Pour un vote socialiste aux présidentielles du 13 février
ES changements importants avaient commencé à se produire dans la région de
Dias de nourent dements avec le af elevement de la retradaration de la
Mais de nouveaux éléments clefs sont intervenus depuis : l'instauration de la dictature en Turquie d'une part, la victoire électorale socialiste en Grèce d'autre part,
La révolution iranienne renforce la place et l'utilité de Chypre dans le dispositif impérialiste dans la région. Les trois autres éléments entraînent une modification des et, enfin la défaite palestinienne au Liban. équilibres de forces dans la région et à Chypre même.
L'instauration de la dictature en Turquie et la mise au pas du mouvement ouvrier de ce pays ont pour conséquence d'éloigner la perspective de réalisation concrète d'un front commun des travailleurs grecs et tures au sud de Chypre et en Grèce même (voir encadré). C'est un aspect important, car le mot d'ordre « Grecs et Tures sont frères » (utilisé dans un sens populiste et sans contenu de classe précis) est très utilisé à Chypre depuis l'indépendance, aussi bien par la gauche que par ce qu'on peut appeler « la droite du centre » ... Mais aujourd'hui, les possibilités de regroupement syndical entre Chypriotes grecs et tures ont diminué. La nationale chypriote évolue dans un sens chauvin, renforcé par la répulsion que provoque la dictature turque (voir Inprecor numéro 103 du 8 juin l'accession d'Andreas Papandreou au pouvoir à tainement nourri de nouveaux espoirs et fait remonter la conscience « filiale » dans la population chypriote grecque engouvernement grec. les gouvernements grecs étaient toujours paternalistes envers les Chypriotes, mais grandes possibilités de manœuvre réelles. du fait de leur insertion profonde dans l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN). Leur discours par
Chypre (« Comptez nous ... ») revêtait donc un caractère démagogique assez transparent.
En Grèce même, Papandreou a fait monter la fierté nationale face aux Américains, et éventuellement face aux Turcs. Après son arrivée au pouvoir, sa visite à Chypre a été l'occasion d'un grand rasqui a peu d'équivalents dans l'histoire de l'île.
L'élément le plus récent enfin, c'est la défaite palestinienne au Liban, qui réduit davantage l'espace d'une politique tiersmondiste ou non-alignée, dans la tradition de Makarios (1), qui prévaut au niveau gouvernement chypriote. L'existence d'une résistance
CHYPRE palestinienne active au Liban encourageait un esprit combatif chez les travailleurs chypriotes. Après cette défaite, les d'une de leurs sources d'inspiration et
A Chypre même, il y a des signes d'aggravation de la crise économique et sociale, mais il n'y a pas encore de changement notable au point de se traduire par une explosion de luttes. Le chômage a augmenté, mais il reste autour de 3 ou 4% de la population active, c'est-à-dire bien au-dessous des chiffres de la plupart des pays capitalistes développés. La vie est un peu plus chère, mais là aussi le changement n'est pas qualitatif.
On peut seulement constater le développement d'un esprit de « rouspétance » chez les travailleurs, une ouverture à la discussion politique. Mais la capacité de contrôle des syndicats demeure énorme. La classe ouvrière est très largement encadrée par la Confédération ouvrière panchypriote (PEO), la CGT locale, influencée par le Parti communiste. L'Union syndicaliste chypriote (SEK), comparable à Force ouvrière (FO) en France, est assez importante chez les employés de l'Etat.
Au niveau politique enfin, c'est la question nationale qui demeure au premier plan. Son expression passe toujours principalement par la discussion intercommunautaire au niveau gouvernemental, mais ce petit jeu est de plus en plus discrédité ... D'autant plus que pour la première fois, quelqu'un qui représente une force populaire significative (Papandreou), a dit qu'il fallait chercher d'autres voies et ne pas trop miser sur ces mé-
Ce point de vue est largement popularisé à Chypre même par le « parti frère » social-démocrate, l'EDEK. LES CANDIDATURES ET LES ENJEUX
DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
Trois candidats sont en lice pour les élections présidentielles du 13 février 1983 : Spyros Kyprianou, l'actuel président de la République, Glafcos Clerides et Vassos Lyssarides. Clerides est le candidat du Rassemblement démocratique, qui a réuni 32 % des suffrages aux précédentes élections législatives. Kyprianou est soutenu par le Parti démocratique (17 %) et par le PC (33%), soit environ 50% de l'électorat. Lyssarides enfin, est le candidat de l'EDEK, qui représente environ 8 %.
C'est la première fois qu'existe un véritable front populaire sous la forme d'une coalition formelle entre le Parti démocratique et le PC. Il ne s'agit plus d'un simple soutien à un gouvernement de droite, mais d'une coalition effective sur la base d'un programme minimum que le PC va respecter. Le Parti démocratique est un parti assez faible, le perdant des dernières élections législatives avec 17 % des voix, et qui se présente comme l'héritier de Makarios, sans avoir la force de son régime et dans un contexte régional tout à fait différent : déclin du bonapartisme bourgeois et, en face, une moitié du pays occupée par une armée (turque) très forte. Ce n'est pas la faute de Spyros Kyprianou, c'est le destin qu'aurait connu n'importe quel autre successeur de Makarios dans le vide de direction politique qui a succédé au monopole du pouvoir que ce dernier a exercé pendant une vingtaine
Dans un monde qui a changé, tout autour de l'ile et à Chypre même, la ligne makarienne prônée par des forces plus petites et discréditées n'a pas changé. On cherche toujours une solution aux problè. mes par le biais de l'Organisation des Nations Unies (ONU) ou dans l'aide problématique (et qui ne vient jamais) des « pays socialistes » ou « non alignés ».
Le Parti démocratique a pour lui l'avantage d'être au pouvoir dans une société où le poids des services, du secteur des employés de l'Etat est déterminant.
Ce Parti survit aussi parce qu'il existe un PC important qui a décidé de le soutenir. Il y a un an environ, le PC avait décidé de ne plus soutenir le président Kyprianou. Un beau jour, on découvrit dans le journal du PC un titre à la « une » et en grosses lettres : « Kyprianou, un Président incapable ». Tout s'est passé à la manière habituelle du PC : un tournant brusque et soudain. La rumeur disait que le Président avait commencé à chercher une issue à la discussion intercommunautaire en se tournant vers l'Occident. C'est le spectre qui plane sur toutes les têtes David et leurs résultats ...
Deux ou trois petites grèves se sont produites, et tout de suite tout le monde a senti cette force ouvrière cachée et paralysée par l'alignement du PC sur le gouvernement. Il y a eu une vague d'enthousiasme parmi les travailleurs. Le gouvernement a compris tout de suite, et le PC
1. Mikhail Khristodoulos Mouskos Makarios III (1913-1977). Archevêque de la communauté chypriote grecque en 1950 et « ethnarque » (chef national). Il fut le dirigeant politique de la lutte pour l'indépendance de l'ile contre l'impérialisme britannique. Le général Georges Grivas (1899-1974) en était le chef militaire. Monseigneur Makarios fut élu premier président de la République chypriote en 1960, et réélu en 1968 et 1973.
plus encore, que cette expérience était trop risquée pour continuer.
Quelques mois plus tard, Kyprianou est redevenu pour le PC le seul « capable » de gérer ce pays. Il est évident que le PC préférerait pouvoir soutenir un Président moins usé, ayant quelque prestige à son actif, et bien évidemment de droite.
Mais, comme les choses ne se clarifient pas, le PC s'est attaché à trouver rapide.
ment un candidat pour couper court aux discussions qui s'annonçaient dans ses imaginaire si l'on considère que le PC a déjà vu ses propres voix régresser aux législatives. Il était done oblige revenir à la seule personne disponible :
Ce dernier va probablement être réélu, la question est plutôt de savoir s'il l'emportera dès le premier tour, ou seulement au second campagne de la Collaboration démocratique est axée sur la continuité : poursuite de la ligne de collaboration privilégiée avec les « pays non alignés » et
Clerides, président et candidat du Rassemblement démocratique (RD), est personnalité reconnue de date. Il tire son prestige personnel d'avoir été l'un des principaux collaborateurs de Makarios. Son parti visera à rassembler les forces de droite. Il a effectivement ramassé le gros de la population conservatrice et d'extrême-droite. Mais, dernièrement, est aussi apparue en son sein une aile « centriste » et « social-démocratisante ». fait qu'il était personnellement hors du gouvernement et du Parlement a donné à Clerides une marge pour développer une politique droitière, « réaliste », nationaliste, pro-américaine, mêlée de démagogie démocratique : soutien aux employés de l'Etat poursuivis pour délit d'opinion, dé. fense du pluralisme de l'information ...
Après l'arrivée de Papandreou pouvoir en Grèce en 1981, le Rassemblement démocratique a essayé de tirer parti de l'événement pour deux raisons. La première, c'est qu'il était traditionnellement tourné vers les gouvernements grecs précédents en tant qu'alliés privilégiés. La bourgeoisie chypriote a besoin de la protection de la bourgeoisie grecque pour essayer de garantir sa propre existence, à n'importe quel prix. Glafcos Clerides était donc obligé de se tourner vers ce nouveau gouvernement, en comprenant bien qu'il s'agissait d'une nouvelle gestion loyale du capitalisme grec. Il est significatif que le thème central de la campagne électorale soit le « changement » : ce parti représente la seule force d'opposition significative et il a toutes les raisons de jouer démagogiquement sur ce tableau pour empêcher ses électeurs de se tourner vers le Parti socialiste (EDEK) qui est, par nature, le fils bien-aimé de Papandreou ...
Le Parti socialiste (EDEK, social-démocrate) devrait être normalement le grand gagnant de ces élections. C'est le parti qui a toujours prôné la lutte radicale contre l'impérialisme et les Turcs. Jusqu'à
Papandreou au pouvoir en Grèce, il apparaissait comme un parti peu crédible, rêveur et irréaliste. Soudainement, sa politique, considérée comme peu réaliste, est devenue celle du gouvernement grec, du moins verbalement, et un petit parti représentant 8 % seulement des suffrages se trouve de fait à l'offensive et pousse l'audace jusqu'à s'affirmer candidat au pouvoir. C'est ce qui explique la présentation dans ces élections de la candidature indépendante de Vassos
Cette candidature constitue un événement historique pour la politique chypriote. C'est la première fois qu'un parti ouvrier présente un candidat à la présidence, le caractère de ce parti étant fondamentalement déterminé par le poids du Parti socialiste grec (PASOK) d'un côté, et par l'affaiblissement du pôle révolutionnaire, du fait de la défaite palestinienne au Liban, de l'autre. Pour s'affirmer, le chypriote (EDEK) veut apparaître comme un parti capable de réaliser l'entente nationale, d'où un tournant électoraliste net vers les forces de centre-droit.
A partir de sa campagne populiste, la force électorale de l'EDEK va probablement progresser. C'est une réédition de la campagne de Papandreou en Grèce, mais en plus flou. Rien de concret n'est proposé. On en reste à un discours général sur le renouveau, la décentralisation, la partipopulaire au pouvoir, mais sans avancer de promesses de mesures concrètes. Le seul cheval de bataille tangible est bien celui de la collaboration active avec le pouvoir socialiste en Grèce.
Ainsi, un des mots d'ordre classiques des partis de gauche était le retrait de Chypre de toutes les (anglaise, grecque, turque). La Collaboration démocratique maintient ce thème, mais Papandreou a manifesté publiquement son désaccord, en mettant l'accent sur le retrait des troupes turques. Vassos Lyssarides a aussitôt repris ce thème à son compte. C'est clair, Andreas Papandreou veut renverser sa politique verbalement radicale au profit du renforcement du cadre de l'OTAN et du Marché
Ce cours va modifier les relations entre la lutte de libération nationale des masses arabes et le problème chypriote. Les bases anglaises qui demeurent à Chypre sont en effet destinées au contrôle impérialiste de la région. La résistance palestinienne était plus intéressée à un mouvement chypriote axé contre la présence britannique que contre la présence turque. C'est également vrai pour l'Union soviétique, qui mene une politique tout à fait conciliatrice envers la Turquie, y compris aujourd'hui. La visite de Spyros Kyprianou à Moscou a d'ailleurs été aussitôt compensée par une visite du chef de la junte
Le fait qu'Andreas Papandreou soit arrivé au pouvoir constitue une ouverture pour les pays arabes, sur la base d'intérêts économiques. Les liens entre le gouvernement chypriote et certains pays arabes peut donc se perpétuer, mais dans une perspective différente.
Il faut noter à ce propos que la mo bilisation de solidarité avec le peuple palestinien pendant la guerre du Liban est restée des plus modestes. La manifestaplus importante a regroupé 2 000 personnes, alors qu'on sait le PC capable d'en mobiliser 10 000 quand il le veut. En revanche, la solidarité matériel le (alimentaire, dons, etc.) a été considé rable. Le sentiment de solidarité était si profond que le Parlement s'est senti obligé d'envisager la possibilité que le gouvernement puisse rompre les relations diplomatiques avec Israël. Mais celui-ci s'en est bien gardé.
Dans ces conditions, il faut exploiter la possibilité exceptionnelle de voter pour un parti ouvrier, c'est-à-dire l'EDEK au premier tour, tout en dénonçant le tournant électoraliste droitier de ce parti. Il faut aussi souligner que le PC et le PS atteindront ensemble presque la majorité absolue. Les alliances qui sont à nouveau passé à Chypre pour ces élections sont contre-nature d'un point de vue de classe. Les perspectives doivent aller vers un
développement de la solidarité de classe entre travailleurs chypriotes et grecs, dans la mesure où l'élection de Papandreou a libéré en Grèce d'importantes énergies sociales, et vers un développement de la solidarité avec le peuple turc victime de la dictature. Le gouvernement sortant de Kyprianou a au contraire livré, l'an dernier, des réfugiés tures et kurdes au gouvernement ture. Deux d'entre eux ont été décapités. Enfin, le maintien de la solidarité avec le peuple palestinien demeure une question centrale.
Costas STAVRINOS Nicosie, 31 janvier 1983.
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