Listes révolutionnaires au premier tour pour faire entendre
"La voix des travailleurs contre l'austérité"
ES élections municipales vont avoir lieu les dimanche 6
Net 13 mars en France. C'est le premier scrutin national depuis l'arrivée au gouvernement, en mai et juin 1981, du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste (PCF). Ce n'est pas portées par la belle « vague rose » d'il y a deux ans que les deux principales formations ouvrières du pays se présentent devant les électeurs, car elles ont imposé, grâce au crédit dont elles disposaient auprès des électeurs, une politique d'austérité qui risque de leur coûter électoralement assez cher.
La droite, battue le 10 mai, relève la tête avec arrogance, renforcée par la politique de non-agression du PS et du PCF à
Jean LANTIER
Elus pour faire la guerre au chômage et à la vie chère, PS et PCF ont rapidement, après quelques réformettes (1), dévoilé la véritable nature de leurs intentions. Depuis juin 1982, au nom des sacrifices à consentir pour sortir le pays de la crise, le gouvernement a mis en place les instruments d'une politique d'austérité. Il a trouvé des ressources pour alléger les charges patronales en prétextant de favoriser l'investissement et la relance de la production, en puisant dans les caisses de la protection sociale ouvrière et en attaquant frontalement le salaire direct.
Evidemment, les patrons ont utilisé ces allégements, qui ont pris la forme d'exonérations de charges fiscales et de prêts bonifiés, pour rentabiliser et rationaliser leur production, mais sans investir ni créer des emplois.
Depuis juin 1982, le pouvoir d'achat ouvrier a donc baissé, ainsi que le salaire indirect. Les travailleurs ont vu, en quelques mois, diminuer les indemnisations de chômage et reculer le taux de certaines prestations versées par la Sécurité sociale (SS). Dans le même temps, les salaires directs étaient encadrés par une police des revenus fixant leur augmentation à
8 % pour 1983. Ce faisant, l'indexation, toute relative, des salaires sur les prix était cassée, désignée par le gouvernement comme la cause de l'inflation. Cette indexation, intégrée sous diverses formules à la plupart des conventions collectives, permettait jusqu'à présent que les salaires suivent, grosso modo, les prix.
Ils seront désormais, et ce en période de récession, indexés sur la productivité de l'entreprise.
Aux attaques contre le salaire direct s'ajoute le poids chômeurs, qui se maintient à plus de
2 millions, et dont le temps de chômage ne cesse de s'allonger, et cela sans que le gouvernement n'avance la moindre perspective de création d'emplois.
CGTE
CGIE
La logique d'une telle politique d'austérité entraîne fatalement une répression contre les travailleurs, dès lors que les grèves ouvrières s'opposent à la police des salaires. C'est exactement ce qui vient de se passer dans l'automobile.
DU CHANGEMENT A L'AUSTÉRITÉ
... PUIS A LA RÉPRESSION Pendant l'été 1982, à Citroën et Talbot, les ouvriers spécialisés (OS), main-d'œuvre sans qualification, exploitable à merci, en grande majorité composée d'immigrés, revendiquent leur dignité. A la force de leurs grèves ils se dégagent de l'emprise d'un patronat de choc et de son syndicat fascisant, la Confédération des syndicats libres (CSL), aux méthodes paramilitaires. Des milliers d'immigrés accèdent au syndicalisme ouvrier à travers leur adhésion à la Confédération générale
FRANCE son égard, forte de ses nombreuses mobilisations de rue. Elle voudrait que ces élections municipales soient une étape décisive vers une reconquête du pouvoir politique perdu.
L'enjeu de ces élections pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, est de faire apparaître nationalement une force à la gauche de la gauche, c'est-à-dire une alternative potentielle à ces partie ouvriers traditionnels, compromis jusqu'au cou dans la gestion des affaires du capital et qui n'organisent, depuis deux ans, aucune mobilisation d'ensemble contre la droite et le patronat.
Bienvenue à
POISSY
CGT
Travailleurs de l'automobile en grève en été 1982. (DR)
du travail (CGT), dont les dirigeants sont membres du PCF, ou, dans une moindre mesure, à la Confédération française dé mocratique du travail (CFDT), à direction social-démocrate. Cette masse de travailleurs est combative, radicalisée et mal contrôlée par la bureaucratie syndicale.
Depuis l'été 1982, la résistance à la maî trise et à la CSL est devenue quotidienne.
De cette résistance acharnée et vietorieuse naît la grève de janvier 1983. Les OS de Renault-Flins, d'UNIC-FIAT, de Citroën à Levallois, de Renault-Billancourt, de Chausson à Gennevilliers, entrent en grève au même moment. Ils veulent 300
1. Sur les premières réformes du
Mittrrand-Mauroy.
cf.
Jacgouvernement ques Kergoat, « Pour changer vraiment, il faut changer de politique. Premier bilan de dix mois de gouvernement », Inprecor numéro 123, du
19 avril 1982.
franes d'augmentation pour tous, et des sionnelles bourgeoises et petites-bourprimes diverses d'insalubrité (dans les ateliers de peinture notamment). La grève pour la dignité des immigrés de l'été 1982 se transforme, avec l'hiver, en grève des OS de l'automobile pour les salaires. Ce n'est pas du goût du gouvernement. La barre des 8% d'augmentation de salaire pour 1983 est franchie avec succès à Renault-Flins. Cette victoire — une augmentation de 11% - acquise grâce à la lutte quelques centaines d'OS, 76 000 travailleurs qui vont en bénéficier. Pour la plupart des travailleurs de Renault, le plafond des 8% est ainsi crevé.
Le patronat de l'automobile redoute que cela ne fasse école dans les autres usines de la branche. Et le gouvernement, dont la politique salariale est de fait remise en cause, voit aussi dans ces luttes un
Paralysé à l'approche des élections le gouvernement, dans un premier temps, avait laissé faire les directions patronales de Renault et Citroën. Puis, consciemment, il a préparé le terrain à la répression anti-ouvrière. Accusant les OS grévistes d'être manipulés par groupes intégristes musulmans, le Premier ministre socialiste, Pierre Mauroy, en favorisant les réflexes racistes et xénophobes, essayait de diviser la classe ouvrière. Il attaquait les OS immigrés également comme des « fauteurs de troubles », qui remettaient en cause le consensus national autour des sacrifices à consentir face à la crise. La répression patronale pouvait alors s'abattre avec la vigueur revancharde habituelle des patrons : 26 licenciements et mises à pied, dont une bonne partie des animateurs du jeune syndicat CGT de Citroën-Aulnay, 3 licenciements de délégués CFDT, devenue syndicat majoritaicourant du mois de février 1983 à Renault-Flins. Pour la première fois depuis l'accession du PS et du PCF au pouvoir, une grève est sanctionnée par des licenciements ...
Le gouvernement a ainsi voulu faire un exemple, dissuader ceux qui prétendraient revendiquer des augmentations de salaires. Chaque syndicaliste, chaque ouaujourd'hui, partout dans le pays, la signification de
LA DROITE RELEVE LA TETE La droite, pour sa part, organise depuis le 10 mai 1981, démonstrations de masse sur manifestations de rue. Elle utilise tous les thèmes possibles pour pousser différentes catégories de la population à manifester. Ainsi, les paysans riches, adhérents de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), ou les patrons des petites et moyennes entreprises, qui viennent de se doter d'un nouveau syndicat muselé et Aujourd'hui encore, des manifestations se déroulent en défense de l'école confessionnelle, celle des curés et des patrons.
Pour organiser, avec le patronat, une stratégie offensive, la droite, qui n'avait pas l'appui de l'opinion, a procédé manipulation des catégories socioprofesgeoises. Cela lui était facilité du fait que la gauche n'a guère organisé de riposte depuis le 10 mai 1981, laissant la rue aux cortèges réactionnaires. Au fil de ses démonstrations, la droite a repris confiance. Ses dirigeants, naguère au pouvoir et rejetés par les élections de 1981, font un retour en force, car le PS et le PCF ne se mettent pas en travers de leur chemin, ni par les luttes ni dans la conduite des af-
Certes, la droite bourgeoise est divisée, tant au niveau des formations politiques et des coalitions d'intérêts que sur la stratégie à mettre en œuvre pour la reconquête du pouvoir. Mais elle peut prétendre porter un coup à la gauche lors de ces élections municipales. La stratégie de reconquête du pouvoir préoccupe ces formations au plus haut point.
A quel moment avancer l'exigence de dissolution du Parlement, qui entraînerait la possibilité d'une nouvelle majorité ? Telle est une des questions en débat. C'est, en fait, le résultat de la droite aux élections qui déterminera sa tactique exacte face au gouvernement, dans la période à venir. Car si la droite parvient à mobiliser son électorat, ce qui lui a fait défaut il y a deux ans, elle ne pourra sans doute pas mordre de manière décisive sur l'électorat de gauche.
LA LCR DANS LA BATAILLE DES MUNICIPALES Nombre de militants et d'adhérents du PS et du PCF, nombre de syndicalistes, désapprouvent la politique d'austérité gouvernementale. S'ils ne se mettent pas en mouvement, c'est parce qu'à gauche du PS et du PCF n'existe pas encore une force crédible capable d'impulser des mobilisations ouvrières et de donner réponses alternatives à la crise. Ces militants, dans leur syndicat, dans leur entreprise, expriment leur désarroi devant la situation. Comment peuvent-ils sortir du dilemme posé par ce gouvernement, comment revendiquer, se battre, sans favoriser le retour de la droite, sans mettre en péril la nouvelle majorité née du 10 mai 1981? Cette frange massive de travailleurs se demande également comment sortir d'une crise internationale qui apparaît à première vue comme fatale.
Dans le même temps, un nombre impressionnant de militants du PCF ressencroissant, une contradiction insurmontable. Le PCF se veut à la fois membre loyal d'un gouvernement qui gère l'austérité, et parti des travailleurs, seul parti de la classe ouvrière. Mais ses militants se demandent comment répondre aux travailleurs qui leur demandent des comptes sur les promesses de changement non tenues. De la même manière, les militants du PS dans les entreprises expriment des contradictions d'autant plus criantes que leur parti est le plus important du pays. Bien que ces courants ne soient pas cristallisés, ils représentent néanmoins une réalité que la LCR prend en compte dans son intervention.
L'objectif dans ces élections municipales, c'est précisément d'amener ce courant potentiel très important vers une troisième force en constitution, une force à gauche de la gauche traditionnelle, qui ne porte pas la responsabilité de la gestion gouvernementale de la crise. C'est dans le but de faire émerger cette force révolutionnaire que la LCR a décidé de proposer l'unité, à l'organisation Lutte ouvrière (LO) et au Parti communiste internationaliste (PCI, organisation française du reconstruction de la IVe Internationale), en vue de constituer des listes de candidatures communes. Les divergences qui existaient entre ces organisations, concernant notamment la consigne de vote au deuxième tour des élections municipales, ne pouvaient pas constituer un obstacle insurmontable à la constitution de listes uniques pour le premier tour.
Pourtant, le PCI a préféré se tenir à l'écart de cette démarche unitaire. Il mène actuellement une campagne d'interpellation des formations majoritaires au gouvernement (PS, PCF), autour de la revendication de « respect du mandat » octroau gouvernement par les élections législatives et présidentielles. Par le moyen de pétitions et des démarches auprès des élus du PCF et du PS (surtout du PS d'ailleurs ...), le PCI demande un engagement verbal des députés, maires ou conseillers généraux de I'« union de la gauche » de s'engager à « respecter le mandat du 10 mai ». Une simple promesse en ce sens suffit pour que le PCI retire sa « menace » de présenter sa propre liste !
LO, qui n'est pas d'accord pour appeler à voter pour les listes du PS et du PCF au second tour des élections, a néanmoins avec la LCR une orientation de condamnation de toute politique d'austérité. Dans les entreprises, les deux organisations luttent pour que les mobilisations ouvrières aboutissent à la satisfaction des revendications. C'est cette alternative que les listes communes de la LCR et de LO, sous le titre « La voix des travailleurs contre l'austérité » vont porter lors des prochaines élections. Ces listes ont été constituées sur la base d'un accord politique dont nous publions plus loin le texte
Dans 81 villes de plus de 30 000 habitants, ce pôle politique commun pourra apparaître, avec l'espoir avoué et revendiqué de réussir à obtenir un score électoral significatif. Et les premiers échos de campagne montrent qu'elle est réellement en prise sur les préoccupations de nombre de travailleurs qui sont présents aux meetings d'Alain Krivine et qui, pour certains, participent à la campagne électorale à nos côtés, dans des comités de soutien. 4 500 candidats ont été présentés par les deux organisations.
Pour les marxistes révolutionnaires, ces listes montrent qu'ils sont aujourd'hui entourés d'une tants d'entreprise, dont certains ont accepté de figurer sur leurs listes. C'est encourageant pour les perspectives ultérieures de développement de la LCR.
Jean LANTIER