Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

La pirouette du gouvernement Begin

· Inprecor n° 144, 28 février 1983 · p. 3-5 · 3 499 mots

Palestine et Israël Liban Grande-Bretagne

Malgré les accusations de la commission Kahane,

Begin maintient Sharon dans son gouvernement

Lision contusions de la A publication, le 8 février dernier, commis/ sion d'enquête sur les massacres dans les camps palestiniens de Sabra et de Chatila à Beyrouth (1) met fin à une période de trêve qui s'était installée en Israël dans le mouvement d'opposition à la politique belliciste du gouvernement de Menahem Begin. En reconnaissant « la responsabilité personnelle » du Premier ministre israélien « pour son manque d'intérêt dans toute l'affaire » et en prenant à partie le ministre de la Défense, Ariel Sharon, convaincu de « n'avoir pas pris en considération le danger d'actes de vengeance et d'effusions de sang » lors de l'entrée des phalangistes libanais dans les camps palestiniens, le juge Yitzhak Kahane et ses collaborateurs sont allés aussi loin qu'ils le pouvaient dans le cadre de cette commission d'enquête. Certes, ils ont refusé de prendre en compte les preuves de la présence de soldats israéliens dans les camps de Sabra et de Chatila pendant les massacres, d'admettre que l'état-major israélien et les phalanges libanaises étaient tout à fait d'accord sur ce qui devait advenir des réfugiés palestiniens de Beyrouth-Ouest, et sur le « nettoyage de la ville de toute présence étrangère » (2), et n'ont pu reconnaître ouvertement que l'armée israélienne a, en fait, trouvé tout à fait normal le massacre de femmes et d'enfants pour la simple raison que la politique gouvernementale a précisément été, au cours de la guerre du Liban, de tenter d'exclure la population palestinienne du genre humain. Begin n'a pas hésité à qualifier les Palestiniens de « bêtes à deux pattes ». Aussi, la commission Kahane a-t-elle reconnu la « responsabilité indirecte » du gouvernement israélien dans les massacres, mais pas sa complicité, pourtant évidente, car c'eût été admettre que le gouvernement Begin et l'état-major israélien étaient coupables de génocide et de crime contre l'humanité.

Cela dit, la commission d'enquête ne s'est pas contentée de trouver un bouc émissaire au sein de l'armée, comme beaucoup s'y attendaient, mais a porté de graves accusations contre le gouvernement, sachant que, ce faisant, elle enclenchait une nouvelle crise politique grave. En ce sens, les conclusions de la commission du juge Kahane rejoignent le point de vue d'une partie substantielle de la classe dirigeante sioniste → et de l'administration américaine -, qui considère que l'équipe au pouvoir en Israël est trop aventuriste, et donc dangereuse pour les intérets à long terme du sionisme et de l'impéria-

Tout comme il y a cinq mois, lorsqu'il acceptait finalement de céder devant ceux qui réclamaient la mise en place d'une commission d'enquête sur les massacres de Sabra et de Chatila, Menahem Begin vient, cette fois aussi, de céder partiellement aux pressions, à la fois internes et externes, qui pesaient sur son cabinet gouvernemental. Ariel Sharon a été démis de son poste de ministre de la Défense, ce qui était une recommandation explicite de la commission d'enquête. Elle réclamait, en effet, notamment « que le ministre tire les conclusions personnelles appropriées des erreurs révélées sur la manière dont il s'est acquitté des devoirs de son poste » et affirmait que, « si nécessaire, le président du Conseil devra exercer ses prérogatives (...) pour écarter un ministre de ses fonctions (3) ». Mais Ariel Sharon reste membre à part entière de l'équipe gouvernementale, comme minis tre sans portefeuille, confirmant ainsi que le gouvernement Begin s'aligne totalement sur la politique menée par le responsable des massacres du Liban.

BEGIN CONTOURNE

LES RECOMMANDATIONS

DE LA COMMISSION D'ENQUETE

Cette décision du gouvernement Begin, entérinée par un vote majoritaire de la Knesset (Parlement), est « une gifle à la commission d'enquête et à la démocratie », a déclaré un responsable du Parti travailliste de Shimon Pérés, en montrant, à juste titre, que la commission d'enquête ne s'était pas contentée de critiquer le rôle personnel d'Ariel Sharon dans les événements de Beyrouth, mais avait, de fait, remis en cause toute la politique et les méthodes du ministre de la Défense de l'époque. Pourtant, il y a derrière ce sentiment d'avoir été trompé une forte dose de naiveté, si ce n'est de mauvaise foi. Pouvait-on vraiment croire que Begin et son gouvernement allaient se démarquer de Sharon et de sa politique, alors que, pendant huit mois, ils avaient ratifié toutes ses initiatives politiques et militaires ? Qui s'imaginait vraiment que Sharon n'avait fait que manipuler le cabinet et la coalition gouvernementale, les obligeant à contresigner une politique à laquelle ils se seraient opposés fondamentalement?

La politique du général Sharon au Liban et dans les territoires occupés pose, certes, de nombreux problèmes, et en particulier la question des tensions avec l'impérialisme américain, mais elle est, de fait, la seule possible, si on part des bases mêmes de la plate-forme du gouvernement Begin, à savoir l'annexion des territoires

ISRAEL occupés, la liquidation de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le renforcement de l'hégémonie sioniste au Proche-Orient. Et c'est bien pour cette raison, et non pas par crainte de Sharon et d'un coup d'Etat militaire éventuel, que le gouvernement israélien a délibérément choisi de garder Sharon en son sein.

La déception des opposants à Sharon est en fait à la mesure des illusions qu'ils avaient placé dans la commission d'enquête. Celle-ci a fait son travail, consciencieusement, mais bien évidemment sans outrepasser le cadre général des limites fixées par le maintien du consensus national. La commission du juge Kahane a donc reconnu la responsabilité indirecte du gouvernement, car, hormis Ariel Sharon lui-même ou le général Rafaël Eytan, personne en Israël n'est réellement à même d'avouer que l'Etat juif peut avoir planifié et mis la main à un tel massacre. La commission d'enquête a critiqué des excès, sans remettre en question la guerre du Liban en tant que telle, ce que d'ailleurs même l'organisation Peace Now (la Paix maintenant) se refuse à faire.

Tout compte fait, le gouvernement de Menahem Begin peut être satisfait. Il a bénéficié de cinq mois de calme intérieur, et la commission d'enquête sur les massacres de Sabra et de Chatila n'a fait que confirmer ce dont personne ne pouvait plus douter de toute façon. Mais la crise gouvernementale a pu être évitée, à froid, et, en prime, Israël reçoit en quelque sorte un certificat international de bonne conduite et un premier prix de démocratie, pour avoir laissé affirmer formellement sa participation indirecte aux massacres. Mais la publication des conclusions de la commission d'enquête sur les massacres de Sabra et de Chatila vient aussi de mettre un terme au « cessez-le-feu » intérieur que la grande majorité des forces opposées à la politique aventuriste de Begin et Sharon s'étaient imposée à l'annonce de la constitution de cette commission.

1. Sur les massacres intervenus à la mi-septembre 1982, voir Inprecor numéro 134 du 11 octobre 1982.

2. L'hebdomadaire Time du 4 octobre 1982 affirma que l'entrée des phalangistes libanais dans les camps palestiniens de Sabra et de Chatila avait été planifiée lors d'une rencontre entre les responsables militaires israéliens et phalangistes, le 15 septembre 1982. La possibiligé d'un kasach (terme arabe signifiant l'acte de trancher et de découper) avait été évoquée à ce propos par les phalangistes. sans susciter de réaction des représentants militaires israéliens.

3. Le Monde, 9 février 1983.

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Les centaines de milliers de manifestants qui s'étaient rassemblés à Tel-Aviv après les massacres de Sabra et de Chatila avaient réussi à mettre le gouvernement Begin devant un dilemme délicat : soit ignorer cette réaction de masse, mais risquer alors de voir se développer une crise pouvant provoquer une scission au sein de la coalition gouvernementale ; soit désamorcer la mobilisation en acceptant de reculer et permettre la constitution d'une commission d'enquête indépendante, au risque d'une condamnation ultérieure prononcée par cette même commission.

Sous la pression des fractions minoritaires de son gouvernement, Begin avait finalement accepté de reculer le moment de la crise. A court terme, c'était sans aucun doute pour lui le meilleur choix possible.

Dès l'annonce de la constitution de la commission Kahane, le Parti travailliste et Peace Now se prononçaient pour une tréve avec le gouvernement, ne voulant pas préjuger des conclusions de la commission d'enquête. Le gouvernement avait, pour la première fois, depuis longtemps, les mains libres pour poursuivre sa politique au Liban. Sans cette trêve, il eût, par exemple, été très difficile à l'armée israélienne de poursuivre son intervention, très impopulaire parmi les masses israéliennes, dans les montagnes du Chouf libanais.

Un autre élément ayant contribué à la démobilisation du mouvement d'opposition au gouvernement Begin aura été l'ouverture des négociations entre Israël et le Liban à Chaldée et à Kiryat Shmoné. Le sentiment, largement partagé, que la guerre tirait à sa fin, et le refus des travaillistes et de Peace Now de mettre la délégation israélienne en difficulté par des mobilisations de masse et des pressions extérieures, vont permettre au général Sharon de faire monter les enchères (exigence, par exemple, du maintien de bases israéliennes au Sud-Liban) et de faire piétiner les négociations, au prix d'une tension grandissante avec les Etats-Unis. Il a fallu près de deux mois pour parvenir à un accord sur l'ordre du jour des négociations et, à ce rythme, il y a toutes les chances pour que l'armée israélienne fête au Liban même, le premier anniversaire de l'invasion de juin 1982.

De toutes les forces qui s'étaient mobilisées entre juillet et septembre de l'année dernière contre Begin et sa sale guerre, seul le Comité contre la guerre au Liban a continué à mener une agitation systématique contre la présence israélienne au Liban. Il a refusé la trêve et rejeté les illusions de voir les pourparlers entre Israël et le Liban mettre rapidement fin au conflit. Il est pourtant significatif qu'à la manifestation centrale appelée le 25 décembre 1982 par le Comité contre la guerre au Liban - deux jours après que Sharon ait annoncé qu'il avait en poche un accord signé par le président libanais Amine Gemayel —, la majorité des 4 000 manifestants n'appartenait pas à la moutraditionnelle des manifestants contre la guerre.

Pourtant, la guerre est de plus en plus impopulaire. L'armée israélienne s'embourbe au Liban, et chaque jour son porte-parole annonce de nouvelles victimes des opérations de guérilla organisées par les forces nationalistes libanaises et par la résistance palestinienne qui, malgré les fanfaronnades de Sharon, n'a pas été définitivement l'intervention des forces israéliennes aux côtés des Phalanges libanaises chrétiennes dans le conflit inter-confessionnel qui les aux musulmans (Druzes) met les monts du Chouf à feu et à sang, exacerbe l'impopularité de l'engagement israélien au Liban. « Qu'expliquerez-vous à mes parents, quand vous devrez leur annoncer que j'ai été tué au cours d'une bagarre entre des Druzes et des chrétiens dans le Chouf? Comment pourrez-vous leur dire que c'était pour la sécurité de la Galilée ? », écrit un soldat dans une lettre adressée à la rédaction de l'hebdomadaire Dama'hané, publié par les forces armées.

Le dernier sondage publié par le Jerusalem Post affirme qu'à la mi-janvier, des personnes interrogées étaient pour un retrait unilatéral des forces israé liennes du Liban. Dans le gouvernement meme, une forte minorité exige au moins le retrait de la région du Chouf.

Le fait que les soldats aient à faire, cette année, 80 jours de service militaire, n'est pas pour ajouter à la popularité de la présence israélienne au Liban. Pourtant, il faut bien souligner l'é cart entre le sentiment de fatigue vis-à-vis de l'embourbement de l'armée israélienne au Liban et l'expression d'un rejet du gouvernement responsable de cette politique. Ce paradoxe apparent et l'aisance avec laquelle Begin se sort du scandale de Sabra et Chatila ne peuvent s'expliquer que par la confusion et le désarroi du Parti travailliste, seule force parlementaire capable d'envisager de former une direction alternative à celle de Begin-Sharon.

LA BANQUEROUTE

DU PARTI TRAVAILLISTE Le parti de Shimon Pérès et Ithzak Rabin n'était pas mécontent que le gouvernement en place ait eu un sursis de cinq mois, au cours desquels il aurait pu se préparer à prendre la tête du gouvernement. Il espérait utiliser cette pause pour mettre un peu d'ordre dans ses rangs et trouver des partenaires pour une éventuelle nouvelle coalition. En fait, il n'en a rien été. Opposition responsable, le Parti travailliste ne s'est en rien démarqué de la politique de Sharon. Direction très impopulaire, y compris auprès de ceux qui ont voté pour elle afin de faire barrage au Likoud de Menahem Begin, le Parti travailliste craint le verdict populaire et centre toute son activité sur des manœuvres de coulisse avec les partis religieux hais pour leur corruption et leur opportunisme sans bornes. Divisés par des luttes de clans où l'idéologie et les principes n'ont rien à voir, les dirigeants travaillistes se sont forgés, au cours des dernières années, une image d'arrivistes pour qui tout est bon pour revenir au pouvoir.

Quelles que soient les erreurs et les scandales auxquels il est mêlé, le Likoud apparaît plus que jamais comme le symbole de la droiture et de la cohérence, comparé à ceux qui prétendent prendre la relève. C'est ce qui explique le soutien populaire large dont il jouit, et la haine profonde que provoque l'évocation des travaillistes auprès de la majorité des Juifs orientaux (originaires des pays arabes). C'est le rejet de l'Etat travailliste et de tout ce qu'il représente qui explique le soutien à Begin et à sa politique, et non le contraire. Et toute tentative d'expliquer la polarisation, qui va en s'accélérant aujourd'hui en Israël, entre Juifs « euro-

Men majorité est-européens) et Juifs orientaux (sépharades)

racisme anti-arabe qui serait propre aux Juifs orientaux, est non seulement pur idéalisme raciste, mais aussi contraire aux faits. Les dirigeants du Likoud ne sont pas originaires des pays arabes ou méditerranéens, et tout laisse à croire que la grenade lancée lors de la récente manifestation pacifiste sur les manifestants de Peace Now, en février 1982, par un membre du groupuscule fasciste du rabbin Cahana, dont quasiment tous les militants sont originaires des pays occidentaux. C'est également le activistes du Bloc de la foi, le mouvement de masse sur lequel s'appuie Sharon dans sa politique de colonisation et d'annexion des territoires occupés.

LA RESPONSABILITÉ

DE « PEACE NOW » Ce qu'il faut pour renverser ce gouvernement de criminels de guerre, c'est un mouvement de masse capable de regagner petit à petit la confiance d'une majorité au sein de la population juive d'Israël. Pour cela, il s'agit, d'une part, de défendre un programme politique cohérent, qui soit une alternative globale à cette politique criminelle et, à terme, suicidaire, de Begin-Sharon. Ensuite, il faut gagner la confiance des masses populaires, non pas en tentant de se montrer plus « patriote » que Begin, mais en les mobilisant autour de mots d'ordre qui montrent concrètement qui paie le prix de la politique agressive et belliciste du gouvernement. Enfin, il est nécessaire de se démarquer totalement du mouvement travailliste qui a défintivement, et à juste titre, perdu toute chance de regagner le soutien des masses populaires askhenazes (est-européennes) d'Israël.

Peace Now est-il capable d'être ce nouveau mouvement de masse ? Il est prématuré de répondre à cette question. Ce mouvement, né dans la foulée des accords de Camp David (fin 1978-début 1979), et comme réaction extra-parlementaire l'incapacité travailliste de freiner la politique de guerre et d'annexion de Begin, n'a jamais rompu ses attaches, idéologiques et matérielles, avec les forces travaillistes dont il est en grande partie originaire. Pourtant, comme tout mouvement

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Palestiniens du sud-Liban ?

UN Liban cote les moine pression mais l'un des piet mende l'invasion indienne.

au Liban concerne la répression dont a été l'objet l'immense majorité de la population palestinienne masculine du Sud-Liban. En effet, quiconque a eu l'occasion de traverser les régions de Tyr, de Saïda (Sidon) ou de Nabatieh, ne peut que s'étonner du très faible nombre d'hommes palestiniens qu'il rencontre. Les camps de réfugiés ne sont pratiquement peuplés que de femmes, d'enfants et de vieillards. Les hommes ont presque tous disparu. Où se trouvent donc les Palestiniens du Sud-Liban ? Sont-ils encore en vie ? La réponse à ces questions est aujourd'hui la principale préoccupation des familles palestiniennes dans les camps, et de toute une série d'organisations démocratiques et humanitaires à travers le monde, qui essaient de découvrir ce qu'a été le

Il est en effet aujourd'hui établi qu'en juin 1982, l'armée israélienne (Tsahal) a arrêté et interné, au cours de rafles massives, près de 50 000 hommes. Essentiellement des Palestiniens entre 8 et 90 ans, mais aussi de très nombreux Libanais, et des étrangers de divers pays arabes, du Bangladesh, d'Europe occidentale et d'Amérique du

Nord. Il est important de noter que plusieurs centaines d'entre eux appartenaient au personnel médical du Croissant-Rouge palestinien et d'autres institutions humanitaires

La presse internationale a déjà largement rapporté ce qu'a été le calvaire de ces hommes, les tortures, les coups, les humiliations, la faim, et aussi la mort d'un nombre indéterminé de détenus, dont on peut affirmer sans l'ombre d'un doute qu'il est au

Après l'intervention de la Croix-Rouge internationale, et après avoir achevé les premiers interrogatoires, les autorités israéliennes ont libéré tous les détenus de moins de 18 ans, les blessés graves, la grande majorité des étrangers et de nombreux Libanais.

Depuis octobre 1982, les Israéliens libèrent chaque semaine plusieurs dizaines de détenus ... mais en arrêtent également d'autres, souvent les mêmes, qui ont été libérés

En janvier 1983, Israël a reconnu détenir environ 6 000 personnes dans le camp d'El Ansar, qui se trouve au Sud-Liban, plus quelque 20 personnes, dont 11 femmes, dans des prisons israéliennes. Pourtant, le Croissant-Rouge palestinien et le Comité des familles des détenus au Liban affirment que plus de 15 000 personnes sont portées disparues. Où ont disparu près de 9 000 Palestiniens ? Les témoignages de centaines de détenus libérés au cours des six derniers mois concordent tous pour affirmer qu'il existe près d'une quinzaine d'autres camps de détention, au Liban même, comme le camp d'El Ansar, ou en Israël même (Meguido, A'hziv, Safed, Atlit), certains ayant une capacité de détention de 12 000 personnes. Israël n'a jamais reconnu l'existence de ces de masse authentique, il est traversé par de nombreuses tendances, dont certaines se radicalisent rapidement. Ce sont ses courants de base qui ont poussé Peace Now à se mobiliser en mars 1982 contre la répression dans les territoires occupés, et à reprendre, au cours de ses manifestations, la revendication du retrait total des territoires occupés par Israël en 1967. Ce sont eux aussi qui, face au refus de la direction de Peace Now de prendre position contre la guerre du Liban, se sont joints au Comité contre la guerre au Liban pour organiser la première grande manifestation de masse contre la guerre, le 26 juin 1982. Ce sont eux, toujours, qui depuis plusieurs mois essaient de développer des initiatives communes avec des comités de quartier autour du slogan « Des budgets pour des logements populaires, pas pour les colonies ! »

Mais cette évolution reste encore, en grande partie, limitée et confuse. La volonté de rester dans le cadre du « consensus national », l'alignement inconditionsur les positions de l'impérialisme américain, le refus de s'affirmer clairement pour le soutien à la lutte du peuple palestinien, rendent impossible le dépassement du cadre des ripostes ponctuelles aux « excès » de Sharon. C'est ce qui explique l'hésitation de Peace Now quant à la façon de réagir au maintien de Sharon au gouvernement et à la violence déchainée contre ses militants. Une nouvelle fois, c'est la manifestation du Comité connues. contre la guerre au Liban, qui a regroupé près de 5 000 personnes, le 12 février 1983, à Tel-Aviv, qui a finalement décidé Peace Now à appeler à un rassemblement de masse une semaine plus tard

La solution provisoire trouvée à la question gouvernementale et institutionnelle laisse pour le proche avenir le Parti travailliste sur la touche, plus désorienté antérieurement. et plus discrédité que jamais. C'est donc dans le cadre extra-parlementaire que va se jouer la prochaine manche, essentiellement en fonction des développements possibles au sein de Peace Now.

Parfaitement conscient de l'importance accrue de Peace Now dans le cadre ouvert par les conclusions de la commission Kahane, le Comité contre la guerre au Liban a décidé de faire peser tout le poses de l'autorité qu'il a gagnée, grâce ses positions courageuses et intransigeantes au cours de la guerre du Liban; sur les débats internes à Peace Now. Il veut aider à la mobilisation de masse contre la politique du gouvernement au Liban et dans les territoires occupés. Son but est de développer l'unité d'action la plus large et de renforcer la crédibilité et la capacité d'action d'un pôle militant dans Peace Now ou à ses côtés, qui sache lier l'opposition aux crimes de Sharon et de ses complices à une perspective de solidarité active avec le mouvement national palestinien.

Michel WARSCHAWSKI 13 février 1983. Finalement. la manifestation prévue pour le 19 février a été annulée sous la pression du Parti travailliste (NDLR).

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