Points de repères pour l'analyse
Origine et caractéristiques du groupe "Sentier lumineux"
Laquele le gouvermement de fernando Beaundi ter embe 252, pate d ES activités de guérilla du groupe Sentier lumineux (Sendero Luminoso) ont fait
/ laquelle le gouvernement de Fernando Belaunde Terry a envoyé l'armée prêter main-forte aux forces policières pour maintenir l'ordre bourgeois dans la région du déouvrières et populaires dans ce pays, dans la mesure où, au-delà des caractéristiques propres du groupe Sentier lumineux, elle représente un phénomène de révolte de la tions communiquées par nos camarades du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section péruvienne de la IVe Internationale. Il cherche à définir l'origine du groupe
Sentier lumineux. D'autres contributions seront sans doute nécessaires pour éclairer plus précisément les contours de cette organisation, de sa stratégie et de sa dynamique.
partement d'Ayacucho. jeunesse locale beaucoup plus vaste. Claude DEVILLIERS
Le Parti communiste péruvien - Sendero Luminoso (PCP - Sentier lumineux) est issu de la grande scission du parti stalinien péruvien, intervenue en 1964, autour de l'affrontement sino-soviétique. Les pro-soviétiques du PCP-Unidad (PCPUnité) étaient partisans d'une « transition pacifique au socialisme ». Les maoïstes du PCP-Bandera Roja (PCP-Drapeau rouge) leur opposaient la thèse de la « guerre populaire prolongée de la campagne vers la ville ». En 1969, les maoïstes se divisèrent à leur tour sur la question de la caractérisation du régime de Juan Velazco Alvarado (1). Certains soutenaient que c'était un gouvernement réformiste bourgeois et d'autres que c'était un régime fasciste. Ces derniers se divisèrent encore en 1970 autour de divergences concernant les méthodes de construction du parti révolutionnaire. Le groupe de Saturnino Paredes acceptait le travail politique légal, tandis que celui d'Abimael Guzman (PCP-Sentier lumineux) était partisan d'une clandestinité à outrance (2). militaire, le groupe de Sentier lumineux (SL) eut une activité qui se situait globalement sur le terrain de l'extrême gauche péruvienne et de l'opposition militante à la dictature, même si elle était teintée de certains traits d'opportunisme et de sectarisme. Ainsi, par exemple, en 1977, SL s'opposa à la première grève générale contre la dictature militaire, en expliquant qu'il s'agissait d'une grève « social-impérialiste » et « urbaine » (donc provocatrice par rapport à la règle suivant laquelle la révolution devait aller « de la campagne vers la ville ».)
Lorsque le gouvernement militaire convoque des élections à une Assemblée constituante pour 1978 et propose des élections présidentielles pour 1980, Sentier lumineux analyse cela comme « la consolidation du fascisme » au travers d'une « troisième restructuration de l'Etat péruvien », un peu comme un petit faux pas dans le long processus de « corporatisation de l'Etat ». Face à cette pode la guérilla péruvienne litique de « continuité fasciste », Sentier lumineux propose de développer « la protestation populaire croissante » vers la lutte armée.
Ainsi s'ouvrit une profonde brèche entre la gauche qui participa aux élections et conduisit des masses contre la dictature dans la période 1977-1979, et Sentier lumineux. Antiparlementariste « par principe », SL accusa indistinctement le reste de la gauche d'électoralisme et d'appui au fascisme.
C'est en 1978 que SL se transporte dans les régions montagneuses du centre et du sud du pays. Rapidement, les militants sendéristes disparaissent se des universités, abandonnant leur travail politique dans les mines et les usines, expliquant qu'ils se préparent à lancer la lutte armée. La principale base sociale de SL se trouve dans le mouvement étudiant, aussi bien à Lima que dans la région montagneuse du centre du pays, et seulement dans certains secteurs périphériques du mouvement ouvrier urbain et des minéanmoins évident qu'à partir de 1978, les militants de Sentier lumineux ont entrepris un patient travail d'implantation politique dans le département d'Ayacucho et dans les régions de la Sierra méridionale.
LES ACTIONS DE LA GUÉRILLA
C'est à partir de 1980 que SL commence sa « guerre populaire prolongée ». Jusqu'à septembre 1982, on comptabilise près de 1400 actions armées, bien que Sentier lumineux en revendique plus du double durant la même période. Dans un premier temps, il ne s'agissait que d'actions isolées et de terreur individuelle (bombes dans des collèges, les ministères, les municipalités, les ciaux...). Puis vinrent des opérations de
Get de propagande centres urbains (principalement à Lima, Ayacucho et Huancayo). Certaines destructions de pylônes électriques plongeant la capitale dans l'obscurité ont permis des attaques synchronisées de locaux commerciaux accompagnées de mobilisations éclairs. Ces opérations se poursuivirent avec des sabotages pylônes dans les régions rurales, l'explosion de bombes dans les locaux de journaux ou des stations de radio à Ayacucho. Elles avaient comme but principal d'attirer l'attention sur l'existence et les objectifs de la « guerre populaire prolongée » lancée par Sentier lumineux. Un troisième moment de l'évolution des actions armées de SL s'est caractérisé par des attaques de plusieurs postes de la Garde civile et de la Garde républicaine, qui ont connu des succès inégaux. Parmi ces actions, il faut noter une attaque audacieuse de la prison centrale de Huamanga, qui permit de leurs militants et dirigeants arrêtés à la suite de l'instauration de l'état d'urgence. Cette époque a également vu des incursions dans des communautés et des villages, avec pillage des magasins, redistribution des vivres à la population et meetings appelant les jeunes à rejoindre la lutte armée. Finalement, toutes ces actions ont convergé vers deux grè ves générales politiques à Ayacucho, contre le gouvernement et les forces armées.
Toutefois, une part importante l'influence de Sentier lumineux doit être reliée à ses méthodes d'intimidation, qui incluent des sévices corporels (flagellation, cheveux rasés, tortures) qui peuvent être indistinctement infligés à des « mouchards », aux indécis, usuriers, professeurs, médecins, commerçants, et même à des militants de la gauche révolutionnaire. Des « jugements populaires » et des exécutions sommaires, avec participation populaire plus ou moins importante, de responsables municipaux, de commerçants, de « traîtres » à SL, de dirigeants de l'Action populaire (AP) au pouvoir, et de représentants des autorités locales (gouverneurs, maires ...) ont eu lieu. A défaut de
1. Lors du coup d'Etat militaire du 3 octobre 1968, le gouvernement de Belaunde Terry. actuel président péruvien, était renversé par le général Juan Velazco Alvarado. En 1975, à la suite d'un nouveau coup d'Etat militaire, c'est le général Morales Bermudes qui prend les rênes du pouvoir. Après les grèves de janvier 1976. l'état d'urgence est décrété en juillet de même année. En 1977 aura lieu une grève générale qui amène la levée de l'état d'urgence et marque une étape importante de la lutte contre le régime militaire.
2. Tous les groupes de matrice maoiste se considérent, eux-mêmes, comme les succes seurs du « parti fondé par Mariategui », qui fut « détruit » en 1931 par la clique « social-démo crate ». plus tard caractérisée de « révisionniste et social-impérialiste » du PCP-Unidad. C'est la raison pour laquelle la presse du groupe d'Abimael Guzman portait en exergue la phrase suivante : « Par le sentier lumineux de José Carlos Mariategui », qui donna son nom au PCP-SL. Mais SL se considérant aujourd'hui comme le PCP reconstruit, fait toute sa propagande au nom du PCP.
« bourgeois bureaucratiques » ou «grands propriétaires terriens », la plupart de ces victimes sont d'origine paysanne et populaire. Finalement, il y a eu aussi des attentats contre des personnalités plus importantes du régime comme, par exemple, le sous-préfet d'Ayacucho, ou certains responsables des forces répres-
Tout ce qui précède résume les étapes de l'évolution de l'organisation de la guérilla. Cela montre, en même temps, les phases de construction de l'organisation politique au travers desquelles se sont formés les cadres et les militants de l'organisation. Tous commencérent comme propagandistes et selon le rythme, l'intensité, la régularité et le risque des actions auxquelles ils participaient, certains furent intégrés dans la structure interne du parti. Le noyau central de SL est composé de vétérans de formation stalinienne qui partagent une conception du parti unique, monolithique, clandestin et régi dans son fonctionnement interne par un code militaire. Mais il ne faut pas oublier que dans SL se reconnaît la majorité de la jeunesse d'Ayacucho, jeunes étudiants ou paysans entre 15 et 18 ans, qui sont nés à la politique en prenant les armes, car vaient guère d'alternative. Dans une interview au journal El Diario, un dirigeant intermédiaire de SL affirmait que l'âge des militants ne dépassait pas 22 à 23 ans.
Un second aspect de l'organisation de SL est l'existence de « corps spécialisés » (soldats libérés des forces armées) et d'un efficace « service de renseignements sendériste » qui permet un contrôle parfait de la vie d'Ayacucho, ce qui explique par exemple la coordination exacte et la synchronisation des actions de SL. Ainsi, lors de la grève générale de 24 heures appelée par SL à Ayacucho, la presse rapporta « la présence de piquets de grève de Sentier lumineux dans les rues, qui menaçaient les commerçants qui ouvrir leurs magasins » (3).
Mais pour comprendre comment un groupe disposant de telles caractéristiques a pu s'implanter dans la région d'Ayacucho, il faut s'écarter un peu du récit chronologique de son évolution pour signaler les facteurs sociologiques et culturels du mouvement de masse qui existe derrière SL, et dont il est aussi, au moins partiellement, un produit.
TROIS FACTEURS LOCAUX
Ayacucho est une des régions les plus sous-développées économiquement tout le pays. Si on y inclut les départements de Huancavelica, Apurimac et Cuzco, les zones minières de Pasco et Junin, nous avons l'espace géographique où SL a lancé sa « guerre populaire prolongée ». Quelques indications chiffrées donneront une meilleure idée du degré de pauvreté de cette région.
Sur les 506 310 habitants du département d'Ayacucho, 63 % vivent d'une agriculture de subsistance. Il n'y a pratiquement aucune production extérieur et l'activité d'exportation ne représente qu'une faible possibilité de réinvestissement sur place (4). L'industrie est fondamentalement artisanale (tissage, taille de la pierre et du bois, céramique). L'infrastructure énergétique est insuffisante pour répondre à la pour permettre un développement industriel (5). En 1971, seulement 17 % de la (PEA) était salariée. Ce qui représente le taux le plus bas de la région Sud (6). L'investissement moyen de l'Etat dans la période 1968-1980 a été de 0,6 % par an, en rapport avec le reste du pays.
L'analphabétisme touche 60,66 % de la PEA. Le taux de mortalité est très élevé, spécialement la mortalité infantile. Il n'y a que 30 médecins pour le département. L'espérance de vie est de 45 68 % des habitations se situent en région rurale et manquent d'eau potable, d'électricité et d'égoûts. Sur les 32 % de logements urbains, seulement 7,8% bénéficient de l'eau potable à domicile.
Cette situation d'isolement, de misère et de marginalisation n'affecte pas seulement la paysannerie et les secteurs populaires, mais aussi les groupes de pouvoir locaux : commerçants et intermédiaires de toute sorte, relégués par le centralisme de Lima. Les conséquences de la grave crise économique du Pérou sont encore plus fortement ressenties dans cette région. Jusqu'au tourisme, qui représente une source significative de revenus, et qui a pratiquement disparu avec l'apparition de la guérilla dans le département.
Le deuxième facteur local fut la fondation de l'Université nationale San Cristobal de Huamanga (UNSCH) en 1959. La seule existence de cette université a signifié un changement radical dans la société d'Ayacucho. La UNSCH créa une « conscience sociale » en montrant qu'il existait des droits comme la liberté services que l'Etat était obligé de fournir.
Les enfants des secteurs moyens et de paysans appauvris furent gagnés aux idées d'un changement social et culturel, au moment même où on leur offrait des d'ascension sociale. Cette même population réclama de l'Université une série de services que celle-ci ne portionnée et anarchique du système universitaire créa des centaines de diplômés qui ne pouvaient être absorbés par l'appareil productif. Ce processus démontra au peuple d'Ayacucho et à la jeunesse les licomme instruments de transformation so-
3. Cité par un journal de Mexico, Uno mas Uno, du 10 janvier 1983.
4. Le principal centre d'activité minier, la mine Canarias, a vu ses patrons réduire leurs investissements. Elle a été attaquée par Sentier lumineux. Les mineurs ont entrepris une marche de protestation à Lima. La production a maintenant cessé depuis plus d'un an. « Terrorismo y syndicalismo en Ayacucho ». 1980, de Pareja Pflucker, Piedad. Les statistiques proviennent des sources officielles.
pour le ciale. Ainsi, la frustration sociale fut-elle canalisée politiquement par les organisations de l'extrême gauche à travers des Fronts de défense du peuple (FDP), qui connurent un développement important dans la première phase du régime mili-
Enfin, le troisième élément se situe phénomène de l'exode dans l'isolement de la province du fait du centralisme de Lima, dans la centralisation de la vie économique autour de l'axe mines-pétrole, dans la détérioration de l'agriculture. Nombreux sont les témoignages de familles et de jeunes se rendant dans la capitale avec l'espoir d'un meilleur statut et qui s'en retournent ensuite à Ayacucho profondément
Sentier lumineux est donc dans une grande mesure un produit de la combinaison des trois facteurs signalés plus haut :
- la misère extrême, la faiblesse et la désarticulation de la structure productive dans la région sud du pays ;
- les traditions de luttes politiques et régionales, liées au mouvement étudiant et à la UNSCH ;
-la marginalisation et l'arriération de la province opposée au centralisme politico-administratif et culturel autour de
Mais SL représente aussi l'écart entre la province et la capitale au niveau même de la gauche organisée : entre la gauche rurale et agraire et la gauche urbaine et ouvrière. SL représente la mobilisation de la petite bourgeoisie provinciale, frustrée dans ses espoirs d'ascension sociale et extrêmement radicalisée, entraînant derrière elle de larges secteurs paysans. Pour compléter cette définition, il faut préciser les attitudes messianiques utilisées par SL pour développer son appui dans la pay-
LA PENSÉE DE GONZALO
ET LE « MESSIANISME ANDIN »
Si pour les observateurs de la droite politique les actes de SL semblent absurdes ou irrationnels - la destruction des pylônes électriques et les bombes dans les écoles répugnent à une mentalité urbaine -, pour le paysan analphabète qui ne connaît pas la télévision, ces faits ne revê tent pas d'importance particulière. Par ses
SL cherche à développer une sorte de mouvement messianique rural andin, éventuellement opposé au progrès et développement D'un autre côté, il ne choque pas les coutumes et les mentalités de la population et s'y adapte. Les sendéristes sont donc socialement implantés et ils se sont inté-
6. Souligné par Julio Cotler dans la revue Que Hacer ?, numéro 20 de janvier 1983.
extraites du reportage « Por los caminos de Sendero » de Paul Gonzales, et paru dans Que Hacer ? numéro 19 de no-
8. C'est ainsi que l'on peut analyser, par exemple, l'incendie centre expérimental de l'Université San Cristode Huamanga (UNSCH), absurde de centaines de têtes de bétail par les
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HAMBRE
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Mobilisation contre la misère et la répression au Pérou. (DR) grés, culturellement et socio-économiquement, à la population locale.
Les conceptions théoriques de SL s'expliquent pour beaucoup par les particularités locales définies ci-dessus. la caractérisation de « fascisme » pour des régimes aussi différents que ceux de Juan
Velazco Alvarado, de Bermudes Morales ou de Fernando Belaunde Terry, se fondent sur le fait que ces gouvernements n'ont rien fait pour la province d'Ayacucho. L'idée d'un processus de « corporatisation progressive de l'Etat » correspond au processus de centralisation politique et administrative autour de Lima. La caractérisation de la société comme « semi-féodale » peut être rattachée au réflexe de l'universitaire provincial qui découvre les sciences exactes et sociales auxquelles il oppose le retard culturel et technologique de son milieu d'origine. L'utilisation abusive de la caractérisation de la situation comme « révolutionnaire » obéit au radicalisme de sa base sociale plus qu'à une analyse objective de la situation politique. Enfin, l'utilisation opportuniste d'un messianisme andin couvre des pratiques staliniennes et une orientation sectaire et autoritaire envers le mouvement de masse.
La formation idéologique des sendéristes part en fait du stalinisme « orthodoxe », c'est-à-dire anti-khrouchtchévien, du maoïsme de la Révolution culturelle, avec un récent alignement sur la veuve de Mao et la « Bande des Quatre » (9). La base de la formation idéologique de SL se trouve done dans le stalinisme sectaire et ultra-gauchiste de la troisième période et dans le volontarisme maoïste. Le culte de la pensée du Chef, Abimael Guzman dit Gonzalo, est aussi très fort. La pensée de Gonzalo a été sacrée « quatrième étape du marxisme », après les apports de Marx, Lénine et Mao.
Malgré tout cela, Sentier lumineux représente un courant dont les militants luttent pour le renversement violent du régime d'exploitation, et qui représentent, bien que de façon déformée, la lutte légitime des masses pauvres de la province d'Ayacucho. Néanmoins, la permanence de ces caractères implique un changement radical dans les méthodes politiques de Sentier lumineux, notamment l'abandon de son rapport autoritariste aux masses et de ses pratiques ultra-gauchistes (châtiments corporels, exécutions sommaires, etc.) (10).
Il faut donc rejeter la position des
La REP d'opposition comme l'APRA en particulier, qui condamnent également le gouvernement et Sentier lumineux. Les réformistes du PCP-Unidad ont d'ailleurs à peu près la même orientas'ils oublient parfois de mentionner SL et lancent de grandes formules d'appui lyrique d'Ayacucho. Ces deux positions conduisent à diviser dans les faits le front de lutte contre le gouvernement et à freiner la mobilisation des travailleurs, tout en laissant les masses populaires d'Ayacucho isolées face à la répression.
Pour nos camarades du PRT, il s'agit done d'éviter que l'activité de la guérilla rurale fasse obstacle au travail politique dans la classe ouvrière et au sein du mouvement populaire. Le combat pour la Centrale unique des travailleurs, pour la grève civique générale (paro civico nacional), pour mettre le prolétariat à la tête des luttes de classes dans le pays, ne sont pas des tâches incompatibles avec les activités de Sentier lumineux.
Un autre aspect important est celui de la lutte contre la répression et pour la défense des prisonniers politiques. Les violations diverses des droits démocratiques élémentaires ont été nombreuses dans les zones où interviennent les forces policières et le « corps spécial anti-subversif » de la Garde républicaine, les tristement célèbres sinchis. Viol d'une fillette de 12 ans, assassinat en plein jour de personnes soupconnées de liens avec SL, assassinat sur leur lit d'hôpital, à Huamanga, de trois étudiants prétendument membres des SL, assassinat, par les tortures qu'ils lui ont infligées, de la jeune militante sendériste Edith Lagos, telles sont quelques-unes des récentes exactions des sinchis. Certains de ces meurtres sont camouflés en « morts au combat », pourtant, récemment, les photos de ces sendéristes « morts durant l'action» montraient des traces de mutilations. Sans compter, enfin, les conditions de détention des prisonniers politiques incarcérés dans le pénitencier de l'ile d'El Fronton. UNE ORIENTATION INACCEPTABLE
Si Sentier lumineux représente d'une manière déformée une une mobilisation régionales qui le dépassent, il faut néanmoins définir quelques points de base sur lesquels les marxistes révolutionnaires ne peuvent transiger avec
- Tout d'abord, pour SL, la guerre n'est pas la poursuite d'une orientation politique par d'autres moyens, mais plutôt la substitution de la politique par des méthodes de terreur et d'intimidation. Ainsi, la lutte armée se transforme-t-elle en une fin en soi et n'est pas considérée comme un moyen pour la construction d'un pouvoir révolutionnaire.
- La lutte armée est donc considérée comme une stratégie établie a priori, celle de la « guerre populaire prolongée de la campagne vers la ville », et non comme une tactique de lutte en fonction des développements effectifs de la lutte de classe et de la tâche de construction d'un parti révolutionnaire implanté dans la classe ouvrière et les masses, et apte à conduire la lutte contre la classe dominante pour abattre l'Etat bourgeois.
-Comme les réformistes, mais en sens inverse, SL méconnait toute démarche transitoire. Mais, alors que les réformistes s'en tiennent au programme minimum pour justifier leur adaptation à la gestion de l'Etat bourgeois, les sendéristes, sans prendre en compte la réalité du niveau de conscience des masses, maintiennent, eux, le cap sur la lutte armée et le renversement immédiat de l'Etat bourgeois. Ces deux courants ignorent une démarche transitoire capable d'élever le niveau de conscience des masses populaires. Avec leur orientation sectaire, les sendéristes courent, de plus, le risque d'isoler du reste du mouvement de masse le secteur du mouvement social qu'ils influencent.
- SL n'entretient qu'une relation militaire avec les masses (d'où l'utilisation de la terreur), sous prétexte de parvenir à une supériorité militaire et technique sur les forces gouvernementales. SL entend faire l'économie d'une mobilisation armée des masses dans le cours du processus révolutionnaire, pour lui substituer le simple coup de main des militants organisés dans SL. Le parti révolutionnaire, pour les marxistes révolutionnaires, est issu des mobilisations ouvrières et populaires. Pour SL tout existe déjà, et il ne suffit plus que d'imposer aux masses populaires, par des méthodes administratives, autoritaires et même coercitives, la « guerre populaire prolongée ».
-Enfin, il y a le dogmatisme et le sectarisme de SL, dont l'origine sociale et politique a été largement traitée ci-dessus.
Claude DEVILLIERS Paris, 15 février 1983. 9. Sentier lumineux sera le seul groupe au Pérou à se revendiquer de la « Bande des Quatre », réalisant des bombages sur les murs, du genre : « Vive les quatre de Shanghaï », « Teng Xiaoping, fils de chienne, excrément humain ». Des affiches avec de tels slogans, accrochées sur des cadavres de chiens pendus à des feux de carrefour ont été placées dans des endroits de grande affluence à Lima. Même si SL n'a jamais revendiqué ces actions, elles sont marquées de l'empreinte du style de leur propagande politi-
10. Il faut signaler qu'à ce jour il y a déjà eu huit cas recensés où des paysans se sont opposés aux sendéristes, allant même jusqu'à les livrer à la police. Une colonne entière de guérilla a été livrée aux autorités par des paysans armés dans le sud du département de Cuzco.