ment de grève. Mais le noyau dur des gré- prévu une conférence, le 14 mai 1983.
QUEBEC Grève générale dans le secteur public Le Front commun, qui réunit trois fédérations syndicales du secteur public québecois, vient de lancer une importante offensive contre les récentes mesures d'austérité du gouvernement provincial du Québec. Le Front commun, qui regroupe environ 210 000 travailleurs du secteur publie québecois sur 320 000, a appelé ses syndiqués à une grève générale illimitée lancée de manière progressive, un secteur après l'autre, à partir du 26 janvier. Ainsi, les travailleurs et travailleuses des écoles, des hôpitaux et d'une série de services publics de la Province devaient se mobiliser pour forcer le gouvernement provincial du Parti québecois (PQ) de René Levesque à abroger les dispositions adoptées en décembre 1982 contre les travailleurs du secteur public. Ces décrets constituent, en effet, une grave atteinte au niveau de vie et aux conditions d'emploi des travailleurs entraînent, par exemple, des réductions de salaires de 19,5 % pendant les trois premiers mois de l'année 1983 pour environ 200000 d'entre eux, et prévoient aucune augmentation de salaires d'ici à trois ans ... De plus, en augmentant la charge de travail dans les écoles et toute la fonction publique et en facilitant la fusion des postes dans les hôpitaux, les décrets gouvernementaux vont provoquer des dizaines de milliers de licenciements. Par voie de conséquence, ces mesures constitueront aussi un coup très dur pour la qualité des services de santé et d'éducation, dont souffrira toute la population laborieuse. Enfin, en imposant ces dispositions, le gouvernement a du même coup ôté aux travailleurs du secteur public le droit de grève jusqu'en 1985.
La grève générale progressive appelée à partir du 26 janvier est une véritable épreuve de force avec le gouvernement, puisqu'elle est illégale. Cette mobilisation, qui intervient quelques semaines seulement après la victoire des travailleurs de Chrysler-Canada, représente donc un enjeu capital. Sans compter que le Front commun, dont l'action a déjà permis par le passé plusieurs victoires économiques significatives pour les travailleurs du secteur publie québecois, et a aussi été à l'avant-garde de la lutte pour la défense des droits des femmes, sortirait considérablement renforcé d'une victoire de la grè-
Le 29 janvier, une manifestation de 40 000 personnes devant l'Assemblée nationale à Québec s'est rassemblée à l'appel du Front commun. Elle a constitué, par son ampleur et la combativité de ses participants, un temps fort de la mobilisation lancée par le Front commun. La manifestation du 29 janvier, composée à 90 % de francophones et aux deux tiers de femmes, a exprimé un haut degré d'opposition au gouvernement du Parti québecois (PQ). Nos camarades de la Ligue ouvrière révolutionnaire (LOR), section pancanadienne de la IVe Internationale, ont vendu, à cette occasion, près de 600 oute au conomet un exemplaires de leur organe en français, Lutte ouvrière, qui contenait un dossier spécial abordant notamment le problème
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de la nécessité pour les syndicats de se détacher de leur soutien au PQ et de lutter pour un gouvernement ouvrier.
Dans le compte-rendu de la manifestation du 29 janvier publié dans Lutte ouvrière du 7 février, sont rapportés de multiples détails sur la combativité cette mobilisation. « Dans la foule, peut-on lire entre autres, partout, on peut voir la colère des travailleurs contre le PQ. On s'arrache un macaron qui dit "Je l'ai dans le Q", avec un symbole du PQ à la place du Q. Une banderole, dans le contingent de la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ) résume très bien le sentiment
Il faut séparer le Québec du PQ". Cette idée est au centre du discours d'Yvon Charbonneau, le président de la CEQ, à la fin de la manifestation, poursuit Lutte ouvrière. "Le PQ est un fossoyeur social. Ils avaient le goût du Québee et des travailleurs, disaient-ils. Ce goût, c'était pour mieux nous bouffer. D'abord comme Québecois, en négociant notre avenir à genoux de façon humiliante à Ottawa; puis en refusant de négocier avec le Front commun". »
De telles déclarations illustrent un autre enjeu de cette grève générale qui s'affronte au gouvernement du PQ : celui de faire avancer l'idée de la nécessité d'un gouvernement ouvrier et de détourner les travailleurs et les syndicats des illusions qu'ils peuvent encore manifester envers le Parti québecois. Or le gouvernement de René Levesque, en s'attaquant ainsi au niveau de vie des travailleurs québecois, ne peut prétendre mener une politique nationaliste. Certes, il justifie sa politique économique par la diminution des transferts financiers du gouvernement fédéral d'Ottawa. Mais cela ne sert qu'à couvrir son alignement sur une politique bourgeoise d'austérité assez classique en cette période de crise économique.
La réaction violente du gouvernement PQ face aux travailleurs en lutte, et la solidarité que les grévistes québecois commencent à recevoir des travailleurs du Canada anglais, seront des expériences qui laisseront des traces dans la conscience ouvrière au Québec. Le gouvernement de René Levesque n'a pas hésité à s'opposer directement aux grévistes avec sa police, et il a même menacé d'adopter une loi spéciale donnant pouvoir au Conseil des ministres de licencier des syndiqués en grève. Le 2 février, René Levesque devait faire l'éloge du « travail admirable » de la police qui avait déjà blessé et arrêté plusieurs grévistes, et il a menacé de licencier les militants participant à des piquets de grève.
Par la signature d'accords séparés avec certains secteurs des grévistes, notamment dans la santé, le gouvernement a partiellement réussi à diviser le mouvevistes — les enseignants — continue la lutte depuis maintenant quatre semaines. Le gouvernement de René Levesque alors tenté d'en venir à bout par les grands moyens, en faisant adopter à la mi-février une loi spéciale connue sous le nom de « Loi III », destinée à contraindre les grévistes à reprendre le travail. Cette disposition, qualifiée de « loi-matrales syndicats, a même condamnée par le secrétaire général de la Confédération mondiale du travail (CM), qui devait déclarer : « J'ai rarement vu des gouvernements qui ont osé braver à ce point l'opinion publique et les syndicats, sinon au Chili de Pinochet et dans la Pologne de Jaruzelski. » (Le Monde, 19, février 1983).
Cette attitude du gouvernement québécois a encore relancé l'opposition synà sa politique, et le mouvement gréviste devrait s'étendre dans le secteur public, et peut-être même dans le secteur privé dans les semaines qui viennent. L'issue de cette épreuve de force recherchée par le gouvernement de René Levesque pour imposer sa politique d'austérité marquera, à n'en pas douter, pour longtemps la lutte des classes au Québec.