Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN

La révolution iranienne quatre ans après l'insurrection de février 1979. Rapport dont la ligne générale a été adoptée par le Secrétariat unifié de la IVe Internationale

· Inprecor n° 145, 14 mars 1983 · p. 15-34 · 21 554 mots

André Duret était le pseudonyme de Charles-André Udry, dirigeant de la section suisse (LMR) et membre du Bureau de la IVe Internationale dans les années 1970 et 1980.

Iran IVe Internationale Golfe et Irak Mexique

Le texte qui suit est le rapport présenté au Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale par le camarade André Duret. Sa ligne générale a été adoptée en janvier 1983. André DURET

Il y a quatre ans, les masses iraniennes renversaient la dictature du chah. Washington perdait une de ses pièces maitresses au Moyen-Orient. Son dispositif de contrôle d'une région stratégique pour ses intérêts était désarticulé. Depuis lors,

I. De la crise du régime Pahlavi

à l'insurrection L'insurrection de février 1979 est le point culminant d'une crise prolongée qui s'est manifestée : 1) par des pressions exercées par des fractions de la bourgeoisie liée à la dynastie Pahlavi en faveur de « réformes » ; 2) par une opposition régime impérial de la part de l'essentiel de la bourgeoisie traditionnelle qui s'est liée

3) par l'essor puissant mouvement des masses initié en

- Au milieu des années 1970, des secteurs de la nouvelle bourgeoisie se sont prononcés pour des réformes visant à adapter le système de domination politique et la structure étatique aux besoins d'un capitalisme qui connaissait alors un important développement. Ces revendications ont été reprises au sein même de l'appareil d'Etat et par une fraction du parti officiel Rastakhiz. Le gouvernement de Djanchia Amouzegar exprimait tentative du chah de répondre à ce « mouvement réformiste ». Dans le front national démocratique (mossadeghiste), certains voyaient d'un bon œil ces développements ;

- Dès le début des années 1960, était né et s'était renforcé un courant d'opposition au pouvoir impérial traduisant la réaction de larges couches de la bourgeoisie traditionnelle. Cette dernière se voyait interdire la possibilité d'entrer dans les nouveaux secteurs d'accumulation du capital (aussi bien au niveau de la production, du commerce international que de la distribution). Le pouvoir impérial et la bourgeoisie qu'il nourrit, grâce à leur emprise directe sur l'appareil d'Etat et les l'impérialisme américain a multiplié les efforts pour y rétablir et y réorganiser ses positions.

L'impact initial de la révolution iranienne auprès des masses de toute la région a été considérable. Les régimes conservateurs, alliés des Etats-Unis, ont manifesté immédiatement leur inquiétude. La lame de fond révolutionnaire a frappé de plein fouet l'impérialisme, mais le recul ultérieur infligé au mouvement de masse par la direction Khomeyni a affaibli la dynamique anti-impérialiste et miné le cours anticapitaliste de la révolution commencée en 1979. ressources qu'il gère, font une chasse gardée des nouvelles branches d'investissement. Au plan politique, Mehdi Bazargan (Jama, Parti de la libération de l'Iran) et d'autres courants réunis dans le Front national démocratique, sont les porte-parole de ces couches bourgeoises évincées. La petite bourgeoisie accorde son appui à ces éléments d'opposition. Le parti de Bazargan a développé des liens étroits avec le clergé chiite dont, dès 1963, des parties de la hiérarchie s'affrontaient avec le pou-

- Sous l'impact de la crise économique de 1975-1976, une forte montée de lutte des masses opprimées et exploitées prend son élan.

Au cours de la montée révolutionnaire, la hiérarchie chiite, en collaboration avec Bazargan, prendra la direction politique de ces divers flux d'opposition montante. Au sein même de l'appareil d'Etat, y compris dans l'armée, vont finalement se rallier à cette direction alternative. Cela explique en partie la permanence de certains pans des institutions du régime du chah après l'insurrection.

couches et classes sociales vont done s'agglutiner dans le combat an-

Dès l'été 1976, des affrontements se développent entre l'armée et des milliers d'habitants des « bidonvilles » du sud de Téhéran, où habitent des centaines de milliers de personnes expulsées des zones rurales sous les effets de la « Révolution blanche » du chah. L'armée détruit des taudis construits hors des territoires réservés à ces déracinés par la dictature

IRAN Pahlavi. Parallèlement, un premier mouvement de grèves s'amorce (1976-1977). La répression est brutale. Dans la foulée de ces mobilisations démarrent des actions lancées par des poètes, écrivains et juristes. Elles sont centrées sur la défense des droits démocratiques. Les luttes étudiantes prennent alors leur essor. Une grève générale se développe dans les universités à l'automne 1976. Avee la caution de Jimmy Carter, fraichement élu à la présidence des Etats-Unis, le chah ordonne une répression violente contre ce mouvement. Les mobilisations marquent le pas.

C'est alors que s'ébauche une étape nouvelle du conflit entre la hiérarchie chiite et le pouvoir impérial. Après des attaques lancées contre Khomeyni dans la presse au service du régime, en 1977, des démonstrations sont organisées à Qom, puis à Tabriz, où un soulèvement se produit. Le gouvernement tente de l'étouffer en le réprimant durement. En fait, il va déclencher un cycle de commémoration (deuil de 40 jours) des victimes de la répression, qui va rythmer l'essor du mouvement des masses. Le clergé chiite offre son infrastructure et sa puissante organisation aux manifestants. Il cherche à hégémoniser l'élan de protestation. Des secteurs substantiels de la bourgeoisie traditionnelle et de la petite-bourgeoisie se rallient à cette nouvelle direction de l'opposition au chah. La participation des masses plébéiennes à la lutte ne fait que croitre. Le 8 septembre, le « Vendredi noir », les forces de répression du chah tuent des centaines de manifestants. L'antagonisme entre le régime et les masses atteint un niveau supérieur. Des fractions du clergé penchent pour le compromis et cherchent une négociation avec le Premier ministre, Charif Emami.

Mais la force du mouvement de masse et sa jonction avec les grèves ouvrières rendent quasi impossible un compromis. En effet, depuis juin 1978, les grèves ouvrières connaissent une nouvelle impulsion. La combinaison entre les revendications économiques et politiques se fait plus étroite. Des comités de grève commencent à surgir dans les usines. L'entrée de la classe ouvrière dans le combat direct contre le chah donne à cet affrontement social et politique une vigueur accrue. Dès le mois d'octobre 1978, la grève générale est à l'ordre du jour et devient un élément central dans la relance de l'attaque contre le régime Pahlavi.

Cependant, les mobilisations de mas-

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La situation régionale de l'Iran illustre l'importance du processus révolutionnaire dans ce pays.

se dans la rue restent organisées par le clergé et ses alliés dans le Bazar. Les travailleurs sont entrés dans le conflit après qu'une structuration du mouvement de masse ait été faite sous la houlette du clergé chiite. De plus, la faiblesse — pour ne pas dire l'inexistence - d'organisations ouvrières, résultat d'années de répression, laissait le champ libre à l'encadrement des mobilisations par le clergé (les étudiants en théologie y joueront un rôle significatif). La diplomatie de Moscou et de Pékin à l'égard du chah n'a pas peu contribué à renforcer le discrédit du Parti Toudeh (communiste) et une certaine réserve envers ceux se réclamant du communisme. Cet élément politique a joué faveur de la direction Khomeyni.

En novembre-décembre 1978, les affrontements se font sans cesse plus violents. Les masses s'engagent dans une ofcontre le régime. L'ayatollah Khomeyni, en exil, lance des appels aux manifestants pour qu'ils gagnent les soldats à leur cause. A leur tour, les paysans affluent vers les villes pour se joindre au combat contre la dictature.

Toutes les nouvelles tentatives développées par certains membres du clergé, comme l'ayatollah Chariat Madari, pour instaurer un compromis en direction d'hommes comme Amini ou Chapour Baktiar (une fois nommé Premier ministre en janvier) échouent sous la pression des masses et sous celle de Khomeyni. Ce dernir soutient la grève générale et refuse tout compromis.

Derrière la direction Khomeyni se retrouve done un bloc social regroupant : la bourgeoisie traditionnelle (avec ses diverses fractions, les grands et moyens marchands du Bazar, les manufacturiers), une petite bourgeoisie nombreuse (boutiquiers, petits et moyens artisans) et disposant d'une longue tradition d'organisation (guildes et corporations), les travailleurs et les masses plébéiennes (les mostazafins, les deshérités). Ces dernières rassemblent des centaines de milliers d'émigrés de fraîche date des campagnes et un semi-prolétariat durement touché par la crise de la construction qui offrait une des possibilités de trouver un emploi précaire. Une couche de lumpen-prolétariat participe aussi aux combats.

Pour nombre de ces déracinés, l'organisation religieuse, présente dans les bidonvilles, offre un substitut aux structures communautaires villageoises et un réseau d'aide sociale (charité). La dénonciation de l'opulence des « nouveaux riches » (taghoutis) du régime impérial par le clergé trouve un écho profond parmi ces couches de la population en butte aux attaques répétées des forces répressives et à toutes sortes de vexations.

Les riches marchands ont financé les mobilisations. Les petits marchands ont vendu, à bas prix, des produits aux masses paupérisées. Les mosquées sont devenues le lieu privilégié de l'organisation du combat contre la dictature. En fait, les masses utilisent les canaux d'expression que la dictature Pahlavi n'avait pu détruire. Cela consolide l'emprise de la direction Khomeyni sur le mouvement de masse, d'autant plus qu'il apparaît comme un opposant de longue date au chah. En fait, dès 1963, il déclare son hostilité aux mesures liées à la « Révolution blanche ». Cette dernière participait d'un projet de formation d'une nouvelle bourgeoisie. Elle minait les bases traditionnelles du clergé chiite et les institutions de notables auxquelles il était traditionnellement lié. L'opposition de Khomeyni à ces mesures se situait donc du strict point de vue conservateur. Les conséquences terribles de la « Révolution blanche » pour des couches entières de la population vont néanmoins valoriser les prises position de Khomeyni. Enfin, quand bien même il fut un partisan du renversement de Mossadegh en 1953, il ne manquait pas de dénoncer l'influence de l'impérialisme et de l'« occidentalisation » en Iran. Ces accusations entreront en résonnance avec le sentiment profond des couches popu-

Les grèves ouvrières ont joué un rôle important pour abattre la monarchie. Elles ont contribué à paralyser des centres névralgiques de l'économie (pétrole). Elles ont multiplié la force des mobilisations populaires. Mais la classe ouvrière ne s'est pas affirmée comme avant-garde organisationnelle et politique de la lutte antidictatoriale à l'échelle du pays dans son

Quant à l'Organisation des Moudjahidin du peuple d'Iran - Kalq (OMPI), ou celle des Fedayin du peuple, décimées par la répression, elles sont peu aptes, étant donné leur ligne politique et leur programme, à proposer une perspective politique propre et encore moins une force d'encadrement. Ainsi, le processus de différenciation politique du bloc social regroupé derrière Khomeyni, en faveur d'une influence prolétarienne accrue, (DR)

MER Tabriz CASPIENNE Ardebil o Rezaieh -Bandar Chals Corgani

AZERBAIDTAN Rasht oMahabad MAZANDARAN Kirkouk

/Hamadan® Kermanchah BAGDAD

Ispahan PDezfoul IRAK

BAwhaz Khouninshar Bassorah 8 Abadan Chiraz KOWEIT

GOLFE FARS

ARABIE

SAOUDITE PERSIQUE

kilomètres 300 QATAR aura de grandes difficultés à s'approfondir.

En janvier 1979, un Conseil de la révolution islamique regroupant Abdollassan Bani Sadr, Mehdi Bazargan, Yazdi, Sadegh Gobdzadeh et les dignitaires religieux Behechti, Mottaheri, Rafsandjani, Bahonar (tous anciens étudiants en théologie de Khomeyni) et Khomeyni lui-même, est mis en place. Sa composition est restée longtemps secrète.

Au cours de la grève générale de 1979, dans les quartiers, des comités (komiteh) se multiplient. Des août 1978, à Téhéran, quatorze centres de komiteh sont mis en place, sous la direction de Madhavi Kani, pour tenter de contrôler le mouvement. Des structures identiques sont mises en place dans d'autres villes. Madhavi Kani, libéré de prison en compagnie d'autres mollahs par le chah, ne cachait pas ses intentions de combattre l'influence de la gauche dans les komiteh. Les centres de komiteh mis en place sous sa direction seront un levier efficace pour la prise en main des organes de masses dans les quartiers.

Sous les coups de boutoir des manifestations, après le départ du chah (16 janvier 1979) et l'arrivée de Khomeyni (ler février), l'appareil de domination de la dynastie (armée, patronages, bureaucratie d'Etat) se fêle.

Khomeyni nomme Mehdi Bazargan, « réel » Premier ministre. Une situation de « dualité de pouvoir » entre Chapour Bakthiar et le représentant du Conseil de la révolution islamique s'établit. Début février, le Conseil de la révolution islamique ouvre des négociations avec le commandement de l'armée impériale, dont une fraction manifeste sa volonté de collaboration avec le pouvoir naissant.

-Kake TURKMENISTAN U.R.S.S.

Gonbad-e-Kavous

Dashto Meched Nichapour

-SEMNAN

Grand Désert

Salé Birjand oYezd URAN

Kerman Zahedan 5a Khash Laro Bandar Abbas

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Il. L'essor des luttes de masse et la riposte de Khomeyni (1979-1980)

Pourtant, le 9 février, en réponse à l'attaque d'une unité d'homofars (techniciens de l'aviation) par la Garde impériale, s'organise une riposte militaire de masse. Moudjahidin et Fedayin, en liaison avec les homofars, initient l'insurrection des 10-11 février 1979. Les masses s'engagent immédiatement dans l'action militaire. Prisons et casernes sont attaquées. Les agents de la SAVAK (police du chah mise sur pied avec l'aide de la CIA américaine) sont pourchassés. L'armée impériale se délabre. Au début, la direction Khomeyni s'oppose à l'insurrection. Elle s'y ralliera une fois le soulèvement commencé, afin d'éviter un débordement. L'état-major de l'armée, notamment le général Gharabaghi, observe une sorte de neutralité. Khomeyni lance des appels afin de freiner les attaques contre l'armée et pour en préserver au moins des parties.

Face à cette explosion révolutionnaire, la direction Khomeyni manifeste trois préoccupations majeures.

- Tout d'abord, elle cherche à éviter qu'explose l'appareil d'Etat du chah. Non pas qu'elle veuille le maintenir en tant que tel, mais elle craint que ne s'opère un débordement incontrôlable du mouvement de masse en l'absence de structures aptes à le contrôler. Elle va immédiatement désigner, par en haut, un gouvernement: il n'appartient pas aux masses de choisir. Etant donné la consolidation insuffisante des organes et institutions sur lesquelles elle pouvait prendre appui et les divergences au sein même de la hiérarchie chiite sur le degré nécessaire de participation du clergé dans la vie politique, la direction Khomeyni met en place le gouvernement Bazargan, placé sous son étroite surveillance.

- Ensuite, elle insiste sur la prise de contrôle de l'ensemble des komiteh. Une centralisation des komiteh, sous son autorité, se fait lentement. Les komiteh incontrôlés sont dissous. Le Conseil militaire central, parachuté au début de l'insurrection, vise à désarmer les masses. A partir des komiteh seront recrutés une bonne partie des membres qui formeront la colonne vertébrale de la future armée des gardiens de la révolution, les pasdaran. La volonté d'encadrer le mouvement de masse est clairement affirmée. Un aspect de cette politique se révèle tout de suite dans les attaques lancées contre une presse qui, comme dans toutes les révolutions, traduit le bouillonnement des idées et la multiplicité des initiatives de tous les secteurs de la société.

- Enfin, dès le 18 février, la direction Khomeyni met l'accent sur la nécessité de reprendre la production et d'établir l'ordre dans les usines.

Dès le début de la révolution, toute l'orientation de la direction Khomeyni pose aux révolutionnaires une tâche centrâle : celle d'assurer l'indépendance du mouvement de masse pour approfondir la dynamique anti-impérialiste et anticapitaliste de la révolution.

La suppression du climat de terreur établi par le chah a libéré l'activité et les revendications des travailleurs, des paysans, des minorités nationales et du mouvement étudiant. Les publications politiques se multiplient, les débats s'engagent entre toutes les forces politiques. Dans les usines, à la campagne comme à l'université, se fait sentir le souffle libérateur de la révolution. Cet essor de l'action des masses reste le trait marquant des débuts de la révolution. La dynamique anti-impérialiste et anticapitaliste de l'action des masses laborieuses apparaît alors aux diverses couches des classes dominantes ralliées à la direction khomeyniste comme le danger majeur. Un accord se fait, allant de Bazargan à Khomeyni, en passant par Bani Sadr et Chariat Madari, sur la nécessité de mettre fin à cette « anarchie ».

LA CLASSE OUVRIERE

DANS LA LUTTE La classe ouvrière, pour la première fois depuis des décennies, se donne librement ses propres instruments de lutte. Des syndicats reprennent vie dans des secteurs économiques traditionnels (textile, cuir, imprimerie). Les shoras (conseils d'usine) se multiplient. Ils ont leur origine dans les comicés de grève. Cette classe ouvrière est relativement jeune. Elle est en très grande partie le produit de l'exode rural des quinze dernières années. Sa majorité travaille dans des entreprises de petite taille ou dans la construction. Ses pôles les plus importants et les plus combatifs sont organisés dans les grandes concentrations de la production pétrolière, de celle du gaz, de la sidérurgie et des usines de montage d'automobiles. La répression du régime Pahlavi l'avait empêchée de disposer d'organisations propres. Son expérience est donc très limitée sur le plan syndical et, surtout, politique. Néanmoins, au cours

Une cérémonie et des acteurs balayés par la marche de l'histoire. (DR) de la montée insurrectionnelle, elle a dé couvert sa force et sa capacité d'organisation.

Au cours de l'année 1979 et au début 1980, les grèves se développeront, malgré les menaces des représentants gouvernementaux et des dirigeants religieux. Les revendications ouvrières se centrent sur : les 40 heures de travail par semaine ; le temps de travail égal pour les fonctionnaires et les ouvriers; la réouverture des usines fermées par leurs propriétaires qui se sont exilés et la prise en main des usines délaissées ; l'élection des responsables des entreprises nationalisées et non pas leur nomination par l'Etat; la réintégration d'ouvriers licenciés pour leur activité durant le combat contre la dictature ; la suppression de l'article 33 de la loi régissant les rapports du travail ; le paiement des arriérés de salaire ; des augmentations de salaire ; l'élimination d'anciens agents de la dietature ; des revendications liées aux diverses initiatives de contrôle ouvrier. La nationalisation de l'industrie, en juin et juillet 1979, va immédiatement poser le problème des rapports entre les directeurs nommés par le gouvernement et les shoras. La prééminence des premiers sur les seconds est confirmée par le régime.

Diverses coordinations de shoras se mettent en place : dans l'industrie pétrolière du Khouzistan, dans la sidérurgie (à Ahwaz au niveau de la production, et dans l'administration à Téhéran), dans la petite et moyenne industrie du Guilan, dans le secteur de la construction du sud de Téhéran. Une coordination des shoras du Gostaresh (« Organisation pour le développement et la modernisation de l'industrie iranienne », réunissant des entreprises modernes ayant bénéficié de l'aide du régime impérial) se met en place et organise des manifestations. Un Foyer des conseils de l'est et de l'ouest de Téhéran

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est créé. Les premiers signes d'une Ommat défendant des positions islamiconquête de l'indépendance organisationnelle de la classe ouvrière se manifestent.

Le chômage est important. Il ne fera que croître. Au début de l'année 1980, la Banque centrale estime à 3 millions le nombre de personnes qui se retrouvent sans emploi (un tiers active). Dès lors, dans de nombreux centres industriels, les chômeurs se mobilisent. A Téhéran, Amon, Broojerd, Hamadan, Kerman, Masjid Soleiman, ils organisent des actions de « sit-in ». Des bâtiments officiels sont occupés à maintes reprises. Les affrontements avec les pasdaran sont nombreux : à Ispahan en avril à Masjid Soleiman en octobre 1979, à Broojerd en janvier 1980. Ici, la population se solidarise massivement avec les chômeurs et le gouverneur quittera la ville. Le gouvernement, pour répondre à cette poussée, offre un « prêt» 1000 tomans pour six mois aux meurs (le salaire minimum mensuel est alors de 1 100 tomans). Ce prêt devra être remboursé lorsque les travailleurs au chôtrouveront un emploi. 350 000 chômeurs « profiteront » de cetfaiblesse du ouvrier organisé, le manque de direction, empêchent une convergence entre le mouvement des chômeurs et celui des travailleurs actifs. De plus, dans les très nomentreprises nationalisées, ouvriers non seulement ont vu leur salaire augmenté, mais, malgré le marasme, ils le reçoivent régulièrement à la fin de chaque mois (la Banque centrale porte à bout de cela, conjointement à l'action répressive du mouvement des chômeurs en 1980.

Durant toute cette période, les organisations Fedayin, Peykar et Moudjahidin gagnent une certaine base dans la classe ouvrière. Le Parti Toudeh (communiste) y dispose aussi d'une influence, mais bien inférieure à sa présence dans l'appareil d'Etat et, avant tout, dans l'administration du secteur nationalisé.

Pour contrecarrer l'activité ouvrière le régime adopte, en mai 1979, des lois entravant l'activité syndicale. La législation anti-ouvrière de l'époque du chah concernant « l'activité des communistes » entreprises. Khomeyni déclare : « Ceux qui incitent les ouvriers à continuer à faire grève sont coupables de trahison. » L'attaque contre les shoras indé.

arrive promptement. mettre fin aux coordinations indépendantes des shoras, éléments stratégiques pour une conquête de l'indépendance de la classe ouvrière, vont être construites des coordinations de shoras islamiques liées à la République islamique et au Parti de la République islamique (PRI).

Ce processus de prise en main n'est pas allé sans difficultés. Des shoras islamiques sont regroupés dans la Coordination l'Ecole polytechnique (juin Dans la direction de cette coordination se trouvent des représentants du PRI, du Mouvement des musulmans combattants du Dr Peyman (qui publie le journal ques socialisantes) et des Moudjahidin. La pression des luttes ouvrières fait que ces shoras tendent souvent à échapper à leur autorité de tutelle. Pour le PRI, il apparait rapidement qu'un contrôle shoras rend nécessaire la constitution d'une coordination placée plus directement sous son commandement. Ce sera fait au début 1980, avec la prise en main de la Maison de l'ouvrier. Le processus de domestication des shoras ne linéaire. Les conflits, à Tabriz, Ahwaz et Téhéran, entre travailleurs et représentants du nouveau pouvoir concernant l'activité indépendante des shoras, en sont l'illustration.

Toute la politique de la direction khomeyniste, cohérente avec son orientation idéologique d'ensemble, vise à empêcher l'existence d'un mouvement ouvrier indépendant, disposant de ses propres organismes, de sa propre presse, d'une liberde discussion et de débat, d'une expression idéologique qui ne conforme à celle de Khomeyni le « docte » (« velayat faguih »).

LES PAYSANS ET LA RÉVOLUTION

Dans les mois qui ont suivi le renversement de la dynastie Pahlavi, les luttes paysannes vont se développer. Il n'y a cependant pas eu de mouvement d'ensemble. Cela s'explique aussi par l'hétérogénéité des conditions sociales de vie des paysans répartis dans plus de 70 000 villadifférents de poids inégal de la grande propriété terrienne, effets diversifiés de la réforme agraire du chah, tradition de lutte, comme dans le Guilan ou le Mazandaran. Là, de nombreuses terres avaient été accaparées par la famille impériale et ses proches. En outre, les luttes paysannes s'enchevêtrent souvent avec les luttes de libération nationale, comme c'est le cas dans des parties du Kurdistan et dans le Turcomansarah, où les grands propriétaires absentéistes sont nombreux.

Dans des centaines de villages, les paysans occupent des terres. Les gendarmassivement quitté poste, craignant les représailles des paysans. Le manque de terre était fortement ressenti par la très grande majorité

L'obligation d'immigrer vers la ville en était la preuve concrète.

Ce mouvement n'a pas été stimulé par le clergé chiite. D'ailleurs, les mollahs n'avaient une présence permanente que dans quelque 5 000 villages. Socialement, ils étaient étroitement liés aux secteurs de propriétaires moyens et grands, seuls aptes à financer les activités religieuses et à payer l'impôt religieux (khoms).

Le mouvement d'occupation des terres a été largement spontané. Dans la province Fars, il démarre au début de 1980. Certes, de jeunes paysans fraîchement immigrés à la ville et gagnés à la révolution sont revenus au village, où ils ont impulsé et appuyé de telles occupations. Dans certains cas, des pasdaran appelés au secours des propriétaires ont pris fait et cause pour les paysans.

Cependant, la politique du gouvernement et de la direction khomeyniste s'est opposée aux occupations de terres. Des unités des pasdaran, venus des villes, ont pris le parti des propriétaires et ont parfois aidé des notables locaux liés au nouveau régime à accaparer des terres. Les paysans ont été expulsés des terres occupées, comme cela a été le cas dans la région de Kermanshah. L'affrontement a été spécialement rude dans le Kurdistan et le Turcomansarah. A Orumieh et Nagadeh (Kurdistan), les grands propriétaires ont attaqué des villages et repris les terres. mai 1979, le gouvernement a donné des armes à des propriétaires de Piranshar pour mener le combat contre les paysans pauvres. Dans le Tureomansarah, les unités de pasdaran, essentiellement perses, ont attaqué les comités de paysans et tenté de les chasser des terres occupées.

Dans ces régions, les propriétaires et le nouveau régime ont utilisé deux arguments politiques pour justifier leur action : d'une part, ces mouvements mettaient en question l'unité de l'Iran et, d'autre part, ils allaient à l'encontre de « l'ordre islamique », qui garantit la propriété privée. Les femmes participent à la défense de l'Université. (D)

Dans diverses régions, sous la protection des pasdaran et du clergé local, va se former une couche de « koulaks », qui profite des redistributions de terres. Dans d'autres régions, selon les « principes de l'Islam », le fermage est remplacé par le métayage.

Un des effets paradoxaux de la révolution a été d'accentuer la migration des paysans vers les villes. Non seulement ils pouvaient se déplacer plus librement, mais, surtout, ils étaient attirés par les promesses démagogiques du nouveau régime (aide massive qu'étaient censés recevoir les «deshérités »). Ainsi, durant la première année de la révolution, plus d'un million et demi d'habitants des zones rurales ont afflué sur Téhéran. Des mesures répressives seront prises contre les vendeurs ambulants, dont le nombre a explosé étant donné ces migrations.

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Pour répondre à la crise ouverte dans les campagnes, une Loi de réforme agraire est préparée à la fin de 1979. Le Conseil de la révolution islamique adopte cette loi. Un secteur des mollahs s'y oppose (par exemple, l'ayatollah Golpayegani). II concentre ses critiques spécialement sur les deux articles concernant le partage des terres des grands propriétaires. S'exprimaient ainsi les intérêts conjoints de ces derniers et du clergé propriétaire terrien. Selon eux, la Loi de réforme agraire « s'opposait » aux principes de l'Islam. Le Conseil de la révolution islamique va alors la suspendre. Elle ne sera pas présentée au Parlement avant 1981

Mise en place de comités au sein desquels sont presents mollahs, propriétaires, pasdaran et paysans pour s'opposer à des conseils de village constitués sous l'égide des paysans pauvres; répression et entraves légales à la radicalisation de la lutte des paysans paupérisés contre les propriétaires terriens et les intermédiaires qui commercialisent la production: sont les options des cercles dirigeants de la République islamique pour répondre aux besoins des masses rurales.

LA RÉSISTANCE

DES MINORITÉS NATIONALES

La lutte des minorités nationales s'insère dans l'impétueuse montée révolutionnaire du début 1979. Les Kurdes d'Iran, qui sont plus de 5 millions, de religion sunnite pour l'essentiel, sont le fer de lance de ce combat. Ils disposent d'une tradition de lutte importante et de cadres nationalistes forgés dans la lutte et expérimentés. Ni le corps des pasdaran ni les komiteh n'ont pu être constitués dans le Kurdistan. Le régime islamique n'y dispose donc d'aucun instrument d'encadrement des masses.

Dès le 19 février 1979, des représentants du mouvement national kurde présentent leurs revendications au gouvernement provisoire. Le ler mars, cheikh Sayed Ezzadin Hosseini, leader religieux et dirigeant nationaliste kurde, affirme que la revendication d'autonomie n'implique pas la séparation avec l'Iran. Il insiste sur la volonté du peuple kurde de participer à la révolution, mais aussi sur sa détermination de lutter pour le droit à l'autodétermination.

La réponse du gouvernement de Bazargan, de concert avec la direction Khomeyni est nette : l'autonomie est refusée. Cette orientation est confirmée dans le premier projet de Constitution qui commence à circuler en juin 1979. Face à cette politique chauvine du gouvernement central, la mobilisation des Kurdes s'amplifie. Le 26 juin, le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) adresse une lettre ouverte à Khomeyni, lui demandant pourquoi le gouvernement apporte son soutien aux « aghas (grands propriétaires) qui, jusqu'au dernier moment, ont soutenu le chah ». En juillet et août 1979, les attaques militaires contre la population kurde et les combattants peshmergas se multiplient. A maintes reprises, Khomeyni dénonce les Kurdes comme « des communistes, soutenus par l'étranger, ennemis de la révolution ». Le 18 août, le PDKI est interdit. Khomeyni s'institue commandant en chef de l'armée, et une véritable guerre est déclarée au peuple kurde en août-septembre 1979. Baneh et Sanandaj sont bombardées. L'armée oceupe Mahabad.

Cette attaque concorde avec la première tentative de porter atteinte aux droits démocratiques en général : mesures sur le statut de la femme, menaces contre les organisations révolutionnaires et fermeture de leurs locaux publies, Loi sur la presse, interdiction du journal Ayandegan.

L'ayatollah Kalkhali fait exécuter de jeunes combattants kurdes (peshmergas). Les manifestations de protestation sont massives à Sanandaj et à Mahabad. La capacité du peuple kurde de faire face aux attaques du gouvernement central est confirmée. Le Kurdistan est le talon d'Achille du nouveau régime. Bazargan explique ainsi les raisons essentielles de la guerre conduite par Khomeyni contre les Kurdes :

- donner une leçon à toutes les minorités nationales ;

- « soutenir le moral et redresser la colonne vertébrale d'une armée démorali-

- empêcher les organisations de gauche de faire du Kurdistan leur sanctuaire (The Guardian, Londres, 10 septembre

La résistance militaire des Kurdes est très efficace. Les troupes du régime devront peu à peu céder du terrain, les peshmergas mettant en échec le gouvernement de Téhéran.

La tendance au développement de mobilisations des minorités nationales opprimées se manifeste partout. Dans le Khouzistan surgissent des organisations culturelles et politiques. Elles vont se coordonner dans l'Organisation arabe culturelle et politique, dont l'un des dirigeants est cheikh Mohamed Taher Shobeir Khagani. Les Arabes (plus de 3 millions) revendiquent un contrôle sur le gouvernement local, le droit de faire revivre la culture nationale et d'enseigner l'arabe à leurs enfants dans les écoles, la fin des discriminations au plan de l'emploi, un partage plus équitable des revenus du pé trole. Le 25 avril, ils présentent ces revendications à Téhéran. Les pasdaran vont rapidement réprimer ce mouvement à Khorramchar et à Ahwaz. Arrestations et exécutions se succèdent. L'état d'urgence est décrété entre le 30 mai et le 4 juin dans la région. Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), de Georges Habache, est accusé par les dirigeants chiites de soutenir le mouvement (3 juin 1979). L'organisation de libération de la Palestine (OLP), qui a ouvert des bureaux à Ahwaz, doit se défendre de ces accusations. 1963, la famille impériale avait accaparé de grandes propriétés, les paysans turcomans occupent les terres. Ils brûlent des fermes de grands propriétaires. Des organisations syndicales paysannes prennent leur essor : des shoras paysans sont élus dans de nombreux villages. Les paysans ont l'appui des Fedayin. De mai à septembre, dans la région de Gonbad, les pasdaran et l'armée les attaquent. Plusieurs dirigeants de shoras paysans seront exécutés. Le pouvoir central non seulement s'oppose aux occupations de terres (certaines, il est vrai, sont le fait de propriétaires qui voulaient « récupérer » des terres de la famille impériale), mais veut damer le pion à une minorité qui affirme son opposition au régime de la République islamique (boycott du référendum). Les Fedayin, qui ne saisissent pas la quesêtre incapables de donner un débouché à cette lutte et de la l'Azerbaidjan, en décembre 1979 et en janvier 1980, explose une série de manifestations. Un de leurs slogans centraux sera l'autonomie de l'Azerbaïdjan. Ce mouvement se combine avec l'opposition entre l'ayatollah Chariat Madari et Khomeyni. Le premier est fermement opposé au projet de Constitution qui donne tout le pouvoir à Khomeyni. Le Parti républicain du peuple musulman, dirigé par Abdholassam Rostamkhani, apporte son soutien à Chariat Madari. Ce dernier utilise ce mouvement pour négocier en position de force avec Khomeyni, et conforter sa base dans cette région stratégique pour l'accès au Kurdistan. Les affrontements seront violents, d'autant plus que chaque camp dispose d'une force armée. Le 10 décembre 1979, Bani Sadr est contraint de reconnaître la « réalité du problème national ». Il ouvrira des négociations afin de désorienter le mouvement revendicatif. Finalement, un mélange de répression, de promesses, et la domina. tion d'une direction bourgeoise traditionnelle sur ce mouvement national va le conduire dans l'impasse. Mais l'épine reste dans le pied du régime de la République Islamique.

La répression est apparue dès le début comme la seule réponse du nouveau régime aux revendications légitimes des minorités nationales opprimées. Car ses possibilités d'encadrer ce genre de mouvements par les institutions qu'il mettait en place (komiteh, pasdaran, ete.) restaient très réduites.

Les étudiants ont souvent été à l'avant-garde de la lutte contre la dictature du chah. L'Université est devenue, après février 1979, un lieu de libre débat politique et idéologique. L'influence des courants religieux liés à la direction Khomeyni existait. Mais l'Université était aussi une place-forte d'organisations telles que les Moudjahidin et les Fedayin. Le clergé réagissait contre le déferlement libre des idées, le renforcement d'organisations qui s'opposaient à l'orientation idéologique dominante, et qui cherchaient surtout à articuler les mouvements revendicatifs des masses laborieuses dans le sens d'un approfondissement de la révolution.

De Bazargan à Khomeyni, un accord existait pour mettre au pas la gauche dans l'Université. Mais une divergence se manifestait sur l'avenir de cette institution.

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Pour les secteurs liés à la bourgeoisie capitaliste, l'Université devait garder sa fonction de formation de « cadres » techniques, scientifiques et administratifs nécessaires à un fonctionnement normal de l'appareil d'Etat et de l'économie. Pour le clergé chiite intégriste, il fallait « islamiser » l'Université, y opérer une « révolution culturelle ». La bataille sur l'avenir de l'Université s'inscrivait dans le cadre des luttes d'influence, entre des fractions du clergé et de la bourgeoisie, pour le contrôle sur l'appareil d'Etat.

Une brève analyse de la lutte engagée par les principales forces sociales révèle donc que dès le début de la révolution, la direction Khomeyni va utiliser une double tactique pour imposer son autorité aux différentes composantes du mouvement de masse :

- là où il lui est le plus aisé d'affirmer son contrôle, elle met l'accent sur une répression sélective, des reculs tacti- futurs de la révolution. III. Du premier référendum à

Dès février 1979, le premier objectif des fractions bourgeoises qui ont soutenu - plus ou moins - le combat contre la dynastie Pahlavi, c'est le retour au calme, à la normalisation et à la relance économiques. Pour endiguer le mouvement populaire, dont l'ampleur dépasse celle des révolutions d'antan, la bourgeoisie prête à toutes les alliances. Mais, à la différence du passé, cette fois, les forces potraditionnelles représentant bourgeoisie (Front national démocratique, Parti de la libération de l'Iran) se trouvent dans une situation de subordination au clergé. Le rapport des forces qui a présidé à l'alliance entre les mollahs, le Bazar, les professions libérales et une partie de la bureaucratie de l'appareil d'Etat hérité de la monarchie, favorisait les preauréolés du prestige de Khomeyni. La fraction majoritaire du clergé dans le Conseil de la révolution islamique avait besoin de temps pour mettre en place un parti politique puissant, le Parti de la République islamique (PRI) et des structures administratives, militaires et judiciaires. Celles-ci devaient servir soit à brider l'ancien appareil administratif, dont se méfiaient fondamentalement Khomeyni et ses partisans, soit à le remplacer. Mais, l'essentiel était surtout, dès le départ, de ne pas créer un vide tel que les masses s'y engouffrent avec leurs propres organisations.

Dès les premiers pas de la révolution, l'antagonisme s'aiguise entre Bazargan, son personnel gouvernemental, et les dignitaires chiites. L'alliance entre Bazargan et Khomeyni ne pouvait être qu'éphémère. Bazargan voit d'un mauvais œil aussi bien la présence du clergé d'Etat que le développement « d'organes révolutionnaires » (komiteh, tribunaux révoluticnnaires) étroitement contrôlés par le clergé, qui tendent à se substituer ques, des concessions économiques, la démagogie et un effort systématique d'encadrement du mouvement de masse ;

- là où elle ne peut appliquer cette méthode, avant tout contre les minorités nationales, elle a recours, en priorité, à la répression massive. Ainsi, le 30 août 1979, s'adressant aux Kurdes, Khomeyni affirme : « On vous enterrera si vous ne

La force du mouvement des masses et la crise profonde de l'appareil d'Etat vont cependant permettre aux travailleurs, paysans et minorités nationales de conquérir, dans un premier temps, toute une série d'avantages (salaire, terres, prêts avantageux pour la construction de logements, etc.) et des instruments de lutte (shoras, comités de village, armement dans le Kurdistan, possibilités d'action accrues pour les organisations de la gauche). C'est la défense de ces conquêtes qui l'enjeu développements l'occupation de l'ambassade US aux rouages normaux de l'Etat bourgeois. Ces institutions devaient permettre l'hégé. monie du clergé chiite et de ses alliés. Elles seront sans cesse l'enjeu de luttes entre les diverses fractions du clergé qui s'entre-

Quant à Bazargan et à ses pairs, ils cherchent essentiellement à rationaliser le développement capitaliste iranien, à renforcer les positions des secteurs bourgeois élargissement du marché intérieur. Si Bazargan accepte la nationalisation de la banque (en faillite dans sa quasi-totalité) et des assurances (juin-juillet 1979), il n'est pas un chaud partisan de la de l'industrie. Elle sera quand même décidée par le Conseil de la islamique. La majeure partie des entreprises étaient très fortement endettées auprès des banques, bien au-delà de leurs avoirs. Ces mesures visaient essentiellement les secteurs de la récente grande bourgeoisie liée au régime du chah, et qui avaient fui. Cependant, les secteurs bourgeois se reconnaissant dans le gouvernement de Bazargan craignaient la dynamique pouvant se dégager de la combinaison entre ces mesures et un mouvement de masse encore en plein essor. En outre, le Bazar craignait que le commerce extérieur ne soit pris en main par l'Etat et qu'une des sources majeures de ses revenus ne soit partiellement asséchée. Enfin, le Premier ministre du gouvernement provisoire mis en place par Khomeyni tenait à ne pas modifier les relations entre l'Iran et les puissances impérialiste, qui voyaient en lui, et dans ce qui restait de l'ancien appareil d'Etat, une carte principale.

Khomeyni propose immédiatement un référendum, en mars 1979. Le choix offert aux masses : monarchie ou République islamique. L'abstention est très élevée dans le Kurdistan et le Turcomansarah. Le vote en faveur de la République islamique - qui est en fait, pour les masses, une façon de confirmer leur combat contre la dictature du chah et leur volonté de changement, - est certes majoritaire, mais la direction Khomeyni proclame que 99% des électeurs se sont montrés favorables au nouveau régime.

Pour Khomeyni, ce référendum est un moyen d'écarter toute convocation d'une véritable Assemblée constituante, alors qu'il en avait fait la promesse formelle. En revanche, en août, une Assemblée des experts prendra sa place, alors que la première vague de répression bat son plein. Les mollahs y font la loi. Ils y détiennent 90 % des 75 mandats. Une bataille sur la question du pouvoir, qui revient au « velayat faguih » (Khomeyni), dans le cadre de la Constitution, s'y déchaînera entre Bazargan et les partisans de Khomeyni. Début décembre 1979, la Constitution est adoptée par un nouveau référendum. Toutes ces mesures visent à légitimer le régime de la République islamique, lequel pourront se développer les nouvelles institutions de la révolution islamique.

Mais les éléments qui viennent alors contrarier ces projets de stabilisation sont nombreux. D'un côté, la victoire des combattants kurdes a obligé le pouvoir à reculer et a heurté les projets de stabilisation et de réorganisation du nouveau régime. Elle a ouvert une période, en octobre-novembre 1979, où la répression doit marquer le pas. Le mouvement de masse dans les usines et les quartiers manifeste sa vigueur. De l'autre, les conflits se multiplient entre les milieux cherchant à stabiliser la situation dans le cadre d'un projet du type de celui de Bazargan et des frac-

C'est dans ce contexte qu'il faut placer l'occupation de l'ambassade américaine, en novembre 1979. Elle était organisée par les pasdaran en jonction avec une fraction des « Etudiants de la ligne de l'Imam ». Dès l'occupation, Khomeyni parle de « deuxième révolution ». Par là, il n'entend pas un bond en avant dans le développement de l'organisation propre des travailleurs, pas plus que l'application d'une série de mesures anti-impérialistes et anticapitalistes concrètes. Non. Il veut en fait souligner que l'occupation de l'ambassade devait favoriser le processus de consolidation du régime de la République islamique et le regain d'autorité politique des cercles dirigeants de la hiérarchie

D'emblée, l'occupation de l'ambassade est perçue par une importante partie des masses laborieuses comme le parachévement du renversement du chah et une rupture définitive avec l'impérialisme américain identifié, à juste titre, avec la dictature féroce des Pahlavi. Deux jours après le début de l'occupation de l'ambassade, la démission de Bazargan, qui apparaissait comme lié aux milieux impérialistes, renforce cette conviction politique des masses. En outre, Bazargan peut être utilisé à propos comme bouc émissaire de toute la politique de Khomeyni.

L'occupation de l'ambassade et la

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prise d'otages suscitent une mobilisation populaire à laquelle ne sont proposés que des objectifs très vagues, ou qui parfois s'opposent à ceux que se donnent, à ce moment même, des luttes ouvrières. ne se concrétisera donc pas dans le soutien à un programme social et économique qui aboutirait effectivement à briser les liens de dépendance de l'économie iranienne avec l'impérialisme.

D'une part, les manifestations devant l'ambassade américaine, qui expriment un profond sentiment populaire anti-impérialiste, furent canalisées et leur jonction avec le mouvement des shoras dans les usines (qui connaissait encore un essor et une radicalisation dans ses revendications) est freinée et ne peut se développer au point de fournir un pôle de référence alternatif à celui de Khomeyni. D'autre part, s'affermit l'emprise politique de la direction Khomeyni qui fait usage d'une démagogie anti-impérialiste, ce qui n'est pas nouveau dans l'histoire de la révolution coloniale.

L'essentiel des forces politiques de la gauche est tombée dans le piège tendu par Khomeyni. Soit elles ont affirmé qu'il s'agissait simplement d'une manœuvre de Khomeyni et elles se sont contentées de la dénoncer, sans s'efforcer de mettre à profit la montée de la radicalisation pour lui donner des débouchés au niveau des entreprises, des revendications ouvrières et de l'organisation des masses. Soit elles ont dissocié la lutte contre l'impérialisme de la lutte contre la classe dominante et le régime de la République islamique. Elles ont séparé la lutte contre l'impérialisme du cours réel de la lutte des classes en Iran. Les tâches des organisations révolutionnaires étaient rendues assez difficiles par les forces du PRI (ou celles qui lui sont liées), qui leur interdirent peu à peu de développer une propagande massive indépendante durant les manifestations.

Dans ce climat, en invoquant les dangers d'une attaque de l'impérialisme, la propagande contre la Constitution est interdite à l'occasion du référendum. Cette Constitution instaure le pouvoir du « velayat faguih » (Khomeyni le docte), la concentration du pouvoir entre ses mains et son droit de veto sur toutes les questions. Il peut, par exemple, destituer le président de la République élu au suffrage universel. Le Conseil des gardiens (Conseil de surveillance), de 12 membres, suspendre toutes les décisions du Parlement (Majlis), s'il juge qu'elles ne sont pas conformes à la Loi islamique.

vont expliquer que la « menace impérialiste » est telle qu'il est justifié de taire ses critiques contre une Constitution certes discutable !

Or, malgré tous les efforts du régime, le boycott de ce deuxième référendum sera très suivi parmi les minorités nationales. Des chiffres communiqués beaucoup plus tard, à l'occasion d'une des nombreuses luttes au sein des cercles diri. geants de la République islamique, confirment que pas plus de 9 millions d'électeurs participèrent à cette consultation. Etudiantes à l'Université de Téhéran. (DR) cer les positions du PRI. Ses cinq fondateurs — Behechti, Moussavi Ardebili, Hachemi Rafsandjani, Ali Khamenei et Bahonar - forment alors la majorité du Conseil de la révolution, qui se convertit de fait en gouvernement. Tout cela pave la voie pour les futures élections présidentielles et parlementaires. détours à Bani Sadr : « La prise d'otages a aujourd'hui unifié le peuple, les opposants n'osent pas agir, on peut faire approuver sans difficulté la Constitution. On peut procéder aux élections présidentielles et parlementaires. Quand tout cela sera fait, nous laisserons partir les otages. »

En janvier 1980, les locaux des Moudjahidin sont à nouveau attaqués; la candidature à la présidence de Massoud Radjavi, leur porte-parole, est interdite. Khomeyni et Bani Sadr prêchent ces mesures contre les Moudjahidin, qui ont rejeté la Constitution et ne sont pas favorables à la répression contre les minorités nationales. A la même époque, des affrontements recommencent au Kurdistan. En avril 1980, une offensive d'ampleur est déclenchée contre le peuple kurde. L'atteinte aux droits démocratiques des masses se renforce dès la fin du printemps. En avril, les universités sont fermées sous le prétexte du lancement d'une « révolution culturelle islamique ».

L'impérialisme américain a aussitôt mis à profit l'occupation de l'ambassade pour lancer une campagne hystérique contre la révolution iranienne, pour pré parer une éventuelle intervention militaire dans la région. Il saisit ce prétexte pour bloquer les avoirs iraniens aux Etats-Unis, projet qu'il avait envisagé, en fait, dès février 1979. Les importations de pétrole aux USA sont suspendues. Les puissances de la Communauté économique européenne (CEE) se rallient tardive. ment au blocus décrété en avril 1980. Les effets sur l'Iran sont doubles : d'un côté, le coût des importations croît ; de l'autre, les revenus des exportations diminuent. Subsidiairement, les partenaires commerciaux de l'Iran se diversifient, avec des échanges accrus avec la Suède, l'Autriche, l'Italie, la Suisse, la Corée du Sud, le Brésil, le Pakistan, la Turquie, l'Inde et les pays de l'Est.

En avril 1980, Jimmy Carter organise le raid manqué de Tabas. Cette opération de commando est directement mise en relation, par le régime, avec un plan plus vaste de la contre-révolution en Iran. Ce plan implique des secteurs de l'armée et de l'opposition liée à Chapour Baktiar. Pour y riposter, la direction de la République islamique va frapper une couche d'officiers de l'armée issue du régime du chah et consolider le corps militaire des pasdaran qui est destiné à servir de bras armé du nouveau régime.

L'occupation de l'ambassade et la prise d'otage se termineront en janvier 1981. Pris dans l'étau de l'offensive militaire contre-révolutionnaire de l'Irak, depuis septembre 1980, et du blocus impérialiste, la direction de la République islamique passe un accord avec les EtatsUnis. Il aboutit à laisser des milliards de dollars appartenant au peuple iranien à l'impérialisme américain, sans qu'aucune contrepartie (armes, pièces détachées) ne lui soit accordée. L'accord, signé à Alger par Nabavi, fut ressenti par de larges secteurs des masses comme un échec, voire une capitulation. Fred Halliday écrit à ce sujet : « Les termes de l'accord qui aboutit à la libération des otages représentent une défaite considérable pour l'Iran: le paiement immédiat des dettes contractées auprès des banques américaines représentait une concession sans précédent dans l'histoire des révolutions modernes.» (Merip Reports, mars-avril 1982).

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IV. Le PRI affirme son hégémonie

Les élections présidentielles de janvier 1980, prévues par la Constitution adoptée, ont débouché sur une victoire écrasante de Bani Sadr. Il réunit 78 % des voix. Une des raisons de ce succès réside indéniablement dans l'image de défenseur de certains droits démocratiques qu'il tente de donner à sa candidature. Dans la conscience de secteurs des masses, une rupture avec le clergé de profile. Khomeyni s'est placé au-dessus de la mêlée lors de ces élections, craignant de se lier à un candidat qui serait défait. Cette position a aussi avantagé Bani Sadr. Le candidat du PRI est largement battu.

L'élection de Bani Sadr à la présidence de la République va cependant assez. rapidement susciter des frictions croissantes au sein des milieux dirigeants. Elles se produiront à propos d'une question clé pour la hiérarchie chiite : la coexistence et le contrôle sur les deux « appareils de pouvoir », celui hérité de l'ancien régime, et les « organisations révolutionnaires ». Pour le reste, Bani Sadr ne manquait pas de faire connaître son accord avec les déclarations des hiérarques du PRI favorables à la mise au pas des Kurdes, des « gauchistes » et des travailleurs.

Les élections au Parlement (Majlis), en mars et mai 1980, permettront aux dirigeants du Conseil de la révolution isla mique et du PRI de contrecarrer le résultat des élections présidentielles. Le PRI mentaires qu'il contrôle complètement. Lors des deux tours, il va mobiliser en sa faveur les « organisations révolutionnaires » (komiteh, pasdaran). Sous la houlette de Rafsandjani, les services du ministère de l'Intérieur préparent la victoire du PRI. Khomeyni s'engage aux côtés du PRI. La fraude est généralisée. Dans des régions entières, entre autres le Kurdistan, les candidats opposés au PRI ou non contrôlés par lui, voient leur mandat invalidé. Seuls 28% du corps électoral participeront au second tour. Le PRI a la mainmise sur le Parlement. Il s'empare du Conseil de surveillance et du Conseil de la magistrature (système judiciaire), ainsi que des médias. Le PRI fortifie ses bases, ce qui accentue la crise avec Bani Sadr et ses alliés. Elle éclate à Poccasion de la nomination, par le Parlement-PRI, de Mohamed Ali Radjai comme Premier ministre. Bani Sadr récusait ce candidat. Des députés qui s'opposent au PRI sont évincés du Parlement.

Ce conflit n'est pas seulement institutionnel. Il reflète, en fait, un affrontement social plus profond, qui n'est pas sans analogie avec celui qui avait abouti à la démission de Bazargan. Un secteur du Bazar et de la bourgeoisie (essentiellement des manufacturiers et grands marchands) qui ne sont pas prêts à se lier aux nostalgiques de l'ancien régime, cherchent à tout prix une solution politique conduisant à la stabilisation. Ils voient dans Bani Sadr un porte-parole possible, même s'ils n'ont pas les mêmes liens avec lui qu'avec

Ces secteurs capitalistes s'opposent sur trois terrains à la politique

- Premièrement, ils rechignent à un interventionnisme accru du clergé dans le domaine politique, étatique et économi-

- Deuxièmement, ils considèrent que le manque de projet économique cohéclergé aboutit à un marasme économique qui frappe directement les intérêts de secteurs du Bazar ;

- Troisièmement, craignent l'orientation l'orientation d'un secteur du clergé qui, pour conforter ses positions, diffuse une idéologie populiste, une « haine des ri-

Derrière le PRI s'alignent plutôt les secteurs marchands du Bazar, les intermédiaires avec les zones rurales, et la petite-bourgeoisie traditionnelle.

Cet antagonisme entre la direction du PRI et Bani Sadr, qui se conclura par la destitution de ce dernier en juin 1981, ne s'articule done pas sur une opposition entre, d'un côté, le camp des travailleurs et de leurs alliés et, de l'autre, celui de la bourgeoisie. Il s'organise autour des problèmes liés à la reconsolidation d'un Etat capitaliste. Les intérêts des masses laborieuses ne se trouvent ni dans un camp ni dans l'autre, même si la direction khomeyniste se revendique des mobilisations de masse et des « organisations révolutionnaires ». Ces considérations ne peuvent cependant conduire les socialistes révolutionnaires à ne pas reconnaître des revendications démocratiques qu'exprisecteurs populaires qui se ralliaient à Bani Sadr.

LES NOUVELLES

INSTITUTIONS DU RÉGIME Les « institutions révolutionnaires » (nahad), produit de la montée lutionnaire et béquille du nouveau pouvoir, seront ballotées par les vagues du mouvement de masse et seront l'enjeu d'une lutte pour leur « purification » et leur contrôle. Parfois, des membres des komiteh ou des pasdaran interviennent dans une entreprise ou dans une région rurale et ne jouent pas le rôle qu'attendaient d'eux les patrons ou les propriétaires. Ils peuvent prendre le parti des ouvriers et des paysans ou, plus simplement, dieter leurs propres volontés aux deux camps.

Initialement, ces « institutions » sont sensées agir contre les agents de l'ancien régime. Mais elles vont rapidement engager des actions contre les nouveaux opposants à la République islamique. Elles opèrent des incursions contre les secteurs qui se sont ralliés à Bazargan, puis à Bani Sadr, contre des membres des anciennes formations nationalistes bourgeoises au sein de l'appareil d'Etat. Elles outrepassent même souvent leurs prérogatives et suscitent des réactions, y compris parmi le

Elles ont aussi la tâche, clairement indiquée par Khomeyni, Behechti ou Rafsandjani, de « lutter contre l'influence de la gauche » (systématiquement assimilée à la contre-révolution) et de « maintenir l'ordre dans le milieu de travail ».

- Les komiteh ne sont pas, dès l'abord, une force centralisée et homogene. Diverses positions les traversent, mais ils sont soumis aux décisions fondamentales du « velayat faguih ». Leur budget est pris en charge par l'Etat, après diverses réorganisations impulsées par Madhavi Kani, dès mars 1979. Outre ces ressources, ils disposent de moyens provenant de la distribution des biens de consommation de consommation dans les quartiers (après les mesures de rationnement dues à la guerre). Leurs liens avec le pouvoir du PRI deviendront sans cesse plus étroits. Ils ont aussi une fonction de police. Ces activités vont influer sur le rôle qu'y jouent des éléments attachés à les utiliser pour en tirer un profit matériel direct (corruption).

- L'armée des pasdaran, qui a été placée sous la direction du Conseil de la révolution islamique, dimensions réduites. Son contrôle sera l'enjeu de luttes farouches au sein des cercles dirigeants de la République islamique. La définition de sa place, en relation avec l'armée traditionnelle, crée de nombreuses discordes. Durant près de trois ans, ni le gouvernement, ni même le de la révolution islamique, ne peuvent maîtriser cette institution pourtant vitale pour le pouvoir du nouveau régime. C'est elle qui s'est chargée des principales actions répressives du régime aussi bien contre les norités nationales que contre les organisations de la gauche ou les luttes des tra-

Successivement Hachemi Rafsandjani, puis Moussavi Ardabili, puis Ali KhameRéférendum sur la République islamique en mars 1979. (DR)

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nei du PRI, seront chargés d'assurer une liaison fonctionnelle entre la direction du PRI et le commandant des pasdaran. Finalement, ce dernier sera directement en contact avec Khomeyni. Un Conseil des pasdaran doit diriger cette nouvelle institution militaire de la République islamique. Les pasdaran émargent au budget de l'Etat, tout en ayant des sources de financement propres. Le corps des pasdaran possède un commandant dans chaque ville et chaque province importante. Au sein des pasdaran, l'organisation des Moudjahidin de la révolution islamique (organisation secrète intégriste réactionnaire) dirige les services de renseignements. Une loi sera adoptée par le Parlement, après le début de la guerre, donnant la priorité aux pasdaran sur l'armée pour le recrutement. Les pasdaran ont la haute main sur les basij (comités de mobilisation) mis en place lors de l'éclatement de la guerre avec l'Irak. Ils sont aussi présents dans les principales usines.

révolutionnaires, créés immédiatement après février 1979, devaient pourchasser les représentants de l'ancien régime opposés au PRI. Mais l'appareil répressif du chah ne sera pas systématiquement démantelé. Nombreux seront les membres de la SAVAK épargnés. Ainsi, plus d'un collaborera avec le nouveau régime pour poursuivre les militants de la gauche. Les tribunaux vont être centralisés et placés sous la direction de la Cour centrale de Téhéran et du Bureau du procureur de la révolution islamique (qui se trouve à la prison d'Evin). Des tribunaux révolutionnaires existent dans les principales villes. Ils doivent assurer l'application de la « Loi islamique ». Les juges sont nommés par la hiérarchie religieuse, aucun contrôle ne s'exerce sur eux. Les tribunaux ont leurs propres unités militaires et collaborent étroitement avec les komiteh et les pasdaran. Au même titre que ces derniers, les tribunaux révolutionnaires ne vont pas limiter leur action à juger les collaborateurs de la dictature Pahlavi. Ils vont diriger leurs coups contre ceux qui se revendiquent du sociarévolution mais non pas la « révolution islamique ». Ils appliquent les préceptes de Khomeyni : « L'Iran essaie de ramener à la religion des bêtes sauvages qui l'ont attaquée et, s'il n'y arrive pas, il les emprisonne, autrement dit, il les épure, et c'est ce que tous les prophètes ont fait depuis la création. » (Keyan, 14 janvier 1982). Les droits de la défense n'existent pas. L'interprétation de la « Loi islamique » est des plus flexibles et les sanctions les plus arbitraires sont prononcées.

- La Fondation des déshérités. Cette institution est une pièce maîtresse du régime de la République islamique. Elle a confisqué à son profit les biens des couches supérieures de l'ancien régime. Elle possède donc un petit empire économique, dans le domaine mobilier comme immas). Elle est sous le contrôle étroit du PRI. Elle dispose de fonds très importants

Khomeyni le docte, le « velayat faguih ». (DR) permettant au PRI de distribuer à ses partisans une série d'avantages matériels. Elle permet ainsi de tisser des liens clientélaires substantiels. Les scandales et la corruption liés à cette institution ont été dénoncés à maintes reprises, y compris par des représentants officiels du pouvoir islamique. Son bilan détaillé n'a jamais été publié.

- La Croisade pour la reconstruction (Djihad Sazandegui) a comme champ d'action essentiellement la campagne. Dans cette Croisade se sont engagés des milliers de jeunes qui désiraient apporter une aide concrète aux régions rurales paupérisées et faire avancer la révolution. Assez rapidement, le PRI s'en est emparé. Le recrutement se fait par le biais des mosquées ou des sociétés islamiques (dans le milieu scolaire). Elle s'est vue attribuer, dans les zones rurales, des tâches du ministère du Plan. Les membres de la Croisade sont payés. Comme institution, émarge au budget de l'Etat et elle avant tout un vecteur de la pénétration du PRI dans les campagnes. Les membres de la Croisade, au Kurdistan par exemple, collaborent avec les forces de police.

- Les sociétés islamiques (Andjoman Eslami) ont été créées pour contrebalancer le poids des shoras dans les usines. Le pouvoir a cherché à prendre en main les shoras. Mais les sociétés islamiques représentaient un organe plus direct, plus lié au PRI, destiné à assurer sa présence sur le lieu de travail et à faire opposition aux forces liées au mouvement ouvrier, même si, dans quelques cas, elles ont échappé momentanément au rôle qui leur était assigné. En fait, des sociétés islamiques ont été créées dans l'armée, l'appareil gouvernemental, les écoles, les hôpitaux.... Elles assurent la présence du PRI dans toutes les couches de la société. L'Office du monkerat (du péché, de « ce qui ne doit pas être fait »), chargé de surveiller la « bonne conduite » des citoyens, complète l'action des sociétés islamiques. Cet Office possède ses propres tribunaux et sa police.

Ces diverses institutions islamiques et « révolutionnaires » ne sont pas toutes des « associations idéologiques ». Elles sont directement rattachées à la hiérarchie chiite et au « velayat faguih ». Elles doivent garantir la domination du PRI et d'une partie significative du clergé sur un appareil d'Etat bourgeois. C'est cela qui détermine fondamentalement leur nature et leur fonction. La présence dans certaines d'entre elles de jeunes radicalisés et anti-impérialistes ne modifie pas cette réalité. Ces institutions et organisations, dont le financement très élevé est rendu possible entre autre par la rente pétrolière, forment un ensemble qui doit étayer la construction et la consolidation du régime islamique, dans lequel « l'assistance publique » et la répression se combinent.

LE PRI : VERS LE PARTI UNIQUE

Le PRI peut compter sur l'aide d'une « association » de nervis, les hezbollahi. Ils se disent membres du Parti de Dieu (Hezb-o-allah). Le PRI ne pouvait pas prendre directement l'initiative de la répression. En sous-main, il organise les hezbollahi. Ayat, ancien membre du Parti des masses laborieuses d'Iran (organisation de droite qui a soutenu le coup de 1953 contre Mossadegh), était chargé de leur organisation. Munis de matraques et d'autres armes, les hezbollahi se chargent de réduire les diverses oppositions au parti officiel. Par sa composition plébéienne (en partie lumpen), cette organisation semble « surgie du peuple », ce qui lui permet d'attribuer une légitimité popu laire à ses exactions. Après l'élimination de Bani Sadr, le PRI va accorder une reofficielle à cette « association ». Elle est aussi l'enjeu des luttes de fractions au sein du clergé.

Le Parti de la République islamique (PRI) tient tous les fils qui relient les diverses « organisations révolutionnaires » entre elles. Khomeyni y intervient comme un Bonaparte, tranchant dans un sens ou un autre dans les luttes de fraction au sein du PRI. Il est la clé de voûte d'un système de domination politique d'une importante fraction de la hiérarchie chiite. En même temps, la concentration des pouvoirs qu'il détient et sa place prépondérante traduisent la précarité du règne du PRI.

Pour justifier une politique opportuniste en direction du nouveau pouvoir, des organisations comme le Parti Toudeh ou les Fedayin (majoritaires) invoquent les « importantes » différences qui séparent les diverses fractions du PRI. Les unes sont qualifiées de progressistes, de « révolutionnaires » et d'« anti-impérialistes » ; les autres, de réactionnaires et d'anticommunistes. Les premières méritent, selon eux, d'être soutenues politiquement comme direction de la prétendue phase anti-impérialiste de la révolution et de la « voie de développement non capitaliste ».

Certes, des différences existent. Le

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• des élections présidentielles de 1980, est couche entière des dirigeants islamiques groupe Hodjatieh, par exemple, est l'un des plus ouvertement conservateurs. Il s'est violemment opposé à la réforme agraire ou à la nationalisation du commerce extérieur. Il est d'un antisocialisme, d'un anticommunisme et d'un antimarxisme virulents. Son influence dans l'appareil judiciaire et dans la nouvelle police politique, la SAVAMA, est très forte. Un de ses dirigeants, Falsafi, qui a trempé dans le coup d'août 1953 contre Mossadegh, a affirmé qu'il fallait collaborer avec les ex-membres de la SAVAK contre la gauche. Une autre fraction, celle de la « Ligne de l'Imam », tend à utiliser une démagogie populiste, dans la veine « anti-nantis » (anti-Mostakbar) que l'on peut retrouver dans le mouvement nationaliste islamique. puie et favorise les secteurs de capitalistes, de marchands, de notables qui s'engouffrent dans la brèche ouverte par la révolution afin de monter dans l'échelle sociale. Elle manifeste donc une opposition à un interventionnisme d'Etat trop prononcé. Elle voit d'un mauvais œil les « appels au peuple » de Khomeyni pour régler des différends internes au clergé et maintenir son rapport direct aux masses. Pour elle, cela ne fait que freiner la stabilisation sociale et économique nécessaire. Elle est favorable à des liens plus directs avec l'impérialisme. Elle est aussi opposée à la prétention de Khomeyni d'être le représentant du 12e Imam, avec ce que cela suppose de pouvoir pour lui et de « mesures de réformes » afin de justifier cette fonction.

Les « Défenseurs de la ligne de l'Imam », quant à eux, mettent l'accent sur l'organisation et l'encadrement des masses, sur certaines mesures populistes et sur la place du secteur public dans la réorganisation du système de pouvoir. Ils ne manifestent cependant pas moins d'ardeur à réprimer les revendications démocratiques et les opposants de tout bord : anciens milieux monarchiques; secteurs de la bourgeoisie déçus des résultats de la révolution islamique ; forces se revendiquant du socialisme et du mouvement ouvrier, ou même d'une version petite-bourgeoise, socialisante et populiste de l'Islam, celle de Shariati, un des inspirateurs de l'Organisation des Moudjahidin du peuple d'Iran. Par ailleurs, leur anti-impérialisme sert avant tout à manipuler le mouvement de masse.

Au-delà de ces différenciations, tous ces courants sont fermement opposés à toute atteinte réelle portée à la propriété privée, à l'économie marchande l'Etat capitaliste, comme aux développements des droits démocratiques et l'existence d'un mouvement de masse fort et indépendant.

Si le PRI regroupe le secteur de la hiérarchie religieuse engagé dans l'action politique - une fraction du clergé refuse cette participation directe dans les affaires de l'Etat et la vie politique -, il sert aussi de liaison avec des notables locaux et des membres du Bazar qui fournissent, au-delà de l'assise socio-économique que possède l'Eglise chiite elle-même, une des bases sociales du régime. Certains éléments du Bazar profitent des monopoles que leur attribuent les autorités et prennent les places laissées vides par leurs concurrents exilés ou écartés. Dans cette économie marchande instable, les fortunes se font et se défont rapidement.

Enfin, environ 10% de la population active, en grande partie plébéienne et petite-bourgeoise (paupérisée), est directement ou indirectement liée aux institutions sur lesquelles s'appuie le nouveau régime. Il y a là une base de masse du régime Khomeyni qui peut compter, de plus, sur une partie non négligeable du person-

You non, de l'appareil La position prééminente actuelle du clergé est le résultat de la faiblesse de la bourgeoisie aussi bien que de la classe ouvrière., La première s'est vue amputée de toute une aile moderne liée au chah lors de la révolution de février 1979. La bourgeoisie traditionnelle ne disposait pas, pour sa part, de partis politiques bien structurés. Elle n'a joué qu'un rôle marginal dans la lutte antidictatoriale. Le marasme économique, depuis 1979, comme l'activité des masses, ne facilitèrent pas sa revivification après le renversement du chah. La seconde, terriblement réprimée par le chah, trahie durant toute son histoire par le Parti Toudeh, ne disposait pas d'organisations solides et de traditions politiques. Elle n'a pu disposer d'un intermède démocratique suffisamment long pour s'organiser et conquérir une indé. pendance politique et organisationnelle qui lui aurait permis de se porter candidate au pouvoir.

Le clergé, comme institution, dispose d'une force réelle - économique, sociale, organisationnelle - constituée au cours des siècles. Il a eu un rôle dans l'histoire passée de l'Iran, et ses attaches avec l'Etat sont nombreuses. Pour des raisons historiques particulières, il est, pour la première fois, l'acteur politique qui occupe l'avant-

LES MOUDJAHIDIN CONTRE LE POUVOIR Le conflit ouvert entre le PRI, Bani Sadr et les Moudjahidin atteint son apogée durant le second 1981, en pleine guerre entre l'Iran et

Son issue va marquer la dernière étape du processus de mainmise du clergé chiite sur toutes les institutions.

Le 10 juin 1981, Bani Sadr se voit retirer le commandement en chef des forces armées. Un jour avant, Nobari, allié de Bani Sadr, renonce à son poste à la tête de la Banque centrale. L'appel de Bani Sadr à un référendum, afin que les électeurs tranchent le conflit, a accéléré l'affrontement décisif. Le Parlement (Majlis) adopte une loi contraignant Bani Sadr à entériner toutes les mesures que le Parlement avait déjà adoptées durant les derniers mois. A coordination et de coopération du peuple avec le président de la République », organisation créée par Bani Sadr à la suite dissous. De même, sept journaux, parmi lesquels la Révolution Islamique (de Bani Sadr), Mizan (de Bazargan) et Nameh Mardom (publié par le Parti Toudeh), sont suspendus pour une période indéfinie par le procureur général.

Tout en déclarant sa loyauté à Khomeiny, Bani Sadr dénonce la « tyrannie » du clergé et appelle à un résistance publique. Il multiplie les avances au secteur des entrepreneurs du Bazar. Les Moudjahidin

Manifestation des Moudjahidin du peuple. (DR) du peuple s'engagent derrière Bani Sadr. Ils organisent des manifestations pour le soutenir, dont la plus importante réunit des centaines de milliers de participants, le 20 juin à Téhéran. Un secteur significatif des masses, qui dépasse largement les couches des dites « classes moyennes», désorienté par la politique servile du Parti Toudeh et des Fedayin (majoritaires), en l'absence de direction alternative, va rallier au bloc Bani Sadr - Moudjahidin. Ce regroupement lui apparaît comme of frant un barrage à l'hégémonie politique du clergé chiite et aux attaques contre les droits démocratiques. Toutes les manifestations furent attaquées, y compris avec des armes à feu, par les pasdaran et les hezbollahi. Dès le 20 juin, les arrestations de militants membres des Moudjahidin, comme des Fedayin ou de Peykar (une organisation maoïste), se font massives. Des exécutions ont déjà lieu le 21 juin.

Les Moudjahidin renoncent à organiser de nouvelles mobilisations de masses. En revanche, ils déclarent « la guerre » au gouvernement. Les attentats à la bombe se multiplient au même moment. Le 28 juin, au siège du PRI, plus de 71 dirigeants du parti, parmi lesquels Behechti, périssent dans une explosion. Après avoir initialement accusé les Etats-Unis et l'Irak, les dirigeants de la République islamique font finalement porter la responsabilité de cette action sur les Moudjahidin. L'ancien Premier ministre, Mohamed Ali Radjai, élu président de la République islamique en juillet, sera assassiné en août, comme Bahonar, le Premier ministre. Une

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est ainsi assassinée. L'orientation affirmée par les Moudjahidin, même s'ils récusent la paternité de certaines de ces actions, est celle d'ouvrir la « guerre » contre les pasdaran et les politiciens du régime. Ils revendiquent ouvertement une série d'actions terroristes. Ils espèrent soit affaiblir la fraction Khomeyni à l'avantage d'une aile qui leur serait plus favorable, soit stimuler une désintégration rapide du systè. me de domination du PRI.

Dans ce climat, le régime peut lancer une campagne de terreur contre tous les opposants. Le PRI occupe le terrain. Avec l'élection à la présidence de la République, en octobre 1981, de Sayed Khameini, représentant de Khomeyni, et la nomination de Madahvi Kani (contraint un peu plus tard par le PRI de démissionner), puis de Hossein Moussavi à la place de Premier ministre, aucun poste de direction quelque peu significatif de l'appareil d'Etat n'échappe aux mains du clergé

L'Organisation des Moudjahidin du peuple d'Iran (OMPI) est une organisation populiste, nationaliste petite-bourgeoise.

idéologique éléments de chiisme populiste, de « tiers-mondisme » (Franz Fanon) et d'emprunts stalinien sur la révolution coloniale. En l'absence d'un mouvement ouvrier fort et dont la référence au socialisme n'aurait pu être confondue avec celle du Parti Toudeh, cette organisation a canalisé la radicalisation de couches importantes de la jeunesse étudiante, mais aussi de secteurs ouvriers et plébéiens. Elle regroupera des milliers de jeunes combattants anti-impérialistes. Aux élections de 1980, elle recueillera 13 % des voix, selon les chiffres officiels. Cela reflète son implantation dans les quartiers

Son alliance avec Bani Sadr se place, du point de vue de l'orientation politique, dans le prolongement de son appui critique donné au régime jusqu'en décembre 1979, des rapports privilégiés qu'elle avait avec certains des grands ayatollahs (Taleghani), de ses appels permanents à Khomeiny, ou encore de sa stratégie visant à construire une « République islamique démocratique ». L'appui à Bani Sadr est présenté initialement comme une alliance tactique pour faire pièce à l'offensive du PRI. Les Moudjahidin se taisent alors sur la responsabilité de Bani Sadr dans la fermeture de l'Université, les attaques contre leurs locaux ou la guerre contre les Kurdes. Les méthodes de lutte utilisées par les Moudjahidin ne sont que l'autre facette de leur populisme. Elles s inscrivent dans la continuité de leur passé guérillériste. Elles revèlent, au même titre que leur politique d'alliance, leur incompréhension de la nécessité primordiale d'un mouvement de masse indépendant, enraciné dans la classe ouvrière. A cela s'ajoute la réticence de leurs alliés bourgeois, et plus particulièrement Bani Sadr, envers l'action directe des masses. Leur orientation traduit aussi une méconnaissance du processus de développement de la conscience des masses. Elle va à l'encontre d'un renforcement de l'action directe des masses, qui était apparue comme possible en juin 1981. La campagne terroriste des Moudjahidin peut aisément être amalgamée aux méthodes utilisées par des forces restaurationnistes, d'autant plus dans le contexte de la guerre avec l'Irak

Le PRI, face au défi, unifiant ses rangs, d'Ali Khamenei à Ardebili, va engager toute sa force dans une mobilisation des secteurs où son audience est encore la plus grande. La politique des Moudjahidin fournira des prétextes à une nouvelle vamesures répressives massives et brutales, touchant toutes les forces de la

Pour toutes ces raisons, les marxistes révolutionnaires ne peuvent que condamner vigoureusement l'orientation politique des Moudjahidin. Mais ils doivent, sans ambiguïté indiquer la responsabilité politique de la direction du régime islamique, qui a rendu de plus en plus difficile toute activité légale de cette organisation. Depuis longtemps, un secteur du clergé volonté de frapper les Moudjahidin. A l'époque du chah, en 1977 déjà, Rafsandjani déclarait : « Notre dernière bataille sera contre les Moudjahidin. » En juin 1980, Khomeyni lance le

«Mort aux hypocrites ! » (les Moudjahidin). Le procureur général révolutionnaire de Téhéran, Lajevardi, explique les ressorts de cette politique de répression : « L'hostilité de l'organisation des hypocrites envers le régime islamique date de l'époque de sa création ; car elle considère le socialisme scientifique et le marxisme comme la voie de la révolution Or personne n'ignore que le marxisme est contre l'Islam. Il va de soi que quiconque croit au marxisme sera hostile à la République islamique, même s'il manifeste son désir de traiter politiquement et d'entretenir des liens d'entente et d'amitié avec elle. Car le Croyant et l'Incrédule ne peuvent être tout à fait d'accord en fin de compte. La contradiction entre nous et les hypocrites est de principe et d'idéologie, remontant à une époque antérieure à la victoire de la révolution » (Achahid (la

Voix de la révolution islamique), numéro 6, février 1982).

Une critique radicale de l'orientation adoptée par les Moudjahidin, et qui fait en même temps silence sur tous les coups portés par le PRI contre cette organisation, avalise en fait toutes les mesures de répression prises au nom des nécessités du « combat anti-impérialiste »! C'est ce qu'a fait le Parti Toudeh.

La défense des militants Moudjahidin emprisonnés, torturés, exécutés, est une tâche du mouvement ouvrier international. Elle doit être placée dans le cadre d'une claire dénonciation de la propagande impérialiste contre la révolution iranienne, et du soutien à la lutte contre toutes les forces impérialistes ou liées à l'ancien pouvoir impérial.

La politique d'alliance poursuivie par la direction des Moudjahidin et leur orientation politique d'ensemble ont, une fois l'échec de leur stratégie confirmé, manifesté tous leurs aspects négatifs. Tout d'abord, le programme de Gouvernement provisoire mis en place par le Conseil national de la résistance (CNR, coalition entre Bani Sadr, le PDKI et les Moudjahidin), ne vise pas à autre chose qu'à démocratiser le régime de la République islamique, c'est-à-dire à conserver l'Etat capitaliste. Ensuite, le contenu social et économique de ce programme ne laisse planer aucun doute sur son respect de la propriété privée (ses appels du pied aux moyens entrepreneurs et membres du Bazar l'illustrent) et sur sa volonté d'attribuer aux shoras un rôle subordonné aux institutions étatiques. Enfin, le mécanisme proposé - un président de la République (Bani Sadr) et un gouvernement provisoire devant appeler à une Constituante - pour assurer le changement de pouvoir trahit une volonté de ne pas faire appel aux traditions les plus avancées des luttes de masse en Iran (grève générale, auto-organisation) et d'établir a priori des bornes à leur activité.

La dynamique politique désastreuse de l'orientation des Moudjahidin se révèle dans les ouvertures faites à des avances irakiennes, ou même à l'impérialisme français qui, fortement engagé économiquement en Irak, joue la carte d'un soutien ouvert à Saddam Hussein.

IMAMAT ET SYSTEME

DE DOMINATION L'idéologie dont se réclame fraction de la hiérarchie chiite au pouvoir, et qu'elle taille à sa mesure et selon ses besoins, a pesé sur le cours de la révolution. Cette idéologie n'est pas une simple idéologie religieuse. Elle se veut un programme social et gouvernemental. Ce dernier a inspiré le projet de Constitution. Celle-ci repose sur une idée centrale : le gouvernement et la législation appartiennent à Dieu. Son représentant sur terre, le « velayat faguih », c'est-à-dire l'ayatollah Khomeyni, décide en son nom. Il détient l'ensemble des pouvoirs et peut les déléguer à sa guise.

La souveraineté appartient au « velayat faguih » et non pas aux masses. Il est

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V. L'attaque irakienne contre l'iran leur tuteur. La population est divisée selon des catégories (doctrinaires, athées, hypocrites, etc.) qui expriment le rapport qu'elles entretiennent avec la « Ligne de l'Imam ». L'obéissance à l'Imam devient la règle de la vie sociale. Tout opposant devient un « ennemi de l'Islam » et de la « révolution islamique », avec souvent l'adionction sans discrimination du qualificatif d'« agent de l'impérialisme ». La répression la plus rigoureuse se trouve apparemment légitimée par une instance supérieure, le représentant du 12e Imam, placée au-dessus des affrontements de classes.

Toutes les mesures frappant les femmes (exclusion d'une série de professions, non-éligibilité, Loi de la vengeance où la femme vaut 50% de moins que l'homme, droit de divorce très restreint pour la femme, l'homme peut épouser quatre femmes, âge nubile à 9 ans avec le consentement du père et à 13 ans légalement, Ouvrier d'une usine iranienne. (DR) les doivent permettre de faire reprendre aux femmes leur place traditionnelle que les nécessités du soutien à la révolution - où elles furent au premier rang - les avaient incitées à quitter temporairement.

La « défense de l'Islam » vient justifier l'abolition des articles les plus « radicaux » d'une réforme agraire, ou de dé. crets contre les possédants, la subordination des shoras au PRI et son statut de parti unique, la « purification » du corps des instituteurs ou, encore, l'interdiction de toute activité politique dans les écoles.

« Le Majlis (Parlement) n'a pas un droit absolu en matière de législation, mais son droit consiste à décider des lois conformes à la Chari'a (la Loi). (...) Les députés sont tenus de supprimer toute loi contraire aux préceptes de l'Islam. (...) La raison d'être du Conseil de surveillance de l'application de la Constitution islamique est justement de réfuter toute loi non conforme à l'Islam. » (Hachemi

Rafsandjani, président du Parlement, Achahid, juillet 1981.)

Ce programme réactionnaire doit assurer l'hégémonie de la fraction du clergé au pouvoir et fonctionne comme un instrument conservateur de l'ordre social. La direction Khomeyni a mis a profit aussi bien l'appareil de l'Eglise que l'idéologie religieuse pour affirmer son ascendant politique sur des masses adhérant au chiisme. Mais le contenu social et économique de ce programme ne peut qu'entrer en opposition avec les besoins des travailleurs, et y compris avec la forme religieuse qu'ont pu prendre leurs aspirations. La répression devient donc une nécessité pour assurer la pérennité du régime.

Dans une telle situation, la défense des droits démocratiques est étroitement liée à la bataille pour l'organisation et l'activité libres et indépendantes des travailleurs. Le refus de défendre ces droits, sous prétexte que ce serait faire le jeu de l'impérialisme ou faciliter la tâche de la « bourgeoisie libérale », aboutit à subordonner le mouvement de masse à la direction khomeyniste, ou à faciliter à cette même « bourgeoisie libérale » la tâche de se saisir des revendications démocrati-

L'offensive militaire du régime irakien de Saddam Hussein va déboucher sur une guerre qui dure maintenant depuis près de deux ans et demi. Ce conflit n'a pas éliminé les développements des luttes de classes et du combat des minorités nationales en Iran. Il va fournir un creuset dans lequel ils vont se couler. Luttes politiques, sociales et militaires s'entremê lent et influent sur la dynamique du mouvement dynamique est peu à peu devenue, dans les deux pays, un des enjeux les plus importants de la guerre.

LE PROJET DE SADDAM HUSSEIN

Sous le prétexte d'une redéfinition des frontières, Saddam Hussein attaque l'Iran en septembre 1980. Il cherche à abattre le régime de Khomeyni. En portant des coups durs contre le régime islamique de Téhéran et en cherchant à modifier les rapports de forces intérieurs en faveur de la réaction, c'est-à-dire des partisans de l'amiral Oveissi et de Chapour Baktiar, il tente d'étrangler la révolution. Pour la mise au point de ses plans, Saddam Hussein collabore avec des généraux de l'ex-armée impériale. Il les arme et les aide aussi dans leur lutte contre Kho-

Le pouvoir irakien espère étouffer l'Iran en occupant une zone économique et industrielle vitale, le Khouzistan. l'Iran est isolé internationalement après l'occupation de l'ambassade américaine, et embourbé dans une véritable guerre contre le peuple kurde. Saddam Hussein outre, sur l'affaiblissement de ques des masses contre le régime, afin de consolider à nouveau ses positions.

Déjà, en juillet 1980, nous indiquions que : « Pour développer, dans les masses laborieuses, un sentiment d'appar tenance à une classe indépendante, les marxistes révolutionnaires organiseront la lutte pour l'ensemble des revendications démocratiques, nationales et transitoires (anticapitalistes), en sachant les formuler pour les porter au cœur du mouvement réel des masses, en comprenant les effets sur leur conscience des expériences concrètes de mobilisation et les contradictions qui surgissent entre leurs actions, les plans du nouveau gouvernement et l'idéo logie diffusée par la direction Khomeyni. C'est la seule méthode qui permette d'arracher les masses à l'influence des directions bourgeoises et petite-bourgeoises, d'accompagner le mouvement des masses, tout en ne renonçant pas à une offensive politique et idéologique contre le contenu réactionnaire des campagnes "d'islamisation". » (Résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, du 28 juillet 1980, « L'évolution de la situation iranienne », publié dans Inprecor numéro 87-88 du 30 octobre 1980.) l'armée héritée de l'époque du chah, sur l'opposition au nouveau régime d'une grande partie de son encadrement, et sur les luttes de clans au sein de la République islamique.

Il fait usage d'une démagogie « panarabe ». Pour désigner le Khouzistan, Saddam Hussein parle de « terre arabe com-

Palestine ». Néanmoins, politique (bombardements, destructions, répression) indique sans ambiguïté que la clique au pouvoir à Bagdad était bien incapable de pouvoir attirer effectivement la population arabe du Khouzistan engagée dans une révolution. Les Arabes du Khouzistan participeront immédiatement aux combats contre l'agression irakienne ; souvent, ils seront désarmés par les pas-

Saddam Hussein croit à la désintégration rapide du régime de Khomeyni. En fait, comme l'histoire l'a souvent montré, en envahissant un pays en révolution, il a suscité une riposte immédiate où s'amalgamait la volonté des masses de défendre la révolution et leur pays.

Sur le plan interne, le régime de Saddam Hussein n'avait pas affaire à un mouvement de masse actif qui le mettait directement en question. Cependant, il craignait les effets de la révolution islamique sur les masses paysannes pauvres du sud de l'Irak, d'autant plus qu'elles sont, pour l'essentiel, de religion chiite. La campagne contre les organisations chiites d'Irak se renforce dès 1979. En mars 1980, Badgad promulgue un décret qui rend passible de la peine de mort toute personne appartenant à l'organisation chiite intégriste réactionnaire Al Daawa.

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Il fait exécuter le leader spirituel des chiites, Mohammed Bakr al-Sadr.

La renaissance de la lutte des Kurdes d'Irak, inspirée par le combat de leurs frères en Iran, suscite aussi quelques inquiétudes parmi la clique qui a monopolisé le pouvoir à Bagdad. Enfin, Saddam Hussein, une fois disparue la puissance régionale militaire du chah, espère affirmer son rôle dans cette région découpée arbitrairement par l'impérialisme en Etats plus ou moins rivaux (Iran, Irak, Arabie Saoudite). L'Egypte comme la Jordanie apportent leur appui à l'Irak.

Lorsqu'il prend la décision de l'offensive militaire, Saddam Hussein n'est pas tout seul. Au début août, il s'est rendu à Taief, en Arabie Saoudite. C'est son premier voyage officiel depuis son accession à la présidence de la République et à la présidence du Conseil du commandement de la révolution, et le premier en Arabie Saoudite, depuis 1958, pour un dirigeant du Parti Baas. L'Arabie Saoudite, une fois la guerre déclenchée, assurera, de concert avec les Emirats du golfe Persique, une aide financière de dizaines de milliards de dollars à l'Irak. Ces régimes réactionnaires craignent aussi les répercussions de la révolution iranienne. L'impérialisme français mise sur l'Irak, cherchant ainsi à se réintroduire dans une région dont il a été exclu en grande partie par les impérialismes britannique et américain.

En accédant au pouvoir, la direction n'a pas dénoncé le de 1975, imposé par le chah à l'Irak. Au contraire, elle multiplie les déclarations « panislamiques », chauvine iranienne marquée. Elle déclare et organise son soutien à l'organisation chiite intégriste Al Daawa. Khomeyni lance une sorte de guerre idéologique personnelle contre Saddam Hussein, au nom de la « révolution islamique ». Il vise ainsi le nationalisme arabe, laïque et pseudosocialisant du Parti Baas. Sa propagande prend la forme d'un « expansionnisme chiite ». Le 18 avril 1980, Joumhouri Eslami, le quotidien du PRI, publie un appel de Khomeyni : « Il est de son (le peuple irakien) devoir, ainsi que de celui de l'armée, de renverser le Baas, parti non is-

Les puissances impérialistes, avant tout l'impérialisme américain, approuvent tacitement l'offensive irakienne. Elles y voient une possibilité de consolider les positions de la contre-révolution en Iran. Elles craignent, de même, les effets déstabilisateurs dans la région de la révolution iranienne et les appels des forces intégristes chiites au pouvoir à Téhéran. En cela, il y a convergence avec les buts de Sad-

Mais l'impérialisme américain ne s'engage pas fortement dans l'opération. Les inconnues sont trop grandes. Et les desseins impérialistes dans la région sont loin de se superposer aux plans de Saddam Hussein. Tout d'abord, l'impérialisme n'est en aucune mesure favorable à délimitation substantielle - qui irait au-delà des modifications du type accord de 1975 - des frontières établies dans la région à l'occasion de la Première Guerre mondiale. Il est opposé à un

Ensuite, il n'est pas prêt à favoriser une conquête par l'Irak des champs pétrolifères iraniens. L'impérialisme ne veut pas favoriser la concentration de telles ressources dans les mains d'un seul pays.

plutôt la fragmentation. En cautionnant un tel projet, il créerait un précédent fort dangereux dans cette région stratégique du monde et risquerait s'aliéner tous les gouvernements. L'Irak, allié de longue date de l'URSS, n'est pas complètement inféodé à l'impérialisme. Certes, il opère un glissement en direction des forces impérialistes, mais le régime de Bagdad joue encore trop ses intérêts particuliers. L'impérialisme n'est donc pas prêt, d'entrée, à en faire la puissance clé de cette zone, d'autant plus après la décevante expérience faite avec l'Iran.

Enfin, après la chute de la dynastie Pahlavi, Israël reste pour les Etats-Unis un atout encore plus indispensable. Attribuer à l'Irak, adversaire déclaré d'Israël, un premier rôle, ne pourrait qu'aller à l'encontre d'une option fondamentale de l'impérialisme américain. L'aide qu'apportera Israël à l'Iran, sur le plan de l'armement, n'a fait que souligner ce problème. Les quantités d'armes livrées - pour l'essentiel du matériel construit sous licence américaine - montrent que cette initiative n'avait pu contre la volonté explicite des Etats-Unis. Le raid israélien de juin 1981 contre le réacteur nucléaire Osirak à Tammouz près de Bagdad indique la ferme volonté d'Israël de profiter de la situation pour af faiblir l'Irak.

En fait, l'impérialisme utilisera avant tout ce conflit pour renforcer sa présence militaire dans la région, et en particulier consolider son aide militaire aux Etats du Golfe, alors qu'Iran et Irak s'affaiblissent militairement et économiquement. Il profite du dégel des rapports entre l'Irak et l'Egypte qui réintègre le sein des pays arabes, au moment où se désagrège le « Front de la fermeté » (Syrie, Lybie, Sud-Yémen, Algérie, OLP). Si les Etats du Golfe sont opposés au régime de Téhéran, ils ne sont néanmoins pas partisans d'un Irak qui se transformerait en un gendarme

La volonté de médiation manifestée par l'OLP et par Cuba, dès le début du conflit, était nourrie par cette compréhension des avantages que pouvait tirer l'impérialisme de cette guerre, de cet affrontement dans une région qu'il a « balkanisée » pour mieux arbitrer la situation. L'impérialisme, indéniablement, profite du conflit et de son prolongement, bien plus qu'il ne l'a directement inspiré ou piloté. Quant à la bureaucratie soviétique, elle agit avec précaution, mettant ses œufs dans tous les paniers, entre autres, grâce à l'utilisation des « pays satellites ».

Le conflit qui éclate en septembre 1980 est donc une guerre entre deux pays capitalistes dominés, dont les directions au pouvoir développent une politique d'ensemble contraire aux intérêts des masses, mais dont l'une, issue d'une révolution toute récente, dispose encore d'une audience auprès des masses populaires. L'attaque de Saddam Hussein vise à étrangler la révolution islamique en la frappant militairement et en épaulant les forces de la contre-révolution liées à l'ancien régime iranien ; dans le même mouvement, il porte aussi une attaque à la révolution iranienne des travailleurs et des paysans pauvres.

En automne 1980, face à l'assaut irakien, la tâche de défense de la révolution iranienne en cours consiste dès lors, pour les révolutionnaires, à mobiliser les travailleurs et paysans pour s'opposer à l'agression baasiste, pour la défaire militairement. Cette mobilisation ne doit pas affaiblir les efforts portant sur la tâche stratégique d'indépendance politique du mouvement de masse. Pour cela, ils mettent l'accent : sur la réactivation et l'armement des shoras et de comités de masse dans les quartiers ; sur la liberté d'expression politique dans les milices créées pour repousser l'agression baasiste et contre toutes les sortes de chasse aux sorcières à l'encontre des organisations de la gauche ; sur le droit d'organisation et d'expression des travailleurs sous l'uniforme (shoras de soldats) permettant, entre autres, de couper court aux manœuvres des généraux factieux et d'épurer ainsi l'armée ; sur l'arrêt immédiat des attaques militaires contre les Kurdes (en septembre-octobre, 30 000 pasdaran et soldats agressent le Kurdistan) et les autres minorités nationales ; sur la reconnaissance inconditionnelle de leur droit à l'autodétermination: contre toutes mesures d'évacuation forcée et de rétorsion contre la population arabe du Khouzistan. Les socialistes révolutionnaires proclament haut et fort qu'il n'y a pas de défense efficace de la révolution sans la sauvegarde de tous ses acquis, sans l'extension des droits d'organisation, de réunion et d'expression sans l'approfondissement de la révolution au plan social et économique. Ils ne peuvent que s'opposer à une orientation qui accepterait, au nom de la priorité de la « défense nationale », de se taire sur les atteintes aux droits démocratiques ou de mettre fin à un juste combat que mènent les travailleurs dans leurs usines ou des paysans sur leurs terres.

Face à une tentative effective de renversement du régime par des forces restaurationnistes assistées par l'armée irakienne à l'offensive, les révolutionnaires auraient dû appeler les masses ouvrières et paysannes d'Iran à défendre militairement, sans lui accorder aucun soutien politique, par leurs méthodes d'action propres, un régime qu'elles n'étaient pas encore en mesure de remplacer par un gouvernement ouvrier et paysan. ce combat, ils auraient dû mettre l'accent sur la nécessité de renouer avec les formes de lutte les plus avancées des masses po-

(auto-organisation, armement), afin de créer les meilleures conditions pour faire de la victoire contre le coup de force réactionnaire le tremplin d'une rupture de masse avec la direction de la République islamique.

D'autre part, le mouvement ouvrier

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mel. Il cherche à en faire son alliée dans fants chéris ». (Erie Hooglund, Merip Reet révolutionnaire international se devait alors de se mobiliser pour exiger le retrait inconditionnel des troupes irakiennes derrière les frontières existant avant le 21 décembre 1980 et celui de toutes les forces impérialistes de la région. Dès le début du conflit, parallèlement à leur participation à la résistance, les révolutionnaires devaient expliquer sauvegarde de cette profite aux peuples d'Iran et d'Irak, rendait nécessaire de s'opposer à un déferle. ment du chauvinisme. Le bénéficiaire d'une division durable entre deux pays dominés par l'impérialisme ne pouvait être que l'impérialisme. Les masses populaires des deux pays en paieraient le prix lourd. A juste titre, Fidel Castro l'a souligné. Expliquer cela n'était contradictoire ni avec la demande du retrait inconditionnel, ni avec une position de défense militaire aboutissant à briser l'attaque irakienne. Sur le plan de la défense politique, en effet, une orientation ne pouvait qu'avoir un écho parmi les masses irakiennes et affaiblir politiquement Saddam Hussein.

LES MASSES, KHOMEYNI

ET LA GUERRE Entre septembre et octobre 1980, la résistance populaire à l'invasion irakienne dans les centres ouvriers du Khouzistan iranien (Khorramchar, Abadan et Ahwaz) fut gigantesque. Elle bouseula tous les plans de l'état-major irakien, qui n'hésita pas à bombarder massivement les villes. Dans le triangle du pétrole, l'armée régulière iranienne est quasi absente durant les premières semaines de la guerre. Travailleurs, jeunes combattants (parmi lesquels de nombreux Arabes) épaulés par des sections de pasdaran de la région, forment le fer de lance de la résistance. Les militants des Fedayin et des Moudjahidin participent à l'effort de guerre et combattent aux premiers rangs contre l'armée irakienne. Dès les débuts de la guerre, Ghassemlou, dirigeant du PDKI, fait savoir au gouvernement de Téhéran que les peshmergas (« ceux qui vont au devant de mes contre les Irakiens et les forces réactionnaires payées par l'Irak, à deux conditions :

- que les attaques militaires contre les Kurdes cessent et qu'ils puissent maintenir leur propre organisation militaire :

- que le droit à l'autonomie leur soit Dans de nombreuses villes d'Iran, dés le lendemain du déclenchement de la guerre, les masses descendent dans la rue. Elles réclament des armes. Leur armement, comme lors de l'insurrection, est à l'ordre du jour. Cette revendication cristallise leur double volonté de défense de révolution et de combat contre l'agression baasiste. Le régime va s'opposer immédiatement à la renaissance des comités de quartier indépendants qui ont surgi, plus spécialement dans la région touchée directement par la guerre. Il va armer les sociétés islamiques et non pas les shoras dans les entreprises. Il interdit toute propagande politique dans l'armée et réprime

Quatre phases apparaissent dans le 1) l'offensive irakienne et la résistance populaire dans le Khouzistan qui met fin à la percée irakienne en novembre ;

2) une longue période de guerre de position (entre autres due aux conditions climatiques), durant laquelle se déchaîne une lutte acharnée au sein du régime de Téhéran, entre le PRI d'une part, Bani

Uses alliés moudjahidin d'autre part. L'hégémonie du clergé chiite sur l'appareil d'Etat se renforce. Les organes de mobilisation militaire des masses sont placés sous surveillance étroite et la répression contre les droits démocratique s'accentue (décembre 1980-août 1981) ;

3) début de la contre-offensive militaire iranienne, après que l'armée ait été contre-attaque s'appuie aussi sur l'utilisation massive d'une infanterie composée de très jeunes combattants encadrés par les pasdaran. Abadan et Bostan sont désenclavés. La région de Dezful et Khorramchar est libérée (septembre 1981juin 1982) ;

4) offensive iranienne sur le territoire irakien en direction de Bassorah ; ouverture de nouveaux fronts dans la montagne de Zagros dans le nord du Khouzistan. Les troupes irakiennes ont quitté l'essentiel du territoire iranien (juillet 1982-février 1983). nuent cependant à bombarder des villes et des positions iraniennes. Saddam Hussein est alors contraint de faire des propositions de paix.

Face à la guerre, deux problèmes se présentent de front pour le gouvernement iranien. Comment répondre à une agression militaire qui, manifestement, n'était pas attendue ? Comment canaliser un mouvement de masse suscité par les nécessités de la défense du pays et de la révolution ? La réponse des cercles dirigeants de la République islamique à ces questions est déterminée, d'une part, par les différences d'orientation qui s'expriment en son sein et, d'autre part, par le souci constant d'assurer un encadrement du mouvement de masse, assorti de mesures de répression contre les forces qui s'opposent à la politique du PRI. Par exemple, très rapidement, les Moudjahidin et les Fedayin combattant au front seront arrêtés, traités de « saboteurs », et certains seront exécutés. Au cours de la troisième phase de la guerre, la répression s'accentue encore.

La direction Khomeyni réorganise tout d'abord l'armée héritée du chah. Des centaines d'officiers sont sortis de prison. Les chefs militaires reçoivent la bénédiction des hautes autorités de la République

«discipline militaire », c'est-à-dire l'interdiction de toute organisation des soldats, est imposée. Bani Sadr courtise l'armée, dont il est le chef for-

Mobilisation générale en Iran contre l'Irak en les affrontements avec le PRI. Mais, en même temps, la direction Khomeyni attribue une fonction majeure à l'armée des pasdaran. Cette dernière va occuper une place de premier rang dans l'organisation de la défense, puis de la contre-offensive militaire. Pour canaliser le mouvement populaire sont mis en place des basij (comités de mobilisation) qui serviront à recruter et à former une milice. Les basij sont placés sous le commandement des pasdaran. Au même titre que les komiteh, au début de la révolution, les basij attirent effectivement des secteurs des mas-

Mais, par le contrôle étroit qu'exercent sur eux les pasdaran et par les purges politiques et idéologiques, ils deviennent des instruments de manipulation des masses dans le sens des projets

C'est à propos que l'ayatollah Hachemi Rafsandjani déclare : « Cette guerre consolide notre République islamique. » En effet, au nom de l'effort de guerre et du combat contre l'impérialisme, la direction Khomeyni va renforcer les mesures de mise au pas des travailleurs dans les usines. Les pasdaran et autres ne manquent pas d'intimider les travailleurs lorsque c'est nécessaire. Cette politique du régime s'accentue surgissement d'une série de grèves en fin 1980 et début 1981 à Téhéran, Ispahan, Guilan, qui subissent des échecs et sont réprimées. Le chômage, la dispersion du corps central de la classe ouvrière du Khouzistan, la coercition, vont infliger finalement un recul sérieux au mouve-

Au cours de 1981 et 1982, le mécontentement parmi les masses sous l'impact de la crise économique (chômage massif, inflation, etc.). La politique du gouvernement en direction des centaines de milliers de personnes déplacées par la guerre suscite aussi une profonde insatisfaction. Dans les campagnes, petit à petit, « la plupart des villageois croient que la guerre avec l'Irak est un conflit sans grand sens, qui a tué leurs en-

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ports, avril 1982). Lentement, le centre de gravité des préoccupations des masses se déplace, depuis la volonté initiale de participer à l'effort de guerre et de le soutenir, jusqu'à leurs propres revendications et soucis quotidiens. La participation aux « prières du vendredi » diminue, malgré l'effort d'animation du régime. Cela exprime un accroissement de la distance entre le régime et les masses, qui avait diminué pendant les premiers mois de la guerre.

Certes, la direction Khomeyni dispose encore d'un certain soutien dans des couches populaires. Le mélange de répression et de distribution d'avantages matériels à de larges couches paupérisées doit être pris en compte pour saisir le sens réel de la participation à des manifestations organisées par le régime en soutien à son effort de guerre. Un signe d'égalité ne peut donc être mis entre ces manifestations de masse, l'engagement initial effectif dans les basij de jeunes des classes paupérisées, et un approfondissement de la lutte des classes. Une telle approche tendrait tout simplement à mettre en sourdine la nature des organes qui encadrent ces jeunes, l'orientation politique d'ensemble de la fraction du clergé chiite au pouvoir, les attaques répétées contre les luttes des travailleurs et des paysans, et la répression qui frappe toutes les organisations qui se réclament du mouvement ouvrier et du socialisme, y compris celles qui manifestent la servilité la plus grande face au régime : Parti Toudeh, Fedayin (majoritaires). De même, ne voir que l'ennemi extérieur aboutirait à fermer les yeux sur l'ennemi intérieur, sur la direction khomeyniste, qui met la révolution en danger et affaiblit ainsi la capacité des masses à répondre, demain, à de nouvelles offensives de l'impérialisme.

LA CONTRE-OFFENSIVE

ET LA POLITIQUE MILITAIRE DU PRI

L'armée irakienne, embourbée dans une guerre sans fin, se démoralise. Pour soldats irakiens, guerre est apparue peu à peu sans objet, d'autant plus que Saddam Hussein a affirmé, au début 1982, renoncer à toute revendication territoriale. Les effets de la guerre se font de plus en plus sentir sur l'économie irakienne. De nombreux projets de développement économique sont révisés en baisse ou différés. La chute des revenus pétroliers est importante. Les prêts gigantesques accordés au régime de Bagdad (environ 55 milliards de dollars) ont certes permis la poursuite des opérations militaires, mais ils ont aussi facilité le déchaînement de l'inflation (40%). Les pertes humaines dans les rangs irakiens s'accroissent rapidement dès le début de la contre-offensive iranienne. Les prisonniers se comptent par dizaines de milliers. Dans les cercles dirigeants irakiens, la pression s'accentue pour sortir de l'impasse dans laquelle ils se sont enfoncés. Au sein de la direction du Parti Baas, les divergences ont éclaté, comme l'indiquent les départs de plus d'un ministre.

L'offensive dans la région de Dezful, en mars 1982, marque la première grande victoire militaire iranienne depuis le début de la guerre. Le 30 avril, l'« Opération Jérusalem » commence. Elle se termine par la libération du Sud-Khouzistan et par celle de Khorramchar. A chaque fois, ces offensives sont conduites par des éléments de l'armée traditionnelle, des pasdaran et des miliciens des basij. Le 20 mars 1982, Khomeyni annonçait que les vaient rejoindre les troupes combattantes.

Mais les dégâts infligés à l'Iran par l'attaque irakienne, puis l'occupation et, enfin, les nouveaux combats, sont énormes. Des villes entières ne sont plus que ruines.

En juin 1982, Saddam Hussein, pour trouver une porte de sortie, craignant les répercussions politiques internes prolongation de la guerre et des défaites, proclame un cessez-le-feu unilatéral et un retrait des troupes des territoires iraniens. Il l'initie dès le 20 juin. Saddam Hussein affirme démagogiquement que ce

- qui est quasi total - est motivé par la volonté de l'Irak de combattre les troupes d'Israël qui viennent d'entrer au Liban. Rafsandjani rétorque mant un droit de passage pour les blindés iraniens en Irak, afin d'aller combattre les troupes israéliennes au Liban. Le 21 juin, Khomeyni déclare : « Nous devons sauver la nation irakienne et l'Irak afin de pouvoir sauver le Liban. »

Alors, politiquement, la direction de la République islamique prépare son offensive militaire sur le territoire irakien. Le 13 juillet, l'« Opération Ramadan », en direction de Bassorah, puis de Zaid, commence. En septembre-octobre, les positions irakiennes sont attaquées dans la région d'Abadan, de Mehran et aussi de Madali, qui commande une route stratégique en direction de Bagdad. En novembre, une nouvelle attaque est lancée dans le nord du Khouzistan, à l'ouest de Dezful. Le coût humain de ces vagues d'offensives est très élevé. L'artillerie irakienne décime les rangs d'une infanterie largement composée de jeunes miliciens. Le coût strictement financier est aussi très important. Le 13 octobre 1982, le Majlis adopte une rallonge de 2 milliards de dollars au budget militaire.

L'Irak, pour sa part, bombarde lourdement les villes iraniennes de llam, Hamadan, Khorramabad, Ahwaz, et le terminal pétrolier de Karg. La direction Khomeyni manifeste son intention de poursuivre la guerre. Mais elle se refuse à toute initiative politique et diplomatique serieuse pour affaiblir et désarmer politiquement, aux yeux des masses irakiennes, le régime de Saddam Hussein. Ce dernier multiplie les « propositions de paix» pour tenter de présenter la guerre comme une attaque chauvine iranienne, dirigée masses arabes par un leader d'effacer les traces de agression contre la révolution iranienne.

A cette offensive pouvoir irakien, Khomeyni et ses partisans opposent des exigences telles que le renversement de Saddam Hussein et son jugement. Le but politique de l'offensive est expliqué par Khomeyni : établir en

Irak une République islamique, liquider le Baas. Rafsandjani déclare : * Nous ne sommes pas intéressés par l'argent et les réparations de guerre. Si nous voyons dans notre voisinage le peuple irakien, dont 99 % est musulman, former un régime islamique, alors il y a même la possibilité réelle que nous l'aidions ... Si le Parti Baas reste en place, ou même si d'autres éléments de l'Est ou de l'Ouest remplacent le régime présent, alors nous ne voulons pas des territoires, mais nous ferons pression pour obtenir nos réparations, jusqu'au dernier centime. » Une telle orientation traduit un dédain profond pour les aspirations sociales et politiques ainsi que pour les sentiments nationaux des masses irakiennes. Khomeyni ne soutient pas une lutte de masse pour renverser Saddam Hussein afin que s'ouvre pour les travailleurs et paysans irakiens la possibilité de réaliser leurs volontés. Il leur assigne un destin politique à l'image de celui de la République islamique. Ali Khamenei, président de la République islamique d'Iran depuis le 20 octobre 1981, l'autorité religieuse suprême, aussi bien de l'Iran que de l'Irak. Les dirigeants de la République masses populaires en Iran, ne peuvent être à même de chercher et de soutien réel des travailleurs et des paysans d'Irak contre leur gouvernement.

A Téhéran, sous les auspices du gouvernement, un Conseil suprême de la islamique (irakienne) constitué, avec à sa tête le leader religieux intégriste en exil Sayed Mohamed Bakhr Hakim. Ce Conseil réunit les forces islamiques chiites intégristes, entre autres du Parti Al Daawa. La direction khomeyniste en fait le représentant de l'« extension de la révolution islamique » en Irak. Elle aux masses irakiennes le même programme social et politique que celui du PRI, ce qui ne peut que repousser les secteurs les plus avancés de la lutte contre le régime dictatorial de Saddam Hussein. Ce projet « révolutionnaire » de Khomeyni ne s'appuie donc évidemment pas sur les forces qui aujourd'hui luttent et s'opposent à Saddam Hussein, Front patriotique kurde (coalition) (FPK), le Parti socialiste baasiste (PSB) ou le Parti communiste (PCI). Cette politique, au moment où la dictature irakienne est ébranlée, ne peut que venir conforter la position diplomatique de Saddam Hussein et lui faciliter sa tâche à l'intérieur.

La Syrie, qui avait apporté un soutien essentiellement passif à l'Iran, mais qui avait néanmoins fourni du matériel de guerre pour l'offensive de Khorramchar, fut contrainte d'envisager une modification de sa position à la suite des déclarations de Téhéran et de la première vague d'offensives iraniennes. Cela traduisait une obligation plus pressante de prendre en compte la question nationale arabe. Ainsi, le 31 mai 1982, Abdel Halim Khaddam, ministre des Affaires étrangères de la Syrie, annonçait que son pays cesserait de soutenir l'Iran au cas où le gouvernement de la République islamique déciderait d'envahir l'Irak. Il expliquait : « Si

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à Istanbul ») ; l'appui donné aux secteurs ment populaire pourrait faire le jeu de la nous sommes d'accord d'abandonner certaines parties du territoire arabe, on devrait aussi abandonner la Palestine. » L'Arabie Saoudite fait immédiatement des avances à la Syrie. Un des points de discorde entre l'Iran et la Syrie n'est autre que le soutien accordé par Khomeyni à Sayed Mohammed Bakhr Hakim, investi par l'Imam du pouvoir de « velayat faguih » irakien. Finalement, étant donné le conflit profond qui l'oppose au Parti Baas irakien, après quelques mois de flottement, la Syrie, de concert avec la Lybie, réitère son soutien formel à l'Iran. Un Iran qui, lui, dénonce conjointement Washington et Moscou pour leur aide à l'Irak. En effet, dès le milieu de l'année 1982, l'URSS a repris ses livraisons d'avions Mig-25 et de chars T-72 à l'Irak. En revanche, l'Iran a passé des contrats d'armement importants avec Israël (auquel du pétrole à bas prix est livré), le Brésil, l'Italie et la Corée du Nord. Une manifestation de 1979 à Téhéran. (DR)

La pression militaire iranienne inquiète le camp impérialiste. Les puissances impérialistes craignent une victoire complète de l'Iran, un effondrement du gouvernement de Saddam Hussein, son remplacement par un régime analogue à celui de Téhéran ou, encore, une situation de chaos compromettant ses intérêts immédiats. C'est ce qui préoccupe l'impérialisme français en particulier. Le contrôle de l'impérialisme sur la région serait rendu plus difficile, même si ce dernier a déjà eu l'expérience de traiter avec des régimes dont les professions de foi anti-impé. rialistes, par exemple celles de la Syrie et de l'Irak de la décennie passée, étaient aussi radicales que celle de Téhéran. Les forces impérialistes ne peuvent donc pas favoriser une telle issue. Il est logique, dès lors, que les Etats-Unis, outre la France, se montrent disposés à assister l'Irak et à y renforcer leurs positions.

Ce scénario - hypothétique - d'un écroulement du régime baasiste sous les coups de boutoir de l'armée iranienne, ne peut être le point de départ d'une position des révolutionnaires dans le conflit présent. Les intérêts véritables des masses en Iran, la possibilité concrète pour les travailleurs et les paysans pauvres d'Irak de déterminer eux-mêmes leur destin et de renouer avec les meilleurs acquis de leur combat au lendemain de la « révolution nationale » de 1958, comme l'opposition nette au contenu du programme social et politique au nom duquel Khomeyni conduit les opérations militaires, doivent être à la base d'une orientation révolutionnaire.

LES RÉVOLUTIONNAIRES

ET LA GUERRE, AUJOURD'HUI

La politique militaire iranienne actuelle est cohérente avec l'ensemble des options de politique extérieure de Téhéran. Elles sont caractérisées abusivement comme effectivement anti-impérialistes par le Parti Toudeh ou les Fedayin (majoritaires), alors qu'elles ne sortent jamais des limites étroites des intérêts des cercles dirigeants de la République islamique et des rivalités régionales. Parti Toudeh et Fedayin (majoritaires) insistent sur l'envoi de quelques centaines de combattants contre les troupes israéliennes au Liban. Mais cela ne peut effacer d'autres faits. Politiquement, les dirigeants du PRI ont préféré s'allier, au Liban, au groupe confessionnel conservateur chiite Amal, monté à l'origine par les services secrets libanais pour diviser les Palestiniens, plutôt que de s'allier aux forces de l'OLP. Ils lui conseillent publiquement de combattre sur deux fronts : contre Israël et contre le communisme. Un conseil qu'Amal n'avait pas besoin de recevoir. En différents points du Sud-Liban, de véritables batailles avaient opposé l'OLP à Amal. Durant l'offensive israélienne contre le Liban, caractérisée par Khomeyni de « diversion pour faire oublier la guerre Iran-Irak », le choix d'accentuer les offensives militaires contre l'Irak n'a pas contribué à entraver la réalisation des projets impérialistes et israéliens dans la région. Au contraire. L'effort désespéré de médiation de l'OLP est là pour le prouver. La fermeture, durant toute une période, de son ambassade en Iran en donne, à sa facon, une autre preuve. Enfin, après que la pression des masses iraniennes ait abouti à stopper, en 1979, les livraisons de pétrole à Israël, leur reprise, en 1982, révèle le double langage de la politique du PRI. Les liens étroits avec la dictature militaire pakistanaise, « défenseur de l'Islam » et qui s'est surtout engagée, après une visite du ministre de l'Intérieur iranien Ali Akbar Nateq-Kuri, en janvier 1983, à refouler tous les fuyards et « hypocrites » (les Moudjahidin) qui tentent de passer la frontière pakistanaise; le rapprochement avec la Turquie et l'accroissement considérable des échanges commerciaux avec ce pays (multipliés par 40 par rapport à 1978), comme le silence maintenu sur le rôle de ce régime dans le dispositif militaire impérialiste dans toute la région (en janvier 1982, le ministre du Commerce iranien se contenta de souligner le « manque d'atmosphère islamique les plus réactionnaires de la résistance afghane ou encore aux forces intégristes les plus conservatrices des Etats du Golfe ; tout cela fournit d'autres indications sur la « nature anti-impérialiste » de la politique de Khomeyni. Enfin, l'orientation de la République islamique, stimulant les divisions entre sunnites et chiites dans cette partie du Moyen-Orient, ne peut que se superposer à la vieille tactique impérialiste d'aiguiser conflits et concurrences dans une région « balkanisée » à souhait. Par là, ce prosélytisme chiite risque fortement d'entraver le combat anti-impérialiste et anticapitaliste des masses

Les déclarations tonitruantes contre l'impérialisme se doublent systématiquement de dénonciations virulentes du communisme et du marxisme. Et ce n'est pas un hasard si la République islamique s'est empressée de dénoncer les articles 5 et 6 du traité de 1921 avec la Russie, qui prévoyaient la possibilité d'une action militaire russe « dans le cas où une tierce puissance tenterait de poursuivre une politique d'usurpation par une intervention armée en Perse ». Mais ces déclarations restent à l'état de velléité, elles ne sont suivies d'aucune mesure concrète au plan socio-économique pour rompre les liens de dépendance avec l'impérialisme. Pire, les travailleurs et les paysans pauvres, eux qui, seuls, ont objectivement l'intérêt majeur à conduire et à parachever un combat anti-impérialiste, sont réprimés avec violence.

En effet, tout au long de la guerre, la répression s'est accentuée. Même le Parti Toudeh et les Fedayin (majoritaires) sont très vivement pris à partie dans le journal du PRI, Joumhouri Eslami, le 22 août 1982, à cause de leur réticence, à ce moment-là, à soutenir la politique militaire du régime. Les dirigeants du PRI leur reprochaient de laisser entendre que la poursuite de la guerre poussait l'Irak encore plus dans les bras de l'Arabie Saoudite, et qu'elle imposait des sacrifices énormes aux masses, et que le mécontente-

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VI. L'étape actuelle de la révolution contre-révolution demain. Les arrestations s'accroissent dans leurs rangs (1). Les bombardements et les attaques militaires contre le Kurdistan s'intensifient, d'avril à décembre 1982.

La poursuite actuelle de la guerre et les buts qui lui sont assignés par les dirigeants du PRI ne participent pas d'une politique de défense de la révolution iranienne. Elle est motivée par la volonté de maintenir leur emprise sur le mouvement de masse, de justifier toutes les restrictions aux droits démocratiques élémentaires et de bloquer l'activité des travailleurs, de consolider leur appareil militaire et répressif et, surtout, de tenter de repousser une série de problèmes sociaux de plus en plus explosifs. Ces derniers vont de la crise dans les campagnes, du chômage, de la pénurie des biens de consommation, à la question épineuse des 2 millions de réfugiés.

La prolongation de la guerre permet d'asseoir la position de toute une couche de jeunes officiers, qui ont trouvé un avancement rapide à l'occasion des bouleversements au sein de l'armée. Cette nouvelle génération d'officiers pourra, demain, manifester quelques prétentions sur le terrain politique. Une certaine fusion s'opère entre l'armée et les pasdaran. Au début du mois de janvier 1983, Khomeyni, dans un discours, a indiqué que ces deux corps « ne devaient pas se concevoir comme des entités séparées ».

Faire l'impasse sur l'ensemble de cette politique, ses ressorts et ses conséquences, au nom d'une « priorité du sou-

A sa manière, l'adhésion massive au combat contre l'entreprise contre-révolutionnaire de l'Irak avait conforté le régime de la République islamique. Aujourd'hui, de nombreux signes indiquent l'opposition de larges secteurs des masses a sa politique et à ses options militaires. Déserteurs et insoumis commencent à être pourchassés. Des compensations financières sont promises aux familles pour l'engagement de leurs fils. Le Premier ministre, Hossein Moussavi, envisage d'enrôler une partie du personnel du secteur public. Khomeyni a fait promulguer des lois faisant du volontariat un devoir religieux et une priorité sur toutes les autres activités.

Les revenus du pétrole desserrent l'étreinte de la crise économique. Les exportations se montent à environ 1,5 million de barils par jour, alors qu'elles ne dépassaient pas 500 000 barils entre juin et septembre 1980. Le baril est vendu à 29 dollars, prix largement en-dessous de celui fixé par l'OPEP. Le prix pourrait encore être baissé pour obtenir des marchés supplémentaires. A fin 1982, la rente pétrolière mensuelle avoisine les 1,5 milliard de dollars. La dette extérieure diminue rapidement. Après une période de rationnement plus strict, les possibilités sont accrues de distribuer des revenus par les multiples canaux du régime, avec les privilèges et la corruption qui en découlent.

tien au combat anti-impérialiste », revient à soutenir politiquement le régime islamique et à subordonner les revendications des masses à sa conduite de la guerre. Les développements internes en Iran, depuis

- essentiellement la consolidation des institutions du régime islamique, avec ses conséquences sur le mouvement des masses, ainsi que la politique militaire du régime islamique - modifient les tâches des révolutionnaires face à

Ils doivent fermement rejeter l'orientation politico-militaire du gouvernement Khomeyni. Ils déclarent la nécessité de la cessation immédiate des combats. Une riposte politique à Saddam Hussein doit se développer pour démasquer l'ensemble de ses projets contre la révolution iranienne depuis 1980. C'est ainsi que les masses d'Iran seront le mieux préparées à repousser toute éventuelle nouvelle agression irakienne, et que le régime de Bagdad sera le plus efficacement affaibli.

Simultanément, placé au centre de leur propagande et de leur agitation, les révolutionnaires mettront avant, contre la politique du régime de la République islamique, l'ensemble des revendications mées. Il ne faut pas que les masses iraniennes gagnent la guerre et perdent la révolution. Dans les pays impérialistes, entre autres en France et aux Etats-Unis, les révolutionnaires dénonceront la politique de leurs gouvernements, qui multiplient les manœuvres pour réorganiser leur domination dans la région. Néanmoins, l'état de guerre stimule l'inflation, crée des goulots d'étranglement dans les projets de construction de logements populaires ou d'aménagement d'infrastructures dans les campagnes. Le besentir de réduire les dépenses administratives, ce qui met en crise le système clientélaire et aiguise les frictions au sein du clergé. La crise socio-économique renforce l'offensive des fractions (Hodjatieh) qui veulent tranquilliser les marchands et les entrepreneurs.

L'« islamisation » la législation s'est raffermie (décrets du 23 septembre). La nouvelle Assemblée d'experts, élue en décembre 1982, est uniquement composée de 84 mollahs. La nationalisation du commerce extérieur est adoptée par le Majlis le 31 mai 1982. Pourtant, la première décision sur ce sujet, du 26 novembre 1981, avait été suspendue par le Conseil des Gardiens (Shoraye Negohdar). A nouveau, le ler juin 1982, le même Conseil - dans lequel Khomeyni possède une autorité certaine - déclarait cette loi « contraire à l'Islam ». Les projets et lois de nationalisation du commerce extérieur laissent pourtant la commercialisation au Bazar, et les centrales d'achat sont paritaires (ministère de tutelle et principaux importateurs privés du secteur). De même, en janvier 1983, le Conseil des Gardiens a exprimé son veto contre la loi adoptée par le Majlis, et qui prévoyait la confiscation des biens des fuyards. Le Conseil a fait savoir que cette loi était « contraire à l'Islam » et à deux articles de la Constitution. A cette occasion, Khomeyni a tancé les députés en leur indiquant qu'ils ne devaient pas voter des lois que le Conseil des Gardiens était susceptible de rejeter. (Iran Times, 28 janvier

Ces conflits reflètent les oppositions exacerbées d'intérêts entre différents secteurs et fractions du clergé chiite et leurs alliés bourgeois. Les accusations mutuelles, qui se font actuellement jour au sein des hiérarques chiites, contre les « excès » dans la répression, sont une autre manifestation de la crise de direction du

La classe ouvrière a perdu une série de ses conquêtes du début de la révolution. Ses conditions de vie matérielle régressent. Elle ne dispose plus d'organes propres. Les shoras sont réduits à une existence formelle, quand ils continuent à exister. En septembre 1981, les élections aux shoras ont été légalement suspendues. Les sociétés islamiques (Anjoman Eslami) ont pris le dessus. Elles ont permis la liquidation des shoras et ont regroupé en leur sein, aussi bien des représentants des anciens syndicats officiels que des éléments attardés. Dans les quelques cas où ces organisations pourraient encore traduire la pression ouvrière, par le biais d'éléments chiites populistes ou de membres du Parti Toudeh et des Fedayin, elles sont mises au pas. Leurs leaders sont licenciés. Ces sociétés islamiques ne peuvent servir à la reconstruction et au développement d'un mouvement ouvrier indépendant. Leur fonction est d'aider la direction de l'entreprise dans la production, de dénoncer les « contre-révolutionnaires » et de discuter les réclamations des travailleurs. Enfin, le projet de Loi sur le travail, qui doit remplacer la loi de mai 1979 (qui modifiait quelques aspects de la loi établie par le régime impérial, et qui restait en vigueur), illustre l'idée fondamentale du PRI sur l'organisation des rapports entre les travailleurs, pris individuellement, et les patrons. Ils seront réduits à de simples contrats personnels. L'organisation syndicale ne trouve pas sa place dans la « politique anti-impérialiste » de Khomeyni et de ses supporters. Nombreux sont les travailleurs, y compris ceux qui sont acquis au régime, qui récriminent contre ce projet de loi. Malgré la répression, des grèves furent déclenchées pour protester contre cette loi. Cela illustre le conflit latent entre les aspirations des travailleurs et toute la politique du régime.

Parmi les paysans, l'occupation et l'attribution de terres ont créé une situation nouvelle. Mais la Loi de la réforme agraire, finalement adoptée par le Majlis,

1. Début février 1983, la direction du Parti Toudeh, avec son secrétaire Noureddine Kianouri, est arrétée. L'ayatollah Janati, membre du Conseil des Gardiens, déclara que l'arrestation des dirigeants du Parti Toudeh mettait fin à l'espoir des Soviétiques de « comploter contre l'Iran par le truchement de ce parti ». (NDLR.)

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n'approfondit en aucune mesure les conquêtes des paysans. Elle prévoit, en substance, que les propriétaires terriens devront vendre des terres si elles sont jugées trop étendues. Elles seront alors distribuées aux paysans sous les auspices de comités réunissant pasdaran, juges, propriétaires et paysans. Le contenu de cette loi, outre qu'elle fournit la base légale pour dessaisir les paysans des terres qu'ils s'étaient appropriées durant les premiers mois de la révolution, vise aussi à liquider toutes les structures du type comités de villages (comités de paysans) pour les remplacer par des structures gouvernementales locales. Les revendications paysannes, dans la période actuelle, se portent, entre autres, sur le prix de vente des produits achetés par les organismes d'Etat et le prix d'achat des produits manufacturés, sur le taux de fermage pour les terres louées par des institutions de l'Eglise chiite. Pour l'instant, l'activité sociale et politique des paysans reste limitée.

La guerre civile se poursuit entre le gouvernement et les combattants kurdes. Fin 1982, le chef d'état-major, Sherazi, a menacé les Kurdes de tourner contre eux toute la puissance de feu de l'armée iranienne. Pour le régime islamique, la résistance du peuple kurde reste un obstacle important à la stabilisation de son pouvoir.

Il comprend que la résistance du peuple kurde peut ouvrir la voie à de nouvelles poussées du mouvement de masse. L'ampleur des forces qu'il consacre à combattre les peshmergas le confirme. Le Turcomansarah est occupé. Dans l'Azerbaïdjan, sous prétexte de mettre au pas les partisans de l'ayatollah Chariat Madari (accusé d'avoir participé à la « conspiration » de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Sadegh Gobdzadeh), la présence des troupes de choc du pouvoir de Téhéran dans cette région a été renforcée.

Le mouvement de masse a done été fortement rejeté en arrière. La direction Khomeyni, pour mener à bien ses projets de réorganisation et de stabilisation d'un Etat capitaliste dominé, dépendant de l'impérialisme, a porté des coups très importants au mouvement de masse. La perpétuation de son pouvoir ne peut qu'aggraver les dangers qui menacent l'avenir de la révolution.

Mais le marasme social et économique, les expériences de luttes et de mobilisations extraordinaires accumulées par les masses dans un passé encore récent, la capacité qu'elles ont déjà manifesté de reprendre l'initiative, pourraient déboucher sur une relance de leur activité lors d'une ouverture politique. Les conflits de clans qui divisent les cercles dirigeants de la République islamique, les incertitudes liées à la succession de l'Imam, la crise de direction du régime, tout cela laisse augurer de nouvelles convulsions institutionnelles et politiques. A cette occasion, les forces centrifuges à l'action dans le pays pourraient se manifester avec vigueur et les ressources dont dispose encore la révolution pourraient refaire surface.

L'impérialisme et les forces restaurationnistes, des secteurs au sein de l'armée, n'ont pas baissé les bras. S'ils ne constituent pas le seul danger pour la révolution, ils pourraient mettre à profit une éventuelle crise profonde qui serait accompagnée d'une apathie des masses démoralisées par une succession de défaites partielles sur une assez longue période. Alors, la révolution iranienne pourrait être gravement et durablement défaite.

LES TACHES CENTRALES

DES RÉVOLUTIONNAIRES Les révolutionnaires, dans la période présente, conduisent leur combat pour la défense de la révolution iranienne à la elle l'impérialisme et ses alliés et le régime de la République islamique. Ils refusent toute séparation entre la lutte contre toutes les manœuvres des impériaPoster officiel à la gloire de Khomeyni. (DR).

listes et de leurs agents, et la défense acharnée de tous les exploités et de tous les opprimés contre le gouvernement de Téhéran. Les menaces impérialistes ne vont pas changer les lois de la lutte des classes en Iran. Tout combat effectif contre l'impérialisme, pour la rupture des liens de dépendance de l'Iran, aboutit nécessairement à exacerber les contradictions de classes. Ce combat ne peut être efficace que s'il s'appuie sur la satisfaction des besoins des ouvriers et des paysans pauvres et sur l'élargissement de tous leurs droits.

Le cours même de la révolution a administré la preuve que les revendications faisant corps avec la révolution démocratique bourgeoise (réforme agraire, droits démocratiques, autodétermination pour les nationalités opprimées, Indépendance nationale ...) ne pouvaient être sa-

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tisfaites par le régime de la République islamique. Seule une avance vers la révolution socialiste, seul un approfondissement du processus de révolution permanente, peuvent permettre d'obtenir et de consolider ces revendications.

Les marxistes révolutionnaires refusent d'enfermer les revendications des masses dans le carcan de la politique militaire actuelle du régime Khomeyni. Ils placent l'ensemble de leur orientation politique face à la guerre dans le cadre de la lutte pour la conquête de l'indépendance politique et organisationnelle des travailleurs et de leurs alliés.

Ils ne renoncent pas à défendre les libertés démocratiques bafouées, ni les revendications sociales et économiques des masses battues en brèche par les forces du PRI, sous le prétexte que ce serait engager l'affrontement avec le gouvernement et que les conditions politiques ne sont pas suffisamment mûres pour le remplacer par un gouvernement ouvrier et paysan. Ils rejettent ce raisonnement cher aux staliniens.

Certes, toute lutte sans concessions pour ces droits et aspirations se heurtent au régime et au gouvernement de la République islamique. Or, la non-satisfaction des revendications de la révolution démocratique les placent sur le devant de la scène au plan politique. C'est à partir de ce constat que les marxistes révolutionnaires doivent indiquer les voies qui permettront aux masses elles-mêmes de renverser ce régime.

- Pour cela, ils mettront en avant comme mot d'« Assemblée constituante démocratique » à l'échelle de l'Etat iranien. Ils défendront pour les minorités nationales le droit de constituer des Assemblées constituantes souveraines. Les combattants kurdes ont déjà fait leur cette revendication. Le degré actuel de mobilisation et d'autoorganisation des masses et la faiblesse des forces révolutionnaires au sein des couches laborieuses font que le slogan de « Gouvernement ouvrier et paysan » reste encore de l'ordre de la propagande.

Le mot d'ordre d'« Assemblée constituante démocratique » sera mis en rapport avec une série de mesures anti-impérialistes et anticapitalistes au plan démocratique, social et économique. Ces revendications indiquent aux travailleurs les tâches qui devraient objectivement être à l'ordre du jour d'une telle Assemblée constituante pour qu'elle réponde à leurs aspirations et à leurs besoins. Ce mot d'ordre, et la défense d'un programme social et économique, sont le moyen pour faire converger dans un mouvement commun tous les travailleurs et paysans qui se sont lancés dans le combat contre dictature du chah, pour changer radicalement leurs conditions de vie, et tous ceux (entre autres les minorités nationales) qui voient dans cette perspective la possibilité de faire valoir leurs droits contre le régime oppresseur de la république islamique.

Les marxistes révolutionnaires lieront à la bataille pour le mot d'ordre d'« Assemblée constituante démocratique » la revendication de dissolution des appareils répressifs hérités de l'ancien régime ainsi que la liquidation des institutions répressives du régime de la République islamique. Les travailleurs, les paysans, les militants anti-impérialistes ne se sont pas battus pour renverser l'armée du chah et la remplacer par une nouvelle armée du PRI (pasdaran), pour liquider la SAVAK et la remplacer par la SAVAMA. Toutes leurs expériences montrent que la force de la révolution contre ses ennemis extérieurs et intérieurs repose sur l'armement des masses.

- Dans la guerre civile entre les Kurdes et les troupes de la République islamique, les marxistes révolutionnaires soutiennent inconditionnellement les combattants peshmergas jusqu'à la satisfaction de leurs revendications. A l'échelle de tout l'Etat iranien, ils défendent systématiquement les droits linguistiques et culturels des minorités nationales, leur droit à l'autodétermination, y compris l'Indépendance. Ce droit ne peut en aucune mesure être subordonné aux impératifs de la guerre entre l'Iran et l'Irak.

- La défense des droits démocratiques, d'organisation et d'expression des masses laborieuses s'imbrique étroitement avec l'effort de reconstruction d'un mouvement ouvrier indépendant et d'une relance future des organes autonomes (shoras et conseils de village) qui font partie de l'héritage révolutionnaire des masses iraniennes. Les marxistes révolutionnaires n'opposent en aucune mesure à l'auto-organisation des masses la revendication démocratique d'Assemblée constituante. Face à la répression massive, la bataille pour la libération de tous les prisonniers qui ont combattu contre la dictature du chah revient au premier plan. Ils exigeront de même la levée de toutes les restrictions aux libertés culturelles et religieuses, ainsi que la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Les femmes à la prière du vendredi. (DR) - Les révolutionnaires doivent proposer un Plan ouvrier et paysan qui permette de contrecarrer les effets économiques et sociaux de la crise, de répondre aux besoins urgents de millions de réfugiés, de donner aux paysans les moyens techniques et financiers pour relancer à un niveau supérieur la production agricole. Les revenus du pétrole doivent, en priorité, être mis au service d'un tel Plan.

Les révolutionnaires, se fondant sur la tradition de lutte et d'organisation des travailleurs, concentreront leur effort pour stimuler tous les éléments favorisant une réorganisation du mouvement ouvrier dans les usines autour de comités de lutte, de commissions ouvrières, etc. Ils le feront à l'occasion de luttes pour des revendications immédiates (salaires, primes, conditions de travail) comme pour des mouvements de résistance aux diverses lois tendant à dénier le droit à l'activité syndicale des ouvriers dans les entreprises. Une propagande pour la grève générale peut être développée, afin de préparer une relance future, sur une plus large échelle, de l'action des masses.

- La vigilance contre toutes les tentatives séditieuses de l'impérialisme reste à l'ordre du jour. C'est en redonnant un espoir nouveau aux masses laborieuses, en répondant à leurs besoins, qu'elles seront le plus aptes à mener à bien le combat anti-impérialiste.

Le mouvement ouvrier international doit apporter son soutien aux ouvriers et -paysans iraniens, aux combattants des minorités nationales dans leur lutte pour relancer la révolution commencée en 1979. Il centrera ce soutien autour des mots d'ordre :

- Impérialisme, bas les pattes devant la révolution iranienne!

- Défense des luttes et des droits démocratiques des masses iraniennes!

André DURET Janvier 1983.

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NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE bat qui se mène actuellement dans le secconscriptions pour lui donner une dien-

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