Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SALVADOR

« Nous gagnerons cette guerre ... », un entretien avec Salvador Cayetano Carpio

· Inprecor n° 142, 31 janvier 1983 · p. 4-5 · 2 014 mots

El Salvador Amérique centrale États-Unis

Salvadc: Cayetano Carpio explique la stratégie du FMLN

Lear le commande nos padio codes acto doma 'INTERVIEW que nous publions ci-dessous a été donnée

/ cial »), l'un des cinq dirigeants de la Commission exécutive du Front Farabundo Marti de libération

« EL SALVADOR NEWS BULLETIN » : - Le régime salvadorien essaie de convaincre l'opinion internationale que la guérilla a été anéantie, et pourtant, FMLN vient de lancer une offensive d'envergure dans plusieurs provinces du pays. Peux-tu expliquer ce qu'il en est ?

Cayetano CARPIO : — Au début de l'année 1981, notre révolution a progressé de façon qualitative et notre guerre est entrée dans ce que nous appelons « la phase d'intensification des combats militaires et insurrectionnels pour la prise du pouvoir ». Il s'agissait de toute une phase, d'une perspective globale. L'ennemi a essayé d'en donner une fausse image en disant que nous avions lancé une « offensive finale » (1).

Après notre offensive de janvier 1981, le gouvernement de Ronald Reagan et le Pentagone (2) ont mené une politique dont le but était la destruction du mouvement révolutionnaire salvadorien dans les deux ou trois mois. Ce fut un échec total, malgré la fourniture massive d'aide militaire à tous les niveaux, pour permettre à l'armée fantoche d'atteindre son objectif stratégique.

Au cours de la même année, l'armée, avec le soutien des conseillers du Pentagone, n'a pas lancé moins de 46 offensives militaires majeures, impliquant toutes entre 1000 et 6 000 soldats. Certaines des zones que nous tenons ont dû résister à dix ou douze de ces offensives qu'ils appelaient « opérations de nettoyage ». Ces opérations avaient pour but de détruire la guérilla, mais aussi d'éliminer la population civile. Et, de fait, des dizaines de milliers de femmes et d'enfants ont été tués par les bombes, le gaz et les armes bactériologiques que l'ennemi a utilisés contre nos zones libérées.

Vers la fin de l'année, l'armée avait triplé ses effectifs, passant de 11 500 à 34 000 soldats. Mais la grande majorité de ces troupes a été immobilisée sur des positions fixes et ses forces mobiles s'en sont trouvées réduites et rendues inefficaces. A ce moment-là, la nouvelle brigade mobile, la brigade Atlacatl (qui avait été formée par les conseillers américains) avait perdu un tiers de ses effectifs.

- Après avoir résisté avec succès à l'offensive de l'ennemi, quand et comment le FMLN a-t-il pris l'initiative des actions militaires ?

- C'est en décembre 1981 que le FMLN a repris l'initiative à l'armée. Les forces qui composent le Front avaient amélioré leur coordination à la fois entre nationale (FMLN) elles et en termes de que. Cela a accentué l'érosion de l'armée, surtout au premier trimestre 1982, car les troupes gouvernementales souffraient alors d'une grande démoralisation à cause de l'échec de la stratégie de destruction de la guérilla. Au contraire, nos forces s'accroissaient et acquéraient la structure d'une véritable armée révolution-

Dans les trois premiers mois de 1982, nous avons attaqué des postes fixes en plusieurs endroits : depuis San Fernando et San Ignacio dans la province de Chalatenango jusqu'à Perquin et San Fernando de Morazan.. destruction de petites positions adverses montre que nos forces étaient devenues plus opérationnelles, capables d'anéantir un plus grand nombre d'ennemis s'emparer d'un armement plus important.

Nous combattons avec les fusils que nous avons pris à l'ennemi. En toute honnêteté, nous pouvons dire que la source à la revue El Salvador News Bulletin (bulletin de nouvelles du

Salvador), édité par le Comité britannique de solidarité avec le

Salvador, numéro 18, de janvier 1983.

principale de notre armement, notre armement, notre seul fournisseur à cette étape de la lutte, est le gouvernement de Ronald Reagan.

Nous luttons avec des M-16 et des fusils

G-3, avec des mortiers nord-américains envoyés au gouvernement fantoche. Tous les mois, nous faisons le bilan de nos actions et du nombre d'armes prises à l'ennemi, total qui n'est jamais inférieur à centaine d'armes, y compris quelques mortiers, des mitrailleuses de divers calibres et des canons de 57 et 90mm.

En décembre 1981, l'amélioration de la coordination et l'expérience d'une l'expérience d'une année entière de luttes eurent comme

1. Voir Inprecor numéro 93 du 20 janvier

1981. Le FMLN avait appelé les masses « à se préparer à l'offensive finale contre le régime en place ». Le Front a, par la suite, donné un éclairage un peu différent sur le sens de son offensi-

2. Bâtiment en forme de pentagone, situé à Washington, et qui abrite l'état-major général des armées et le secrétariat de la Défense des

Etats-Unis.

Berne: une solidarité massive

En Suisse, le Forum de solidarité avec l'Amérique centrale et contre l'in-

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résultat un progres qualitatif et l'acquisition par nos combattants d'une plus grande habileté militaire. Nos dirigeants, depuis le chef de section jusqu'en haut, avaient acquis plus d'habileté dans les manœuvres, dans la direction des troupes, et une meilleure tactique du champ de

- A cette époque, le gouvernement nord-américain annonça que l'armée salvadorienne s'était perfectionnée...

- Dans les premiers mois de 1982, le gouvernement réorganisa la brigade Atlacatl et forma la brigade Atonal, alors que pendant ce temps la brigade Ramon Belloso était entraînée aux Etats-Unis. L'aide militaire de Reagan servit également à moderniser la marine et le système de communications, fournit à l'armée une force aérienne supérieure, avec des hélicoptères Huey qui servent au transport des troupes. Les trois brigades mobiles dont nous avons parlé ci-dessus commencèrent leurs opérations vers le mois

Le 28 mai, soutenues par plusieurs régiments d'infanterie, ces trois brigades entrèrent en action dans la province de Chalatenango. Le FMLN contre-attaqua, fit le siége de San Fernando et de Perquin, dans le Morazan, et força ces brigades à concentrer leur déploiement dans cette pro-

En même temps, l'armée hondurienne occupait, à l'intérieur du Salvador, une partie de la région de Perquin et lançait une attaque par le sud, formant une tenaille. L'attaque principale des forces mobiles du régime salvadorien fut lancée vers le nord, le long de la route principale.

La riposte du FMLN fut massive. Au cours du mois de juin, lors des actions que nous avons réalisées dans les régions de Chalatenango, Guazapa, San Salvador, Usulutan, Morazan et en quelques endroits de la province de San Miguel, nous avons saisi plus de 250 armes et avons infligé 500 pertes humaines à l'ennemi, surtout parmi les brigades entraînées

Au lieu d'imprimer un tournant décisif à la guerre, ce que l'administration Reagan espérait réussir depuis des mois, le seul résultat obtenu fut la perte d'un nombre élevé d'armes et de surtout dans leurs unités d'élite, alors que les forces révolutionnaires amélioraient leurs capacités opérationnelles.

Le colonel Castillo, vice-ministre de la Défense, fut également fait prisonnier au cours de ces opérations. A la fin juin, l'armée connaissait la démoralisation, les désertions, la confusion et le malaise, et cela se reflétait dans la politique intérieure du régime.

Depuis lors, les forces révolutionnaires, dont la coordination à l'échelle nationale s'était constamment améliorée, ont de plus en plus fréquemment pris l'initiative, ce qui a conduit à ces attaques du mois d'octobre 1982.

- Qu'entends-tu par capacités combattantes du FMLN ?

- Toutes les forces qui composent le FMLN, tous ses membres, tous ses soldats, se sont qualitativement améliorés. En ce moment, nous entrons dans une étape de plus grande mobilité combattante et atteignons un niveau d'accumulation de forces qui nous autorise à frapper fort. L'an dernier, anéantir une compagnie de soldats en campagne n'était qu'un rêve, et pourtant, déjà en juin de cette année, nous avons détruit une compagnie qui allait renforcer les garnisons de Perquin et de San Fernando. Nous avons pris 43 soldats et beaucoup d'armes au cours d'une embuscade brillamment exécutée.

A présent, nous avons atteint un poet un effectif suffisants pour détruire des compagnies ennemies défendant des positions lourdement fortifiées. Le 10 octobre, en moins de 24 heures, nos camarades ont anéanti une compagnie ennemie à El Jicaro en même temps qu'une attaque était lancée contre les 25 gardes nationaux et les 30 paramilitaires, tous fortement armés, qui gardaient Las Vueltas. Les camarades ont détruit une compagnie et de-

— Quelle est la signification de la prise de ces positions?

- La prise de El Jicaro et de Las Vueltas est très importante parce qu'elle étend le territoire contrôlé par les forces révolutionnaires jusqu'aux portes mêmes des capitales provinciales, et prive l'ennemi de deux positions stratégiques.

L'armée fantoche, dirigée par l'impérialisme, continue à affirmer qu'elle « va détruire la guérilla », mais aujourd'hui, elle ajoute « dans deux ans ». Dans ce but, elle emploie une tactique nouvelle pour étendre son champ d'opération : plus de mobilité et plus de transports

Dans quelques jours, le gouvernement de Ronald Reagan va lui fournir plus de 20 hydravions, 8 hélicoptères Huey, six avions Cessna 43 qui peuvent transporter 56 soldats et utiliser des pistes improvisées, ainsi que reconnaissance. Ils ont entraîné des pilotes, à la base américaine de Panama, à l'utilisation de napalm et, aujourd'hui, les forces aériennes salvadoriennes possèdent de nombreuses bombes au napalm. Les Etats-Unis ont déjà envoyé des canonnières qui, il y a trois semaines, ont été utilisées pour des opérations sur les côtes des provinces d'Usulutan et de San

Malgré tout, nos combattants et notre peuple montrent qu'ils ont suffisamforces, non seulement pour résister au niveau actuel de l'intervention américaine, mais pour la défaire.

En dépit de l'aide énorme de l'impérialisme, nous savons que l'armée fantoche sera taillée en pièces. Nous croyons que notre peuple est en train de construire des forces vraiment puissantes. Des forces qui seront capables d'accomplir, sur le plan militaire et insurrectionnel, stratégiques que l'impérialisme sera incapable d'empêcher, et qui permettront à notre peuple de conquérir sa libération, la démocratie et une paix juste.

- Et si les Etats-Unis intervenaient directement ?

- Nous savons, qu'en dernière instance, l'impérialisme peut faire une folie et envahir le Salvador, comme il l'a fait au Vietnam quand ses fantoches ont été incapables de contenir le peuple. L'impérialime se prépare aussi à attaquer la révolution sandiniste du Nicaragua. Le Honduras est converti en une base d'agression contre l'Amérique centrale. Mais, en même temps, nous savons que notre guerre n'est pas un phénomène isolé. La guerre populaire de libération du Salvador est partie intégrante d'un processus de luttes révolutionnaires qui englobe tous les peuples d'Amérique centrale. C'est un formidable mouvement, qualitativement très différent d'il y a quelques années.

La révolution nicaraguayenne a été un tournant dans l'histoire de l'Amérique centrale, et l'impérialisme ne pourra plus contenir longtemps cette lutte populaire pour la libération, l'indépendance, la souveraineté et la démocratie.

- Que pensez-vous de la possibilité de négociations entre le régime et les forces révolutionnaires au Salvador ? nous disons que notre guerre doit se terminer par un arrangement politique, parce que toute guerre finit de cette façon-là. Toute négociation doit être basée sur la satisfaction des intérêts fondamentaux de notre peuple.

Ils ne sont pas en train de nous vaincre. C'est nous qui, petit à petit, pas à pas, défaisons les manœuvres de l'impérialisme sur le terrain politique et militaire. Et nous gagnerons cette guerre. Je ne dis pas que nous l'avons déjà gagnée, mais que des conditions se développent - conditions qui nous sont toujours plus favorables - pour faire tourner le rapport des forces à l'avantage du peuple et de ses nous sommes certains, et c'est la cause du désespoir de Reagan.

Mais nous sommes immergés dans un processus qui touche toute l'Amérique centrale et nous savons que Reagan a un plan pour l'ensemble de la région. Nous savons que la politique des USA est de régionaliser leur agression. Dans ce cadre, notre lutte révolutionnaire - et tous les peuples d'Amérique centrale peuvent en être absolument sûrs - tiendra son rôle avec honneur vis-à-vis de nos peuples, modestes et laborieux, qui désirent leur liberté et leur indépendance.

Le peuple salvadorien, avec son hé roisme, aidé par la lutte des autres peuples, obtiendra sa liberté. Les événements des jours derniers montrent notre volonté, affirment notre engagement et notre espoir que cela adviendra bientôt.

« El Salvador News Bulletin » Janvier 1983.

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