Les perspective Mouvement révolutionnaire des travailleurs
Le Mouvement révolutionnaire des travailleurs (MRT), organisation sympathisante de la IVe Internationale en Equateur, développe actuellement son intervention dans le mouvement ouvrier autour de trois axes essentiels:
- Coordination entre les syndicats en lutte : au cours de la dernière période, les faillites frauduleuses, les licenciements illégaux couverts par le ministère du Travail, les violations des contrats collectifs, voire les agressions armées menées par des équipes de briseurs de grève se sont développés. Les luttes grévistes sont donc particulièrement importantes. Dans la seule ville de Guayaquil, la capitale, il y a actuellement une quinzaine d'usines en grève, dont l'une depuis plus d'un an. Le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et le MRT sont les deux seules organisations à intervenir en tant que telles pour soutenir ces luttes. Bien que séparément, ces deux organisations s'efforcent de coordonner les conflits qui se développent. De premiers résultats, modestes, ont déjà été obtenus en ce sens sous la forme de meetings ou de tracts communs d'ouvriers en grève.
Après les journées de mobilisation nationale de septembre et octobre 1982, l'axe de la mobilisation s'est de nouveau déplacé vers les usines. Il est donc essentiel qu'à ce niveau aussi, le mouvement ouvrier consolide ses acquis pour créer les conditions les plus leurs (CUT) : il y a plus d'un an, le MRT s'est engagé dans cette campagne, qui a rencontré un écho favorable parmi les secteurs ouvriers avec lesquels il était en contact. Ainsi, un certain nombre de fédérations syndicales régionales se sont-elles adressées au Front uni des travailleurs (FUT, regroupement des trois centrales syndicales du pays), pour réclamer que soit entamé le processus de construction d'une centrale unique des travailleurs. Le MRT estime qu'il possible d'avancer vers la constitution, dans certains syndicats, de groupes ouvriers de discussion pour la création de la CUT. En même temps, le MRT a proposé au FUT de constituer une commission de responsables syndicaux pour élaborer des propositions pour stimuler la création de la CUT.
- Campagne pour un Parti des travailleurs (PT) : cette campagne a été impulsée par le MRT à partir de janvier 1981 sur la base de deux considérations. En premier lieu, analysant le comportement des masses populaires dans les années 1979-1980, le MRT en a conclu qu'après la fin de la période de domination de l'oligarchie des propriétaires terriens — dont les représentants les plus significatifs, comme José Maria Velasco Ibarra et Assad Bucaram, dirigeant de la Concentration des forces populaires (CFP) avaient réussi à influencer de larges couches populaires →, aucune force politique susceptible de gagner le soutien de la population n'était apparue dans le pays. Les élections locales de décembre 1980 ont clairement indiqué que les couches populaires étaient à la recherche de nouvelles alternatives politiques. Ainsi ont-elles voté plutôt en faveur des partis politiques qui n'étaient pas représentés au gouvernement. C'est radical alfariste (FLA) et la Démocratie populaire -Union démocrate chrétienne qui ont obtenu les meilleurs résultats, tandis que s'effondraient l'électorat de la CFP, du Parti libéral radical et du Parti conser vateur équatorien. Par ailleurs, la gauche n'était pas apparue comme une alternative crédible aux yeux des travailleurs, puisque le front électoral du Parti com-
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muniste équatorien, l'Union démocratique populaire (UDP), perdait son statut légal en ne dépassant pas la barre des 5 % de votes.
La situation générale était donc caractérisée par l'existence contradictoire d'un espace arracher à la bourgeoisie avec, d'une part, la possibilité de lancer une organisation politique rassemblant de larges couches laborieuses et populaires et, d'autre part, un niveau de conscience politique des masses actuellement représentées par les formations de gauche. C'est dans ce contexte que le MRT a avancé la perspective d'un parti des travailleurs susceptible de faire progresser l'organisation politique indépendante
Pour mener à bien une telle campagne, le MRT a estimé qu'il était indispensable de tisser des rapports avec d'autres organisations de gauche dans le but de réaliser un minimum d'unité pour faire avancer les discussions et stimuler les actions ouvrières unitaires. Dans ce cadre, les alliés potentiels du MRT étaient le Parti socialiste révolutionnaire équatorien (PSRE) et le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) (1). Le PSRE avait en effet lancé l'idée d'un front d'unité socialiste ouvert à toute la gauche, sauf au Parti communiste, dans l'espoir d'attirer des secteurs de ce qu'on appelle la « gauche socialiste » et de créer un pôle alternatif au PC. Mais il s'agissait-là d'une perspective illusoire, dans la mesure où cette « gauche socialiste » est carrément pro-réformiste et privilégie l'unité avec le PC. Or, contrairement aux espoirs du MRT, le PSRE n'a pas tiré les leçons de cette expérience en s'orientant vers une convergence PSREMRT-MIR. Sa direction se préoccupait en effet surtout d'établir des rapports avec les partis communistes des pays « socialistes », ce qui allait à l'encontre de toute alliance avec une organisation trotskyste.
En outre, la plupart des partis de gauche se préparent déjà aux élections de 1984 et sont à la recherche d'alliances. Les deux principales forces de la gaupolitique à d'autant des alternatives parmi les jeunes.
che, le PSRE et le PC, s'efforcent, chacune pour leur propre compte, d'obtenir leur reconnaissance légale pour pouvoir apparaître comme l'axe de polarisation de toute la gauche. Le PCE voudrait qu'on rétablisse la légalité de l'UDP, passée sous la barre des 5 % aux dernières élections, et le PSRE tente de se « réunifier » avec le vieux Parti socialiste qui avait obtenu sa reconnaissance légale et l'avait ensuite perdue en passant, lui aussi, sous la barre des 5 % lors des élections de juillet 1978. Mais tous deux agissent dans un esprit purement électoraliste, sans avoir aucunement recours à la mobilisation des masses. Ces deux formations connaissent néanmoins des difficultés internes : dans le PC se multiplient conflits et exclusions ; dans le PSRE existe un sentiment de malaise, notamment
D'autre part, face aux événements de l'automne 1982, des secteurs de l'avant-garde ouvrière ont pris conscience de la nécessité d'une alternative politique et, dans certains cas, se sont intéressés à l'idée d'un parti des travailleurs. Le MRT se fixe comme objectif de s'adresser à ces secteurs dans sa propagande
1. Le Parti socialiste révolutionnaire équatorien (PSRE) a été fondé dans les années 1960 à la suite d'une scission du Parti socialiste équatorien (PSE). Il maintient des divergences importantes avec les réformistes et proclame la nécessité et la possibilité d'une révolution socialiste en Equateur. La même chose vaut pour le MIR. Dans une interview à la Nouvelle revue internationale (numéro 291, novembre 1982). porte-parole international du courant stalinien pro-Moscou, un dirigeant du PSRE affirmait : « Nous estimons, pour notre part, que ni les structures sociales des pays concernés ni leur situation économique et politique ne laissent supposer l'existence d'une bourgeoisie révolutionnaire, patriotique et antiimpérialiste. Dans la plupart des pays du continent, le capital détient tout le pouvoir; en conséquence, le processus révolu. tionnaire latino-américain s'oriente vers le socialisme. Si l'on combattait pour le socialisme sous la direction de la bourgeoisie, le résultat en serait, comme cela a été très bien formulé par Ernesto "Che" Guevara, une caricature de révolution. »