Le gouvernement Mitterrand de l'austérité à ... la rigueur trent sans ambiguités que les travailleurs tion (3). Cela rend nécessaire un retour
Derrand, le premier tour des dections muntepales mar EUX ans après la victoire présidentielle de François Mitque une nette remontée de l'opposition de droite et un reflux de la coalition socialiste et communiste. C'est clairement le prix de la politique d'austérité dans laquelle s'est engagé le gouvernement : elle encourage l'arrogance revancharde de la droite d'une part, déçoit et démobilise les travailleurs l'autre. Les résultats indiquent en effet un pourcentage significatif d'abstentions, notamment dans les banlieues ouvrières des grandes villes.
Globalement, dans les villes de plus de 30 000 habitants, la droite atteint 51,5 % des suffrages, alors que la majorité gouvernementale en totalise 46,5 %. Dès le premier tour, la droite reconquiert des grandes villes comme Brest, Nantes, Roubaix, Tourcoing, Arles, Avignon ... Le Premier ministre Pierre Mauroy et le ministre de l'intérieur Gaston Defferre sont en ballotage respectivement à Lille et à Marseille. Fait significatif du caractère politique de ces élections dans les grandes villes, la gauche perd, contre toute attente, la municipalité de Grenoble, qu'elle détenait depuis près de vingt ans et qui était, en quelque sorte, son modele de gestion municipale.
En revanche, les listes de l'opposition, derrière Jacques Chirac, l'emportent dès le premier tour dans dix-huit des vingt arrondissements parisiens, avec une moyenne de 64 %, et viennent en tête dans les deux arrondissements restants. La tendance générale renforce la position du Rassemblement pour la république (RPR) et de Chirac au sein de l'opposition. Des résultats locaux, comme les 11 % obtenus dans le XXe arrondissement de Paris par la liste du fasciste Le Pen, candidat du Front national, confirment cette polarisation à droite, qui se nourrit principalement d'une campagne raciste contre les travailleurs immigrés. Christian PICQUET Pierre REME
Les élections municipales des dimanches 6 et 13 mars 1983 en France ont, à peu de choses près, coincidé avec le deuxième anniversaire des victoires électorales de mai et juin 1981 qui ont permis aux deux principaux partis ouvriers, le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF), d'accéder au pouvoir. L'« état de grâce » des premiers mois, période pendant laquelle les dirigeants socialistes et communistes ont tenté de faire accepter leur politique par la population, a aujourd'hui disparu. Les sondages démon-
Le premier tour des élections municipales sanctionne un recul de la gauche même cette fois-ci.
de les arrondissements de Paris.
- dans leur immense majorité - considèrent que « les promesses n'ont pas été te-
Ce désenchantement s'est en premier lieu traduit par une nette progression de l'abstention lors de diverses consultations électorales : élections cantonales de mars tis de droite, du fait du refus de nombreux ouvriers et de 50% des jeunes de se rendre aux urnes; élections prud'homales (2) du mois de décembre, où les syndicats paraissant les plus liés au gouvernement ont enregistré, pour la CGT un recul important, pour la CFDT une stagna-
Le gouvernement Mitterrand-Mauroy au grand complet. (DR)
FRANCE
Enfin, il faut signaler le résultat obtenu par les listes écologistes, qui atteignent souvent entre 5 et 10 % des voix. Lors des précédentes consultations, cet électorat se reportait, au second tour, sur la droite et la gauche dans les proportions respectives de 1/3 et de 2/3. Il n'est pas certain qu'il en soit de
Les listes « La voix des travailleurs contre l'austérité », présentées unitairement par la Ligue communiste révolutionnaire et Lutte ouvrière dans 80 villes obtiennent un résultat de
2,5 % en moyenne. Elles remportent deux sièges de conseillers municipaux à Cenon (6,8 %) dans la banlieue ouvrière de Bordeaux, et à Saint-Etienne-du-Rouvray (5,1 %) dans la banlieue ouvrière de Rouen. Elles dépassent également les 5 % à Montbéliard, de même qu'à Trappes dans la banlieue parisienne.
Elles dépassent les 4% à Albi, Blois, Limoges, Martigues, Pessac, Roubaix, le Puy, Bobigny, le Lilas, et les 3 % à Alençon,
Alès, Bayonne, Creil, Dijon, Troyes, Clermont-Ferrand, Saint-
Denis, Malakoff, Nanterre, Rouen, Argenteuil, Pontoise, Vitry,
Saint-Ouen. Elles obtiennent entre 2 et 3 % au Havre et à Be-
En revanche, dans le centre des grandes villes, où la composition sociale a évolué au détriment de la classe ouvrière et où la bipolarisation politique était plus intense, ces listes n'atteignent pas les 2%. C'est le cas à Toulouse, Montpellier,
Strasbourg, Bordeaux, Rennes, Nantes, Orléans, ainsi que dans
Pour le second tour, là où il y a eu ballotage, la LCR appelle à la mobilisation pour battre la droite et stopper sa remontée, en rassemblant toutes les voix des travailleurs sur les listes conduites par le Parti socialiste et le Parti communiste. • sur le bilan de l'action du PS et du PCF.
IMPUISSANCE RÉFORMISTE
DEVANT LA CRISE
Les experts découpent couramment la politique du gouvernement Mitterrand-
Mauroy en deux étapes : une phase dite de « relance », de juin 1981 à juin 1982, suivie d'une phase dite de « rigueur », autrement dit d'austérité, qui prolonge-
1. Un sondage publié le 4 février par le magazine patronal l'Expansion et réalisé auprés de
700 ouvriers de diverse entreprises du secteur privé et du secteur public, révélait que 51 % des personnes interrogées jugeaient les promesses non tenues. Il est particulièrement frappant de constater que les opinions négatives l'emportent en ce qui concerne notamment la lutte contre le chômage, la réduction des inégalités, la réforme de la fiscalité. la défense et le maintien du pouvoir d'achat.
2. Il s'agit de l'élection des représentants des travailleurs, des cadres et du patronat du secteur privé aux tribunaux paritaires chargés de régler les litiges entre employeurs et salariés.
3. La
Confédération générale du travail
(CGT) est dirigée par des membres du PCF, et la
Confédération française démocratique du travail (CFDT) est dominée par un groupe d'obédience social-démocrate.
rait ses effets jusqu'à aujourd'hui. En fait, dès les premières semaines de leur gestion gouvernementale, les velléites des nouveaux dirigeants de mettre en œuvre une politique de relance et de faire sensiblement baisser le niveau du chômage - conformément à ce qu'ils avaient promis au cours de leur campagne électorale — se sont heurtées au poids de la crise. Aussi, dès la première «phase » ont coexisté mesures de relance et mesures d'austérité.
En juin-juillet 1981, le gouvernement a augmenté le salaire minimum de 10 %, les allocations familiales de 25 %, les allocations logement de 50% étalés sur six mois, le minimum vieillesse de 20%, l'allocation pour adulte handicapé de 20 %. Au début de l'année 1982, le budget était en augmentation et le minimum vieillesse ainsi que les allocations familiales ont été une nouvelle fois augmentés (respectivement de 20 et de 22 %).
Cela n'a pourtant pas empêché que, parallèlement, d'autres sent à une logique d'austérité. Dès no. vembre 1981, la cotisation d'assurance-maladie a été relevée de 1%. Quelques semaines auparavant, pour accompagner la première dévaluation du frane (de 8,5 %), on avait déjà décidé d'amputer les dépenses publiques de quelque 15
La politique appliquée durant cette période ne pouvait donc susciter la moindre mobilisation populaire autour du « changement ». Les décisions prises apparaissaient comme de simples mesures de justice sociale et ne pouvaient de toute façon, compte-tenu de leur nature, produire qu'une relance très limitée et sans quand il a été question de réduire la durée hebdomadaire du travail et que se sont engagées des négociations patronat-syndicats-gouvernement qui ont abouti à l'accord sur la semaine de 39 heures. Les dirigeants réformistes ont accepté de se situer dans le cadre d'une logique qui revenait à échanger la baisse du temps de travail contre une augmentation de la productivité, de sorte que, selon les propres termes du gouvernement et du patronat, « les machines tournent plus et
En juin 1982 est intervenue la deuxième dévaluation de la monnaie, 9,59% par rapport au mark allemand et au florin néerlandais. Celle-ci s'est accompagnée d'un tournant vers une orientation dominée par une logique d'austérité. Le blocage des salaires en a été la première manifestation. Par là s'est incarnée la capitulation du pouvoir devant les injonctions de ses partenaires de la Communauté économique européenne (CEE) et du Fonds monétaire international (FMI), qui exigeaient l'alignement de la France sur les politiques d'austérité en vigueur sur le reste du Vieux Continent. Au bout du compte, le tournant de juin 1982 n'a été que l'aboutissement de la volonté du PS et du PCF de respecter les règles du marché capitaliste international.
En effet, la « relance » de 1981-1982 reposait sur l'hypothèse d'une certaine reprise de l'économie mondiale qui ne s'est pas produite. L'isolement du gouvernement français sur son orientation s'est alors traduit par une augmentation des importations ainsi que par une stagnation des exportations. D'où, depuis plusieurs mois, le retour lancinant dans le discours des responsables français, du thème de la « contrainte extérieure ». De cette adaptation totale et ouverte aux exigences du capitalisme mondial, le gouvernement a tiré des conséquences pour les
D'ores et déjà, les travailleurs ont subi des coups très durs. Une ponction supplémentaire a été opérée sur le traitement des fonctionnaires pour soutenir la caisse de chômage, tandis que les sansvoyaient leurs avantages se duire. Le déficit de la Sécurité sociale (SS) (4) va être davantage pris en charge
Les salaires ont perdu en moyenne 1,3 % de pouvoir d'achat. Dans un grand nombre de petites entreprises, les avantages acquis sont progressivement remis en cause. Enfin, les clauses d'indexation des salaires figurant dans de nombreuses conventions collectives déclarées « illégales » par le ministre du Travail, Jean Auroux, au nom d'un décret pris par le général de Gaulle en 1959.
bourgeoisie entend bien exploiter au maximum son avantage. Le 24 décembre 1982, le magazine patronal, l'Expansion, réclamait que, pour 1983 et 1984, il soit « repris 5 % du pouvoir d'achat distribué en excès ». L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), de son côté, prévoit croissance comprise entre 0 (zéro) et 1 %. Il faudrait au moins 5% de croissance pour garantir une « légère reprise écono-
Dès avant les élections municipales, les gouvernants ont pris la décision d'abandonner les réformes « coûteuses ». C'est dans ce cadre qu'a été conclu, sous les auspices des ministères concernés, l'accord entre patronat et syndicats qui accorde au rabais la retraite à 60 ans (5). Parallèlement, on prépare le terrain pour de nouvelles mesures anti-ouvrières pour le lendemain du scrutin, mesures qui pourraient bien accompagner une troisième dévaluation du franc francais.
Devant une crise économique qui ne cesse de s'approfondir, un débat a éclaté au sein de la majorité sur les perspectives à moyen terme. Il s'est traduit par des déclarations divergentes de ministres et de responsables dans les colonnes de la presse. Ainsi s'expriment les contradictions non résolues depuis juin 1982.
Si toutes les composantes de la majorité s'accordent sur la nécessité de l'austérité, certains éléments de la politique gouvernementale demeurent contradictoires. Tel est le cas des projets officiels du ministre de la Recherche et de l'Industrie, Jean-Pierre Chevènement (6), qui préconise une politique industrielle volontariste, se réclamant avec force d'un « modèle japonais à la française » : il devrait, selon lui, en sortir, dans les deux ou trois ans, une « issue française à la crise ». En ce sens, il justifie la priorité accordée à la restructuration de la filière électronique en France, en visant, grâce à un accord avec la RFA, à une place dominante en Europe. De même, pour moderniser l'industrie textile sans avoir la mê me hémorragie d'emplois - 40 000 de ces emplois ont disparu en 1981 —, il a été décidé par le gouvernement une très importante baisse des charges sociales du
Une fraction du Parti socialiste, dominée par le l'Aménagement du territoire, Michel Rocard, prend date dans le débat qui va inévitablement rebondir à l'issue des élections municipales. Ce courant trouve un de ses principaux relais dans la direction de la deuxième centrale syndicale du pays, la CFDT, dont le secrétaire général, mond Maire, vient de proclamer la nécessité d'un deuxième plan d'austérité.
Le contenu de ce plan, Michel Rocard vient de le révéler dans une interview, où il déclare ne pas voir comment il serait possible d'éviter une réduction du pouvoir d'achat, « le temps de rééquilibrer notre balance des paiements ».
« La France dépense trop, indique-t-il, et il est urgent d'y remédier ; mais on doit pouvoir le faire en portant atteinte le moins possible à l'appareil de production. » Dans ce cadre, il prône une série de dispositions : « Remise en ordre des tarifs publics pour rémunérer les services à leurs prix, (...) corriger la pente des dépenses de l'assurance-maladie et peut-être l'assiette des recettes en fiscalisant davantage ... » Pour conclure, et alors qu'on lui demande s'il ne craint pas d'être accusé de parler comme le président du Centre national du patronat français (CNPF), le ministre du Plan répond froidement : " Quand il existe une évidence économique, je demande le droit de la dire comme
CONCESSIONS DEVANT LES CAMPAGNES RÉACTIONNAIRES
Ce tournant s'accompagne de concesmai 1981 à la droite sur le terrain des réformes démocratiques.
Prenons le cas du droit à l'avortement : le mouvement des femmes et, derrière lui, l'ensemble des organisations ouvrières, se sont depuis des années mobilisés sur la revendication : « Remboursement de l'avortement par la Sécurité so-
4. Très largement dû aux dettes patronales à cet organisme.
5. Pour bénéficier de la retraite à 60 ans. il faudra totaliser 37,5 années d'activité professionnelle. Ne bénéficient pas d'une retraite complète tous ceux qui n'auront pas autant d'années de cotisations. Ceux-ci sont évidemment plus nombreux que par le passé, dès lors que l'abaissement de lage de la retraite ne s'accompagne pas d'une réduction du nombre d'années d'activité nécessaires. De plus, si les retraites faibles seront majorées, les autres seront au contraire nivelées par le bas.
6. Jean-Pierre Chevênement est aussi le leader du courant classé à « gauche » du PS avant le 10 mai, le Centre d'études, de recherche et d'éducation socialistes (CERES).
ciale comme tout autre acte médical. » Le Projet socialiste, qui a sous-tendu la campagne du candidat François Mitterrand affirmait clairement : « Nous proposons l'extension des délais, l'égalité pour toutes les femmes, y compris les mineures et les immigrées, la protection contre l'application de la clause de conscience et la gratuité des soins. »
Il n'en fallait pas plus pour que les courants réactionnaires se mobilisent. Le « Cartel des groupements et personnes pour le respect de la vie », soutenu par l'Assemblée des évêques français, a organisé plusieurs manifestations et a même menacé d'appeler à « réduire la quote-part de l'impôt sur le revenu » pour ne pas contribuer à ce qu'ils caractérisent comme un « meurtre d'innocents ». A l'été 1982, le ministre des Affaires sociales, Pierre Bérégovoy, annonçait le report de toute décision sur ce point, non pas en raison des dépenses que cela entraînerait, mais pour respecter « les différentes familles spirituelles du pays ».
Il aura fallu qu'une pétition recueille des dizaines de milliers de signatures (dont celles de nombreux militants et militantes du PS et du PCF), que 15 000 personnes descendent dans la rue le 23 octobre 1982, pour qu'enfin une loi soit votée en décembre 1982. Cette dernière laisse néanmoins planer bien des incertitudes: ainsi, le mode de financement du remboursement fait de l'avortement, dans le projet adopté, un cas particulier susceptible d'être remis en cause chaque année (7).
On retrouve la même tendance sur le terrain des libertés. « La crise des libertés n'est pas un accident, indiquait pourtant le Projet socialiste. La répression est une nécessité du capitalisme en crise, dès lors que, pour peser sur les salaires et retrouver son taux de profit, il doit à la fois réles oppositions et obtenir consensus social assez large pour anesthésier toute volonté de résistance. »
Au cours de ses premiers mois d'activité, le nouveau pouvoir a pris une série de mesures positives, rompant avec la tendance au durcissement autoritaire que manifestait le régime giscardien : abolition de la peine de mort ; amnistie (les prisons francaises comptaient, avant le 10 mai
42 000 détenus pour 29 000 places) ; abrogation de plusieurs lois scélérates ; suppression des juridictions d'ex-
Ces dispositions ont provoqué une levée de boucliers de la droite qui a systématiquement entretenu la grogne des policiers (allant jusqu'à provoquer des manifestations d'éléments fascisants contre le ministre de l'Intérieur) et qui a su habilement exploiter le sentiment d'insécurité qui peut exister dans la population. Pour la majorité, le choix s'est rapidement avéré fort simple. Tenir ses engagements, c'était accepter l'affrontement avec des secteurs influents et importants de l'appareil d'Etat qui, dans le contexte actuel, n'acceptent aucune atteinte aux procédures liberticides dont la classe dominante peut demain avoir un urgent besoin pour mater le mouvement populaire. Au bout du compte, l'épreuve de force aurait sanctionné la faillite des tentatives de « compromis social » qui sont au cœur de la stratégie des socialistes. On a donc préféré rechercher l'alliance avec la haute administration et la hiérarchie militaire et policière, quel qu'en soit le prix. Et cela a impliqué d'œuvrer au renforcement de l'appareil d'Etat bourgeois. Cette réorientation était d'autant plus impérative que le tournant mis en œuvre dans le domaine économique, en juin 1982, pour satisfaire aux exigences du patronat, ne souffre
CFOT
pas de facteurs de tension au sein des institutions.
Conséquences : le nombre des policiers a considérablement augmenté, la collaboration entre la hiérarchie militaire et la hiérarchie civile de l'appareil d'Etat s'est développée, les services de renseignements ont été réorganisés. Le retour à une logique répressive s'est illustré dans trois domaines au moins : la mise en place (au nom de la lutte contre le terrorisme) d'un fichier informatisé qui contiendra environ 100 000 noms; la remise en cause du droit d'asile, ce qui vise, à l'heure actuelle, les anciens membres des groupes terroristes italiens et les militants nationalistes basques; la dissolution du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) et la réorganisation des services de police dans l'ile de Beauté (8).
LA DROITE ET LE PATRONAT ONT MARQUÉ DES POINTS En utilisant de façon habile l'orientation de la majorité, la droite et les milieux d'affaires ont obtenu plusieurs suecès. En premier lieu, ils ont regroupé leur base. Les petits patrons ont été mobilisés par le CNPF qui, après la déconfiture des formations politiques réactionnaires en mai et juin 1981, s'est attribué le rôle de « parti de l'entreprise ». Des centaines de milliers de dirigeants de petites entreprises ont répondu aux campagnes lancées par le grand patronat contre la « lourdeur insupportable » des charges sociales.
Ce processus n'allait nullement de soi. Certains conseillers économiques du
PS proposaient par exemple de lier la distribution d'aides gouvernementales à lacceptation par leurs bénéficiaires d'un minimum d'engagements. Ceux-ci pouvaient aller du contrôle public et syndical renforcé sur les licenciements, jusqu'à l'orientation de la production de certaines entreprises pour éviter leur faillite.
Même ce minimum n'a pas été accompli. Il est vrai que ces timides dispositions entraient en contradiction avec Les grévistes de Renault-Flins en janvier 1983. (DR) la « doctrine » que le Premier ministre Pierre Mauroy résumait en ces termes, dès novembre 1981: « Le profit est légitime. (...) Nous sommes dans une économie de marché et nous ne la remettrons jamais en cause. Le secteur privé, qui fournit aujourd'hui 80% de la valeur ajoutée, restera toujours prépondérant. »
La même règle a d'ailleurs présidé aux orientations développées dans le secteur nationalisé : les hauts fonctionnaires formés et sélectionnés par le CNPF sont pour l'essentiel demeurés en place. Et une indemnisation considérable a été accordée aux actionnaires des sociétés étatisées au lendemain de la victoire de la gauche (45 milliards de francs). Ce dernier point permet bien de mesurer à quel point la gestion en vigueur depuis deux ans a profité aux nantis du précédent régime : 1%
7. La loi adoptée ne prévoit pas, à l'heure actuelle, l'inscription de l'avortement au Code de la Sécurité sociale. Il sera financé par des fonds spéciaux, inclus chaque année dans la Loi de finances votée par le Parlement, ce qui impliquerait que ce financement exceptionnel pourrait étre remis en cause chaque année en fonction de décisions budgétaires. Un nouveau décret, impliquant un financement par la Sécurité sociale, a par la suite été annoncé, mais il n'a pas encore été adopté.
8. En l'absence de tout changement fondamental dans une ile où le revenu par habitant est de moitié inférieur à celui de la moyenne des Français et ou le nombre de chômeurs progresse deux fois et demi plus vite qu'en métropole, le FLNC, après une trêve de plus d'un an, a repris la lutte armée. Malgré un programme et une stratégie des plus flous, il bénéficie du soutien de toute une fraction de la population, parmi la jeunesse, les agriculteurs et les chômeurs en particulier.
de la population possède 47% des actions des entreprises, ce qui n'empêche que ce soient les mêmes qui empochent les indemnisations ….
Ces concessions répétées devant les campagnes réactionnaires ont donné l'impression aux petits patrons qu'ils étaient bien défendus. Le CNPF a pu de cette façon conserver le contrôle de ces couches et limiter l'audience des organisations qui, tel le Syndicat national de la petite et moyenne industrie (SNPMI) veulent voir adopter une logique de confrontation directe avec la majorité et les syndicats (9). Ne souhaitant pas ouvrir une dynamique qui pourrait déboucher sur une crise sociale d'ampleur, avec les conséquences incontrôlables qui en découleraient pour lui, le grand patronat préfère s'installer dans la durée. Non qu'il accepterait la présence à la présidence de la Ré-
Get au gouvernement de représentants ouvriers. Mais il pense pouvoir
June déstabilisation plus lente et exploiter à son profit les faiblesses de son
Il développe donc une double tactique de pression permanente sur le gouvernement pour qu'il satisfasse ses exigences, et une politique d'affrontements et de provocations sur les terrains où il pense jouir d'un rapport de forces favorable. On a eu un exemple de cette tactique lorsqu' au mois de novembre, la confédération patronale a unilatéralement dénoncé l'accord conclu il y a quelques années avec les syndicats sur l'indemnisation des chômeurs et quand, le 14 décembre, elle a réuni 20 000 entrepreneurs dans la ban-
Yvon Gattaz, le président du CNFP, résumait bien ce jour-là son orientation : « Nous défendons nos entreprises en péril et cette défense ne supporte et ne supportera ni compromis ni compromissions. Nous voulons être des militants du seul "parti de l'entreprise", celui qui nous unit sans restriction, sans escalade verbale et sans injures personnelles. » Et il avançait une série d'exigences: allègement des charges sociales ; assouplissement de la le gislation en matière d'embauche et de licenciements ; diminution des taxes et de la fiscalité ; liquidation des lois récemment promulguées sur les « nouveaux droits des travaileurs dans l'entreprise » ; prise en charge par les pouvoirs publies d'une partie des charges sociales lors de l'embauche des jeunes sortant de l'école, ete.
Le CNPF peut s'estimer satisfait. Sans dresser la liste exhaustive des cadeaux que lui ont fait les gouvernants, on peut donner deux exemples de ses succès. En ce qui concerne par exemple l'augmentation du salaire minimum (SMIC), les patrons ont été dispensés des cotisations sociales correspondantes. Coût pour les finances publiques: 16 milliards de francs. Cette mesure est particulièrement profitable à nombre de petites entreprises qui emploient une majorité de salariés payés au minimum. Quelques temps après, diverses « aides » ont été distribuées sans la moindre contrepartie pour un montant de 20 milliards de francs ...
Cette situation a également permis aux forces politiques de la bourgeoisie de reprendre l'offensive. * Ville par ville nous allons reconquérir la France », a d'ailleurs été leur principal slogan tout au long de la campagne pour les élections municipales. Moins qu'à une profonde mobilisation en leur faveur, c'est aux reculs successifs des socialistes et des communistes que les battus du 10 mai 1981 doivent ces nouvelles marges de manœuvre. Car le Rassemblement pour la république (RPR, le parti du maire de Paris, Jacques Chirac) et l'Union pour la démocratie française (UDF, dont le chef de file est Valéry Giscard d'Estaing) n'ont nullement refait le terrain perdu, comme l'avouait, le 14 janvier 1983, un éditorialiste de droite dans le Quotidien de Paris : « Le reflux de la gauche est effectivement entamé. Mais une victoire de l'UDF et du RPR ne constituerait au fond qu'un succès négatif. C'est moins l'opposition qui progresse que la gauche qui recule, ce sont moins les leaders du centre et de la droite qui séduisent que les dirigeants de la gauche qui déçoivent, c'est moins un vote d'adhésion qui se dessine qu'un vote-sanction qui s'annonce. »
Que cela plaise ou non à la droite et au patronat, le fait est là : ni l'état d'esprit des masses ni la situation propre des forces de la réaction ne permet de rechercher à court terme un changement politique radical. Du côté des travailleurs, comme le note l'Expansion du 4 février, " il y a des "déçus du socialisme", mais pas au point qu'ils envisagent de changer de camp, ou de renoncer à y trouver leur chef (...) : les ouvriers ne veulent pas renoncer à l'espoir que le gouvernement puisse redresser la barre, ni le décharger de cette responsabilité. Après tout, c'est dans cet esprit qu'ils ont voté pour lui ! ».
Par ailleurs, au moment où montent ces multiples critiques à l'égard de la majorité, la classe dominante n'a pas eu, elle, le temps de restructurer ses forces, de renouveler son personnel politique, de se doter d'un projet crédible. Elle n'est pas dans une situation qui lui permettrait de regagner, sinon les masses ouvrières, du moin les couches moyennes dont le tions à venir. basculement à gauche a été un élément déterminant de la victoire de François Mitterrand.
Ce handicap est d'autant plus lourd que l'activité des grands partis de droite s'est toujours étroitement intégrée aux mécanismes institutionnels de la Ve Ré. publique. Jamais n'ont existé de grands partis bourgeois de masse semblables à la Démocratie chrétienne allemande (CDU-CSU) ou à son homologue italien (DC). C'est là la principale conséquence de l'instauration par le général de Gaulle d'un Etat fort, dont l'un des objectifs était de briser le jeu parlementaire des partis, afin de gouverner directement au travers des institutions étatiques. En perdant successivement la présidence de la République, la direction du gouvernement et la majorité de la Chambre des députés (Assemblée nationale), la droite s'est vue privée de son instrument essentiel. Ce qui explique bien pourquoi, au cours des deux années écoulées, l'organisation patronale a dû monter en première ligne et se substituer à des partis privés de perspective à moyen terme pour maintenir l'unité des possédants.
Au travers des élections municipales, l'opposition réactionnaire visait d'abord à regrouper ses appuis traditionnels. D'où le
Men particulier dans le parti du RPR, à un discours dur, de type « reaganien », aux connotations racistes et xénophobes et centré sur la promesse d'une remise en cause des principaux acquis sociaux des trente dernières années. Les leaders de la droite n'ont pas hésité à annoncer la restitution au secteur privé des entreprises nationalisées à la Libération, la suppression de la cinquième semaine de congés payés ou de la retraite à 60 ans, ete. Pour ratisser le plus large possible à droite, des représentants des groupes fascistes ont été intégrés sur les « listes unitaires de l'opposition » dans plusieurs
Use donnant pour objectif la conquête de plusieurs dizaines de villes de plus de 30 000 habitants, grâce à la démobilisation de l'électorat ouvrier, la réaction cherche à disposer du maximum de points d'appui institutionnels pour harceler les dirigeants réformistes et les contraindre à de nouvelles capitulations. Mais il ne s'agit pas, à court terme, de s'engager dans la voie d'une déstabilisation aboutissant à des élections anticipées. Ce scénario comporte en effet le risque majeur de susciter une riposte massive de la classe ouvrière. Or le capital n'a pour l'instant aucun intérêt à ce que s'ouvre en France un processus de crise sociale et politique tant qu'il n'y est pas obligé par le développement même du
Il reste que la droite ne manquera pas d'exploiter ses succès pour faire apparaître un décalage entre le pays « légal » et le pays « réel », et pour utiliser ses nouvelles positions de force afin de peser sur les contradictions de la majorité. C'est dire à quel point les élections municipales n'ont pas constitué une simple parenthèse mais un point de départ pour les confronta-
En assurant la défaite de Valéry Giscard d'Estaing, en donnant une majorité parlementaire au PS et au PCF, les trafrançais avaient manifesté leur volonté d'en finir avec les attaques patronales et de voir s'appliquer des changements réels. La politique menée depuis deux ans par les partis au pouvoir explique bien la désorientation de nombreux secteurs ouvriers qui ont aujourd'hui l'impression d'avoir été trompés et que ce gouvernement qu'ils ont contribué à élire « fait la même chose que la droite ».
Christian PICQUET Pierre REME Paris, 24 février 1983. 9. Le SNPMI s'est rendu célèbre en organisant diverses actions violentes, ce qui lui a permis d'obtenir localement de bons résultats aux élections prud'homales, en particulier chez les petits commercants.