La "nouvelle politique économique" de l'UDP reprend les principales mesures conseillées par le FMI à la dictature ciation positive. Encore ces décrets sont- des intérêts de sa dette extérieure. Mais
Les cents jours du
TN peu plus de deux ans aprés le coup d'Etat du 17 juillet
| 1980, qui faisait suite à la victoire électorale de l'Union démocratique populaire (UDP) aux législatives du 29 juin
1980, les militaires boliviens, en l'occurrence le général Guido
Vildoso à la tête de la junte depuis seulement deux mois, décidaient de remettre le pouvoir aux civils. Ils le faisaient sous la double pression de la mobilisation populaire en cours avec la grève lancée par la Centrale ouvrière bolivienne (COB), et de leur impuissance à sortir le pays de la situation économique catastrophique dans laquelle ils l'avaient plongé. Réunis le 5 octobre 1982, les parlementaires du Congrès élu le 29 juin 1980, et dont la majorité est de droite (1), avaient élu les dirigeants de l'UDP, Hernan Siles Suazo et Jaime Paz Zamora, respectivement à la présidence et à la vice-présidence du nouveau gouvernement. L'élection des dirigeants de l'UDP avec la bienveillance des militaires et grâce aux suffrages, entre autres, des députés du Mouvement nationaliste révolutionnaire-historique
(MNR-H) de Victor Paz Estenssoro, qui avait soutenu le coup d'Etat de 1971 du général Hugo Banzer, illustre en quelque sorte le rôle que l'impérialisme et les forces réactionnaires locales attribuaient au futur gouvernement de l'UDP : rétablir la situation économique sous les auspices des conseillers du Fonds monétaire international (FMI) et faire barrage à la montée de la mobilisation ouvrière qui s'exprimait, dans de nombreuses grèves, depuis le milieu de l'année 1981.
La situation économique était effectivement assez inquiétante. La Bolivie était en faillite, la dette extérieure atteignant
4 milliards de dollars et absorbant les 2/3 des devises rapportées par les exportations.
Le taux d'inflation était de
220 %, le déficit fiscal de 40 % du Produit intérieur brut (PIB), le chômage avait augmenté de 67 % en deux ans ... (Le Monde,
10 novembre 1982). Les mesures d'austérité adoptées par les militaires en février-mars 1982 n'avaient fait qu'aggraver les
Hausse des prix des transports et du carburant, suppression des subventions alimentaires avaient ensuite contraint les militaires à lâcher du lest face à la réprobation populaire.
En mars, la junte décidait le flottement du peso. « Le dollar, qui valait 25 pesos en début d'année, fluctuait entre 250 et
350 pesos sur le marché noir », note le correspondant du Mon-
Parti ouvrier révolutionnaire-Combate ils bien insuffisants. En effet, si le taux de change du dollar a été fixé à 200 pesos, la demande intérieure était tellement élevée
Moins d'un mois après l'installation qu'en quelques jours il s'échangea au taux de l'UDP au gouvernement, de 400 pesos pour un dollar.
économiques qualifiées de « nécessaires et
Les mesures par le gouvernement de l'UDP, sauf celles l'UDP, ces mesures faisaient partie d'une concernant le économique » semblent fort à ce que le Fonds monétai-
(NEP), formule qui a la prétention de re international (FMI) avait comparer la crise capitaliste actuelle de imposer lors de la dernière dictature milil'Etat bourgeois bolivien avec la crise écotaire et que celle-ci n'avait pu mettre en nomique de l'Etat ouvrier soviétique des application du fait de sa peur des réacannées 1920.
tions populaires. L'UDP a donné la priori-
De toutes les dispositions adoptées commerce extérieur, par le gouvernement de l'UDP le 6 no-
« moyenne » (secteur privé de la mine), dernier, seuls les décrets relatifs au secteur agro-industriel de l'est du pays, au contrôle des devises par la Banque cenà la banque privée, autant de secteurs pertrale et à l'établissement d'un taux de mettant la récupération de devises pour change fixe méritent une prudente appré.
que l'Etat puisse faire face au règlement
BOLIVIE de (27 novembre 1982). Les prix de certains produits alimentaires connaissaient des hausses allant jusqu'à 1 000 %.
Héritant d'une telle situation économique, le gouvernement de l'UDP, comprenant des ministres du Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNR-I) de Siles Suazo, du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) de Jaime Paz Zamora et du Parti communiste bolivien (PCB), décidait une période de « cents jours d'économie de guerre », pour « remettre sur pied un pays au bord de la destruction ». Une trentaine de décrets étaient adoptés dès le 6 novembre 1982, parmi lesquels la suppression du flottement du peso, une dévaluation de 354% de la monnaie - ce qui portait à environ 800% le taux de dépréciation de la monnaie bolivienne depuis janvier 1982 —, un contrôle des changes, une politique de « vérité des prix » avec augmentation du prix de l'essence (200 %) et du pain (150%). Ces augmentations provoquaient une hausse d'environ 60% du coût de la vie, alors que la compensation salariale adoptée ne dépassait pas 30% pour les salaires de moins de 15 000 pesos (72 dollars), et que le salaire minimum était fixé à 8 490 pesos (soit environ 42 dollars). (Uno mas Uno, Mexico, 17 novembre 1982).
Si le gouvernement, par la voix du président de la République reconnaît le bien-fondé de la revendication ouvrière d'indexation des salaires sur le coût de la vie, il renvoie son adoption au terme de la période des « cents jours ». Aussi, le décalage entre les revendications ouvrières et les mesures gouvernementales en matière de salaires reste entier. La commission tripartite mineurs-COMIBOL-gouvernement (2) calculait, en août 1982, le salaire minimum au niveau de 56 dollars actuels.
Les cents jours d'économie de guerre étant censés prendre fin à la mi-février, il est donc temps de tirer un premier bilan de la politique du nouveau régime et ce d'autant plus que la perspective d'un coup de force institutionnel de la droite réactionnaire se précise. C'est ce premier bilan que le Secrétariat de la Commission politique du Parti ouvrier révolutionnaire-Combate (POR-Combate), section bolivienne de la IVe Internationale, a effectué pour Inprecor, dans un rapport dont nous publions de larges extraits ci-après.
cela s'est fait, bien évidemment, au détrides secteurs étatisés, conséquence un chômage accru et l'étouffement de la petite industrie travaillant pour le marché local. C'est en fait une poéconomiques adoptées contrôle des devises, res-
1. Lors des élections de juin 1980, PUDP remporta 38,74 % des suffrages contre 20,18 % MNR-H de Paz Estenssoro, 16,82 % pour l'ADN d'Hugo Banzer et 8,70 % pour le PS-1. Mais en nombre d'élus, avec 57 députés, l'UDP restait minoritaire au Congrés bolivien, d'autant que la droite y était surreprésentée avec 44 députés pour le MNR-H et 30 pour l'ADN. Même avec l'appui de 11 élus du PS-1, l'UDP ne parvient donc pas à avoir une majorité absolue de 157 sièges. Elle est donc prisonnière, au niveau parlementaire, du vote du MNR-H et des autres petites formations bourgeoises. COMIBOL (Corporacion Minera Boliviana) : organisme de gestion des mines natio-
litique typiquement monétariste, qui garantit les intérêts du capital impérialiste (3).
Le gouvernement de l'UDP, acclamé par les masses populaires lors de son investiture, a donc fait ce que la dictature militaire n'avait osé faire. Les résultats de cette politique sont les suivants : une augmentation de l'inflation, avec perte de valeur de la monnaie, le tout attei gnant un taux de 1500% ; une hausse supplémentaire du chômage de 13% ; un salaire minimum de 8490 pesos, ce qui ne représente que l'équivalent d'une semaine et demie de dépenses pour une famille de eing personnes; et, valueme ti une nouvelle menace de dévaluation court terme. Il est clair que le gros de l'économie étatisée continue sa course à la faillite, de même que la petite industrie privée non exportatrice, et que les liens de dépendance au capital impérialiste nord-américain et européen atteignent un point crucial, d'autant plus que le pays ne dispose pas de réserves de capitaux. Loin d'atténuer la crise économique, le gouvernement de l'UDP a fait peser un peu plus son poids sur les épaules des prolétaires, du peuple et des paysans pauvres.
Maintenant. le gouvernement de l'UDP, plongé dans une crise politique à la suite du départ des ministres du MIR (4), cherche à rectifier ses mesures économiques antérieures, sous la forme de nouvelles dévaluations, de l'établissement du salaire minimum vital à un taux toujours misérable, simplement destiné à contenir les luttes ouvrières et de l'instauration de la « cogestion » ouvrière des entreprises étatisées. Mais cela reste toujours dans la voie de la dépendance capitaliste et sur la ligne des orientations préconisées par le FMI. Avec cette politique de rectification économique, l'UDP parviendra seulement à accroître la faim, le chômage pour le peuple, les faillites des petites entreprises, à accentuer l'endettement du pays et l'enrichissement des quatre trusts qui mettent à sac l'économie nationale. Il augmente les sacrifices et les mesures d'austérité imposées aux travailleurs et, en conséquence, il accélère le processus de décomposition sociale. Ceci amènera nécessairement à une polarisation des forces sociales, à l'isolement du gouvernement par rapport aux masses, et au renforcement de la droite réactionnaire. Or, celle-ci ne cherche pas seulement à améliorer ses possibilités d'enrichissement, mais aussi à en obtenir la garantie, par la récupération du pouvoir politique. Et c'est d'ailleurs pour cela que cette droite réactionnaire est en train de conspirer et ira nécessairement vers un coup de force.
A travers la version militaire de sa gestion économique, qui était en vigueur sous la dictature, la droite réactionnaire a légué à l'UDP une économie en faillite totale. Mais il revenait aussi à l'UDP la tâche de contenir le mouvement ouvrier et populaire qui menaçait de donner l'assaut et de détruire la place-forte capitaliste. Ce sont les masses populaires, par leur combat héroique - qui connut ses premiers épisodes lors de la grève des mineurs de Huanuni en novembre 1981, et qui s'est poursuivi en s'étendant à l'échelle natio-
nale jusqu'à défaire politiquement la die- jours d'économie de tature - qui ont imposé le processus démocratique. Il est important que les marxistes révolutionnaires sachent, comme les masses populaires, faire la différence entre un régime dictatorial d'orientation fasciste et un régime démocratique bourgeois. Les masses sentent et vivent cette différence. Nous aussi. Et, bien que nous n'ayons aucun réel espoir dans le gouvernement de l'UDP, nous sommes confiants dans la capacité de lutte des masses. Aussi disons-nous que nous appuierons toutes les « mesures démocratiques, populaires et anti-impérialistes » du gouvernement de l'UDP. Et nous avertissons les masses de la nécessité de conserver leur indépendance politique et syndicale pour la poursuite de leur lutte sur leurs propres revendications et leurs objectifs historiques.
L'ETAT D'ESPRIT DES MASSES
ET LE GOUVERNEMENT DE L'UDP
Depuis le 10 octobre 1982, date de l'investiture du gouvernement de l'UDP, jusqu'à l'annonce de ses mesures économiques, le 6 novembre, les masses ont, dans une certaine mesure, baissé la garde, dans l'attente des premières décisions du gouvernement. Or, aucune mesure populaire ou anti-impérialiste n'a été adoptée, et les mesures pro-impérialistes des « cents
3. Environ 80 % des secteurs d'intérét stratégique de l'économie sont aux mains de l'Etat. Or, à part la mine de Huanuni, ces secteurs économiques se trouvent en situation de faillite et de banqueroute. Dans un article du Monde diplomatique du mois de février 1983 (« De l'échec d'une dictature à une difficile démocratie »), Yvon le Bot note à ce propos : « L'appareil productif est au bord de la faillite. Le coût de production de l'étain dans certaines mines de la COMIBOL est deux fois plus élevé que le cours sur le marché mondial (une seule de ces mines, Huanuni, est jugée rentable). Le président de la YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bollvianos), l'entreprise d'Etat qui assure l'exploitaguerre » ont fait l'effet d'une douche froide. Il était pourtant important que les masses parcourent ce chemin pour que tombe le masque
« anti-impérialiste et populaire » de ce gouvernement.
Le gouvernement de l'UDP a surgi comme résultat à la fois de la pression des masses et d'un accord politique. Alors que nous, nous prévenions qu'un gouvernement issu du Parlement ne pourrait marcher que sur une jambe, le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et la réaction droitière tenaient à cette issue parlementaire. Nous mêmes, le Parti communiste bolivien (PCB) et le Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNR-I), nous insistions, en dépit du temps qui passait, sur la nécessité d'une initiative électorale, c'est-à-dire la tenue de nouvelles élections, les dernières ayant eu lieu en juin 1980. Une telle initiative aurait permis d'acculer la droite, de la défaire aussi bien sur le plan électoral que dans la rue. Car s'il est vrai que les masses ne mangent pas de bulletins de vote et que, comme le disait démagogiquement le MIR, la faim n'attend pas, il s'agissait d'approfondir le processus en cours, le rapport de force politique et social étant très favorable à la gauche et à l'UDP. De cette façon, l'UDP aurait pu obtenir une majorité absolue au Parlement et dans tous les organes de l'Etat. Cela aurait tion du pétrole et du gaz, affirme que celle-ci perd un demi-million de dollars par jour. La majorité des entreprises publiques — mais aussi certaines entreprises privées - livrent leurs produits à des prix inférieurs au coût de production (c'est le cas des carburants et de l'électricité) et sont subventionnées par l'Etat, ce qui contribue à alimenter la contrebande et à creuser le déficit budgétaire. »
4. Les ministres du MIR, qui ont été remplacés par des personnalités indépendantes dans le cabinet de l'UDP désigné le 31 janvier der. nier, ont justifié leur départ en partie par un conflit à propos de l'attribution du ministère de l'Intérieur à un membre du MNR-I.
encouragé et enhardi les masses, et obligé le nouveau gouvernement à prendre des mesures anti-oligarchiques, à s'attaquer aux bandes paramilitaires, à acculer les secteurs réactionnaires de l'armée, et à faire taire la droite au Parlement.
Toutes les forces locales et internationales de la réaction se sont, elles, coalisées aussitôt pour éviter ce recours aux urnes et imposer une issue interne au Parlement constitué lors des élections de juin 1980. Ce Parlement est en majorité de droite, et le gouvernement UDP reste enfermé dans l'exécutif, sans réel pouvoir de décision législatif. Mais les masses ont aujourd'hui déjà dépassé cette phase de la lutte, et que l'UDP n'ait pas la majorité absolue au Parlement n'a maintenant guère d'importance devant le caractère antipopulaire de sa politique propre.
De plus, l'UDP portait en elle les germes de sa propre décomposition, en tant que front de collaboration de classes. Dans un pays comme le nôtre, où il n'existe de bourgeoisie indigène structurée et différenciée en tant que classe indépendante, où l'économie nationale est totalement dépendante, où il y a des secteurs oligarchiques liés au capital financier international, où l'armée joue le rôle de gendarme des intérêts capitalistes, un régime démocratique bourgeois de collaboration de classes ne peut subsister longtemps et l'affrontement social et politique est toujours à l'ordre du jour. C'est ainsi que s'est produite, à la fin de l'année passée, la première fracture dans le gouvernement et dans l'UDP elle-même, qui a conduit au départ des ministres du MIR du gouvernement, le 9 janvier 1983.
La politique du MIR vise à la formation d'un gouvernement de « concentration nationale » entre l'UDP, l'entreprise privée, l'armée, et la réaction droitière organisée dans l'Alliance démocratique nationale (ADN) de Hugo Banzer, le Mouvement nationaliste révolutionnaire historique (MNR-H) de Paz Estenssoro, et le Parti démocrate chrétien (PDC). Elle vise à une politique de rapprochement avec l'impérialisme américain et les gouvernements bourgeois européens, à contenir la poussée révolutionnaire des masses et à restaurer l'Etat bourgeois. La lutte contre les bandes paramilitaires et le trafic de drogues sert de couverture à la mise en place d'une telle politique. Elle ne vise pas le moins du monde à favoriser la mobilisation populaire. UN GOUVERNEMENT DÉJA EN CRISE
L'UDP n'a pas de positions politiques, économiques, nationales et internationales clairement définies. La crise de 13 jours due à la sortie des ministres du MIR se combine maintenant à celle provoquée par la condamnation, par le gouvernement, de l'occupation soviétique en Afghanistan, qui a provoqué une vigou-
Mais le PCB n'est pas disposé à quitter le gouvernement, où il dispose des ministères des Mines et du Travail. Il s'y accroche avec bec et ongles, parce que cela lui permet d'agir sur les deux fronts décisifs dans le cadre de sa politique réformiste : celui du gouvernement de collaboration et celui du contrôle du mou-
Par contre, aussi bien le MIR que les Américains sont intéressés au départ du PCB du gouvernement. Non par crainte d'une politique radicale de la part du PCB, il n'en a pas la moindre intention. II s'agit plutôt de tranquilliser les craintes
ECUN
DE
provinciales de la bourgeoisie autochtone et oligarchique. Mais le MIR, comme les Américains et la social-démocratie européenne savent parfaitement qu'il vaut mieux avoir à la maison ce chien édenté et lui donner quelques miettes du festin, chestrer quelques scandales (5). C'est ce que s'obstinent à ne pas comprendre la fermées dans leur « anticommunisme » borné.
La sortie du MIR du gouvernement a néanmoins eu deux effets :
— le camp de la droite s'est élargi ; - le gouvernement de l'UDP se trouve sur la corde raide, avec un soutien de masse de plus en plus réduit.
Ce n'est pas par hasard que le MIR affirme à présent que « ce gouvernement n'est pas celui que les masses ont élu, et qu'un nouveau gouvernement de concentration nationale est nécessaire ». De son côté, la réaction droitière a commencé au Parlement une escalade d'interpellations contre divers ministres du gouvernement de l'UDP. Cette même réaction dénonce aussi ce gouvernement comme un désastre absolu et appelle le peuple à s'en donner un autre. Fin décembre, se sont réunis à Tarija des représentants de l'ADN, du MNR-H, de l'entreprise privée, du propriétaires de moyens de transport, des militaires, etc., pour conspirer contre le gouvernement, préparer son boycott et son renversement.
Le gouvernement est sur la défensive. Seul le renfort du soutien des masses pourrait, provisoirement, le sauver. Mais il ne peut en appeler aux masses parce
GRESO NACIONA
COOPERATIVAS
Ve Congrès national des coopératives miniêres en 1978. (DR) qu'il représente lui-même les intérêts de la bourgeoisie et non ceux des travailleurs. Nous pensons donc que ce gouvernement est condamné à court terme. La proposition de la droite est déjà publique: boycott économique, boycott du gouvernement, généralisation de la crise économique et politique, afin que le Parlement intervienne et nomme un gouvernement de droite avec Victor Paz Estenssoro et Jaime Paz Zamora (MNRH-MIR) appuyés par leurs collègues de l'ADN, du PDC, de l'entreprise privée, etc. Ce renversement d'alliances est justement rendu possible par
5. Dans une interview à l'hebdomadaire américain Newsweek, le Président Hernan Siles Suazo devait s'expliquer sur la participation du Parti communiste bolivien à son gouvernement et rejeter les craintes américaines à ce sujet en déclarant : « Les communistes boliviens ont une grande influence dans la Confédération ouvrière bolivienne (COB), principal représentant des travailleurs de ce pays ... et les communistes boliviens réfléchissent en termes nationaux plus qu'en termes internationaux. » (Cité par Uno mas Uno, Mexico, 18 octobre 1982). De son côté, le secrétaire général du MIR, Antonio Aranibar, déclarait aussi dans la même veine : « Les communistes sont très prudents. Sur le rôle du secteur public et du capital étranger, ils sont, comme nous, partisans du statu quo. » (Le Monde du 4 février 1983).
l'actuelle majorité de droite au Parlement. Ce serait un coup de force, sans aucun doute porté « à froid », mais un coup de force tout de même, qui aboutirait à réduire les libertés démocratiques, à accentuer l'évolution à droite du processus politique et à couper court à la montée de la mobilisation des masses.
VERS UN COUP DE FORCE DE LA RÉACTION La démocratie bourgeoise en Bolivie n'a pas la possibilité de se stabiliser durablement, pour les raisons dont nous avons parlé plus haut. L'impérialisme américain a intérêt à étouffer ce volcan social qui menace son arrière-cour d'Amérique latine. Il a tenté la voie dictatoriale et le peuple l'a défaite. Il a essayé la voie démocratique bourgeoise, mais elle n'a pas duré longtemps. Parce qu'ici sont en jeu des intérêts internationaux. Et les diverses fractions de la bourgeoisie autochtone, de l'oligarchie et de l'armée représentent des puis, il y a le facteur décisif que constitue la maturité et l'expérience de la classe ouvrière, son admirable conscience classe et sa combativité.
La droite conspire done pour établir, dès qu'elle en entreverra la possibilité, un régime de droite dur. Les travailleurs luttent pour leurs libertés et leurs revendica-
Get pour une issue révolutionnaire. L'échéance de la chute ou du maintien du gouvernement actuel dépend de la combinaison de tous ces facteurs. Ce qui est sûr, c'est qu'il est condamné à terme et que se produira un affrontement politique et mirésultats politiques et le coût social pour les masses ne seront pas les mêmes s'il s'ad'un coup de force « à froid » ou d'un coup d'Etat sanglant. Avec un coup de force « à froid », la répression contre le peuple sera plus nuancée mais, de toute façon, il y aura répression pour détruire les organisations de masse et consolider la droite. Un coup brutal cherchera par contre à détruire d'un seul coup les organisations politiques et syndicales ainsi que les conquêtes des masses populaires. Cette seconde hypothèse est cependant moins praticable dans l'immédiat pour la bourgeoisie et l'impérialisme.
En effet, les masses viennent juste de faire l'expérience d'une dictature criminelle, despotique, sanguinaire et barbare. Elles ne sont pas désorganisées et progressent au contraire dans leur capacité d'auto-organisation. Un coup réactionnaire brutal se heurterait frontalement à une vive riposte et risquerait de déclencher une contre-offensive populaire menaçant sérieusement l'Etat bourgeois. La COB jouerait dans ce cas le rôle historique qui est le sien, et sa direction risquerait d'être débordée par la combativité insurgées et par l'action des petits partis révolutionnaires qui renforceraient leur
Le coup « à froid » est le choix de la droite. Mais ce type de coup de force actuellement envisagé par la réaction ne ressemble pas aux scénarios traditionnels des rébellions démarrant des casernes : assaut à l'aube du palais présidentiel, destitution et exil du Président ... Elle envisage cette fois une combinaison de trois facteurs : un boycott économique et politique du nouveau gouvernement, des contraintes pour amener le Président Siles Suazo à se retirer, et la nomination de Paz Estenssoro, dirigeant du MNR-H comme président de la République et de Paz Zamora, du MIR, comme vice-président, par un Parlement de « grand accord national ».
LA FIN DE LA TREVE SOCIALE
DES « CENTS JOURS » La relative démobilisation des masses, produite par les espoirs placés dans le gouvernement de l'UDP et les « cents jours » de trève qu'il a exigés, commence cependant à être surmontée. A présent, par exemple, tous les secteurs de travailleurs du pays se sont prononcés pour la revendication d'un salaire minimum vital de 40 000 pesos (soit environ 1 400 FF) garanti par un système d'échelle mobile.
Les discussions au sein du mouvement ouvrier sur la proposition gouvernementale de cogestion sont très larges. Certains secteurs l'acceptent, d'autres la catégoriquement. propositions alternatives ont été émises. Nous avons, quant à nous, proposé une majorité ouvrière dans les ouvrier collectif, c'est-à-dire avec droit de veto, dans les entreprises privées. Nous initiative syndicale qui permettrait une mobilisation ouvrière, paysanne et populaire d'ensemble, pour approfondir le processus démocratique, renforcer les organisations de masse et donner à la Centrale ouvrière son véritable rôle indépendant de direction du mouvement.
Une reprise de la mobilisation ouvrière et populaire se dessine aujourd'hui. Il y a des occupations d'usine contre la politique de boycott patronal, des assemblées et des congrès où se discutent les alternatives populaires, les méthodes de lutte et d'organisation, aussi bien pour faire face à la crise économique que pour affronter la contre-offensive de droite au Parlement et dans l'armée. D'où l'importance de l'organisation des masses et de l'autodéfense populaire.
Passé le délai des « cents jours », le 16 février 1983, il ne fait aueun doute qu'il y aura une réactivation de la lutte sociale. Si le gouvernement UDP continue à s'éloigner des aspirations des masses et si la droite continue à conspirer, nous irons à un affrontement politique à échéance rapprochée, qui pourra même prendre la forme d'affrontements armés. Les masses vont défendre le processus démocratique. Elles vont lutter pour imposer l'amélioration de leurs conditions de vie, de travail et de salaire, pour la desbandes paramilitaires et l'arrêt du trafic de cocaine, pour une perspective authentiquement démocratique et révolutionnaire, pour imposer leur propre gouvernement.
Notre parti soutient cette perspective. Le gouvernement de l'UDP fait certes partie du processus démocratique que nous voulons approfondir, mais en luttant dans ce sens, nous ne défendons pas le gouvernement bourgeois de l'UDP mais les conquêtes des masses. L'ennemi principal du moment n'est pas le gouvernement de l'UDP, mais la réaction retranchée dans le Parlement et dans l'armée. C'est elle qui représente l'impérialisme américain et la social-démocratie euro-
Enfin, face à la perspective d'un coup de force réactionnaire, nous appe. lons les masses et leurs partis à défendre les libertés et à organiser l'autodéfense populaire. L'unité des forces populaires et ouvrières, la mobilisation et l'autodéfense sont les pilliers de notre politique contre la menace de coup. C'est seulement ainsi que nous avons une chance de défaire la droite. C'est pourquoi nous disons qu'il n'est pas question de freiner la lutte sociale et de contenir les mobilisations de masse. Notre politique d'alliance inclut tous les partis ouvriers, populaires et démocratiques, ainsi que les syndicats ouvriers et paysans. C'est là que réside notre force et la possibilité de notre victoire.
LES ALTERNATIVES DE GAUCHE
Le Parti socialiste-Un (PS-1) est le seul axe politique national à la gauche de l'UDP. Nous, nous ne sommes encore qu'un parti minoritaire et non véritablement structuré à l'échelle nationale. Nous sommes cependant le seul courant marxiste-révolutionnaire perspective de développement à court terme par rapport à d'autres petits groupes révolutionnaires en voie de disparition. Nous essayons de nous lier à tous ces petits groupes et de les centraliser dans un courant révolutionnaire unique.
Mais ceci n'est pas suffisant pour faire face aux tâches de l'heure et à celles de demain. Il faut une politique d'alliances plus larges, qui inclue des secteurs révolutionnaires, progressistes et authentiquement démocratiques, des secteurs intéressés à la consolidation et à l'approfondissement du processus démocratique.
C'est pourquoi nous appelons ces forces à affronter l'ennemi à se doter d'une direction politico-militaire démocratique. Cet instrument pour les masses ne peut être construit que sur un programme démocratique et révolutionnaire regroupant les partis de gauche (authentiquement démocratiques et révolutionnaires), les syndicats et les institutions progressistes. Cet instrument serait un Bloc révolutionnaire et populaire.
Le PS-1, du fait qu'il n'a ni une véritable structure de parti ni une politique • clairement définie face à la situation prédans l'impossibilité construire comme la direction politique de rechange du mouvement de masse. S'il surmontait ces handicaps, le PS-1 pourrait peut-être parvenir à centraliser la conscience radicalisée et la volonté de lutte des masses travailleuses, et devenir une direction de masse.
Mais ce n'est pas le cas jusqu'à présent. Ainsi, dans les secteurs des couches moyennes où ont eu lieu des élections professionnelles, le PS-1 a obtenu une éclatante victoire qui signifiait un rejet de PUDP. Mais il n'est pas allé plus loin. Il n'a pas appelé à la moindre mobilisation, manifestation ou meeting, tout au long de cette période tourmentée de luttes sociales. Il garde une position attentiste et s'en tient à des déclarations générales, sans s'adresser directement aux masses et sans clarifier son rôle vis-à-vis du gouvernement, de l'Etat, de la crise économique et des préparatifs de coup de force.
En ce qui nous concerne, à l'encontre de toute politique sectaire, nous appuyons le PS-1 et nous mobilisons à ses côtés quand ils s'agit d'affronter la droite ou de gagner du terrain sur l'UDP. Mais le PS-1 s'en tient à une politique unitaire conjoncturelle, pour gagner des élections, et non à une politique unitaire stratégique. Par exemple, dans le centre minier combatif de Huanuni, le PS-1, par une politique sectaire erronée, s'est présenté seul aux élections. Sur 1 800 votants (pour un total de 2200 travailleurs), il n'a obtenu que 57 voix, alors que nous avons remporté la majorité absolue en alliance avec des maoïstes dissidents du courant maoiste officiel et qui sont opposés à l'UDP.
D'autre part, l'UDP et les partis qui la composent n'ont pas une politique monolithique dans tous les fronts de masse. D'où la possibilité de parvenir à des accords conjoncturels avec des secteurs radicalisés de ces partis. Ainsi, à l'est du pays, le MNR-I a une base combative dans les secteurs paysans et populaires, ce qui nous permet une politique d'alliances conjoncturelles contre la droite. Dans les universités, nous suivons une politique unitaire avec le MIR et le PCB, ou avec d'autres groupes indépendants et révolutionnaires. Tout cela dans le cadre d'une tactique de mobilisation unitaire face à l'ennemi commun.
Quant aux organes autonomes d'expression des masses travailleuses, la situation commence à mûrir. Les occupations d'entreprises ont donné naissance à des comités d'usine ou à des comités de grève. La crise économique nourrit la formation de Comités de défense de l'économie populaire (CODEP) que le MIR s'efforce de contrôler à partir de la vice-présidence du gouvernement. Mais il ne s'agit pas encore là d'organes populaires indépendants et de masse. Les comités d'habitants remplissent également des fonctions de ravitaillement et d'infrastructure dans certains quartiers. Mais l'apparition de tels organes n'est ni générale ni nationale. Jusprésent, ce sont les syndicats, les Centrales ouvrières départementales (COD) et la COB qui jouent le rôle moteur. Le niveau du développement politique n'a pas dépassé ce qu'il était en octobre dernier, et c'est pourquoi il n'existe pas encore d'instruments d'auto-organisation massive en dehors des syndicats.
POR-Combate La Paz, 17 février 1983.