Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

La LCR dans les mobilisations antimissiles

Inprecor n° 143, 14 février 1983 · p. 25-26 · 1 668 mots

Italie France Paix et armements États-Unis

La LCR dans les mobilisations anti-missiles En décembre 1982, à la suite d'une série d'actions et alors que s'ouvrait un débat sur la stratégie à suivre, le mouvement contre l'escalade dans les armements atomiques et contre l'installation d'une grande base de missiles de croisière (Cruise) à Comiso en Sicile a retrouvé une

La longue marche qu'il a organisée, de Milan à Comiso, s'est terminée le 18 décembre par une grande manifestation sicilienne. Une série d'actions d'envergure avait salué son passage dans les villes de autre marche, partie de Catane (Sicile), s'est achevée en manifestation le 23 dé cembre; elle avait été organisée par le camp de la paix international permanent établi à l'aéroport de Magliocco, près de la base de Comiso. Dans le courant du même mois, Edward P. Thompson, un des porte-parole des mouvements pour la paix britannique et européen, faisait une tournée fructueuse en Sicile. Il s'adressa en particulier au mouvement syndical italien, le pressant de s'engager dans la lutte contre la base militaire de Comiso. Il faut également signaler une grève de la faim contre les missiles, à laquelle participèrent un dirigeant du PC sicilien, Cagnes, et des militants de la paix italiens, britanniques, allemands et néerlandais. L'élément nouveau le plus important de ces dernières semaines a été l'initiative d'un groupe de sénateurs de gauche indépendants (élus avec l'appui du Parti communiste) visant à faire adopter par le Parle. ment une motion contraignant le gouvernement italien à organiser un référendum national sur la question de l'implantation de missiles à Comiso.

La manifestation de 250 000 personnes qui a eu lieu à Rome, le 24 octobre 1981, avait marqué le début du grand es sor du mouvement anti-guerre. La décision du Parti communiste italien (PCI) de s'engager sur la question avait alors large. ment contribué à cette réussite. Il craignait, en effet, qu'un mouvement de masse, à l'image des mouvements d'Europe du Nord, ne se développe en dehors de son contrôle et sur des positions trop anti-impérialistes à son goût. Il cherchait également à mettre en difficulté le Parti socialiste (PSI), qui faisait preuve d'un atlantisme virulent, et à trouver un mouvement où ses propres militants pour raient s'investir pour mettre fin à la paralysie et à l'isolement relatifs qu'il avait connus dans la période qui avait suivi le « compromis historique ». C'est ainsi que le PCI contribua à rassembler un million de signatures pour la « suspension » du projet Comiso. En effet, le PCI n'appelle pas au refus clair et net de l'installation des missiles, mais à sa « suspension » dans le cadre de « négociations » géné rales.

Par la suite, et tout au long de 1982, le mouvement pour la paix avait plutôt piétiné. La manifestation contre Reagan, en juin, avait rassemblé beaucoup de monde, mais pas autant que celle d'octobre 1981. Le PCI avait réduit son engagement, ayant le souci de préserver l'équilibre du gouvernement Spadolini et d'éviter des élections anticipées. D'autre part, une divergence se fit jour entre les deux principales composantes politiques du mouvement.

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On avait, d'un côté, les forces sous l'hégémonie du PCI, parmi lesquelles le Parti d'unification prolétarienne (PDUP, groupe centriste à la gauche du PCI, qui comprend des personnalités comme Lucio Magri et Rossana Rossanda et dont le journal, Il Manifesto, joue un rôle important), situait clairement son action au sein du mouvement ouvrier, mais avec une conception « verticaliste » de l'organisation des mobilisations, illustrée par le fait qu'il agissait, par exemple, l'entremise du Comité du 24 octobre, cartel romain de dirigeants politiques et de personnalités. Les tenants de cette position s'efforçaient en même temps d'affaiblir toute dynamique anti-impérialiste risquant d'aller au-delà de vagues appels à la paix et aux négociations entre les «super-puissances ». En juin 1982, par exemple, la manifestation de Rome, qui coincidait avec la visite de Reagan en Europe, s'est arrêtée devant les ambassades américaine et soviétique. Le 4 juin, un article de Fulvio Papi dans l'Unità (le journal du PCI) affirmait que « la stratégie des deux super-puissances (...) avait commencé à considérer l'espace européen comme disponible pour l'escalade nucléaire ». Les dirigeants du PCI comp. taient sur la capacité de la Communauté européenne (appuyée par le mouvement pour la paix), pour amener les super-puissances à « négocier de manière positive ». De toute façon, le cadre politique du PCI est celui de l'acceptation de la « réalité » de l'OTAN et non celui de la revendication du retrait de l'Italie de cette organisation.

On avait, de l'autre côté, les forces « alternatives » ou « d'action directe », comprenant des indépendants, le Parti radical (PRI) et la Ligue des objecteurs de conscience (LOC). Leur position, quant à à une « responsabilité des super-puissances » n'est pas vraiment différente, mais ils sont impatients de voir se réaliser une action véritable à l'encontre des missiles. C'est ainsi qu'ils ont participé à la construction du camp international de la paix près de Comiso.

En outre, il existe un réseau de comités pour la paix, mais il est assez limité parce que sa démarche pour un désarmement unilatéral est plus anti-impérialiste. De ce tait, les principales forces politiques de gauche lui preferent des cartels lancés au niveau national, comme le Comité du 24 octobre, pour organiser les mobilisations.

Cependant, on voit souvent de nombreux militants de base du PCI, notamment des jeunesses, militer dans le mouvement pour la paix, et souvent sur des positions anti-impérialistes plus claires que celles de leur direction.

Nos camarades de la Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR, section italienne de la IVe Internationale) jouent un rôle actif dans le mouvement pour la paix et expliquent qu'il faut lutter contre deux risques. L'un consiste à reconnaître, juste titre, le rôle majeur du mouvement ouvrier dans la mobilisation, mais l'opposer à la nécessité de la création de comités actifs, et à refuser, en conséquence, toute initiative qui ne vienne pas du sommet des appareils. L'autre danger est de croire faussement, en refusant cette paralysie, que seules des actions plus ou moins spontanées surgies de la mouvance des militants anti-guerre peuvent mener à une victoire politique sans l'active participation du mouvement ouvrier.

La LCR a soutenu toutes les initiatives qui visaient à construire le mouvement pour la paix — même lorsqu'il existait certaines illusions quant à l'efficacité de la tactique d'action directe - comme dans le cas du camp international de la paix. Mais elle considère que la pierre de touche pour arrêter l'installation des missiles à Comiso réside dans la construction d'une campagne nationale, centralisée et exhortations du PCI et autres pour la paix et pour que les grandes puissances négocient sérieusement, font diversion. Il est capital d'amener le mouvement ouvrier à exiger l'arrêt des construction nécessaires l'installation des missiles. Dans cette perspective, la réunion nationale des comités pour la paix qui s'est tenue les 22 et 23 janvier à Rome, a été une étape importante pour le mouvement, qui y a tracé ses perspectives pour 1983, année prévue pour la mise en place des missiles à Comiso. 700 délégués des comités y participèrent. Ils se sont, entre autres, prononcés en faveur du soutien à la proposition de sénateurs « indépendants de gauche ». L'assemblée a décidé d'appeler à une manifestation à Rome, le 5 mars, le jour de la discussion du budget militaire au Parlement.

L'initiative des sénateurs de la gauche indépendante de pousser le Parlement à lancer un appel pour un référendum sur Comiso est une chose positive. Les sondages d'opinion font apparaître qu'un tel référendum obtiendrait une majorité sans équivoque de « non » aux missiles. Pour être adoptée, la motion sur le référendum doit obtenir la majorité absolue du nombre total de députés. La LCR et le PDUP discutent avec ses initiateurs d'organiser le soutien à cette proposition de référen-

Men développant une campagne de masse à partir des millions de signatures déjà recueillies contre les missiles, et en en collectant encore davantage, pour mobilisation autour thème populaire.

Comme l'a très justement fait remarquer E. P. Thompson, lors de sa tournée en Sicile, la décision concernant Comiso est importante pour l'ensemble du mouvement européen pour la paix. La construction de la base de missiles créerait un « fait accompli » permettant à d'autres gouvernements, qui hésitent encore à se ranger à l'avis des Etats-Unis, à cause de la pression de leur opinion publique, de justifier une décision finale de cet ordre. Etant donné l'importance que l'impérialisme américain attache à la mise sur pied d'un soutien logistique à sa Force de déploiement rapide en Europe (RDF), réitérée lors de la réunion de l'OTAN à Bruxelles, en décembre 1982, l'Italie s'est vue atrôle particulier comme force d'intervention et d'appui sur le flane méridional de l'OTAN. Autrement dit, celui de défendre les intérêts impérialistes (le pétrole) au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et de contrer un prétendu surarmement militaire soviétique en Méditerranée. Ce renouveau de dynamisme de l'impérialisme italien dans son rôle d'associé mineur de l'impérialisme américain apparait clairement avec sa participation à la Force internationale d'interposition au Liban et l'augmentation de son budget militaire à un taux supérieur à celui de l'inflation, et cela pour la cinquième année consécutive. Une attention militaire d'intervention rapide.

Toute lutte contre les missiles est donc une lutte directe contre le gouvernement d'Amintore Fanfani, qui assume pleinement son rôle impérialiste et est soutenu à fond par une industrie italienne de l'armement florissante (l'Italie est le quatrième pays exportateur de matériel militaire du monde). Un mouvement antiguerre en Italie ne peut pas seulement être construit sur la base de simples appels généraux pour la paix et les négocia-

Lega Comunista Rivoluzionaria et les cercles de jeunesse en solidarité avec elle mettent en avant le mot d'ordre : « Du travail, pas de bombes ! », faisant le lien entre la lutte contre les nouvelles propositions de réduction des dé. penses sociales faites par le gouvernement Fanfani et contre l'accroissement du budget militaire. Elle situe le combat contre les missiles dans le contexte de la lutte internationale contre les menaces guerre de l'impérialisme.

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