Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NAMIBIE

Un « Camp David » pour l'Afrique Australe ?

· Inprecor n° 146, 28 mars 1983 · p. 14-16 · 3 972 mots

Afrique australe France États-Unis Europe

Vers un "Camp David" pour

Angolais et Sud-Africains ont entamé des pourparlers bilatéraux

NAMIBIE

U début du mois de décembre 1982 se sont déroulées sur l'ile de Sal, dans l'archipel du Cap-Vert, des discussions

- bilatérales entre des responsables angolais et sud-africains. Leur sujet était, bien entendu, la situation qui prévaut dans la région sud-ouest de l'Afrique australe : le conflit en Namibie (appelée aussi Sud-Ouest africain), les raids sud-africains contre les camps de l'Organisation du peuple sud-africain

(SWAPO) situés en territoire angolais, ainsi que la guérilla menée — avec le soutien de l'Afrique du Sud — par l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) dirigée par Jonas Sawimbi, contre le Mouvement populaire de libération de l'Angola-Parti du travail (MPLA-PT) au pouvoir à

Luanda depuis l'Indépendance du 11 novembre 1975 (1).

Peu d'informations ont filtré sur les cinq heures d'entretien du 8 décembre 1982. La délégation sud-africaine était conduite par le ministre des Affaires étrangères « Pik » Botha et le ministre de la Défense, le général Magnus Malan, ce qui souligne l'importance de ces entretiens pour la République sud-africaine. La radio d'Etat sud-africaine commentait immé.

diatement cet événement en affirmant que « les entretiens prouvent qu il est possible pour deux parties fortement antagonistes de travailler ensemble lorsque chacune a quelque chose à y gagner ». Du côté américain on se félicitait aussi de cette entrevue (2).

On connaît les grands traits des positions en présence : du côté sud-africain, les choses sont simples, pas de règlement avant le retrait des troupes cubaines qui stationnent en Angola. Cette position a été clairement réaffirmée en novembre dernier par « Pik » Botha, qui déclarait : « L'Afrique du Sud

Nathan PALMER

La discussion qui s'est engagée, dont, à n'en pas douter, les USA contrô lent en partie le déroulement, contraste avec l'enlisement dans lequel semblait être plongé le processus diplomatique l'Organisation des Nations

Unies (ONU) sur la question namibienne.

Dans les faits, ce processus est d'ailleurs passé, pour l'essentiel, entre les mains du

Groupe de contact constitué en 1977 par les cinq pays occidentaux membres du

(Grande-Bretagne,

France, République fédérale d'Allemagne, Canada et, avant tout, Etats-Unis).

Les Nations-Unies ont certes abondamment discuté de la Namibie et adopté un nombre appréciable de résolutions à

Depuis 1973, la SWAPO est, par reconnue par l'Assemblée des

Nations-Unies comme l'unique représentant du peuple namibien. La résolution numéro 385, adoptée le 30 janvier 1976, à l'unanimité des pays membres

Conseil de sécurité, condamnait la Répu-

« élections libres sous la supervision et le contrôle des Nations-Unies ». En 1978 étaient adoptées une série de résolutions, parmi lesquelles celle reconnaissant comme nécessaire la réintégration dans le territoire namibien du port de l'Afrique australe ?

Walvis Bay, seul port en eau profonde du pays, et que l'Afrique du Sud entend conserver en cas d'Indépendance, ou encore la résolution créant un groupe d'assistance pour permettre l'organisation d'élections en Namibie et, enfin, celle condamnant la décision de l'Afrique du Sud de procéder unilatéralement à la tenue d'élections en décembre 1978, et qui déclarait par avance les résultats de cette consultation nuls et non avenus.

Du 7 au 14 janvier 1981 s'est aussi tenue à Genève une conférence, sous les auspices de l'ONU, qui définissait les principaux points de la première phase d'un règlement, d'élections : cessez-le-feu avec création d'une zone démilitarisée au nord du pays, envoi de 7 500 casques bleus, retrait progressif des troupes sud-africaines, élection d'une Assemblée constituante, retrait de la République sud-africaine dans un délai d'une semaine après la proclamation des

Le Groupe de contact (ou Groupe des Cinq) devait, par la suite, faire des propositions plus proches des exigences sud-africaines : élection de l'Assemblée en mars 1983, suivant un système « one man, two votes » (« un homme, deux voIx »), c'est-a-dire avec une représentation à la fois directe et proportionnelle avantageant la minorité blanche (76 000 population de plus ne réduira pas ses effectifs sur le territoire de la Namibie (...)

avant que toutes les troupes cubaines aient quitté l'Angola. (3) » Tel n'est pas le point de vue angolais, pour qui la présence cubaine a été vitale pour repousser l'invasion sud-africaine lors de la guerre civile de 1975 et assurer, par la suite, le maintien au pouvoir de l'actuelle direction. Selon le dirigeant angolais

Paulo Jorge, il s'agit là d'une « affaire bilatérale », et un retrait des troupes cubaines ne pourra être envisagé que le jour où « la menace sud-africaine se sera considérablement réduite ».

Une nouvelle rencontre entre émissaires angolais et sud- africains a eu lieu le 23 février 1983, toujours au Cap-Vert. A son issue, le ministre angolais de l'Intérieur, Alexandre Rodrigues, devait confier à l'agence portugaise de presse ANOP :

« L'Angola pense que le Zimbabwe est un bon exemple pour l'Afrique du Sud. L'Angola ne s'opposera pas à une solution à la rhodésienne en Namibie, parce qu'elle est sûre que la SWAPO est le représentant légitime du peuple namibien et qu'elle gagnera les élections. » (Le Monde du 25 février 1983.) Si les multiples spéculations avancées autour de la possibilité de la cessation définitive des hostilités dans les mois qui viennent sont encore largement prématurées, elles n'infirment nullement le caractère plausible d'un accord bilatéral pour un cessez-le-feu provisoire, comme première étape d'un plan de règlement de la question namibienne. L'agence angolaise de presse

ANGOP n'écrivait-elle pas, quelques jours avant la seconde rencontre bilatérale de l'ile de Sal, que l'Angola était disposé à de tels entretiens « sur les problèmes de sécurité à la frontière entre l'Angola et la Namibie, ainsi que sur la possibilité d'accélé rer la mise en œuvre de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Namibie » (le Monde du 22 février 1983).

d'un million d'habitants d'après le recensement de 1981) et s'opposant à la majorité noire et au système revendiqué par la

SWAPO, celui de « one man, one vote »

(« un homme, une voix ») ; sur le plan militaire, le Groupe des Cinq abandonnait l'idée d'une zone démilitarisée et ramenait le contingent projeté à 6 000 casques bleus; il proposait, enfin, de faire passer ce processus électoral sous le contrôle non plus de l'Assemblée des Nations-

Unies, mais sous celui du Conseil de sécu-

1. La SWAPO, dirigée Par Sam Nujoma, est un mouvement de libération nationale qui mène la lutte armée contre l'occupation colode la Namibie par l'Afrique du

L'UNITA est une organisation à base régionaliste, qui participa à la guerre civile de l'Indépendance angolaise, aux côtés du Front national de libération de l'Angola (FNLA) de Roberto

Holden et des agents de la CIA américaine.

Depuis l'échec de l'invasion sud-africaine

1976, l'UNITA mêne une guérilla réactionnaire contre le gouvernement du MPLA-PT, avec le soutien de l'Afrique du Sud, mais aussi l'appui probable d'une partie de la population des régions qu'elle contrôle.

2. Les Etats-Unis semblent avoir joué un rôle non négligeable dans la préparation de ces rencontres. Le secrétaire d'Etat adjoint aux affaires africaines, Chester Crocker aurait d'ailleurs par avance confié à des diplomates occidentaux la date des premiers pourparlers entre l'Angola et l'Afrique du Sud. Le Département d'Etat américain a aussi confirmé que discussions avaient eu lieu sur ces rencontres entre l'administration de Ronald Reagan et des personnalités soviétiques. (Cf.

International

Herald Tribune du 14 décembre 1982.)

3. Pretoria News, 27 novembre 1982.

Page 15

rité, moins hostile à l'Afrique du Sud. En juin 1982, devant l'échec de ces négociations - la SWAPO refusant de céder sur le système électoral —, le Groupe des Cinq de passer directement à la seconde phase, celle relative au rôle des Nations-Unies durant la période

CRISE POLITIQUE ET « GUERRE DE FAIBLE INTENSITÉ »

Sur le plan intérieur, la crise a conduit l'Afrique du Sud à reprendre officiellement en main l'administration de la Namibie en dissolvant, le 18 janvier dernier, l'« Assemblée nationale » mise en place par ses soins après la farce électorale de 1978. Les Sud-africains avaient mis sur pied un Conseil des ministres présidé par Dirk Mudge, co-président de l'Alliance démocratique de Turnhalle (Democratic Turnhalle Alliance, DTA), alors la principale formation politique pro-sud-africaine (4). Ce Conseil des ministres joua le jeu et prit des dispositions visant à gommer les aspects les plus visibles de l'apartheid (ségrégation raciale). Les rivalités internes allaient bientôt diviser le DTA, avec le départ de Peter Kalangula, qui fonda, en mai 1982, l'Action chrétienne démocrate (Christian Democratic Acttion), fondamentalement basée sur l'ethnie Ovambo et financée en partie par la conflit entre Dirk Mudge et l'administrateur sud-africain s'est auguisé au point d'en arriver au lâchage du premier par ses protecteurs. Dans le numéro du 12 septembre de la revue Rapport, publiée à Johannesburg, on pouvait lire à propos de l'unité nécessaire des opposants à la SWAPO : « Il est, pour cette raison, très dommage qu'une confrontation publique entre M. Dirk Mudge et l'administrateur général M. Danie Hough plane à l'horizon. (...) Ceux qui s'intéressent à la Namibie savent que la DTA ne bénéficie plus du soutien qu'elle avait en 1978. (...) Une telle situation a engendré mécontentement et méfiance. » Plus loin, à propos des contacts organisés par le Premier ministre sud-africain pour former un nouveau gouvernement intérimaire, on peut lire : « Il est difficile de croire que M. Mudge et d'autres dirigeants de la DTA ne savent rien à ce sujet. On ne peut que leur conseiller de participer à ce processus, car le rôle de la DTA n'est assurément pas terminé. » On le voit, l'équipe de la DTA derrière Dirk Mudge donnait de sérieux signes d'épuisement (5). Ceci, alors que les opérations militaires n'ont pas cessé dans le nord du pays, à la frontière avec l'Angola. Cette « guerre de faible intensité », selon la terminologie officielle de Pretoria, a fait, en 1982, 77 morts dans les rangs sud-africains contre 61 l'année précédente. Les pertes de la SWAPO s'élèveraient, toujours selon les mêmes sources, à 1 268 personnes en 1982, dont plus de la moitié tuées lors de raids sud-africains en territoire angolais.

L'Afrique du Sud occupe ainsi en permanence non seulement le territoire namibien, mais aussi une bande territoriale du sud-angolais, qui sert de base arrière à des incursions plus profondes. Assurés de leur impunité et de la bienveillance américaine, les Sud-africains ont à peine attendu le retour du général Walters, ambassadeur itinérant de Ronald Reagan de la capitale angolaise - où il avait entamé des discussions consacrées au règlement de la question namibienne et à la présence cubaine en Angola —, pour envahir une nouvelle fois, fin juillet 1982, le sud-angolais pour une opération militaire de grande envergure.

L'administration de Ronald Reagan a, et ce n'est un secret pour personne, développé une politique de dialogue privilégié avec Pretoria. Les entretiens du Cap-Vert constituent une réussite diplomatique pour la diplomatie américaine, surtout dans la mesure où la question de la Namibie était présentée par elle comme l'une des priorités de sa politique africaine. Dans une allocution prononcée à Honolulu devant l'Association des anciens combattants américains, le 29 août 1981, Chester Crocker, secrétaire d'Etat adjoint africaines, déclarait : de la Namibie constitue le point chaud de cette partie du monde et préoccupe vivement les diplomates. Il est tout aussi évident que la guerre pourrait se poursuiure et s'étendre, à moins qu'une solution satisfaisant toutes les parties, y compris l'Afrique du Sud, ne soit apportée aux principaux problèmes. (...) Nous nous sommes immédiatement rendus compte que les pourparlers concernant ce pays étaient au cœur des relations de plus en plus étroites que nous entretenions avec l'Afrique noire et l'Afrique australe et figuraient en bonne place à l'ordre du jour des conversations avec nos alliés. »

LA POLITIQUE US ET LE GROUPE DES CINQ La politique de l'impérialisme dans la région vise, bien entendu, à maintenir ses intérêts et sa domination, mais l'Afrique du Sud a bien compris l'attention toute particulière portée par l'administration Reagan à la Namibie. Le Sunday Times, de Johannesburg, du 21 novembre 1982, écrivait : « L'administration Reagan vient de remplir la première moitié de son man-

4. En décembre 1978, l'Afrique du Sud a organisé des élections « internes » pour porter au pouvoir la DTA de Dirk Mudge et constituer une Assemblée qui était, à l'origine, destinée à durer que queiques mois, le temps de décret sud-africain. formée en « Assemblée nationale » et 12 de ses « Gouvernement intérimaire » dats seraient renouvelés par simple décret. Fin novembre 1982, le Premier ministre sud-africain Pieter Botha déclarait : « L'incertitude qui entoure les négociations internationales (pour l'Inde la Namibie) empêchant, pour l'heure, la tenue d'élections internes, nous avons décidé de prolonger de trois mois le mandat de l'Assemblée nationale. (...) espère que la situation sera plus claire fin février. » (Le Monde du 23 novembre 1982.) Mais le président du Conseil des Mudge, devait démissionner de ses fonctions, et dat. Au cours des deux années écoulées elle a investi, vu les autres priorités sur la scène internationale, une énergie surpreNamibie. La raison de son intérêt pour cette région relativement éloignée est simple: la présence de 30 000 Cubains en Angola. Sans ces derniers, qui aggravent la question de la stratégie globale Est-Ouest de Washington, on peut être sûr que le problème namibien n'aurait pas été au-delà des rouages intermédiaires du Département d'Etat. Ce sont les Cubains qui ont attiré l'attention de la Maison-Blanche. L'actuelle administration prévoyant déjà les prochaines élections, il n'est pas surprenant qu'une articulation ferme sur les questions majeures de la politique étrangère se concrétise. C'est pourquoi Pretoria devrait mettre tous ses atouts dans la dernière série d'entretiens. Si nous ne saisissons pas l'occasion de sortir de cette situation dévoreuse d'énergie, nous pourrions bien nous retrouver en face de Démocrates peu enclins à nous écouter en

Entendant mener à bien une telle politique, les USA ont donc entraîné le Groupe des Cinq dans une importante offensive diplomatique sur la question namibienne. Et les bonnes dispositions des l'Afrique du Sud était soulignée par la presse, des 1981 : « Les cinq pays négociateurs n'ont pas seulement déclaré publiquement que jamais ils n'avaient considéré la SWAPO comme l'unique représentant du peuple namibien. Ils ont encore allié le geste à la parole en négociant directement avec les représentants de toutes les organisations du Territoire. Les parties concernées voient dans cette démarche une importante concession, et l'Afrique du Sud réserve le meilleur accueil à la tournure que prennent les événements (6). »

Plus récemment, le président de la SWAPO, Sam Nujoma, s'étonnait de la position adoptée par les partenaires des USA du Groupe de contact, position qui reconnaissait la présence cubaine comme l'un des principaux obstacles au règlement du problème. Dans une interview au journal français le Monde, il qualifiait même la politique du gouvernement de François Mitterrand de «double jeu à propos de la Namibie (7) ». l'Afrique du Sud, l'administrateur süd-africain héritant de tous les pouvoirs.

5. Dans une déclaration, les membres du «Conseil des ministres » démissionnaires ont décidé, à l'unanimité, qu'au vu des circonstances, ils ne seront plus rééligibles au sein de cette institution gouvernementale. (The Citizen du

Burger, Cape Town, 30 octobre 7. Dans cette interview. Sam Nujoma dénonce la politique hypocrite du gouvernement français en déclarant : « Les techniciens français l'aident à produire des chars Panhard et des avions Mirage. La France continue de livrer des pièces détachées pour les Alouettes, les Puma et gouvernement et au peuple d'exercer des sanctions économiques contre Pretoria. Les déclarations de la France doivent déboucher sur des actions concrètes. » (Le Monde du 25 janvier 1983.)

Page 16

C'est que les pays impérialistes européens ne tiennent pas à être en reste par rapport aux Etats-Unis et s'intéressent de près à la Namibie. Même s'il n'y a pas une identité de vues entre les dix pays memla Communauté économique européenne (CEE) vis-à-vis de la SWAPO (8), l'unanimité semble en revanche exister pour préparer l'intégration de la Namibie indépendante dans le cadre de l'accord CEE-ACP (Afrique, Caraibe, Pacifique), adopté par la convention de Lomé et signé entre la CEE et une soixantaine de pays d'Afrique, des Caraibes et du Pacifique, dont le troisième renouvellement est prévu au début 1985. Cette intégration est d'autant plus importante pour la CEE qu'elle viendrait s'ajouter aux demandes effectuées en octobre 1982 par l'Angola et le Mozambique pour être admis comme observateurs à la convention CEE-ACP, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités au capitalisme européen.

LA REPRISE EN MAIN EN ANGOLA

Derrière l'ouverture angolaise et mozambicaine vers l'Occident se profile le poids de la crise de ces économies. L'Angola subit en effet très lourdement les conséquences du conflit namibien conjugué à la guérilla réactionnaire de l'UNITA dans le sud et l'est du pays. L'agence angolaise de presse ANGOP, rapportant les propos du Président angolais José Eduardo Dos Santos, évaluait, en novembre dernier, à 10 milliards de dollars US l'investissement angolais dans la Défense nationale depuis l'accession à l'Indépendance, en 1975. Cela grève fortement un budget déjà à la limite de la faillite, qui connait un recul dans tous les secteurs d'activité économique à l'exception du secteur pé-

Les sources officielles angolaises font régulièrement état des opérations de guérilla de l'UNITA, aussi bien dans le sud et dans l'est du pays, où elle opérait traditionnellement, que dans le centre, où elle a mené quelques actions, comme l'attaque du siège de l'Organisation de défense populaire à Huambo. L'UNITA a, semble-t-il, réussi à affermir son assise régionale et à créer des abcès de fixation dans différentes zones du pays.

Ce sont l'ensemble de ces difficultés et la volonté d'accepter les discussions bilatérales avec l'Afrique du Sud qui sont à l'origine de la reprise en main du MPLA-PT et des récentes purges en son sein (9). Celles-ci n'ont pas exactement recoupé l'opposition entre éléments pro et antisoviétiques au sein du Parti, car si cette existe, elle ne constitue pas forcément la ligne de démarcation entre ceux qui sont prêts à négocier avec l'Afrique du Sud et ceux qui s'y refusent. Au début de l'année dernière avait été lancée une campagne contre la corruption dans l'Etat angolais, avec appel à la base du Parti. Puis vint la fin de la disgrâce d'Iko Carrera, chef militaire prestigieux qui, de retour de Moscou, fut nommé à la tête d'une commission de réorganisation de l'armée angolaise. C'est ce même Iko Carrera qui est à l'origine d'un « plan d'urgence national » adopté le 8 décembre 1982 par le Comité central du MPLA-PT, et dans le cadre duquel les pouvoirs spéciaux sont accordés au Président Eduardo Dos Santos. Cette reprise en main au sein purge qui s'en est suivie a touché certains ministre, et en particulier l'entourage de Lucio Lara, membre du Bureau politique et considéré comme le numéro 2 du régime, puisque son épouse a été démise de ses fonctions de formation des cadres et son fils adoptif arrêté.

Pour une fraction de la direction du MPLA-PT, cette reprise en main était nécessaire pour que puissent être poursuivis les contacts avec Pretoria. Il fallait couper court à tout débat interne sur cette question et raffermir l'autorité du Président sur le Parti, alors que l'Angola est déjà en position de faiblesse sur le plan économique. Il fallait donc, pour Eduardo Dos Santos, maîtriser les affrontements au sein de la direction du MPLA-PT soulevés par l'ouverture de négociations avec les Sud-africains. Et ce, d'autant plus que derrière ces discussions se profilent le problème des rapports du MPLA-PT avec l'UNITA, le problème du soutien de l'Angola à la SWAPO et, enfin, la question de la présence cubaine dans le pays, autant questions sur lesquelles l'unanimité n'existe certainement pas au sein de la direction du Parti.

Quant au Mozambique, il ne ressent pas aussi directement que l'Angola les effets du conflit namibien. Mais le gouvernement du Front de libération du Mozambique (FRELIMO) chel mis en place à l'Indépendance, 25 juin 1975, est lui aussi confronté à une pression sud-africaine multiforme. Au plan économique, elle s'exprime par la dépendance mozambicaine par rapport au géant sud-africain. Elle s'exprime aussi sur le plan militaire. Dans ce domaine, l'Afrique du Sud agit par son soutien à l'opposition armée au régime de Maputo. La Rédu Mozambique (RNM), qui regroupe aussi bien d'anciens du colonialisme d'anciens membres du FRELIMO, mène, avec l'aide sud-africaine, des actions militaires très audacieuses et assez coûteuses pour le régime mozambicain. Ainsi, RNM a revendiqué, en décembre 1982, le sabotage des réservoirs de combustible du port de Beira, la seconde ville du pays. Elle s'emploie aussi à limiter les capacités d'utilisation des ports mozambicains, en détruisant les voies de communication entre le Zimbabwe et le Mozambique. Enfin, en enlevant des coopérants de diverses nationalités, la RNM entend faire par-

8. La commission politique de l'Assemblée une résolution demandant « la dissolution, sous contrôle international, des groupes militaires de la SWAPO passés en Angola » et réclamant, en outre, « qu'il soit tenu compte des réalités ethniques de la Namibie et que soient rejetées les prétentions à la représentation exclusive de la

9. Plusieurs dizaines de militants et de dirigeants du MPLA-PT ont été démis de leurs resLe 8 janvier 1983, le Jornal do Angola affirmait ler d'elle au niveau international. L'accroissement des activités terroristes de la RNM a contraint l'armée mozambicaine à d'importantes opérations militaires destinées à réduire les bases d'implantation de ce mouvement et à éviter que Maputo, la capitale, ne soit coupée des régions agricoles du sud du pays.

UN CAMP DAVID

POUR L'AFRIQUE AUSTRALE ?

Il apparait de plus en plus qu'il y a, dans la politique américaine, la volonté de parvenir non pas à un réglement de la seule indépendance namibienne, mais bien à une normalisation de la situation dans l'ensemble de la région. Cette orientation s'appuie sur un allié privilégié, l'Afrique du Sud, qui bénéficie d'un rapport de forces militaire indéniablement favorable, mais se trouve relativement isolé sur le plan diplomatique, du fait de sa politique d'apartheid. L'Afrique du Sud s'emploie d'ailleurs régulièrement à manifester sa supériorité militaire sur les Etats de la région par des opérations qu'elle soutient ou conduit elle-même. Sa dernière dé monstration de force fut perpétrée, le lendemain même des entretiens du Cap-Vert, contre un bureau du Congrès national africain (ANC, organisation de libération nationale en Afrique du Sud), lors d'un raid meurtrier à Maseru, la capitale du Lesotho. Cette action « à l'israélienne » ne constitue pas la seule similitude entre l'Etat raciste sud-africain et l'Etat sioniste, deux pays qui utilisent souvent de façon assez similaire leur supériorité militaire contre leurs voisins, et qui disposent du soutien de l'impérialisme US pour

Mais le raid de Maseru n'a pas entravé la poursuite des contacts avec l'Angola. L'Afrique du Sud s'est même payée le luxe de laisser entendre que la SWAPO pourrait bien faire les frais d'un cessez-le-feu avec l'Angola. Répondant aux questions de la presse étrangère, le 27 janvier dernier, « Pik » Botha déclarait, en parcombattants de la SWAPO : « Luanda les abrite et les soutient, sachant qu'ils vont commettre leurs méfaits en territoire voisin. (...) (C'est pourquoi) l'avis de la SWAPO n'est pas indispensable à un accord entre l'Angola et nous. »

La suite des négociations et l'évolution de la situation sur le terrain diront si les projets impérialistes vont réussir à se

Nathan PALMER que ces décisions avaient été prises à cause de « certaines erreurs de membres du Parti qui ont usé incorrectement de leur droit de critique ». Des militants du Parti avaient en effet même Proposé « la convocation d'un congrès, ou la constitution d'un nouveau gouvernement » (Le Monde des 9 et 10 janvier 1983). De son côté, le Windhoek Advertiser du 25 janvier 1983 n'hésite pas à affirmer : « Des observateurs occidentaux ont relevé que la suspension de 32 membres du parti dirigeant angolais, le MPLA, décision que ses initiateurs appellent une purge de gauchistes, pourrait augmenter les chances de parvenir à un accord sur la question cubaine. »

Une erreur sur cette page ?