Solidarité avec les travailleurs de MADECO en grève
Avec un taux de chômage d'environ
30% de la population active (soit plus d'un million de chômeurs), une hausse des prix d'au moins 20 % par an et une législation du travail particulièrement sévère — qui reconnaît, par exemple, le droit aux patrons d'embaucher un nouveau personnel pour remplacer des grévistes —, les grèves ne sont pas faciles à mener dans le Chili de Pinochet, 9 ans et demi après le coup d'Etat qui renversa Salvador Allende. La nouvelle loi 18.198 (« Ley del Piso »), qui annule l'obligation antérieure d'accorder des augmentations salariales de façon automatique selon ta hausse de prix à la consommation (IPC), vient encore renforcer ces difficulles 354 travailleurs des syndicats 1 et 2 de la manufacture de cuivre Madeco SA, qui ont voté la grève à une majorité de 93% le 31 janvier der nier, et ont commencé leur action le 3 février suivant, continuent leur lutte depuis
C'est après avoir épuisé tous les moyens de négociation avec la direction de l'entreprise que les travailleurs ont entrepris la lutte. Le 22 décembre 1982, les dirigeants syndicaux remettaient à la direction de l'entreprise et à l'inspection du Travail un projet de contrat collectif comportant leurs revendications. Les travailleurs réclamaient une augmentation salariale de 4,9%, qu'ils consentiront ensuite à baisser à 3,5 %, et un réajustement tous les quatre mois équivalent à la hausse des prix enregistrée par l'IPC. Carlos Vargas, dirigeant syndical de Madeco, rappela à la presse la légitimité de ces revendications en déclarant : « Nous considérons que nos demandes sont légitimes parce que nous voulons seulement que nos salaires ne perdent pas de leur pouvoir d'achat. Nous n'avons pas demandé des bénéfices supplémentaires ni rien de semblable. »
La direction de l'entreprise pourtant intransigeante. S'appuyant sur la loi 18.198, elle apporta, le 5 janvier, sa ré ponse aux syndicats en proposant le gel des salaires pour les deux années à venir. Un dirigeant syndical devait préciser dans la revue Hoy du 19 janvier 1983 : « Si l'entreprise nous impose sa volonté, le salaire réel s'effondrera de manière dramatique, alors que l'inflation qui arrive est importante, et que l'année passée Madeco nous a déjà obligés à renoncer à trois primes, sous la menace de licencier ceux qui ne l'accepteraient pas. » La proposition la plus avancée que la direction ait émise au négociations ne dépasse pas l'idée d'octroyer une augmentation compensant la moitié des points d'inflation dépassant les 12% sur la base du calcul de FIPC. Cette proposition sera repoussée par le vote des travailleurs, parce qu'elle
June simple qu'elle aurait signifié de toute manière une diminution très importante du pouvoir d'achat des travailleurs.
En entrant en lutte, les travailleurs de Madeco ont rendu public un communiqué réaffirmant le bien-fondé de leur grève, et qui précisait notamment : « Nous sommes conscients des difficultés que suppose une grève dans les circonstances actuelles, nous savons que la direction de l'entreprise tentera d'embaucher d'autres travailleurs en profitant des 30 % de chômage dont souffre le pays actuellement. » Effectivement, le chef du personnel de
Jaime Deichler Guzman, vait déclarer au Mercurio du 6 février: « Nous allons embaucher du personnel pour terminer les travaux déjà commencés et effectuer certains travaux peu com-
Cela n'est pas resté une simple menace verbale. A la mi-février, la direction de l'entreprise appela, par communiqués pufévrier au matin les grévistes se présenteront devant l'entreprise pour distribuer nouveaux embauchés le rôle de briseurs grève qu'on par l'envoi des forces de répression. Sur le chemin du retour vers leurs locaux syndicaux, plus de 70 travailleurs seront arré tés. Les dirigeants syndicaux seront battus dans les locaux de la police, tandis que lors des interrogatoires, on leur demandera « à quel parti politique ils appartiennent ». Après 12 heures d'incarcération, les travalileurs de Madeco seront relaches, mais Taccusation de « desordre sur la voie publique » leur vaudra sans doute un procès.
Pour pouvoir mener leur combat, les travailleurs de Madeco ont créé diverses commissions d'organisation de la grève, et notamment une commission chargée du ravitaillement. Manuel Espinoza, dirigeant syndical de Madeco, précisa à ce propos : « Nous avons déjà des aliments, mais pas en quantité suffisante. C'est pour cela que nous avons envoyé des lettres à d'autres organismes pour solliciter leur aide solidaire. » Cet appel à la solidarité rappelle que le syndicat de Madeco est par ailleurs un élément moteur d'une bataille pour l'unité syndicale (cf. Inprecor, numéro septembre 1982). 1982, par exemple, le syndicat numéro 1 de Madeco avait convoqué une réunion sur le thème de l'unité, à laquelle participèrent 13 structures syndicales de base. Aujourd'hui, ce sont 38 sections syndicales qui sont parties prenantes de ce processus. Un article du journal chilien Segunda, du 2 février 1983, précise les prochaines étapes de ce débat, en écrivant : « Trente-huit vont convoquer une Conférence intersyndicale métropolitaine qu'ils pensent réaliser en mars à Santiago. Selon Hector Velasquez, travailleur de Madeco, l'objectif de cette réunion de travailleurs sera d'analyser le thème de l'unité syndicale et, pour cela, trois points ont été proposés: la situation du mouvement syndical, les problèmes de l'unité syndicale, et les éléments pour une plate-forme d'action commune. » Une centaine de syndicats appartenant aussi bien à la Coordination nationale syndicale, à la CEPCH qu'à la Confédération des tallurgie sont attendus à cette réunion.
Les raisons d'apporter un soutien international important à la lutte des grévistes de Madeco sont multiples. L'envoi de messages de solidarité, pour faire pression sur la direction de l'entreprise et réclamer la satisfaction des revendications légitimes des travailleurs est d'ailleurs une demande expresse des syndicats de Madeco adressée aux différentes organisations syndica-
Ces prises de position, syndicales ou autres, doivent être adressées à : Tiberio Dall'Olio L., Gerente General, Manufacturas de Cobre SA MADECO, Ureta Cox No 930, Santiago, Chile.
Les doubles des messages doivent être envoyés à : Carlos Vargas Castro, Président du syndicat des travailleurs No 1 de Madeco, San Nicolas 681, Santiago,