La montée de l'intégrisme islamique et la lutte pour la laïcité de l'Etat taient entre étudiants progressistes et intégristes à la cité E 2 novembre 1982, des affrontements violents écla universitaire de Ben-Aknoun, près d'Alger. L'étudiant Amzel Kamel était tué par les nervis intégristes, et quinze autres étaient sérieusement blesses. Protestant contre les agissements meurtriers des activistes intégristes, 7 000 personnes accompagnaient les funérailles du jeune Kamel. En riposte, les intégristes organisaient à leur tour un rassemblement de 8 000 personnes, le 12 novembre, devant la Faculté centrale d'Alger, malgré la présence d'un fort dispositif policier.
Craignant l'essor d'un tel courant, le pouvoir réagissait en décembre, en dénonçant les menées intégristes et en suggérant la présence à l'arrière-plan d'influences étrangères. La Libye pourrait être visée. Le procès de 23 intégristes accusés d'appartenir à des organisations subversives était annoncé. En janvier 1983, perquisitions, ratissages et arrestations continuaient.
La propagande des courants intégristes exprime la plupart du temps un projet ouvertement réactionnaire. Ainsi, leurs tracts clandestins réclament la proclamation d'une « République islamique algérienne » dont la Constitution serait le Coran. Ils dénoncent « l'idéologie marxiste suivie par l'Etat » et demandent que « toutes les terres spoliées dans le cadre de la révolution dite agraire soient restituées à leurs propriétaires ».
Mais ce mouvement s'appuie sur un phénomène social profond, dont les mutations sociales, la croissance démographique rapide, le déracinement des masses rurales constituent le fondement. Ainsi, des mosquées « sauvages » se sont multipliées dans les garages, les appartements, les cités populaires, mais aussi dans les facultés ou les hôpitaux. Les prédicateurs échappant au Haut Conseil islamique s'v montrent souvent plus incisifs que le clergé bureaucratisé des mosquées officielles. N'importe qui peut prendre la parole pour dénoncer la corruption ou l'arrogance des nouveaux riches. Ainsi prend forme et circule un discours politique souterrain qui, dans le cadre d'un système de parti unique, ne trouve pas la possibilité de s'expri-
La Constitution et la Charte ratifiées par référendum en 1976 font de l'islam la religion d'Etat. A côté du ministère des Affaires étrangères, un Haut Conseil islamique veille à la propagation de la pensée islamique. Rétribués par le gouvernement, les imams ont le statut de la fonction publique et ils officient dans des mosquées dont la multiplication est prévue par le
ALGERIE Plan. Mais à côté des édifices religieux financés par les fonds publics apparaissent, de plus en plus nombreux, des édifices construits grâce à des souscriptions privées, sans entraves administratives. Depuis la création de l'Ecole fondamentale, d'une durée de neuf ans, sous tutelle du ministère de l'Enseignement, il n'y a plus d'établissements confessionnels privés, mais les centres culturels islamiques se sont multipliés, et le ministre des Affaires religieuses a rappelé que la mosquée a, dans l'islam, aussi fonction d'université.
Les mesures répressives prises ces deux derniers mois contre le courant intégriste semblent marquer un coup d'arrêt de la politique de tolérance, voire de bienveillance, jusque-là suivie par le pouvoir. En décembre, les déclarations du président de la République, Chadli Benjedid, ont exprimé une sérieuse mise en garde contre « les éléments qui brandissent des slogans à caractère social, idéologique et religieux » et « veulent inciter le peuple à se refermer sur lui-même et à se noyer dans de faux problèmes ». Il a même laissé entrevoir la possibilité de mobiliser le parti (le FLN) et ses organisations de masse satellites pour organiser un contre-feu : « Certains appellent à la paralysie totale de la société en voulant cloîtrer la femme. Je me demande quel est l'avis de la militante qui a combattu aux côtés de l'homme et qui participe aujourd'hui, toujours à ses côtés. à l'édification nationale. » Pourtant, les autorités étaient peu soucieuses de ce rôle de la femme quand elles proposaient, il y a quelques mois encore, un Code de la famille institutionnalisant l'oppression des femmes et restaurant officiellement les traditions de soumission au père et au mari.
Chadli Benjedid craint surtout que le courant intégriste ne soit un obstacle sur la voie de l'ouverture à un capitalisme plus classique et à l'impérialisme. Dans le numéro 8 de leur bulletin Et Taliaa, nos camarades algériens du Groupe communiste révolutionnaire fournissent une analyse du phénomène intégriste, qui veut éviter aussi bien le jugement simpliste, isolant les effets idéologiques de leurs racines sociales, que les conclusions manichéennes conduisant à soutenir les intégristes pour la simple raison qu'ils s'opposent au pouvoir. Ils considèrent que le pouvoir du FLN, comme l'intégrisme lié aux mosquées, constituent deux obstacles sur la voie de la conquête de l'indépendance de classe et des libertés démocratiques.
C.D.