Où se trouvent les
Le témoignage de Léa Tsemel, avocate israélienne sort de la population masculine des camps palestiniens du Sud-Liban.
moins supérieur à 100.
Palestiniens prisonniers de l'armée israélienne. Que sont-ils devenus ? (DR)
camps que personne, pas même la Croix-Rouge, n'a pu visiter. Personne ne peut done répondre à la question de savoir combien de détenus se trouvent aux mains des Israéliens, ni combien ont été remis entre les mains des Phalanges chrétiennes et des milices du commandant Saad Haddad, ni combien sont morts sous la torture, sous les coups des gardiens, de soif et de mauvais traitements, ni combien ont été assassinés et enter-
En attendant d'obtenir des réponses à toutes ces interrogations, on peut estimer qu'il y a aujourd'hui entre 5 000 et 10 000 Palestiniens disparus. Comme en Argentine ou au Chili. A ces disparus, il faut ajouter les 6 000 détenus dont Israël reconnaît officiellement l'existence, et qui ne disposent d'aucun statut juridique, d'aucun droit
Nous publions ci-après une interview de l'avocate Léa Tsemel, qui a été nommée par les familles de plus de 6 000 détenus pour les représenter auprès des autorités rés clandestinement ... formel, et qui sont parqués dans un véritable camp de concentration. israéliennes et en particulier devant la Cour suprême.
« INPRECOR » :- Comment en es-tu venue à représenter les détenus palestiniens arrêtés par les Israéliens au Liban ?
Léa TSEMEL: - Mon expérience d'autres aventures, de moindre envergure, menées par l'armée israélienne au Liban (1973, 1974, 1977, 1978, 1980, 1981), m'a fait envisager dès les premiers jours de la guerre qu'Israël allait faire de nombreux prisonniers dans les camps palestiniens. J'ai déjà eu l'occasion de m'occuper de Palestiniens et de Libanais emmenés au cours d'opérations militaires pour être traduits en justice en Israël. Il faut avouer que je m'attendais à quelques centaines au plus, pas à des dizaines de milliers.
Au début de la guerre, la question des détenus était entourée d'un épais écran de fumée. Personne ne parvenait à obtenir des informations précises, si ce n'est que des dizaines de milliers d'hommes avaient été arrêtés par les Israéliens. Début juillet 1982, des représentants de plusieurs organismes internationaux et de comités de soutien aux détenus m'ont demandé de prendre en charge la défense des détenus.
- Que s'est-il passé alors ? - Petit à petit, des procurations émanant de familles de détenus me sont parvenues, qui m'ont permis d'intervenir formellement auprès des autorités. Aidée par deux autres avocats palestiniens, Me Fahoum et Me Na'amné, je me suis tout d'abord efforcée d'obtenir une reconnaissance formelle par les autorités de leur détention. Après environ trois mois de tracasseries administratives et de faux-fuyants, j'ai enfin eu la confirmation de leur détention par Israël en même temps qu'un refus de pouvoir les visiter. Nous avons alors décidé d'engager une procédure d'appel devant la Cour suprême pour que celle-ci demande aux autorités les raisons pour lesquelles nos clients étaient
Get quel était leur statut formel et, d'autre part, pour obtenir l'autorisation de visiter les détenus afin de leur apporter l'aide juridique dont ils avaient - et ont toujours - besoin.
- Entre-temps, d'autres procurations - En collaboration avec d'autres institutions, l'Association des familles des détenus m'a fait parvenir plus de 5 000 nouvelles procurations, pour des personnes dont une partie se trouve certainement à El Anssar.
- N'est-ce pas une lourde responsabilité que de représenter des milliers de détenus ?
- L'action juridique n'est qu'un des aspects de la défense des détenus palestiniens et libanais. L'essentiel de la campagne de défense n'est pas notre travail en tant que juristes. Il s'agit avant tout d'une campagne politique, tant en Israël qu'à travers le monde. Nous n'avons pas vraiment besoin d'avocats pour affirmer que les conditions de détention à El Anssar, et vraisemblablement ailleurs, sont atroces. Les témoignages abondent en ce sens.
YOUR HANB
* PRIPS BLOOD
Manifestation anti-guerre en Israël Le problème est que la grande majorité de l'opinion publique, sur place comme à l'échelle internationale, ignore l'existence même du problème de ces milliers de détenus. Cela doit être l'objectif premier de tous ceux qui savent ce qui se passe à Bl Anssar : publier les faits et les dizaines de témoignages, exiger la constitution de commissions d'enquête indépendantes, exiger de leurs gouvernements de soulever le problème auprès des autorités israéliennes. Il s'agit de véritables camps de concentration et aussi de disparus.
- Dispose-t-on d'informations sur cette question des disparus ?
- Alors que le gouvernement d'Israël reconnaît qu'il détient environ 6 000 persones, les familles affirment, elles, que plus de 15 000 personnes tombées aux mains des Israéliens ne sont pas réapparues. Où sont-elles ? Le gouvernement israélien reconnaît l'existence d'El Anssar. Nous avons quantité d'informations sur toute une série d'autres camps, y compris en Israël même. Au Sud-Liban, la rumeur affirme que les Israéliens remettent une partie des détenus aux Phalanges chrétiennes et aux milices du commandant Saad Haddad. Après les massacres de Sabra et de Chatila à Beyrouth, chacun sait ce que cela veut dire.
- Quels sont les axes de votre action juridique auprès de la Cour suprême d'Israël ?
— Tout d'abord, il s'agit d'imposer un statut formel pour les détenus, et en conséquence l'application de certains droits. En effet, personne ne peut dire à quel titre les autorités israéliennes maintiennent en détention ces milliers de personnes : prisonniers de guerre ? détenus civils? S'ils sont civils, la quatrième convention de Genève concernant la protection des civils doit leur être appliquée. S'ils sont détenus comme prisonniers de guerre, c'est la troisième convention qui doit leur être appliquée. Or Israël n'applique ni l'une ni l'autre. Il y a là une violation flagrante du droit international. Le fait est que, lors d'une séance à la Cour suprême, le procureur a même hésité à reconnaître qu'Israël avait envahi le Liban et occupait une partie de son territoire. L'argument selon lequel Israël applique les clauses de la Convention de Genève (1929), tout en refusant de reconnaître que cette même convention concerne les détenus, est non seulement intolérable mais factuellement fausse. Le fait que ni les familles ni les avocats ne puissent visiter les détenus, le fait qu'une partie d'entre eux ait été transférée en Israël, etc., tout cela est en contradiction avec le contenu de la quatrième convention.
- Quelle va être la prochaine étape de votre action ?
- Tout dépend évidemment du verdiet de la Cour suprême d'Israël, qui a donné à l'Etat soixante jours pour répondre à nos arguments. Si nous recevons l'autorisation de voir les détenus, nous pourrons au moins savoir qui est dé. tenu par l'armée israélienne, nous occuper des cas les plus urgents, faire libérer une partie d'entre eux.
Mais il est certain que notre action à nous, en tant qu'avocats, n'a de sens que dans la mesure où elle s'appuie sur une grande campagne politique en faveur des détenus. Seul un mur de solidarité internationale peut défendre avec efficacité les détenus palestiniens et imposer la seule chose qui soit juste, à la fois du point de vue du droit et du point de vue de la justice : la libération de tous les détenus et la liquidation des camps de concentration au Liban et en Israël.
Propos recueillis par C. D.