L'austérité du gouvernement de la Madrid frappe d'entrée...
Une politique ouverte de
'ENTREE dans la crise économique la plus grave de ces dernières décennies, le renforcement de l'offensive d'aus-
/ térité et la riposte des masses en défense de leurs conquêtes les plus élémentaires, feront de l'année 1983 une année explosive avec une multiplication des affrontements de classe.
Les contradictions au sein de l'Etat mexicain et des différentes fractions du capital, quant à la façon de répondre à la
Arturo ANGUIANO
Les trois dévaluations de la monnaie, le peso, en un an (février, août et décembre 1982), la fuite massive de capitaux qui a conduit le pays au bord de la banqueroute, la croissance explosive de la dette extérieure jusqu'à 80 milliards de dollars US, l'inflation de presque 100 %, signifient bien plus qu'une crise financière.
Il s'agit d'une profonde crise de l'ensemble de l'économie, qui mûrit depuis plus de dix ans et dont le déclenchement révèle toutes les contradictions et les faiblesses de l'économie capitaliste arriérée du Mexique. C'est une crise de surproduction dans un contexte de récession généralisée de l'économie capitaliste internationale. Mais il s'agit aussi d'une crise profonde des conditions - déterminées par la division internationale du travail - de l'accumulation du capital au Mexique.
LA CRISE ÉCONOMIQUE
S'APPROFONDIT
La faiblesse des divers secteurs productifs et leur subordination aux exigences des grandes entreprises multinationales ont conduit le gouvernement a soutenir la fragile reprise de l'économie en
1979-1981 par une croissance disproportionnée du secteur du pétrole. Mais aussitôt que s'est amorcée la baisse des prix du pétrole, au milieu de l'année
1981, la production pétrolière du pays a chuté, et le rétrécissement de la production dans l'agriculture et la plupart des branches industrielles est apparu au grand jour. En dépit de l'illusion de croissance économique, seuls le pétrole, l'industrie automobile et le bâtiment avaient contide croître, alors les autres que secteurs déclinaient toujours plus, faute de débouchés pour leurs produits généraà la lement destinés consommation somptuaire ou aux revenus élevés.
La dévaluation de février 1982 et les mesures qui ont suivi ont lancé le pays dans la récession ouverte. La fuite massive de capitaux et la spéculation sur le peso, rationalisation capitaliste s'apprêtent à donner à la crise. facilitées par la politique de l'Etat, se sont ajoutées à la dévaluation pour accélérer la montée de l'inflation. La préférence de la bourgeoisie pour des profits spéculatifs a entraîné une chute de l'investissement productif. Les restrictions budgétaires décidées par le gouvernement ont renforcé ce phénomène, avec pour conséquence générale le recul de la production et de l'emploi.
Dans l'ensemble, les mesures économiques prises par le gouvernement au cours de l'année 1982 se sont révélées incapables de freiner la détérioration de l'économie, et n'ont servi qu'à nourrir les diverses formes de spéculation.
L'insoutenable situation de faillite virtuelle des finances publiques a reçu, de la part du gouvernement de José Lopez Portillo (1976-1982), la réponse inhabituelle de la nationalisation du système bancaire et du contrôle généralisé sur les changes (mercredi ler septembre 1982).
MEXIQUE crise et aux ripostes des travailleurs, vont se traduire dans les faits en une lutte pour la recomposition de la forme de domination politique, en une empoignade pour le contrôle de l'appareil d'Etat. L'ampleur et la forme des réponses de la classe ouvrière et du peuple travailleur vont aussi influer de manière décisive sur l'issue que la bourgeoisie et le gouvernement
Bien que tardives, ces mesures ont changé situation, en donnant à radicalement la l'Etat la possibilité de maîtriser plus fermement la politique anticrise. Certes, la nationalisation du système bancaire a été
— de façon restricdéfinie - dès le début tive, dans le but avoué de ne pas porter préjudice à la bourgeoisie, mais bien plutôt de restaurer sa confiance. La politique économique n'a pas été modifiée et
Bidonville à Mexico. (DR)
les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) ont eu lieu. La politique d'austérité aux dépens des masses a été renforcée avec la mise en œuvre de la politique du gouvernement conduit par le nouveau président élu, Miguel de la Madrid.
Le programme de « remise en ordre » économique de Miguel de la Madrid correspond à l'application de l'accord avec le FMI, à savoir : réduction radicale des dépenses publiques, libération des prix, restriction des salaires, soutien au capital
et ouverture accrue aux multinationales. En un mot, un programme anticrise ouvertement capitaliste, sans la moindre concession aux masses exploitées, un programme qui vise en outre à renforcer les liens entre l'Etat et le capital, en dépassant les contradictions avivées par des mesures décidées le ler septembre 1982
Mais ce programme est incapable de surmonter la crise à court terme, non seulement parce qu'il s'inscrit dans un contexte global de récession capitaliste généralisée à l'échelle internationale, mais parce qu'il aboutit immédiatement à un approfondissement des contradictions, à un recul encore plus accentué de la production, à un chômage massif et à une contraction insoutenable du marché.
Le taux de croissance du produit inmoyenne de 8% dans les années 1979-1981 à - 2 ou - 3% en 1982. La chute de la production est générale et affecte également le pétrole. Les branches industrielles les plus prospères, comme l'automobile et la construction, ont rejoint les autres industries sur le déclin, avec réduction de l'utilisation des capacités productives, réduction des équipes et horaires de travail, recours au chômage technique et, y compris, fermeture d'entreprises. Pratiquement toutes les branches ont réduit leur production devant la croissance des stocks ou les difficultés d'approvisionnement en matières premières résultant du manque de devises et de la chute accélérée du peso. La production agricole a
La chute globale de l'investissement publie et privé, combinée aux décisions gouvernementales de diminuer la protection apportée aux petites et moyennes entreprises, provoque de nombreuses faillites industrielles et la multiplication de licenciements massifs, y compris dans le secteur public. Près de 900 000 travailleurs de la construction, 500 000 fonctionnaires et plusieurs centaines de milliers d'ouvriers et employés de l'industrie, tel est le bilan des licenciements pour cette première année de récession ouverte de l'économie mexicaine.
La politique de « remise en ordre économique » de Miguel de la Madrid aggrave cette situation en prétendant combattre l'ennemi « principal » de l'économie : l'inflation. Si l'inflation s'est élevée jusqu'à un taux de 100%, c'est principalement en raison des dévaluations drastiques du peso et d'une escalade sans précédent des prix, qui est devenue un mécanisme permanent de préservation des profits de la bourgeoisie. La politique de fixation d'un plafond aux salaires, par le gouvernement, ces dernières années, a fait le jeu de la politique patronale au détriment du niveau de vie et des conditions
La lutte contre l'inflation par l'augmentation générale des tarifs publics et la libération des prix est une escroquerie pour les travailleurs. Comme le prouve l'expérience de tous les pays capitalistes où s'appliquent des politiques d'austérité analogues, l'inflation ne reculera pas, et la récession ira empirant. La résistance des masses à l'insécurité permanente et à la difficulté de survivre peut dès lors prendre des formes explosives.
La crise généralisée de 1 économie capitaliste internationale rend illusoire la prétention du gouvernement de canaliser vers l'exportation l'effort économique afin de résoudre la crise financière. La situation du marché mondial, contrôlé par les grandes entreprises multinationales et soumis à la division du travail qu'elles im-
One s'est pas seulement dégradée du fait de la récession. Elle est marquée par une nouvelle vague de protectionnisme imposée par les grandes puissances impérialistes. De plus, le manque de compétitivité de l'économie mexicaine réduit plus ses chances de percée sur le marché mondial. Au contraire, les pressions du capital multinational et de l'impérialisme tendent à ouvrir sans restrictions le marché de pays comme le Mexique à l'invasion des marchandises et avec l'accord passé avec le FMI et la redéfinition de sa politique, le nouveau gouvernement s'engage vers la libération du commerce extérieur et l'ouverture sans limites au capital transnational, ainsi que l'a ouvertement avoué le secrétaire d'Etat au Commerce. En 1983, le gouvernement et la bourgeosie essaieront de faire en sorte que la crise joue à fond son rôle dans la concentration et la centralisation du capital, et dans l'attaque contre les conditions de vie, de travail et d'organisation de la classe ouvrière et des masses populaires.
CRISE POLITIQUE ET SOCIALE
La politique du nouveau gouvernement s'est traduite par une avalanche d'initiatives législatives et d'ajustements de prix des services publies dés les trente premiers jours de sa gestion. Cela signifie un retour à la politique de subordination de l'Etat aux fractions les plus puissantes du capital installé dans le pays, et qui n'a été que temporairement contestée par les mesures prises le ler septembre affectant la bourgeoisie financière, la nationalisation du système bancaire avait notamment rénové la force de l'Etat et au gouvernement la possibilité dans la crise avec fermeté pour discipliner les fractions de la bourgeoisie qui mettaient en danger la stabilité du système.
La restructuration du système bancaire décidée par le nouveau gouverne. ment marque, quant à elle, une reculade dans la nationalisation, violant cyniquement la propre législation bourgeoise, dans la mesure où la Constitution réformée par José Lopez Portillo, réserve l'Etat le service bancaire et le crédit. Avec sa réglementation du système bancaire, le président Miguel de la Madrid a autorisé la participation du capital privé (même si c'est dans une proportion de seulement 34 %) à sa propriété et à son administra-
Moins que jamais, le système bancaire sera transformé dans sa structure (il ne s'agira pas d'une seule grande banque nationale) ni dans son fonctionnement (les anciens dirigeants restent aux commandes). Il est évident qu'elle ne le sera pas davantage dans ses objectifs de rentabilisation capitaliste. De plus, le gouvernement n'a toujours pas défini à ce jour ce qui a été exproprié en même temps que que le système bancaire, en septembre 1982, de sorte que les anciens financiers ne se sentent guère menacés dans la propriété de leurs nombreuses entreprises industrielles, commerciales et de services mises sur pied par les banques.
Le gouvernement de Miguel de la Madrid a montré, avec cette mesure de dénationalisation, qu'il visait en priorité à reconquérir la confiance des capitalistes. Mais il est allé plus loin : le nouveau chapitre de la Constitution qu'il propose réduit le rôle de l'Etat dans l'économie et garantit clairement la priorité aux entreprises privées. Enfin, la levée du contrôle des changes et la dernière dévaluation de décembre 1982 ouvrent largement les portes à la spéculation.
Avec ces décisions et le gros de la politique annoncée, le gouvernement a dé. truit le consensus et la relégitimation de l'Etat obtenus par José Lopez Portill grâce à la nationalisation du système ban caire et au contrôle généralisé des chan ges. En se cantonnant dans un rôle de garant et de bailleur de fonds du capital privé, le gouvernement sape sa propre autorité et son contrôle sur le prolétariat et les masses. La politique ouverte de rationalisation capitaliste en faveur du grand capi. tal et sans la moindre concession matérielle au peuple travailleur va amener la grande bourgeoisie à revendiquer le contrôle direct et sans intermédiaire de l'Etat, va réduire les marges de ce dernier pour maintenir son contrôle sur les masses, et accélérer le déclin du charrismo (1) et des autres mécanismes de contrôle hérités du populisme (présidence de Lazaro Cardenas, 1934-1940).
Il en résultera (et c'est déjà le cas) des contradictions au sein même de l'appareil d'Etat et du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui peuvent même aller jusqu'à une lutte pour la redéfinition du système de domination de classe. Dans la lutte pour le contrôle de l'appareil d'Etat, c'est une fraction étroitement liée et associée à la grande bourgeoisie qui l'a provisoirement emporté.
Présentée comme « technicienne », « efficace », capable de rationaliser le capitalisme, cette couche aujourd'hui au exprime l'ascension de cadres plus nettement capitalistes et débarrassés des oripeaux populistes et nationalisd'antan. Ainsi, le processus amorcé avec le gouvernement de José Luis Echeverria, au début des années 1970, tendant à opérer des transformations substantielles dans la forme de domination de classe et d'accumulation du capital, tend-elle à arriver à son terme.
1. Charrismo, contrôle du mouvement ouvrier par l'encadrement pouvoir, et marqué par la corruption et des méthodes de gangstérisme.
• A bas l'austérité du PRI », manifestation du PRT durant la campagne électorale de 1982. (DR).
Les « politiques », et en particulier les charros syndicaux, qui subissent le plus directement l'impact de cette effervescence au sein de la classe travailleuse, tenteront à coup sûr de restaurer leurs positions et d'empêcher que l'impact de la crise et de la politique d'austérité ne suscite au sein des masses une résistance telle qu'elle ébranle leur contrôle. Ils chercheront à redéfinir leur contrôle dans la sauvegarde du système. Parmi les différentes fractions du charrismo et de la bureaucratie politique, les contradictions et modifications de rapports de forces sont appelés à ne plus cesser de se développer.
Le « catastrophisme » quant à la situation économique est utilisé par le gouvernement pour justifier idéologiquement les énormes sacrifices imposés au peuple travailleur. Conjointement, le gouvernement fait jouer comme soupape de sûreté un moralisme débridé (la lutte contre la corruption) et des mesures politiques visant à réactiver la Réforme politique : réforme municipale, démocratisation du statut administratif du District fédéral (capitale) et, probablement, de la désignation et du fonctionnement du Sénat.
Il s'agit fondamentalement de démobiliser les mouvements qui pourraient surgir chez les paysans, du fait de l'absence de réponses à leurs revendications, et dans les villes, du fait de l'attaque d'envergure contre la par les mesures d'austérité.
L'approfondissement de la crise économique tendra done à se combiner avec une crise politique et sociale, marquée par le fait que ce n'est pas seulement la classe ouvrière qui est frappée de plein fouet par l'austérité. On doit s'attendre à des explosions de lutte dans ces secteurs et sous les formes les plus variées. Bien que le gouvernement soit conscient de ces périls, la priorité qu'il accorde à la reconquête de la confiance de la bourgeoisie, dans le cadre des applications des accords avec le FMI, tend à réduire rapidement sa marge de manœuvre, l'injection d'un discours populiste dans sa politique d'austérité n'étant pas suffisant pour duper les masses.
Le Pacte national de solidarité proposé en décembre 1982 par le Congrès du travail (réunion de l'ensemble des confédérations syndicales) et immédiatement signé le 30 du mois avec les capitalistes et le gouvernement, est apparu comme la possibilité de créer les conditions de manipulation du prolétariat. Alors que le Congrès du travail s'engageait à ce que les syndicats acceptent des augmentations salariales minimes (25 % pour le salaire minimum alors que l'inflation est de 100 %), les patrons s'engageaient pour leur part à ne pas augmenter les prix et à investir, et le gouvernement, lui, se chargeait d'assurer un programme d'approvisionnement en produits de base et à contrôler les prix. Pourtant, quelques jours plus tard, les entreprises procédaient à un relèvement généralisé des prix et le gouvernement même, par le biais du secrétariat d'Etat au Commerce, décidait des augmentations substantielles, y compris de produits de première nécessité en principe sous contrôle. Le Pacte national de solidarité est donc mort-né. L'austérité intransigeante rend plus que jamais possible et nécessaire le débordement du charrismo par la mobilisation indépendante des travailleurs.
Vu que l'austérité a entraîné une brusque réduction des dépenses sociales de l'Etat, la qualité des services publics, tels que la santé, l'éducation ou les transports, se dégrade à vue d'œil. Les conditions d'existence de la population travailleuse se détériorent encore plus, ce qui va provoquer de fortes tensions dans les centres urbains, et notamment dans les zones prolétariennes. Cette situation va s'aggraver avec le renchérissement des services publies, l'augmentation des impôts et l'insécurité du logement, avec son cortège de menaces d'expulsions massives.
La crise agraire, de son côté, va conduire le gouvernement à accélérer la modernisation capitaliste de l'agriculture et la frustration des espoirs de terre pour des millions de dépossédés.
Le développement de la crise sociale peut amener le gouvernement à renforcer les attaques contre les conquêtes syndicales et les droits démocratiques des masses, le droit de grève en particulier, mais aussi le droit de libre organisation. L'austérité toujours plus forte dont a besoin le capitalisme est incompatible avec la généralisation de l'organisation et de la lutte ouvrière.
La perspective de crise sociale implique la nécessité de préparer les affrontements de classe qui se profilent à l'horizon. La possibilité que de nombreux conflits sociaux remettent pratiquement en cause les charros et tous les bureaucrates syndicaux qui s'opposeraient à la nécessité vitale de résistance des travailleurs, créera des conditions plus favorables au développement de courants révolutionnaires et d'une avant-garde ouvrière indépendante. Mais, pour cela, ces courants doivent s'affirmer comme une alternative crédible, capable de coordonner les luttes fragmentées et d'impulser, à partir de la base, la réorganisation des grands syndicats nationaux. L'offensive bourgeoise contre les travailleurs cherche à démanteler l'organisation de classe, non seulement les syndicats indépendants et démocratiques, mais l'ensemble des organi-
Il s'agit notamment de renverser le profond processus de réorganisation qui s'est développé ces dernières années au sein même des usines et des entreprises, par le biais de délégués, de conseils, de commissions, qui permettent aux travailleurs de fourrer leur nez dans les mécanismes d'organisation du travail et d'exercer leur vigilance sur les conditions dans lesquelles ils opèrent. L'austérité privilégie également la restructuration du procesus productif dans le but d'augmenter la productivité, c'est-à-dire l'exploitation travail, en améliorant l'organisation du temps, des mouvements, et en distribuant plus efficacement les moyens. La tendance des travailleurs de diverses entreprises de ABAJO 1 .AÜSTERIDAD
•PRISTA
pointe à contester la liberté patronale absolue de disposer de la force de travail et à défendre des revendications de contrôle sur les rythmes de production et les charges de travail, à s'opposer aux licencie. ments au niveau de l'atelier, est insupportable pour la bourgeoisie. C'est pourquoi les directions d'entreprise cherchent avant tout à se débarrasser des délégués syndicaux et des militants qui défendent ces formes d'organisation avancées.
Les licenciements massifs résultant des fermetures d'entreprises et de la baisse générale de la production ont objectivement affaibli la classe ouvrière et l'ont rendue prudente. Ces licenciements visent également, dans la mesure où la crise pourrait « assainir » l'économie, à préparer les conditions d'une restructuration et d'une modernisation de la production, d'un abaissement des coûts et d'une amélioration de la compétitivité des entre-
La lutte contre l'austérité revêt donc la forme d'une lutte pour les revendications économiques élémentaires, telles que les augmentations de salaires, l'échel. le mobile des salaires, la semaine de 40 heures payée 56, le refus du chômage technique (si ce n'est avec le maintien du salaire intégral), le refus de l'augmentation des cadences de travail, le refus des licenciements, mais aussi la lutte pour les revendications qui préservent et renforcent l'organisation de la classe, telles que le droit de grève sans restrictions, la liberté d'organisation syndicale, le droit effectif à l'emploi à travers l'échelle mobile des heures de travail ...
Il est tout aussi nécessaire que les progrès dans l'organisation du prolétariat aboutissent à une clarification, à travers la lutte et l'expérience propre des travailleurs, de la signification de leur ré-
sistance, et à une rupture durable avec trême hétérogénéité du prolétariat,
La Batalla l'appareil d'Etat et les charros qui lui sont inféodés. C'est pourquoi la politisation des affrontements de classe est décisive, à savoir la combinaison des luttes revendicatives avec le combat politique contre la domination du PRI. La lutte au niveau des municipalités, ou pour la démocratisation du District fédéral (DF) et du Sénat, que le gouvernement entend utiliser pour dévoyer la résistance des masses, doit être au contraire utilisée pour lier l'action revendicative à l'action politique, pour convaincre l'ensemble de la population de la nécessité de combattre le gouvernement et la bourgeoisie sur le terrain politique, sur le terrain du pouvoir.
C'est ainsi que nous pourrons avancer dans la compréhension par le prolétariat et les opprimés de la nécessité de la bataille pour un gouvernement sans patrons ni fonctionnaires de la bourgeoisie, pour un gouvernement des ouvriers et des paysans.
Il n'existe pas encore un centre politique de classe capable de vertébrer les réponses variées à l'offensive d'austérité. L'avant-garde ouvrière est encore très réduite et dispersée. De fait, le mouvement ouvrier et de masse, indépendant et démocratique, est aujourd'hui réduit et isolé du gros du prolétariat et des couches opprimées de la société. Le grand objectif de l'avant-garde doit être de rompre cet isolement en commençant par s'organiser elle-même autour d'un projet clair et d'intervenir dans les explosions prévisibles.
Le Front unique prolétarien est aujourd'hui le seul chemin pour surmonter la terrible division des travailleurs sur lesquels règnent le charrismo et l'Etat. Mais le Front unique ne doit pas être compris comme un mécanisme réunissant plusieurs courants classistes déjà en accord sur un programme avancé de lutte allant jusqu'à la nécessité du socialisme. Le Front unique doit tenir compte de l'ex-
« Inprecor » salue la parution de « La Batalla », revue du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale En couverture : Fragment d'une fresque de José Clemente Orozco du point de vue social comme du point de vue de l'expérience, de la tradition de lutte, de la conscience, afin d'avancer les perspectives adaptées à chaque cas. C'est aujourd'hui relativement facile, puisque la de la population travailleuse commence à ressentir la nécessité de défendre son emploi, son salaire, ses conditions élémentaires de vie, en luttant contre l'austérité imposée par le gouvernement du PRI avec l'appui des directions syndicales pro-patronales.
Le Front unique est une tactique de lutte pour impulser la solidarité et l'unité, la résistance unifiée du prolétariat en tant que classe et de ses alliés paysans. Pour cela, il doit être un front sans exclusives d'aucune sorte fondées sur des divergences politiques ou idéologiques. Il ne sera efficace et utile que s'il permet d'entraîner des couches toujours plus larges de travailleurs dans l'action, indépendamment de leur niveau de conscience, de leur appartenance syndicale ou politique, de leur religion ou de leur idéologie. Nous avons besoin d'un front pour l'action, qui regroupe tous ceux qui sont prêts à résister en pratique à l'austérité du régime. Le Front national de défense du salaire contre l'austérité et la vie chère (FNDSCAC) est actuellement le projet le plus important de structuration d'un front de lutte, bien qu'il ait encore à surmonter le sectarisme et à comprendre la nécessité de se tourner vers les masses du prolétariat.
Pour mieux organiser et politiser la résistance du peuple travailleur, le meilleur chemin est celui de la construction du parti révolutionnaire dans le processus même de développement et de recomposition du mouvement de masse. L'Etat et la bourgeoisie continueront, malgré la crise, à exercer leur contrôle ou leur influence sur le gros du prolétariat, et ils parviendront même à alimenter de nouvelles illude los revolucionarios
Año I, No 1
Diciembre 1982-enero 1983 sions aussi longtemps que n'existera pas un parti révolutionnaire fortement enraciné dans la classe ouvrière et parmi les opprimés. Il existe aujourd'hui plusieurs détachements révolutionnaires qui luttent pour construire ce parti et orienter la lutte des masses vers le combat pour le socialisme. Pourtant, non seulement il s'agit de détachements réduits, mais ils restent séparés les uns des autres et vont parfois jusqu'à s'affronter. De plus, leur implantation dans les centres ouvriers est récente. Les secteurs de travailleurs qui animent le mouvement de masse sont bien plus larges que l'ensemble des courants et organisations révolutionnaires. Le déphasage entre le mouvement ouvrier et les or ganisations révolutionnaires rend plus difficile la coordination des luttes et l'impulsion du Front unique.
Le parti révolutionnaire du prolétariat, le parti de combat des masses pour le socialisme, ne verra le jour que s'il parvient à regrouper des centaines de milliers de cadres ouvriers et d'autres secteurs opprimés, et à organiser massivement le prolétariat. Il est difficile d'imaginer que l'une des organisations révolutionnaires existantes puisse se convertir en ce parti par simple évolution linéaire. Les réformistes de diverses tendances l'ont aussi compris à leur manière et se sont regrou• pés dans le Parti socialiste unifié du Mexique (PSUM), qui prétend devenir un parti de masse rassemblant l'ensemble des courants nationalistes et réformistes. Les révolutionnaires ont pris du retard et ont besoin de marcher d'un pas décidé vers la construction d'un parti révolutionnaire, non seulement pour disputer les masses aux réformistes, mais pour disputer le pouvoir à la bourgeoisie et au PRI.
Le chemin de la construction du parti du prolétariat passe, au Mexique, par la construction d'une seule organisation des courants révolutionnaires, classistes, socialistes les plus conséquents, qui luttent avec énergie et sans concessions contre le capitalisme et la domination de la bourgeoisie. Le parti révolutionnaire se construira avec l'apport des expériences et des énergies de plusieurs courants révolutionnaires, unis sur une ferme base stratégique et politique, sur ce qu'il faut faire et comment, et au sein duquel les divergences théoriques et tactiques persistantes pourraient être traitées dans le cadre de la mé. thode du centralisme démocratique. Un authentique parti révolutionnaire de la classe ouvrière doit être capable de rassembler divers courants de pensée, d'origines et de trajectoires différentes, mais convergeant dans un projet unique.
Le second but des courants révolutionnaires et de l'avant-garde ouvrière doit done être d'avancer dans la construction du parti révolutionnaire. Car c'est seulement ainsi que les progrès et le renforcement du mouvement ouvrier et populaire pourront se traduire, pendant cette période critique, par un changement des rapports de forces entre capital et travail au profit de ce dernier.
Arturo ANGUIANO « La Batalla », numéro 2, Mexico, D.F., Février-mars 1983.