrès et assemblées des centrales UTC (Union des travailleurs colombiens) et CTC (Confédération des travailleurs colombiens) (1) à propos de la perspective d'un parti ouvrier basé sur les syndicats.
Ne voyant pas clairement l'importance de construire ce type d'organisation en Colombie, certains se sont prononcés contre cette initiative, de crainte de ne pas
Notre parti s'est différencié au sein de cette gauche myope ou délibérément hostile. Nous pouvons dire aujourd'hui que nous avons fait ce qui était en notre pouvoir, en faveur d'un parti ouvrier basé sur les syndicats. Malheureusement, le retard idéologique et les pressions du réformisme eurent, une fois de plus en Colombie, un rôle démobilisateur.
En mai 1980, le XIXe Congrès de la CTC s'est réuni à Cali. Une motion y fut aprouvée en faveur d'un parti des travailleurs. Quelques mois plus tard, le XIle Congrès de l'UTC, réuni à Medellin, soutenait la construction d'un parti ouvrier derrière lequel convergeraient tous les syndicats, vu que « le bipartisme était devenu un instrument des patrons et du gouvernement ».
arrière. Le PST a alors participé à une coalition électorale autour de la candidature de Gerardo Molina (voir Inprecor numéro 121, du 22 mars 1982). A l'ouverture de la campagne, ce dernier avait lancé la perspective peu définie d'un « Parti socialiste ». Le PSR a publié, en octobre dernier, une brochure intitulée Les Socialistes et le gouvernement Betancur, dans laquelle figure en annexe le texte dont nous publions ici de larges ex-
Dans son édition du 15 décembre
1980, notre journal, Combate Socialista, saluait cette initiative comme il avait salué en mai celle du Congrès de la CTC. En
1981, le Comité central du PSR discute et approuve une déclaration en faveur du parti basé sur les syndicats. Des propositions sur la composition, les méthodes et le programme d'un tel parti y sont avancées comme contributions au débat en cours dans les milieux syndicaux et dans la gauche.
Mais le processus ouvert congrès de la CTC et de l'UTC s'est terminé quatorze mois plus tard, avec une décision du Comité exécutif de l'UTC, le 22 juillet 1981, faisant marche arrière sur la question du parti des travailleurs et de certaines candidatures d'indépendance de classe qui avaient commencé à se dessiner à Medellin. En septembre 1981, Combate
Socialista enregistrait le tournant bureaucratique de l'UTC.
La désertion de la CTC par rapport à cette perspective ne prit pas la même forme que celle des bureaucrates de l'UTC.
Sans abandonner une certaine rhétorique électorale indépendante, et sans renoncer implicitement à la formulée en mai 1980, elle se traduisit par la trahison de la seconde greve generale nationale (Paro civico nacional) d'octo-
UNE NOUVELLE PROPOSITION :
LE PARTI SOCIALISTE
Dans ce contexte d'échec de la proposition de parti ouvrier, convaincus comme nous l'étions - et comme nous le sommes toujours - du fait que cette perspective ne peut aboutir sans la participation des centrales ouvrières et du syndical indépendant confédérations, notre parti s'est réorienté, sans se sentir vaincu par le naufrage de cette perspective.
Dès mai 1981, nous avions noté l'évolution idéologique positive de Gerardo
1. CTC : autrefois centrale unique du pays et dont nombre de dirigeants sont proches du
Parti libéral de Lopez Michelsen.
UTC : d'inspiration confessionnelle, liée à des secteurs de la hiérarchie catholique et au revendique actuellement le plus grand nombre
Molina. Cette personnalité démocratique rompait avec le libéralisme et se tournait vers des positions de sympathie envers le marxisme. (...) Conscients d'autre part des lacunes existant chez Molina sur des questions clé, comme l'apport de Lénine au marxisme, nous inaugurions dans Combate Socialista une nouvelle tribune pour ouvrir la discussion sur ces différences.
En août 1981, la candidature de Gerardo Molina fut lancée à Medellin, et soutenue par nous quelques semaines plus tard (2). En octobre, à l'épreuve de la se. conde grève nationale, se font jour des initiatives pour la construction d'Izquierda Democratica (ID), Gauche démocratique) et la possibilité de désigner un candidat unitaire de la gauche aux élections présidentielles de 1982. Dans une lettre ouverte à la direction de l'organisation FIRMES, notre parti exprime son soutien à la proposition faite par Molina de former un large Parti socialiste rejetant les positions social-démoLibération immédiate de tous les prisonniers politiques !
crates et inspiré des principes fondamen-
Cependant, la proposition de parti socialiste fut complètement démontée, par Molina lui-même, au cours de sa campagne électorale. Les seuls à défendre cette perspective dans leurs discours et leur propagande furent les militants du PSR. Le Parti communiste s'opposa frontalement à cette idée et censura la proposition. La candidature de Molina fut finalement lancée sous l'hégémonie du PC, sur le plan politique et organisationnel, de sorte que Molina, y compris après la campagne électorale terminée le continua à taire ses propositions sur le Parti socialiste et régressa jusqu'à exprimer de profondes illusions sur les perspec-
tives du nouveau libéralisme bourgeois.
UNE DISCUSSION
DANS LES TÉNEBRES Dans ces allées et venues de Gerardo Molina à propos du parti socialiste, voyons quelle est aujourd'hui sa position.
D'après lui, le Parti socialiste doit un parti marxiste, non un parti social-démocrate du type de ceux qui sont affiliés à la lle Internationale (Internationale socialiste). Lorsque fut rendu public le projet de Lopez Michelsen, dirigeant libéral, de s'affilier à l'Internationale socialiste en cas de victoire électorale, Molina répondait, dans une interview à la revue Cromos du 15 décembre 1981 : « L'Internationale socialiste du docteur Lopez est celle d'un courant libéralisant qui s'est ouvert un chemin dans des nations très riches comme la Suède, la ment va bien plus loin que ce socialisme des bonnes manières. Par rapport au changement dont ce pays a besoin, cette affibénéficiera en rien aux 90 % des Colombiens qui sont opprimés. » (...)
Mais la conception de Molina n'est pas celle d'un véritable parti socialiste. C'est plutôt celle d'un mouvement d'opistructures organisationnelles bien définies, basé sur une pluralité de courants qui s'identifient à un sentiment général en faveur du changement social. (...) D'autre part, son discours contre le dogmatisme couvre seulement un mépris de la théorie marxiste, de l'histoire du international, l'analyse sérieuse de la formation sociale colombienne et de toute idée s'approchant de l'internationalisme militant.
Le 29 juillet 1982, il a pris l'initiative de rendre publie un document intitulé « Mouvement vers l'unité socialiste », devant une réunion de personnalités de divers groupes de gauche, censée être un premier pas vers la création de ce parti.
2. Le mouvement FIRMES a été créé en 1978 pour servir de catalyseur à l'union de la gauche. Ce mouvement a présenté des candidatures unitaires aux élections législatives de mars 1982 et à l'élection présidentielle de mai 1982.
Aux présidentielles, le candidat présenté par FIRMES était Gerardo Molina, soutenu par le PC. Le PSR a soutenu sa candidature, seule candidature de gauche, mais sur la base d'une position d'indépendance de classe affirmée et critiquant les oscillations du candidat.
Cette réunion a décidé d'une série de rencontres régionales préparatoires à une convention nationale qui étudierait les différentes propositions concernant la création d'un tel parti. Le PSR, qui a assisté à cette réunion et y a apporté son salut, n'a pas signé le document proposé comme base.
(...) FIRMES et les groupes qui sympathisent avec l'idée d'un parti socialiste ne sont ni des formations de masse ni des groupes politiquement homogènes. Il s'agit en fait d'une jungle de tendances. Notre tâche politique, en participant à ce débat, est d'empêcher que l'aile liée au Parti communiste ne capte ce mouvement, de renforcer l'aile révolutionnaire et d'isoler les éléments confus et opportunistes.
Le PSR participe à ce débat parce que l'essentiel est pour nous de défendre notre conception du parti socialiste comme parti révolutionnaire de masse, fondé sur des principes, doté d'un fonctionnement interne démocratique et d'une centralisation politique qui lui permettent de s'affirmer comme l'avant-garde des luttes de tous les opprimés et exploités du pays. Mais cela ne veut pas dire que, au cas où apparaîtrait un parti ouvrier de masse qui ne reprendrait pas clairement cette conception dans son programme, nous nous en tiendrions à l'écart. Nous continuerions à nous battre pour qu'il reprenne à son compte notre conception.
Nous devons commencer par souligner qu'un tel parti doit être conçu comme l'instrument central du renversement du capitalisme, de l'établissement d'organes démocratiques de pouvoir prolétarien et de la reconstruction socialiste de notre pays. Nous insistons également sur le fait qu'il ne peut y avoir de projet de parti socialiste sérieux qui n'inclue pas la conception de la dictature du prolétariat. Pour nous, il n'y a pas de socialisme sans dietature du prolétariat. (...)
En définitive, le parti socialiste, selon nous, doit se construire en liaison avec l'avant-garde de la classe ouvrière, avec les secteurs syndicaux qui ont une ligne de lutte de classe, et les éléments les plus radicalisés des couches populaires.
Le PSR est disposé à s'unir avec toute force politique qui se pose sérieusement le problème de la construction de ce type de parti. Nous avons tout un passé d'activités unitaires avec d'autres formations politiques qui se sont proposées d'impulser des luttes concrètes en des circonstances déterminées. L'une des expériences les plus récentes et fructueuses à cet égard est celle de la Gauche démocratique (ID) constituée unitairement à Bogota avec FIRMES et le Parti du travail colombien (PCT). Nous croyons que cette lutte d'ID pour former un front politique de partis contre la répression doit se maintenir pour constituer un axe important de la vie politique. La discussion sur le parti socialiste est sans aucun doute l'un des thèmes d'intérêt majeur pour chacun de ces groupes qui forment la Gauche démocratique.
Parti socialiste révolutionnaire, Cartagène, août 1982