Déclaration du Gruppe Internationale Marxisten section allemande de la IVe Internationale
La défaite du SPD
A rupture de l'alliance gouvernementale, dirigée par Hel-
/ libéral-démocratique (FDP), intervenue à la mi-septembre dernière, puis la constitution d'un nouveau gouvernement de coalition entre ce même FDP et la principale formation bourgeoise, l'Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne• sociale (CDU/CSU) en octobre 1982, sous la houlette de Helmut Kohl, ont mis fin à treize années de participation gouvernementale majoritaire de la social-démocratie allemande. Que ce retournement d'alliance ait eu lieu autour de la question de la politique économique, et plus précisément autour des divergences concernant les propositions d'austérité avancées par le ministre de l'Economie du gouvernement Schmidt, le comte Otto von Lambsdorff, est done significatif de l'enjeu véritable que revêtaient dès lors les élections parlementaires du
6 mars dernier.
Certes, la situation des travailleurs s'était considérablement dégradée ces dernières années, du fait de la politique social-démocrate face à la crise économique. En 1980, le nombre des faillites d'entreprises et des chômeurs — 10,2 % de la population active, soit 2,5 millions de chômeurs en janvier 1983 - grimpait en flèche. Depuis lors, les revenus réels des travailleurs n'avaient d'ailleurs cessé de décroître. Les budgets de 1981 et
1982 témoignaient déjà d'un abandon partiel des mécanismes de protection sociale chers à la théorie du « capitalisme social » des sociaux-démocrates. Mais en ce domaine, le programme politique des formations composant le nouveau gouvernement (FDP-CDU/CSU) est sans fard. Le ministre du Travail du chancelier Helmut Kohl, après avoir décidé un ralentissement de la hausse des prestations sociales, a récemment justifié sa proposition de pause de six mois dans la progression des salaires en déclarant : « Ce qui est demandé aux bénéficiaires de prestations sociales doit l'être à tout le monde. » (Le Monde diplomatique, mars 1983).
Le fait que l'alliance CDU/CSU-FDP ait obtenu, le 6 mars, une majorité absolue des suffrages constitue done une nette défaite pour les travailleurs. A elle seule, la CDU/CSU a d'ailleurs frisé la majorité absolue des votes, en obtenant 48,8% des voix, soit une progression de 4,3 % par rapport aux législatives de 1980. Le FDP réussit à dépasser la barre des 5 % lui
GRUPPE INTERNATIONALE MARXISTEN (GIM)
Cette victoire de la droite marque tournant réel à Bonn. Une similaires obtenus dans les années 1950 et période de 13 années de gouvernements
1960. A cette époque, les partis bourgeois sociaux-démocrates successifs, auxquelles symbolisaient le boom économique. La s'ajoutent un peu plus de trois ans de croissance de l'économie assurait à tous gouvernements antérieurs à participation un niveau de vie plus élevé, une diminusocial-démocrate a désormais pris fin. Le tion du temps de travail, et des congés gouvernement bourgeois de coalition, qui plus longs (1) ... Les années 1980 sont est entré en fonction en octobre 1982, une période bien différente. Elles amèaura donc les coudées franches pour une nent le déclin du niveau de vie, le chôpériode de quatre années », note la déclacadences de travail et les restrictions des crédits sociaux. Les salariés ont déjà pu bourgeoise ne signifie pas pour autant un s'en rendre compte. Ils savaient que les une ère de stabilité capitaliste politiciens chrétiens-démocrates et libéanalogue à celle qui a marqué les années raux étaient favorables à une politique
1950. Aujourd'hui, « la majorité sans ouvertement pro-patronale dans la crise et appel du bloc bourgeois ne peut pas être à des restrictions pour les masses. Cela téassurant une représentation parlementaire, même s'il passe de 10,6 à 6,9 % des suffrages entre 1980 et mars 1983. Enfin, les « Verts », le courant écologiste, assurent leur entrée au Parlement fédéral avec un score de 5,6 % des suffrages, et parviennent à de bons résultats dans certains centres urbains. Quant au SPD, il perd 4,7 % des suffrages entre les deux consultations électorales, et l'on estime à près de deux millions le nombre de ses électeurs ayant voté, cette fois-ci, pour les formations bourgeoises. (Cf. encart page suivante.)
La défaite électorale du SPD est donc lourde de conséquences pour les travailleurs. D'abord parce qu'elle renforce la campagne d'austérité menée par la CDU/CSU et ses alliés du FDP. Mais aussi parce qu'elle renforce le camp impérialiste tout entier, et notamment parce qu'elle vient à propos soutenir la politique de militarisation à outrance de l'impérialisme américain. La meilleure preuve en est qu'immédiatement après le résultat des élections allemandes du 6 mars, le président Ronald Reagan a prononcé un discours très violent contre l'Union soviétique et la révolution centro-américaine. Certes, le SPD avait soutenu en 1979 la proposition de l'OTAN qui prévoyait l'installation de fusées nucléaires américaines sur le sol allemand, et il ne s'y était pas opposé depuis lors. Mais il pouvait se trouver confronté — et c'est d'ailleurs ce qui est arrivé — à la forte pression du mouvement pacifiste, dont l'activité a conduit à d'imposantes manifestations ces dernières années. Par contre, l'alliance actuellement au gouvernement à Bonn n'a jamais caché son soutien à la fameuse « option zéro » de Ronald Reagan. Celui-ci trouve donc en Allemagne, au moment même où il accentue ses pressions militaires en Amérique centrale ainsi que sa course aux armements, un interlocuteur particulièrement compréhensif, installé pour une législature entière.
C'est done à juste titre que la déclaration de nos camarades du Gruppe Internationale Marxisten (GIM, section allemande de la IVe Internationale), publiée dans le numéro du 10 mars de leur organe Was Tun, et dont nous publions des extraits ci-après, remarque à ce propos « qu'un triangle de fer peut maintenant être forgé entre les gouvernements de Ronald Reagan, de Margaret Thatcher et d'Helmut Kohl. Le programme commun à ces trois gouvernements est l'austérité, le chômage et les pressions militaires sur l'Union soviétique. » comparée avec les succès apparemment moigne donc du tournant intervenu et constitue une claire indication de la défaite subie par les travailleurs. » Les élections du 6 mars dernier ont aussi marqué la faillite complète de la politique de « capitalisme social » des sociaux-démocrates. Le fameux Deutschland » (le « modèle allemand ») a donc subi un coup significatif. Les propositions électorales de Hans Jochen Vogel, l'augmentation
1. Voir Inprecor numéro 135 du 25 octobre 1982 : « La "petite coalition" qui dura treize ans », par
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RFA
EVOLUTION DES RESULTATS ELECTORAUX ENTRE 1980 ET 1983 5 octobre 1980 6 mars 1983 candidat social-démocrate, de « pacte de solidarité nationale » contre le chômage, n'ont pas fait recette. Et c'est un peu désabusé que Willy Brandt, le président du SPD, reconnaissait que « les électeurs croient que le chancelier Kohl est le plus capable de faire diminuer le chômage qui frappe deux millions et demi d'Allemands de l'Ouest ». Car, si lors des élections parlementaires de 1980, un sondage d'opinion avait indiqué que 58% des électeurs considéraient le chômage comme le problème essentiel, une enquête identique réalisée en février 1983 montrait que ce chiffre concernait 88 % des personnes interrogées. Une majorité s'opposait aussi au stationnement des missiles nucléaires
Psol allemand. Mais le résultat des élections du 6 mars montre que c'est surtout l'inquiétude immédiate face à la montée du chômage qui a le plus déterminé le vote des électeurs.
A cet égard, la déclaration du GIM précise : « Geissler, le principal idéologue des chrétiens-démocrates a prétendu : "Nous avons gagné le soutien des travail-
... En fait, les chrétiens-démocrates ont réalisé leurs meilleurs scores dans les anciens bastions du SPD. Dans l'Etat (Land) de Rhénanie-Westphalie, où le SPD détenait la majorité absolue, la CDU est devenue maintenant le premier parti. On estime à environ deux millions le nombre de suffrages qui sont passés du SPD à la CDU, alors qu'en revanche le SPD n'a pas mordu sur l'électorat chrétien-démocrate.
« Le soir des élections, Glotz (un député du SPD) a déclaré : "Les chrétiens-démocrates ont gagné grâce à leurs discours sur la reprise économique." L'une des rares vérités prononcées par le SPD durant cette soirée. Encore que cela n'était qu'une demie vérité. question principale qui domina ces élections a été le chômage massif et non pas les missiles. Les 19 millions de personnes qui ont voté pour les chrétiens-démocrates, y compris une majorité de salariés, voulaient voter pour une reprise de l'éco-
« Les chrétiens-démocrates effectivement bien dit qu'une reprise n'était possible que sous un gouvernement dirigé par Helmut Kohl. Cette démagogie était renforcée par les menaces de grève des investissements de la part du patronat, certains patrons n'ayant pas hésité à adresser à leurs employés des lettres personnelles leur enjoignant de voter pour les chrétiens-démocrates, sous peine de voir les licenciements augmenter massivement. Cette campagne, cependant, n'a pu être couronnée de succès que parce que le SPD n'offrait aucune alternative. Il promettait, lui aussi, "des sacrifices" aux salariés et une austérité "moins draco-
« Avec une telle orientation politi-le SPD a sapé ses positions électorales là où il aurait dû les renforcer. Il a été battu sur la question où, justement, il avait traditionnellement eu l'avantage sur les chrétiens-démocrates. (...) Peu avant les élections, les sondages indiquaient que 57% des personnes interrogées avaient plus confiance dans la CDU que dans le SPD pour enrayer le chômage. Comme chacun d'entre eux prétendait qu'une politique d'austérité était nécessaire, alors autant qu'elle soit "de droite", afin de préparer ainsi la route pour la reprise économique. Si le capitalisme est le seul système possible, autant voter pour le parti qui a toute la confiance des capitalistes et non pas pour celui que les patrons menacent d'une grève permanente des inves-
LE RÉSULTAT DES « VERTS » Le résultat le plus remarquable de ces élections aura donc été celui des écologistes, les « Verts », qui parviennent, avec 2,2 millions d'électeurs et 5,6 % des suffrages, à obtenir une représentation parlementaire de 27 députés au Bundestag (Parlement). Les « Verts » ont en effet réussi des scores intéressants parmi l'électorat du SPD. Ainsi, ils ont obtenu plus de 10% des suffrages dans quatre secteurs, dont deux dans des circonscriptions urbaines, à Hambourg et à Brême. Ils ont obtenu entre 4 et 5% dans la industrielle de la Ruhr. Le soir des élections, la dirigeante des « Verts », Petra Kelly (citée par la déclaration du GIM), déclarait : « Nous envisageons d'utiliser des méthodes extra-parlementaires. Le seul côté positif de cette élection est que, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne de l'Ouest, à l'exception de la période de l'immédiat après-guerre, un groupe à la gauche du SPD sera représenté au Parlement, un groupe qui dit clairement qu'il utilisera ses positions parlementaires pour promouvoir des mobilitout spécialement contre le stationnement des missiles. »
Néanmoins, le « vote vert » a été plus faible que prévu, parce que la direction de ce courant a refusé d'essayer de construire un bloc de gauche élargi, ou de soutenir ouvertement un gouvernement SPD contre la droite. Plus fondamentalement, note la déclaration du GIM, « la faiblesse
"Verts" est exactement la même que celle du SPD, à savoir la question du chômage. Soit les "Verts" n'ont rien dit à ce sujet, soit ils ne sont jamais allés plus loin que les abstractions. De électoral constitue un coup dur pour un secteur de la gauche qui a entièrement misé sur le franchissement de la barre des 5 % par les "Verts". Ce but a été atteint. Mais la question décisive reste qu'il n'y a pas eu de majorité pour un gouvernement SPD. »
LE VERDICT ÉLECTORAL ? Le GIM a dénoncé les déclarations faites par les dirigeants du SPD selon lesquelles les électeurs avaient formulé leur verdict, et qu'il devait dès lors être respecté. Au contraire, il affirme : « Les électeurs n'ont pas pu décider sur les principaux problèmes auxquels ils ont à faire face dans leur vie de tous les jours. Le tournant survenu à Bonn ne doit pas être respecté, il doit être combattu. Ce qu'il faut, ce n'est pas une "opposition conscomme le dit Vogel (le dirigeant du SPD) mais, au contraire, une résistance impitoyable et ferme contre Kohl et les capitalistes, dans les usines, les bureaux, dans la rue, devant les bases de L'OTAN. 66 % de la population est opposée aux missiles américains. moitié est en faveur d'une Allemagne de l'Ouest neutre. Une majorité écrasante de la population voit la lutte contre le chômage comme la question primordiale. Mais ce gouvernement ne fera rien contre le chômage. Le marché des actions était, bien sûr, à la hausse le 7 mars. Mais les investissements qu'à financer une rationalisation qui va encore éliminer des emplois.
« Dans un délai d'un an, il faut prévoir un chiffre de 3 millions de sans-emploi. Dans les 6 mois à venir, de nouveaux missiles américains seront installés, ce que la majorité de la population ne veut pas. Le gouvernement n'a été élu que parce qu'il n'y avait pas d'alternative socialiste et parce que les "Verts" n'offraient qu'un programme limité. »
Et la déclaration du GIM de conclure : " Le 6 mars constitue une défaite pour les travailleurs et la gauche ... Nous ne pouvons pas sous-estimer les effets de cette défaite sur le rapport de force social. Le bloc bourgeois est bien décidé à infliger de sérieux coups au mouvement ouvrier et au mouvement pour la paix. Le stationnement des missiles, à la fin de cette année, et les négociations pour les contrats salariaux, qui comprennent la revendication pour la semaine de 35 heures, pourraient bien être des luttes phares. Mais il serait erroné de ne mettre l'accent que sur trois questions "importantes". Les offensives de la droite cherchent toujours les points faibles. Ainsi, leurs premières cibles pourraient bien être les travailleurs étrangers et le droit à l'avorte-
« Toutes ces batailles sont devant nous. (...) Les sociaux-démocrates, "Verts" et les révolutionnaires doivent donc lutter ensemble contre les missiles, le chômage et la restriction des budgets
Extraits de « WAS TUN », organe du GIM, section allemande de la
IVe INTERNATIONALE, 10 mars 1983.