Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

Troisième Forum des droits de l'homme

Inprecor n° 147, 11 avril 1983 · p. 25 · 762 mots

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

COLOMBIE

Troisième forum des droits de l'Homme Les 4, 5 et 6 mars derniers s'est déroulé à Bogota le troisième Forum des droits de la personne humaine, en présence de délégations de représentants syndicaux, de paysans et d'Indiens. Le Forum a travaillé en six commissions différentes traitant des thèmes suivants : la dissolution des organismes paramilitaires comme le MAS (Mort aux séquestrateurs) ; la démocratisation du régime colombien ; les chrétiens des communautés catholiques de base dans la participation à la lutte pour l'ouverture démocratique et la paix ; l'extension et le respect des droits de la personne humaine; les forces armées et l'Etat démocratique; l'indépendance du pouvoir judiciaire.

Ce Forum s'est tenu à un moment d'intense débat et de grande inquiétude sur l'évolution de l'amnistie et de l'ouverture démocratique annoncée par le Président Belisario Betancur, et alors que les batailles démocratiques sont d'une grande importance pour le pays. Il s'est aussi tenu au moment de violents affrontements verbaux entre le pouvoir civil et les militaires autour du rapport présenté par le Procureur général sur les activités terroristes menées par des groupes paramilitaires comme le MAS (cf. Inprecor numéro 146 du 28 mars 1983). Ce rapport met en effet en cause des militaires en activité et des représentants des classes dominantes (propriétaires fonciers et éleveurs) pour leur appartenance au MAS.

Parce que cette dénonciation ouvre la possibilité d'aller de l'avant vers la dissolution des organismes paramilitaires comme le MAS, le Forum a approuvé l'idée de réaliser un plébiscite en appui à l'enquête menée par le Procureur Jimenez. Des millions de signatures vont ainsi être recueillies pour exiger que cette enquête aboutisse à la condamnation des personnes impliquées et à l'éviction de l'armée des inculpés toujours en activité.

Le Forum s'est terminé par un meeting au Théâtre Jorge Eliecer Gaitan de Bogota, où ont été présentées les conclusions des diverses commissions, ainsi qu'une déclaration finale unitaire. Au cours de cette réunion publique, les représentants des principales forces politiques et syndicales participant au Forum ont pu prendre la parole, parmi lesquelles le Président permanent du Comité de défense des droits de la personne humaine, l'ex- chancelier Alfredo Vazquez Carrizoza ; le sénateur ex-candidat socialiste élections, Gerardo Molina ; Socorro Ramirez, dirigeante Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale et membre de la Commission de Paix ; Gilberto Vieira, secrétaire général du Parti communiste ; Abel Rodriguez, président de la Fédération des instituteurs ; Hernando Rodriguez, dirigeant de l'Union des travailleurs colombiens (UTC); Ricardo Lara Parada, ex-commandant de l'Armée de libération nationale (ELN), qui a accepté de bénéficier de la loi d'amnistie.

Le Forum a montré que s'il y avait bien un changement de style de gouvernement dans le pays, avec la loi d'amnistie, la levée de l'état de siège et le fait que les masses ont obtenu le droit de manifester dans les rues, on ne peut néanmoins pas parler d'une véritable ouverture démocrati. que ni d'une situation de pleine jouissance des libertés politiques. Une série de témoignages sur de nouveaux assassinats de paysans, d'Indiens ou d'ex-prisonniers politiques a été apportée au Forum. Des disparitions de personnes liées à des activités de type syndical ou politique d'opposition ont aussi été enregistrées ces derniers temps. L'on connait aussi les violations des garanties de la défense dans le cas de militants politiques prétendument liés à la séquestration et à l'assassinat de Gloria Lara (cf. Inprecor numéro 142 du 31 janvier 1983). Dans ce dernier procès, les militaires sont directement intervenus pour torturer des détenus et leur arracher des confessions.

Le Forum a aussi constaté que, malgré la levée de l'état de siège, la militarisation du pays lors des grèves — comme dans le cas de celle des ports ainsi que lors des paros civicos (mobilisations civiques) dans le nord-est du pays -gueur. Car la politique économique du gouvernement signifie toujours limitation des salaires et licenciements pour les masses travailleuses. Pour le Forum, l'admission de la Colombie dans le Mouvement des non-alignés, lors de la récente réunion qui s'est tenue en Inde, à New Delhi, devrait correspondre à une réelle politique de défense de la souveraineté nationale par rapport à l'influence nord-américaine. Il a donc réclamé le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba, l'opmanœuvres et aventures nord-américaines en Amérique centrale et dans la Caraibe, et l'appui aux révolutions sandiniste et nicaraguayenne.

Une campagne de meetings, de débats et de conférences est organisée, du 15 mars au 15 avril, qui se conclura par une manifestation nationale lors de la remise au gouvernement des signatures soutenant l'enquête menée contre

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