A 1e 28 mars 19 de timotion Asemain epel antir VEC la tenue des élections à l'Assemblée constituante,
-jeté les bases d'un pouvoir un tant soit peu légitime au Salvador, et créé les conditions permettant d'isoler le mouvement révolutionnaire.
L'année 1983 s'ouvre, au contraire, sur un nouvel aiguisement des contradictions non résolues, et sur la mise à nu des fragilités de l'édifice politique.
Malgré les injections répétées de subsides impérialistes (dont un nouveau prêt de 142 millions de dollars en décembre, de la part des Etats-Unis et des organimes financiers internationaux), la situation économique demeure catastrophique. Corruption et spéculation sont reines. Les fermetures d'entreprises continuent à une cadence élevée et le volume de la dette extérieure fait boule de neige. De plus, les revenus de l'exportation du coton et du café sont en chute libre : le coton n'a rapporté que 48 millions de dollars en 1982 contre 99 en 1978, et le café 375 millions contre 695 en 1979 ... En conséquence de cette nouvelle détérioration, les derniers mois de l'année 1982 ont été marqués par des signes de réactivation du mouvement revendicatif de salariés dans certaines villes, dont la capitale.
Malgré tous leurs efforts, les experts américains n'ont aucun moyen de démentir les multiples rapports d'organisations religieuses ou démocratiques sur le règne de la terreur au Salvador. On estime encore à plus de 5 000 le nombre de civils assassinés au cours de l'année écoulée (assassinés et non pas tués au combat), dont 520 pour le seul mois de décembre. L'ambassadeur américain Deane Hinton est allé à ce propos jusqu'à brandir publiquement la menace de suspension de l'aide amé ricaine, ce qui lui a valu un rappel à l'ordre de la Maison-Blanche. Pour donner le change, le gouvernement salvadorien a mis en place une nouvelle - une énième - commission des droits de l'homme ... dont on peut attendre les mêmes résultats que pour les précédentes.
Le même ambassadeur américain avait prédit que 1982 marquerait le début de la fin pour la guérilla. Dénonçant les préparatifs d'agression combinée de la part des troupes gouvernementales salvadoriennes et honduriennes, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) a pris, début octobre, l'initiative d'une offensive « préventive », qui a démontré une capacité d'action et une coordination des opérations qualitativement supérieures aux précédentes offensives. L'armée salvadorienne a subi, pour l'année 1982, 12 % de pertes (morts et blessés) sur un effectif total de 34 000 hommes.
Enfin, le pouvoir politique demeure écartelé entre le pôle ultra, représenté par l'ARENA du major d'Aubuisson, et le pôle « réformiste » constitué par le président Magana et la Démocratie chrétienne. Cette polarisation a fait voler en morceaux le Parti de conciliation nationale. Dix de ses députés ont fait cause commune avec l'ARENA, tandis que les quatre autres formaient un nouveau parti et une nouvelle coalition avec la Démocratie chrétienne regroupant 30 voix sur 60 à l'Assemblée.
C'est dans ce contexte qu'est intervenue, fin 1982, la tentative de remaniement ministériel. L'ARENA détenait en effet quatre portefeuilles ministériels (Economie, Santé, Commerce extérieur, Agriculture) lui permettant de remettre en cause les mesures prises dans le cadre du processus de réformes consécu-
EL SALVADOR tif au coup d'Etat de 1979 (nationalisation de la banque et du commerce extérieur, mesures timides de réforme agraire). Elle a donc dénoncé le projet de remaniement comme « un coup silencieux » visant à l'éliminer du pouvoir. Le président Magana a finalement dû reculer et s'est contenté du remplacement du ministre du Commerce extérieur par un nouveau ministre, lui aussi membre de l'ARENA.
C'est également dans ce contexte que s'est produite, début janvier, la « mutinerie » du colonel Sigifredo Ochoa. Il a refusé la décision du ministre de la Guerre de le muter de son commandement, dans la province de Cabanas, à un poste d'attaché militaire en Uruguay. Ochoa a acquis un prestige certain dans les milieux ultras, ainsi que les faveurs des conseillers militaires américains, pour avoir appliqué une nouvelle orientation à la lutte anti-guérilla. Au lieu d'alterner les périodes de passivité et les grandes opérations lourdes, il a organisé un harcèlement permanent par petites unité. Mais, sur le plan politique, il est connu pour ses liens avec les secteurs les plus durs de PARENA. En poussant l'insubordination jusqu'à réclamer la démission du ministre de la Guerre, le général Guillermo Garcia, Ochoa a lancé un avertissement contre toute velléité de né gociation avec le Front démocratique révolutionnaire (FDR) de la part de l'actuel gouvernement. L'affaire s'est à nouveau dénouée sur un compromis: Garcia n'a pas démissionné et Ochoa n'est pas allé en Uruguay, mais aux Etats-Unis, ce qui constitue une forme de mise en réserve.
Le fait est que le pourrissement de la situation appelle de nouveaux choix de la part de l'impérialisme.
La première hypothèse possible est celle de négociations tendant à diviser le FDR et à isoler les éléments les plus combatifs de la guérilla. En octobre, le FMLN a cependant pris de vitesse toute nouvelle initiative du président Magana, en proposant des négociations « sans aucune condition préalable », ce qui signifie, en clair, le refus de rendre les armes pour pouvoir négocier. Les velléités de négociation se heurtent en outre au refus catégorique de la puissante ARENA et des secteurs de l'armée qu'elle influence.
L'hypothèse d'une intervention militaire directe n'est pas exclue, que ce soit sous la forme d'une action des bérets verts ou sous la forme plus vraisemblable d'une action combinée des armées de la région, et notamment de l'armée hondurienne. Mais le contexte international n'est pas des plus propices. Déjà, le conflit des Malouines avait compliqué les relations entre les Etats-Unis et certains gouvernements latino-américains. Le sommet de Panama, qui a réuni, début janvier, les ministres du Mexique, du Venezuela, de Colombie et de Panama, a exprimé une convergence sur les critiques à la politique américaine en Amérique centrale et confirmé les complications que pourrait entraîner une intervention militaire ouverte
Pourtant, une nouvelle escalade militaire impérialiste, liée à un accroissement des agressions et des pressions contre le Nicaragua, reste à l'ordre du jour.
Le Front mondial de solidarité avec le peuple du Salvador, constitué l'an dernier à Mexico et regroupant des centaines de comités, associations et partis politiques du monde entier, appelle à une Journée internationale de solidarité, pour le 22 janvier. Cette Journée doit être le point de départ d'une remobilisation générale du mouvement de solidarité pour faire face aux échéances de l'année qui s'ouvre.