Inprecor 1974–2004

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SUEDE

Le gouvernement social-démocrate revient, l'austérité demeure ...

· Inprecor n° 143, 14 février 1983 · p. 7-9 · 2 200 mots

Syndicalisme

Le gouvernement social-démocrate revient, l'austérité demeure s'est manifestée contre cette politique patronales, contre la proposition social-

A victoire des sociaux-démocrates aux élections législati-

Lacion tranquite plutot que par des explosions de Joie.

/ faction tranquille plutôt que par des explosions de joie.

A une exception - importante — près, cependant : la Bourse de

Stockholm, qui a favorablement accueilli le nouveau gou-

Ingrid HEDSTROM

Il s'agissait des deuxièmes élections législatives depuis 1976, date à laquelle les sociaux-démocrates avaient perdu le contrôle du gouvernement qu'ils détenaient depuis quarante-quatre ans.

1979, 4 000 voix seulement leur avaient pour obtenir la majorité

Parlement. En septembre 1982, le « bloc socialiste », regroupant le Parti social-démocrate des travailleurs (SAP) et le Parti communiste suédois (VPK), a obtenu

51,2 % des suffrages, contre 45 % aux trois principaux partis bourgeois.

UNE POLARISATION DE CLASSE

Au cours des six années de gouvernement des partis bourgeois, les travailleurs suédois ont vu leur niveau de vie baisser de 14%, des réductions importantes des dépenses sociales et la croissance du chô-

Les industries minières, sidérurmage.

giques, textiles et la construction navale ont été frappées par la crise capitaliste entrainant la suppression de milliers d'emplois.

Une certaine résistance, morcelée,

Olof Palme, dirigeant du Parti social-démocrate des travailleurs (SAP). (DR)

travailleurs. d'austérité de la bourgeoisie, mais elle n'a pas débouché sur une riposte massive et généralisée. Néanmoins, la société suédoise connaît le début d'une certaine polarisation entre les classes, qui se reflète indirectement dans les résultats électo-

Cette polarisation apparaît avec évidence lorsqu'on analyse les résultats du vote en faveur des partis bourgeois. Le principal vainqueur a été le Parti modéré, le défenseur le plus acharné de l'austérité, ennemi tout aussi acharné des droits des travailleurs et des syndicats. Ce parti s'est développé régulièrement au cours de la dernière décennie, et il est passé de 20,3 % des suffrages en 1979 à 23,6 % en 1982, devenant ainsi le premier parti bourgeois. Par ailleurs, le perdant dans le camp de la bourgeoisie a été le Parti populaire, de tendance libérale. Il était le principal parti bourgeois, il y a vingt ans, et il a vu ses voix passer de 10,6 % en 1979 à 5,9 % en septembre dernier.

La polarisation naissante entre les classes s'est reflétée également dans les thèmes de campagne choisis par les partis bourgeois et par différentes organisations

SUEDE Au cours de la semaine qui a suivi les élections, on a enregistré des hausses jamais vues dans le passé. Il faut bien admettre que le nouveau gouvernement a pleinement satisfait la confiance des agents de change. Ses premières mesures ont, en effet, entraîné une réduction de 10 % du niveau de vie des démocrate d'un « fonds des salariés ». Cette proposition visait à opérer des retenues sur les salaires, afin de constituer un fonds d'aide aux industries capitalistes en difficulté. Les sociaux-démocrates ajoutaient qu'ils voulaient donner un contrôle - au moins en théorie — aux travailleurs sur l'utilisation de ces fonds.

Cette proposition toute réformiste déclencha une levée de boucliers de la part de la bourgeoisie. Déployant des moyens gigantesques — avec des affiches, de pleines pages dans la presse, des brochures, des cassettes - les capitalistes expliquèrent qu'une telle proposition remettrait en cause l'économie de marché et mènerait la Suède directement au socialisme et à l'économie planifiée !

Une des raisons qui explique cette réaction réside sans doute dans le fait que pour modeste qu'elle soit - cette proposition entraînerait une institutionnalisation durable de la collaboration entre les capitalistes et les dirigeants syndicaux, qui a marqué les trois décennies précédentes en Suède. Une telle collaboration ne correspond plus, aujourd'hui, aux besoins d'une économie capitaliste en pleine crise, alors que les patrons entendent, au contraire, reprendre toutes les concessions obtenues dans le passé par le mouvement ouvrier.

Mais cette campagne avait également un contenu idéologique : une virulente défense du capitalisme et de la liberté d'entreprise, une attaque haineuse contre les idées socialistes et les syndicats présentés comme les ennemis de la « liberté capitaliste ». Est-il besoin de dire que la campagne des sociaux-démocrates ne présenta à aucun moment une réponse ouvrière adéquate à cette offensive bourgeoise ? Un exemple en est la façon dont Olof Palme, dirigeant du Parti social-démocrate, résuma le sens de ces élections, le soir de la victoire électorale. Malgré la violente campagne lancée contre le mouvement ouvrier, expliqua-t-il, nous nous sommes bien gardés de répondre de la même façon. Au contraire, nous avons continué à tendre la main. C'est ce qui nous a apporté le soutien des électeurs.

Il est certain que la campagne des sociaux-démocrates s'est placée sous le signe

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de la main tendue et non du poing serré.

Aux attaques contre la proposition du

« fonds des salariés », les dirigeants sociaux-démocrates ont répondu en réaffirmant avec force leur respect indestructible du capitalisme.

LES QUATRE PROMESSES

ELECTORALES DE OLOF PALME De même, l'explication que donne

Olof Palme de sa victoire ne correspond pas à la réalité. Il faudrait plutôt dire que la victoire social-démocrate représente un refus de la politique d'austérité menée par la bourgeoisie, un refus de la réduction des dépenses sociales, des fermetures d'entreprise et des licenciements. Les électeurs entendaient également dire

« oui » aux quatre promesses électorales

Ce parti avait en effet promis d'annuler quatre des mesures les plus impopulaires prises par le gouvernement bourgeois sortant : la réduction du remboursement des frais de maladie; la suppression de l'indexation des retraites; la réduction des subventions pour les crèches, et la ré.

duction des allocations de chômage. Pour financer ces dépenses, cependant, le Parti social-démocrate proposait une hausse de

Vers la fin de la campagne, les candidats sociaux-démocrates ont aussi eu tendance à mettre de côté la politique d'austérité qui était pourtant celle de leur parti. Ils semblaient ainsi promettre de mettre fin à l'austérité et de favoriser une politique de relance de la production par l'augmentation du pouvoir d'achat des travailleurs.

Ce tournant de fin de campagne et les « quatre promesses » expliquent en fait l'importance des résultats du bloc socialiste.

Durant cette campagne, le Parti communiste a essayé de se présenter comme un partenaire un peu plus radical de la social-démocratie. Seul le Parti socialiste (SP, section suédoise de la IVe Internationale) s'est attaché à proposer une issue socialiste à la crise.

Le Parti socialiste a présenté des candidats aux législatives dans tout le pays, et a également participé à certaines élections municipales. Il a centré sa campagne autour de la nécessité d'une riposte ouvrière à l'offensive bourgeoise, à commencer par le rejet de toutes les mesures d'austérité.

Le SP a expliqué qu'il ne fallait pas céder au chantage des capitalistes, mais, au contraire, y répondre par des mesures anticapitalistes, telles que la nationalisation des banques et des grandes entreprises, ainsi que la réduction de la semaine de travail, afin de lutter contre le chômage. Les socialistes ont aussi fait bonne place, dans leur campagne, à la solidarité avec les combattants salvadoriens et les ouvriers polonais. De même, face aux attaques racistes qui se sont développées durant la campagne électorale, ils ont pris la défense des droits des travailleurs immigrés.

ANALEN

BESLUTANDE NA

Manifestation syndicale unitaire à Stockholm, le 4 décembre 1976. (DR)

Cette campagne a rencontré un succès certain, bien que le nombre de voix recueilli soit faible, étant donné le système électoral à un tour qui favorise le réflexe du « vote utile » pour les partis

LA RESTRICTION DES SALAIRES

Le nouveau gouvernement social-démocrate a été formé au début octobre. Il a immédiatement proposé un paquet de mesures « anticrises » qui justifiaient totalement la confiance accordée par la Bourse à Olof Palme.

La principale de ces mesures fut la décision de dévaluer la monnaie suédoise (couronne) (1) de 16%, afin d'aider les capitalistes à développer leurs exportations. Pour les travailleurs, cela revient à une perte de 6% du pouvoir d'achat. Si l'on y ajoute l'augmentation de 2% des impôts directs (prétendument destinée à financer la suppression des dépenses sociales opérées par le gouvernement sortant) et d'autres décisions du même ordre, le gouvernement social-démocrate a réussi à réduire de 12 % le pouvoir d'achat des travailleurs d'un seul coup !

Soit dit en passant, le gouvernement a annoncé froidement que la promesse électorale de réinstaurer l'indexation des retraites sur le coût de la vie ne signifiait retraités recevraient une compensation pour la perte traînée par l'augmentation du prix des biens de première nécessité.

Comment s'étonner que la Bourse ait accueilli ces mesures par des explosions de joie ? Le journal des affaires, Dagens Industri, rapportait, par exemple, la question d'un agent de change : « Ou peut-on acheter un de ces badges sociaux-démocrates avec une rose rouge ? »

Jusqu'ici, les travailleurs n'ont pas ces attaques. Mais les contrats collectifs arrivent à terme et la négociation pour leur renouvellement va bientôt commencer. Le gouvernement social-démocrate fait donc pression sur les directions syndicales pour que les nouveaux contrats n'introduisent pas une

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compensation totale des pertes de salaires dues à la dévaluation et aux autres mesures économiques.

Les dirigeants syndicaux se sont déjà déclarés disposés à une certaine « réser ve » en matière de salaires dans les nouveaux contrats. Lors d'une récente conférence du syndicat du Livre, Rune Molin, secrétaire national, promettait que « les salariés accepteraient une réduction de 4% de leurs salaires réels ».

Les : sociaux-démocrates comptent bien tirer profit de leur hégémonie traditionnelle sur le mouvement ouvrier pour faire passer ces mesures procapitalistes. Dans une interview au Financial Times de Londres, Kjell-Olof Feldt, ministre des Finances, le déclarait sans détours : « Les organismes internationaux nous ont recommandé de dégraisser notre économie. (...) Je crois que d'autres gouvernements aimeraient prendre des mesures similaires, mais ils n'osent pas. C'est une opération difficile, mais un gouvernement social-démocrate jouit d'un avantage énorme, étant donné le soutien qu'il reçoit de la part du mouvement syndical. Nous serions irresponsables si nous n'essayions pas d'utiliser cet avantage, cette confiance que nous avons su établir avec les syndicats depuis un demi-siè-

Mais les mesures prises par le gouvernement social-démocrate risquent de plus en plus de mener cette confiance à un point de rupture.

Durant des années, les réformistes ont avancé la perspective d'une victoire électorale afin de détourner les travailleurs de la lutte contre l'offensive bourgeoise. Lors de la grande grève de 1980 (2), ils

1. 1 couronne suédoise (Kr) équivaut aujourd'hui à 0,90 FF.

2. Du 2 au 11 mai 1980 s'est déroulée en Suéde, à propos des contrats collectifs, une lutte d'ampleur qui a concerné 900 000 travailleurs. C'était la première grève généralisée depuis soixante et onze ans dans le pays. Voir Inprecor numéro 77 du 15 mai 1980, et numéro 78 du 29 mai 1980.

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ont conseillé aux travailleurs lock-outés de bien séparer les questions syndicales et politiques. En 1981, alors que les protestations contre la politique d'austérité du gouvernement bourgeois s'amplifiaient, les sociaux-démocrates ont proposé à plusieurs reprises des élections, mais sans mobiliser les travailleurs pour en imposer la

L'HEURE DES LUTTES les sociaux-démocrates élections à l'organisation de grèves politiques contre la réduction des dépenses sociales opérées par le gou-

Maintenant, ils sont eux-mêmes au gouvernement et n'auront plus la possibilité de recourir à de tels arguments.

Que vont-ils dire aux milliers de familles ouvrières qui se serrent la ceinture et qui ne comprennent pas pourquoi elles devraient continuer à voir diminuer leur pouvoir d'achat, alors que les spéculateurs capitalistes s'enrichissent ? Une récente enquête de l'Institut national de la consommation indiquait que 30% des ménages n'avaient plus de marges pour ré-

Que vont-ils dire aux mineurs de fer du Nord qui sont menacés de licencie. ments massifs ? Dans ce cas, c'est la survie de communautés et de régions entières qui est en question. Mais, jusqu'ici, les sociaux-démocrates se sont contentés d'expliquer que l'avenir de ces mines n'était pas du ressort du gouvernement.

Et que diront-ils, enfin, aux autres travailleurs également menacés par la fermeture de leurs usines ? Ou aux dirigeants syndicaux locaux qui sont persuadés que les choses vont s'améliorer, maintenant qu'ils n'ont plus qu'à « prendre le téléphone et appeler Kjell-Olof Feldt » ?

Les ouvriers révolutionnaires ont exliqué à leurs camarades de travail et aux dirigeants syndicaux sociaux-démocrates, des élections : « Maintenant, vous autres sociaux-démocrates, vous dirigez les syndicats, les municipalités et le gouvernement. Quelle excuse avez-vous pour ne pas lutter contre l'offensive bourgeoise ? » C'est ce qu'expliquait le journal du Parti socialiste, Internationalen : « Désormais, sociaux-démocrates disposent de tous les moyens légaux pour mettre fin aux licenciements, pour stopper la réduction des salaires réels, les restrictions des dépenses sociales, pour mettre un terme à l'appauvrissement des travailleurs qui ne sert qu'à engraisser une couche de parasites improductifs. La polarisation qui est apparue au cours des élections de 1982 avec la campagne du patronat, le succès du Parti modéré, le déclin du centre, l'absence de clarté de la part des dirigeants sociaux-démocrates, et le début du renforcement des forces socialistes - tout ceci annonce ce que seront les années 1980 en Suede : la décennie de la lutte de classe et du socialisme. »

Ingrid HEDSTROM Stockholm, 13 décembre 1982.

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