Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SURINAM

Des nationalistes en uniforme à Paramaribo

· Inprecor n° 146, 28 mars 1983 · p. 17-20 · 4 338 mots

Syndicalisme

en uniforme à Paramaribo contribué à isoler l'équipe militaire au pouvoir

Des nationalistes

E devant de la scène politique de cette ancienne colonie

Lete ladie, deux racine bande en es 75, a trant ur

• été occupé par deux fractions bourgeoises s'appuyant sur une base électorale ethnique, respectivement créole et hindoue. L'aile créole, qui a accédé à la direction des affaires lors de l'Indépendance en 1975, représentée par la Coalition nationale des partis (Nationale

Partij Kombinatie, NPK)

dirigée par l'ancien Premier ministre Henk regroupe entre autres le Parti national du Surinam (Nationale

Partij Suriname, NPS), le Parti progressiste populaire du

Surinam (Progressive Surinaamse Volkspartij, PSV), et le Parti républicain nationaliste (Partij Nationale Republikein, PNR)

d'Eddy Bruma, ce dernier représentant plutôt les intérêts de la bourgeoisie autochtone. Aux conflits électoraux à base ethnique se sont superposés aussi des oppositions entre diverses fractions bourgeoises. Tout cela, et le système de type parlementaire calqué sur l'ancienne métropole coloniale, ont largement contribué à la perte de crédit de l'équipe mise en place à l'Indépendance (1).

Parallèlement, dans une armée surinamienne dont 200 gradés étaient sortis du rang, l'agitation avait commencé à s'exprimer dès l'Indépendance. Une première mobilisation pour la reconstitution de l'Union des cadres militaires (Bond van Militaire Kader, BOMIKA). Fin 1979 début 1980, le BOMIKA protesta en plusieurs occasions contre la situation à l'intérieur de l'armée. Le gouvernement fit la sourde oreille. Fin janvier

1980, après que le BOMIKA ait réclamé la démission des dirigeants de l'état-major, plusieurs de ses membres furent inculpés devant une cour martiale sous l'accusation de mutinerie.

La solidarité populaire avec le BOMIKA se développa à cette occasion. La lutte de l'Union des cadres militaires était en quelque sorte devenue un catalyseur de la lutte des classes.

Mais en l'absence d'alternative révolutionnaire, les dirigeants du BOMIKA tissèrent plutôt des liens avec des forces politiques bourgeoises et notamment, semble-t-il, avec le PNR d'Eddy Bruma. Et le 25 février 1980, les militaires renversaient ques bourgeoises et notamment, semble-t-il, avec le PNR d'Eddy Bruma. Et le 25 février 1980, les militaires renversaient le gouvernement de Henk Arron au nom des soldats et des officiers mutinés. Cela devait leur assurer une certaine popularité.

Mais il ne faisait pas de doute que le coup d'Etat militaire avait reçu l'assentiment de l'impérialisme et de certaines forces bourgeoises locales. Les forces de gauche eurent, pour certaines, une attitude prudente dans un premier temps, mais toutes finirent par se rallier aux militaires au pouvoir. L'Union progressiste des ouvriers et paysans (PALU), une formation petite bourgeoise composée de technocrates, acceptera plus tard des postes ministériels, tandis que le Parti du Peuple (VP), dont la direction a été éduquée à l'école stalinienne, scissionnait sur nam. Le 25 novembre 1975, la vieille armée coloniale était remplacée par la Suri-

C'est en 1975 que la fraction bournaamse Krijgsmacht (SKM)

geoise créole dirigée par Henk Arron a

1 000 hommes. Durant une période de remporté les élections et signé la déclacinq années, les Surinamiens étaient autoration d'Indépendance avec le Premier risés à entrer aux Pays-Bas comme « citoministre social-démocrate néerlandais yens néerlandais ». Des dizaines de milliers

Joop den Uyl. Les Pays-Bas s'étaient end'entre eux ont opté pour l'émigration en gagés à apporter une aide financière tota-

Europe juste avant l'Indépendance.

L'économie le équivalant à 800 millions de dollars amés'appuie essentiellement sur l'exploitation ricains et à construire l'armée du Suri-

SURINAM Le refus des mobilisations populaires a la question du degré de soutien à accorder au Conseil militaire national (CMN) mis en place par les putschistes.

Même si le Conseil militaire national n'était que toléré par les forces bourgeoises qui avaient soutenu le coup désiraient normaliser le plus rapidement possible la situation, il ne fit rien pour en appeler à la mobilisation des masses populaires. En décrétant au contraire un couvre-feu, en interdisant toute réunion politique et en instaurant la censure parmi ses premières décisions, le CMN montrait bien qu'il n'était nullement disposé à favoriser la mobilisation populaire.

Pourtant, les divisions internes au camp bourgeois étaient un obstacle à la normalisation de la situation. Et, au cours de l'année 1981, des mobilisations populaires eurent lieu, forçant même le gouvernement à relâcher des militaires radicaux qui avaient été inquiétés. C'est ainsi que prit corps la revendication de la mise en place d'un Front révolutionnaire destiné à mobiliser les masses populaires dans le combat anti-impérialiste. Le lieutenant-colonel Desi Bouterse, dirigeant des putschistes de février 1980, en accepta la constitution en novembre 1981, dans l'espoir de pouvoir maîtriser la dynamique qui poussait certains secteurs militaires et populaires à prendre exemple sur un processus à la cubaine. L'adoption d'un programme radical comme base de constitution du Front révolutionnaire finit d'affoler la bourgeoisie et l'impérialisme, qui ne faisaient justement nullement confiance à Desi Bouterse pour contrôler la situation. Dès lors, le courant bourgeois favorable au renversement de l'équipe de Desi Bouterse se renforça.

Parallèlement, la campagne des formations bourgeoises autour de la question des droits démocratiques, rencontrait d'autant plus d'écho que les militaires et le gouvernement prenaient un cours répressif plus accusé. Après toute une série de provocations, de grèves anti-gouvernementales appelées par le syndicat Moederbond alors aligné sur les forces bourgeoises, et face à des menaces de déstabilisation impérialistes, l'équipe de Desi Bouterse réagira de manière violente en réprimant sans grandes distinctions les secteurs oppositionnels, le 8 décembre 1982. Cette attitude laissait le champ libre aux formations bourgeoises pour polariser, autour de leur campagne sur le respect des droits de l'homme, une partie importante du

Affaiblie par sa politique de refus des mobilisations de masse et ses réactions autoritaristes, l'équipe militaire au pouvoir à Paramaribo est plus isolée que jamais, au moment même où la pression impérialiste se fait sentir sur elle de manière multiforme, qui n'exclut pas un coup de force impérialiste. Les appels tardifs de l'équipe Bouterse à la mobilisation révolutionnaire des masses ont toutes les chances, dans ce cas, de rester peu convaincants.

de la bauxite utilisée dans la production d'aluminium et sur l'aide économique ex forte de térieure. Un rôle secondaire est dévolu à 1. Pour une meilleure compréhension du contexte politique du coup d'Etat de 1980 et des conflits de classes au Surinam, on peut se reporter à l'article d'analyse de Sandew Hira, « Structure sociale et luttes de classes au capitaliste du Surinam Surinam ». Internationale, 3e série, numéro 6, octobre-no- publié dans la revue Quatrième vembre-décembre 1981.

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l'industrie forestière, à la production de riz et de banane, et à la pêche à la crevette. Ces secteurs sont largement dominés par le capital étranger, néerlandais et nord-américain.

Sous le poids de la pénétration capitaliste, depuis les années 1960, les petits paysans et les habitants des régions forestières sont réduits à l'exode rural. Ils constitueront, dans la capitale Paramaribo, une armée de réserve de main-d'œuvre qui n'a que de bien maigres possibilités trouver du travail. L'émigration et la croissance démesurée de l'appareil d'Etat ont partiellement camouflé l'étendue de ce chômage. Mais au cours de ses cinq années de gouvernement, le régime de Henk Arron (1975-1980) a provoqué une crise sociale et politique sans précédent. Sur le plan économique, cette crise s'est illustrée par une hausse vertigineuse du budget de l'Etat, la destruction de la production agricole et, en conséquence, un accroissement des importations produits alimentaires. La crise sociale est due au phénomène de déracinement des petits paysans et des habitants des régions forestières, de l'émigration d'un tiers de la population et du chômage. La crise politique est le produit de la lutte intense que se sont livrées les deux fractions bourgeoises pro-impérialistes dominantes, de la fraude électorale, de la corruption, du désespoir de la bourgeoisie autochtone naissante et de la lente croissance de la gauche.

LA GREVE DES SOLDATS

ET LE COUP D'ETAT DE BOUTERSE

En 1979, les fractions bourgeoises opposées en sont littéralement venues aux mains dans l'enceinte même du Parlement. La majorité favorable à Henk Arron s'est effritée et de nouvelles élections ont été organisées. Au beau milieu de la campagne électorale, le malaise dans l'armée a encore intensifié la crise politique. Des protestations contre la discipline de fer, la mauvaise administration et l'arbitraire ont conduit à une grève du personnel des bases militaires, dirigée par un groupe de sergents. Cette action a rencontré une large sympathie auprès de la population civile.

fractions bourgeoises ont alors suggéré à Arron d'accepter un compromis. Il refusa, les menaça et adopta une attitude inflexible à l'égard des sergents. De par l'intransigeance de Henk Arron, la situation était en passe d'échapper au contrôle de la bourgeoisie, toutes tendances confondues. La fraction pro-impérialiste opposée à Arron, de même que la bourgeoisie nationaliste, qui se reconnaissait surtout dans les positions du Partij Nationale Republikein (PNR) d'Eddy Bruma, et les puissances impérialistes, n'avaient guère d'autre recours possible que celui du coup d'Etat militaire.

Un seul groupe, dans l'armée, était alors à même de réaliser un tel coup d'Etat, le « groupe des seize » réuni autour du sergent Desi Bouterse. Pourquoi pré cisément celui-ci? C'est qu'il possédait des liens très étroits avec le courant nationaliste bourgeois du PNR de Bruma qui, pouvoir en tant que représentant de la bourgeoisie autochtone, pouvait fournir une petite base politique à cette action. Le PNR, qui s'était implanté dans l'armée depuis quelques temps, avait envisagé un coup d'Etat depuis 1978. En outre, il bénéficiait d'une certaine crédibilité au sein du mouvement ouvrier grâce aux liens qu'il avait tissés de longue date avec la Confédéranationale. Il disposait également d'une certaine tradition antiimpérialiste. Le fait que les dirigeants du PNR aient pris la défense des militaires en grève n'était donc pas dû au simple hasard Cela leur a permis de présenter la perspective d'un coup d'Etat comme un moyen de défendre les grévistes contre la colère

Tout ceci a convaincu les dirigeants impérialistes de miser sur le sergent Bouterse. Le plan pour le coup d'Etat a été élaboré avec l'aide de la mission militaire néerlandaise (2). Et, le 25 février 1980, le gouvernement Arron était renversé.

plus gros problème auquel la bourgeoisie devait ensuite faire face était de parvenir à stabiliser la situation après le coup d'Etat. Il fallait empêcher les masses populaires d'organiser des manifestations de rue et restituer au plus vite le

PANAMA Caracas

Panam VENEZUELA

Bogota

COLOMBIE Equateu Quitoo

EQUATEUR

RO E aux institutions officielles qui avaient subsisté. C'est ainsi que tous les rassemblements furent interdits et le couvre-feu décrété. Des mesures sévères furent introduites contre le pillage et contre toute attitude d'indiscipline de la part soldats. Des images de personnes fouettées furent diffusées à la télévision. Le président Johan Ferrier, en place depuis l'Indépendance, ne fut pas écarté du pouvoir. Il devint même l'autorité suprême du pays.

Cependant, la stabilisation de la situation ne s'est pas déroulée comme prévu. Quoique le personnel militaire en grève et son syndicat, le BOMIKA, n'aient pris aucune part active dans le coup d'Etat, leur soutien au coup après les faits n'a pas été sans importance.

Le groupe rassemblé autour de Bouterse et le groupe BOMIKA ont tous deux

2. Dans l'article déjà cité, Sandew Hira note à ce propos : « Bouterse, chef du coup et actuellement chef de l'armée, explique dans son autobiographie que les plans avaient été fixés en accord avec la Central Intelligence Agency suri-

Get avec des personnages politiques qu'il ne nomme pas. Etant donné le rôle central joué par les dirigeants du PNR avant et après le coup dans la lutte contre Arron, il est possible qu'il s'agisse de membres de cette formation. »

Georgetown:

GUYANA, Paramariba

SURINAM

Cayenne.

GUYANE

L S E R

1000 km

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siégé au Nationale Militaire Raad (Conseil militaire national) mis en place à la suite du coup et toléré par la bourgeoisie. Ce Conseil est dès lors devenu un deuxième centre de pouvoir, aux côtés de la prési- définitive du régime bourgeois. dence. De plus, il faut garder présent à l'esprit que Bouterse n'a pas simplement cherché à servir les intérêts de l'impérialisme. La bourgeoisie nationale voulait également jouer un rôle actif. Le groupe BOMIKA participant au Conseil militaire national (CMN) a recherché et obtenu le soutien du mouvement ouvrier et paysan. Les dirigeants de divers groupes de gauche leur entrée au sein de cette instance à titre de « conseillers ». Ces groupes étaient cependant trop divisés et trop faibles pour conduire un gouvernement de gauche au pouvoir. L'élément décisif a été l'incapacité du Conseil militaire national à mobiliser les masses. Bouterse et Ferrier ont fait barrage à toute mesure allant dans ce sens (3).

Un gouvernement composite a été mis sur pied avec le soutien de Johan Ferrier, des Pays-Bas et des Etats-Unis. En plus de trois ministres issus du PNR, un membre de ce parti, le Dr Henk Chin-a-Sen, devenait Premier ministre. Le gouvernement des Pays-Bas a fourni une aide financière pour faciliter certaines réformes et promouvoir ainsi la stabilisation du nouveau régime. Les buts généraux de la bourgeoisie étaient de maintenir les masses dans la passivité, en sapant leur capacité à prendre des initiatives indépendantes, de briser le syndicat dans l'armée (4) et de concentrer au maximum le pouvoir d'Etat tout en concédant une certaine forme de démocratie parlementaire.

A ce jour, ces projets sont restés lettre morte. La crise économique et sociale est toujours d'actualité. Cela a engagé la gauche à prendre de nouvelles initiatives, et les divisions se sont approfondies dans le camp de la bourgeoisie. L'armée n'a toujours pas été véritablement unifiée.

LES MASSES COMMENCENT

A FAIRE ENTENDRE LEUR VOIX

En juillet 1980, l'interdiction de manifester a été massivement remise en cause au cours de la visite du ministre néerlandais de la Coopération, De Koning. Il était venu pour discuter les conditions d'une aide économique. 20 000 personnes sont descendues dans la rue pour réclamer un accord plus avantageux. En août 1980, Bouterse et Chin-a-Sen ont réagi fermement. De retour de Managua où il avait assisté aux cérémonies commémorant la victoire sandiniste, le président du CMN était obligé de démissionner. Les membres du groupe syndical dans le CMN étaient arrêtés, ainsi que certains des organisateurs des manifestations de juillet, accusés d'avoir fomenté un complot de gauche. Dans le même temps, le président Johan Ferrier était contraint de démissionner et était bientôt remplacé à son poste par Chin-a-Sen. Le pouvoir semblait alors fermement dans les mains du courant Bouterse. Le Parlement était fermé, la censure de la presse maintenue, l'activité des partis toujours interdite (5).

Simultanément, la gauche et les fractions bourgeoises pro-impérialistes vaient réduites à l'impuissance. Mais tout cela n'a pas abouti à une stabilisation

Pourtant, dès février 1981, le caractère superficiel de la victoire de la fraction nationaliste bourgeoise devint plus évident. Le démembrement du Conseil militaire national comme centre de pouvoir était remis en question. Les protestations emprisonnements qui frappaient les dirigeants militaires de gauche se faisaient plus nombreuses, y compris au sein de l'armée. La célébration d'« une de révolution » s'est rapidement transformée en manifestation pour la libération des prisonniers. Desi Bouterse se voyait obligé de céder peu après.

L'année 1981 aura donc été le théâtre d'une montée massive du mouvement de masse. Les revendications ouvrières et étudiantes ont forcé le gouvernement à céder sur certains points. Mais ce processus s'est trouvé bloqué par le sabotage continuel de la bourgeoisie pro-impérialiste (compradore). Les restrictions sur les importations, le gel et la garantie de stabilité des prix, les réformes de l'impôt, de l'université, ainsi que la réforme agraire furent suspendues.

A gauche, le mot d'ordre de front ré volutionnaire était avancé afin de mobiliser les masses pour réaliser les change. ments. Quand, en novembre 1981, des sont descendues dans la rue pour manifester en faveur de la résistance salvadorienne, Chin-a-Sen ne contenir la gauche. Une divergence est alors apparue entre lui et

Bouterse a accepté, fin 1981, la constitution du Front révolutionnaire en faisant de l'état-major militaire la direction du front, espérant ainsi pouvoir le contrôler. Cependant, Bouterse n'a pas pu prévenir l'adoption d'un programme radical qui effrayait les impérialistes et bon nombre de bourgeois nationalistes (6). Chin-a-Sen, par contre, ne croyait pas que Bouterse puisse contrôler le front. Après une critique acerbe du cours « ultra-gauche » dans lequel le pays était engagé, il démissionna de ses responsabilités de Président et de

3. Parmi les groupes les plus influents de la gauche, on peut citer l'Union progressiste des ouvriers et paysans (Progressive Arbeiders en Landbouwers Unie, PALU), le Parti du peuple (Volkspartij, VP) et le Parti révolutionnaire du peuple (Revolutionaire Volkspartij, RVP). Dans l'article de Quatriême Internationale déjà cité. Sandew Hira définit la PALU comme « une formation petite bourgeoise de technocrates qui se sont prononcés pour l'autogestion ouvrière. Elle représente une tendance très particulière, sans équivalent à l'échelle internationale. Ses militants prétendent avoir les connaissances techniques suffisantes pour changer la société surinamienne sans qu'il soit nécessaire de mobiliser les ouvriers pour renverser le système capitaliste ».

VP est défini comme un parti « dont la direction a été éduquée à l'école stalinienne, bien qu'elle ne se rallie pas explicitement a Moscou ». Après le coup d'Etat de 1980, une scission est intervenue dans le VP, donnant naissance au RVP, favorable à un soutien plus important encore au Conseil militaire national et aux institutions issues de la prise de pouvoir par

Premier ministre en février 1982. A travers cette démission, c'est une frange significative de la bourgeoisie nationale qui retirait ainsi sa confiance à la direction

Le courant favorable à un coup d'Etat contre le lieutenant-colonel Bouterse a commencé à rencontrer un plus large écho. Les gouvernements néerlandais et américain, ainsi que des secteurs du courant nationaliste bourgeois liés à Bouterse l'ont bientôt rejoint. La stratégie alors mise en place était sans mystère. Ces secteurs menaient une campagne centrale autour du mot d'ordre exigeant la restauration des droits démocratiques et la convocation d'élections libres. campagne était à même de rencontrer un accueil favorable auprès des masses populaires qui, depuis deux ans, vivaient toujours sous une sorte d'état d'urgence. L'autre aspect de cette stratégie consistait en une agitation contre la gauche, sous couvert d'un soutien à la contre le cours « totalitariste de gauche » suivi par Bouterse. Ainsi, toutes les informations concernant Cuba, le Nicaragua ou Grenade furent systématiquement bloquées, afin de briser l'influence de la gauche sur les masses. Tout cela se combinait avec des tentatives pour briser le Front révolutionnaire. Cela semblait possible grâce à la complicité des dirigeants syndicaux réactionnaires, et en exploitant les conflits immédiats entre le mouvement de masse et la direction de l'armée. Il était enfin prévu de se débarrasser de Bouterse, soit par un coup d'Etat, soit à la suite d'un accord avec lui.

La réaction bourgeoise a constitué une Alliance pour la démocratie avec la participation de juristes, d'hommes d'affaires, de journalistes, de médecins et de scientifiques.

TENTATIVE DE COUP D'ETAT ET RENFORCEMENT DE LA RÉACTION Le 11 mars 1982, une tentative de coup d'Etat a eu lieu sous la direction du lieutenant Henri Gorre et du lieutenant Surendre Rambocus. Ses auteurs avaient bien sûr obtenu l'assentiment de l'ambas-

4. Ceci pouvait entre autres être obtenu en achetant les dirigeants par des carrières prometteuses. Ainsi, le sergent Desi Bouterse s'eat promu au rang de major, le sergent Roy Horb est devenu capitaine et le sergent Abrahams, lié au courant du BOMIKA, a été nommé chef de la

5. Le quotidien francais le Monde écrit. le 28 novembre 1980, à ce sujet : « Ayant écrasé dans l'œuf un éventuel plan pro-cubain, le gouvernement attend des Occidentaux, et notamment des Pays-Bas, qu'ils aide indispensable à la relance de l'économie su-

6. Dirigé par le lieutenant-colonel Bouterse, le Front révolutionnaire se proclame antiimpérialiste. Il se propose de « réunir toutes les forces patriotiques pour assurer la défense de la révolution du 25 féurier » et de créer « une société sans oppresseur ni opprimé. dont les moyens de production seront aux mains de la nation » (le Monde, 13 mars 1982).

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sade des Pays-Bas, qui a eu toutes les peines du monde à masquer son implication dans l'affaire. Mais, de façon inattendue, cette entreprise a tourné court. Une opération contre la gauche avait également été planifiée.

Là encore, Desi Bouterse a refusé de mobiliser les masses contre la tentative de coup d'Etat de droite, allant jusqu'à interdire la célébration de son échec. Le couvre-feu fut imposé. Par contre, les forces réactionnaires ont manifesté, prétextant la mort du principal responsable de la tentative de coup d'Etat pour déchainer une campagne autour du respect des droits de la personne humaine.

Le résultat a été que même après l'échec de la tentative de coup d'Etat le rapport des forces s'est approfondi en faveur de la réaction. L'Union progressiste des ouvriers et paysans (PALU) perdait ses deux postes dans le gouvernement dirigé par Henri Neyhorst mis en place le 31 mars 1982. L'Alliance pour la démocratie a obtenu le soutien de l'Eglise réformée néerlandaise et du Moederbond ancien des syndicats, appelé « confédération mère »). Le Front révolutionnaire, lui, s'effondra à la suite du retrait du Moederbond et de conflits entre l'état-major militaire et le mouvement de masse. Le processus de déstabilisation du Surinam s'est accéléré. La Roche, l'agent de la CIA surnommé « le meurtrier du Chili », fut envoyé au Surinam comme homme d'affaire, par Washington. Vers la fin de 1982, la polarisation de classe a atteint un stade extrême. Le blocage de toute mobilisation de masse par la direction militaire offrait de surcroît d'énormes possibilités à la réaction, dont la campagne manipulatrice en faveur de la « démocratie » rencontrait un écho gran-

Une série de provocations droitières servirent de prétexte au Moederbond pour appeler à une grève devant prétendument défendre les droits syndicaux. Cette grève fut rapidement dominée par les d'ordre favoris de la réaction en faveur de la « démocratie », mais en fait dirigés contre la gauche. Signalons que cette grève survenait le jour-même de la visite

Surinam du dirigeant de Grenade Maurice Bishop. Environ 15 000 personnes ont manifesté ce jour-là à l'appel de

Confédération alors que le meeting de Bishop n'en attirait que 1 500.

Les autres syndicats de travailleurs et empêcher que la grève ne se transforme en coup d'Etat de droite. Ces organisations comprirent que la gauche ne pouvait plus rester passive face à la droite qui manipulait les masses et ils élaborèrent, en novembre 1982, un « plan pour la démocratie ». Ce plan propose la mise en place d'une assemblée des organisations populaires comme organisme suprême du

Bouterse a essayé de bloquer le de gauche, qui ont alors menacé de se mettre en grève.

1982, Bouterse s'est donc trouvé acculé. D'un côté, il avait affaire aux plans de déstabilisation de la droite et au danger d'un coup d'Etat et, de l'autre, à la menace de grève de la gauche. Simultanément, le soutien de ses amis nationalistes bourgeois s'était fortement effrité.

LA RÉPRESSION

DU 8 DÉCEMBRE 1982 Même si le détail des événements survenus à cette époque n'est pas entière. ment connu, il est clair que la direction de l'armée avait décidé de frapper un de l'armée Des méthodes militaristes qui ne peuvent emporter l'adhésion des masses. (DR) grand coup. Elle a lancé son offensive le 8 décembre 1982. Quatorze militaires, des avocats, des hommes d'affaires, le secré. taire général de la Confédération nationale syndicale et celui du Parti communiste pro-albanais furent exécutés. La liberté de la presse fut abolie et le couvre-feu imposé. Les bureaux de la Confédération syndicale nationale furent incendiés.

Ce véritable bain de sang n'avait pas seulement pour but d'enrayer un « complot », comme Bouterse voulait le laisser population dans son ensemble. Désormais, la torture et le meurtre pouvaient étouffer toute velléité de critique (7). Par cette répression, Bouterse a rendu le meilleur des services possibles à la réac tion. La campagne manipulatrice pour la « démocratie » et l'hystérie anti-gauche ont redoublé de vigueur.

Plusieurs semaines meurs ont circulé sur la présence de soldats cubains, de bateaux nord-vietnamiens et de conseillers nicaraguayens, tous accusés d'être responsables de ces événements. Même si, depuis lors, ces rumeurs ont été démenties par les faits, elles point qu'elles ont même été reprises par la plus importante des organisations surinamiennes de gauche aux Pays-Bas, la

Le régime actuel reste toujours ancré dans le nationalisme bourgeois. Cependant, depuis le 8 décembre dernier, ce courant est très affaibli et ne peut plus compter, comme par le passé, sur le soutien de secteurs de la bourgeoisie pro-impérialiste. En ce moment, l'armée deux atouts dans son jeu. L'affrontement avec les impérialistes et les fractions bourgeoises pro-impérialistes est utilisé pour gagner le soutien de la population et des Etats non-alignés. L'appel qui leur est fait vise également à compenser l'arrêt de l'aide économique, dont celle du Venezuela (8). Une purge d'envergure est en cours dans l'appareil d'Etat, dans l'armée, dans l'appareil judiciaire, dans les universités, dans la presse et dans les hautes sphères de l'administration. La fuite de dizaines d'officiers, après le 8 décembre, y a grandement contribué. Ces postes peuvent être maintenant occupés par des personnes prêtes à collaborer avec l'état-major mili-

Dans les derniers mois, la banquerou7. Dick de Bie, proche conseiller du lieutenant-colonel Bouterse et chef du Service national d'information devait déclarer à ce propos: •Nous avons été confrontés à une tentative de la presse, l'effervescence à l'Université et les revendications salariales exagérées des syndicats. quand vous avez le pouvoir, vous ne le lâchez pas sans vous battre. » (Le Monde, 12 janvier

8. Les réactions impérialistes à la répression du 8 décembre 1982 ont été assez violentes. La Hollande décida de « suspendre » son aide économique annuelle de 90 millions de dollars, tandis que, de son côté, le département d'Etat américain suspendait aussi son « assistance » d'un montant d'un million et demi de dollars. Le Venezuela fit chorus avec les dirigeants impérialistes. José Rodriguez, dirigeant du Parti démocrate-chrétien au pouvoir et membre de la Commission de conseil pour les Affaires étrangères a prétendu que Bouterse était « un fasciste qui a implanté un régime de terreur. (...) Le Venezuela et le Brésil, pays voisins, doivent avoir une politique concertée contre ce régi-

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