Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URSS

Pas de trêve pour la répression avec Andropov

· Inprecor n° 144, 28 février 1983 · p. 28 · 1 016 mots

URSS et Russie

Dessin de Sissoleu. (DR)

Pas de trêve pour la répression avec Andropov Passé de la direction des services de contre-espionnage du KGB à la tête du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS), Iouri Andropov n'a pas oublié ce qui fut, quinze ans durant, sa préoccupation essentielle : réprimer toute opposition, faire taire tous les dissidents. Il avait fait preuve d'un zèle particulier au cours des dernières années du règne de Leonid Brejnev, avec le grand nettoyage précédant les jeux Olympiques de 1980, puis le laminage du mouvement de défense des Droits de l'homme. Il entendait sans doute, par là, préparer une succession sans problè mes à la tête du parti et du pays et, de ce point de vue, il a réussi.

Ainsi, les autorités soviétiques n'ont pas relâché leur pression contre ceux qui pensent autrement qu'elles et l'impudeur de continuer à le proclamer. Ceux qui ont tenté de nous présenter Andropov sous les traits d'un libéral peuvent déjà prendre la mesure de leur erreur. La répression s'est non seulement poursuivie depuis son accession à la charge suprême, mais elle s'est généralisée à tous les secteurs. Pour preuve, le fait que courants nationalistes grands-russes qui jouissaient, ces dernières années, de la bienveillance du pouvoir, sont à leur tour frappés. De même, l'intransigeance dont ont fait preuve les autorités soviétiques face à la longue grève de la faim d'Anatoli Chtcharanski protestations internationales à son sujet, vient témoigner de leur volonté de ne pas fléchir dans leur activité répressive.

Les nouvelles qui sont parvenues ces dernières semaines d'Union soviétique nous confirment dans cette conviction. Ainsi vient-on d'apprendre l'arrestation, le 8 février dernier, du caricaturiste Viatcheslav Sissoïev, dont les lecteurs de la revue francaise l'Alternative connaissent bien le talent mis au service de la dénonciation de l'univers bureaucratique soviétique (outre les illustrations des différents numéros de l'Alternative, un volume spécial de ses dessins a été publié par les éditions Maspero sous le titre la Vie est devenue meilleure).

URSS Sissoïev, très éprouvé personnellement par la situation quotidienne faite aux dissidents dans son pays, avait décidé de passer dans la clandestinité en octobre 1979. Son expérience montre qu'on peut échapper durant quatre ans aux recherches du KGB en URSS, mais il faut aussi imaginer les conditions extrêmement dures dans lesquelles le caricaturiste a vécu cette période.

poursuivi pour « violation de la loi réprimant la pornographie », les policiers ayant trouvé chez lui des dessins à caractère pornographique, et préférant cette accusation à celle, plus directement politique, qu'une grande partie de antibureaucratiques justifier à leurs yeux.

On apprenait aussi récemment que l'opposant socialiste Roy Medvedev avait été condamné par le procureur général de

Men janvier 1983. Medvedev n'a pas été inculpé de « menées antisoviéti-

« averti » qu'il risquait une telle inculpation s'il poursuivait la publication de ses articles et de ses livres à l'étranger (son dernier livre, Après octobre, vient d'être publié à Rome par la maison d'édition du Parti communiste italien). La convocation de Medvedev et cet avertissement montrent à leur tour la volonté des autorités de ne rien laisser passer à travers les mailles de leur filet, alors que Medvedev, partisan d'une réforme à l'intérieur du système soviétique, a toujours pu, jusqu'ici, diffuser librement

LE PROCES DES « SOCIALISTES » AJOURNÉ POUR LA TROISIEME FOIS

Le KGB semble avoir affaire à un bien plus gros morceau avec « l'affaire des socialistes », née après l'arrestation, le 6 de six personnes travaillant dans des instituts de recherche officiels (voir Inprecor numéro 131 du 26 juillet 1982, et numéro 139 du 20 décembre 1982).

Le procès, qui devait s'ouvrir le 15 février, vient d'être reporté à une date indéterminée, sous prétexte d'une « maladie » du juge. Or, un juge soviétique ne tombe pas malade par hasard et, dans ce cas, il s'agit du troisieme report du procès. Cela suffit à souligner l'importance qu'y attachent les autorités, mais aussi l'embarras dans lequel elles se trouvent, l'affaire semblant déborder bien au-delà des six inculpés.

Ces derniers, Kagarlitski, Khavkine, Fadine, Rivkine, Koudioukine et Tchernitski, sont inculpés, en vertu des articles 70 et 72 du Code pénal, d'« agitation antisoviétique » et de « création d'organisation antisoviétique ». Or, c'est la première fois, depuis le milieu des années 1960, qu'on juge une organisation et non des individus. Le caractère directement politique du procès apparaît done avec évidence alors que, face à des individus, les autorités évitent toujours les accusations d'ordre politique. Là réside sans doute une première difficulté pour le pouvoir.

La deuxième découle du caractère clairement socialiste et antibureaucratique des revues animées par les inculpés, Socialisme et Avenir (anciennement Tournant à gauche) et Variantes. Ces revues affirment, entre autres choses, que le « socialisme » soviétique n'a rien à voir avec le socialisme, qu'il faut renverser la bureaucratie pour retrouver le chemin du socialisme en URSS, et que, dans ce but, il faut élaborer des programmes sociaux concrets pour les travailleurs et s'organiser de façon indépendante. Elles donnent, en outre, une large place à la dénonciation de l'impérialisme et à la solidarité internationaliste avec les combattants salvadoriens ou avec les syndicalistes turcs, par

Une troisième difficulté réside dans la personnalité même des inculpés. Ils sont tous fils de personnages importants du régime et travaillaient, jusqu'à leur arrestation, dans des instituts officiels, comme l'Institut des relations internationales, dans la revue duquel certains de leurs travaux étaient publiés (une des accusations contre Fadine n'est-elle pas d'avoir reproduit des textes de Santiago Carrillo sur la machine à écrire personnelle du directeur de l'Institut ?). A ce tire, ils avaient de nombreux contacts et certaines possibilités de diffuser leurs idées. le fait que leur « affaire » ait donné lieu a une cinquantaine de perquisitions et à l'interrogatoire de plusieurs dizaines de personnes semble le confirmer et ne facilite sans doute pas le travail du KGB. Mais cela ne peut que renforcer son acharnement con-

La mobilisation contre l'arrestation de Sissoïev et contre le procès des jeunes comme une tâche urgente pour les organisations ouvrières et démocratiques. II faut, dès maintenant, multiplier les prises de position et les télégrammes aux ambassades d'Union soviétique.

Anna LIBERA

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