Lundi 24 janvier s'est ouvert à Varso- Moscou et avec le mathématicien dissivie le procès des premiers animateurs de « Radio Solidarnosc » de Varsovie, créée en avril 1982. Les chefs d'accusation retenus contre les dix militants inculpés relèvent de l'article 282 du Code pénal (« incitation publique à la désobéissance »), qui prévoit une peine allant jusqu'à dix ans de prison, et des articles 46 (« poursuite des activités syndicales ») et 48 (« diffusion de fausses informations ») du décret sur l'état de guerre du 13 décembre 1981. Ces clauses pénales permettent de condamner les prévenus à des peines de trois à dix ans de prison. L'acces a la salle d'audience du Tribunal militaire de Varsovie, où ce procès « public » se déroule, a été interdit aux journalistes, « faute de place ». Seuls les correspondants des agences officielles de presse polonaise, PAP et Interpress, ont donc pu pénétrer dans la salle.
Les deux principaux accusés, ZbigRomaszewski, long passé de militants pour les droits des furent, après l'écrasement brutal des grèves de Radom et Ursus contre la hausse des prix, en juin 1976, de ceux qui, les premiers, ont mis sur pied un réseau d'aide matérielle et juridique aux travailleurs persécutés et à leurs familles, réseau qui allait donner naissance, trois mois plus tard, au Comité de défense des ouvriers (KOR). Zbigniew Romaszewski en deviendra officiellement membre en 1977, lorsque son activité de contacts avec les travailleurs attira sur lui l'attention de la police. Il créa alors, avec sa femme Irena, le Bureau d'intervention du KOR, qui s'attèlera à répertorier et à répercuter les violations de la légalité et les persécutions contre les travailleurs venant en aide aux victimes de la répression. Zbigniew Romaszewski profitera également, à cette époque, d'un voyage en URSS pour nouer, au nom du KOR, des contacts avec le groupe « Helsinki » de dent Andrei Sakharov. Arrêté en août 1980, après le début de la grève du chantier naval Lénine de Gdansk, Romaszewski sera libéré en vertu de l'accord du 31 août 1980 signé entre les grévistes et la bureaucratie. Il prend alors part, avec sa femme, à la fondation de Solidarité dans la région de Varsovie, dont il devient membre du présidium de la direction ré gionale.
Les époux Romaszewski organisent alors la Commission d'intervention de Solidarité dans la région, qui est chargée d'aider les sections d'entreprise à se repérer dans le magma juridique dans lequel la bureaucratie cherche à les égarer. Lors du Ier Congrès national de Solidarité, Zbigniew Romaszewski est élu à la direction nationale du syndicat. Le 13 décembre 1981, Zbigniew et Irena ont pu échapper à l'internement, mais leur fille, âgée de 20 ans, a été internée. Dans la clandestinité, ils se sont appliqués à donner au syndicat un moyen d'expression de masse, projet dont la première émission radio, à la veille du ler Mai 1982, sera le résultat. Membre du Comité exécutif régional clandestin de Solidarité, Zbigniew Romaszewski aura été de ceux qui, les premiers au sein de la direction, auront mis l'accent sur la nécessité de renforcer les structures clandestines, par le développement des comités de coordination interentreprises. C'est en partie grâce à l'activité des militants de « Radio Solidarnosc », qui ont appuyé, contre l'avis de la majorité des dirigeants syndicaux de Varsovie, l'appel du Comité ouvrier interentreprises (MRKS) à manifester le ler Mai 1982, que cette manifestation a connu le succès que l'on sait. A la suite de ce succès, Zbigniew Romaszewski s'est fait le propagandiste du recours à l'arme de la grève générale. Il explique, dans une interview publiée en juin par l'hebdomadaire clandestin de Solidarité à Varsovie, Tygodnik Mazowsze : « Il faut commencer les préparatifs de la grè ve générale. (...) Il doit s'agir d'une grève générale nationale avec autodéfense active des entreprises. A Varsovie, la grève d'occupation devrait être le fait de 20 ou 30 grandes entreprises, les autres faisant une grève d'absentéisme de soutien. part cela, des manifestations, des défilés qui immobiliseraient une partie des forces répressives. Si la situation devient grave, le pouvoir ne pourra, à mon avis, pas compter sur l'armée ni même sur la milice. Quand un bataillon refuse de tirer ... En février 1917, un petit détachement des cosaques est passé du côté des mani festants, et un mois plus tard, le tsar n'é tait plus .. » A cause du rôle politique et organisationnel qu'ils ont joué dans la ré sistance, Romaszewski et ses camarades sont devenus les personnes les plus recher chées de Varsovie. Après plusieurs tentatives infructueuses, la police en arrêtait une partie en juillet 1982, puis d'autres le 31 août. Ce procès doit être, pour la bureaucratie, l'occasion de se venger de ces quelques militants exemplaires.
A Varsovie, « Radio Solidarnosc », qui a repris, apres plusieurs mois de silence, ses émissions régulières le jour de l'ouverture du procès, a appelé la population de Varsovie à soutenir les accusés en se rendant devant le siège du Tribunal militaire durant le procès, et en envoyant des cartes postales à Romaszewsky et à ses camarades à la prison où ils sont détenus : Zaklad Karny, Warszawa, ul. Rakowiecka, Pologne.
C'est à tous les travailleurs de répondre à cet appel, en écrivant aux accusés :
- Liberté pour Romaszewski et ses camarades!
- Libération de tous les prisonniers politiques en Pologne !
- Solidarité vit et vivra ! Cyril SMUGA 2 février 1983.