Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Un commentaire de Jozef Pinior

· Inprecor n° 147, 11 avril 1983 · p. 24 · 923 mots

Pologne Syndicalisme

dirigeant de Solidarité

Commentant la déclaration programmatique de la Commission provisoire de coordination de Solidarité (TKK) du 22 janvier dernier (voir pages précédentes), Jozef Pinior, représentant de la région de Basse-Silésie à la direction nationale clandestine de Solidarité, affirmait que ce texte se veut une « tentative de tirer les leçons des expériences des treize derniers mois », et qu'il doit servir de tremplin à la poursuite des débats sur la ligne d'ac-

Nous reproduisons ci-après les propos qu'il a tenus à ce sujet lors d'une émission de la radio clandestine de Wroclaw. Le texte de cette intervention radiodiffusée est repris du bulletin Robotnik 83, numé ro du 23 mars 1983, publié par le Comité de coordination du syndicat Solidarité en domicilié 120 rue de Crimée, Dans la déclaration programmatique qu'elle présente, la TKK décrit la situation politique et sociale dans notre pays et fixe des orientations pour les luttes à mener. La substance de notre programme, c'est l'affirmation claire que le système n'est pas réformable tant qu'existe la dictature militaire et que le compromis entre le pouvoir et la société est improbable sous l'état de guerre, fut-il « suspendu ». Actuellement, le but principal de notre lutte est d'arriver à une situation où les réformes, et avant tout la réforme économique, seraient possibles. Cela implique des changements substantiels dans le système d'exercice du pou-

Un commentaire de Jozef Pinior voir, une rupture radicale avec les méthodes militaro-policières de gouvernement.

Nous, dirigeants clandestins du syndicat, nous avions longtemps espéré un sursaut de lucidité de la part de la junte. Nous n'avions pas entrepris d'actions radicales. A tout prix, nous voulions éviter que la Pologne ne devienne un Afghanistan européen. Le pouvoir a répondu en tirant sur les travailleurs à la mine Wujek, à Lublin, à Varsovie, à Gdansk et à Nowa Huta. Il a répondu par la condamnation à la prison des dirigeants démocratique ment élus de notre syndicat, par l'arrestation de sept membres de sa Commission nationale, par le vol des biens du syndicat.

La persistance de la dictature au centre de l'Europe, la poursuite de la paupérisation des 36 millions de Polonais, sont une menace pour la paix en Europe. Elles font des accords de Yalta la source de troubles sociaux et de tensions internationales. C'est pourquoi ceux qui portent la responsabilité politique de la mort d'ouvriers au cours des 13 derniers mois, de la transformation de la Pologne en un camp de travail forcé, de l'aggravation de la misère, de la destruction de notre patrimoine économique, ceux-là doivent céder la place. Pour les y forcer, il sera nécessaire, à notre avis, de recourir à notre arme ultime, la grève générale.

Le recours à la grève générale ne signifie pas, pour nous, l'abandon de notre programme évolutionniste de réforme du système. Il indique seulement le moyen de briser la dictature, de parvenir à une situation qui rendra possible les réformes économiques et une évolution démocra

La préparation adéquate des entreprises et des quartiers en vue de la grève générale est la tâche essentielle d'une société en voie d'auto-organisation. La réussite de la grève, c'est-à-dire le retour à la voie du dialogue et du compromis, dépendra du degré de notre auto-organisation et

La déclaration programmatique de la TKK, que nous présentons, est une tentative de tirer les lecons des experiences des 1.3 derniers mois. Nous voudrions que cet te déclaration devienne une large plateforme regroupant tous les groupes sociopolitiques indépendants et démocratiques. Notre héritage le plus précieux est le Programme d'une République autogé rée, adopté lors du premier Congrès national des délégués. Nous pensons, malgré les expériences de l'année passée, que c'est un programme réaliste, qu'il n'y a pas d'autre alternative pour notre patrie. La déclaration de la TKK ne fait qu'indiquer les directions les plus importantes de notre lutte. Elle ne peut remplacer la poursuite de la discussion sur le programme de notre syndicat. Place done aux propositions des travailleurs des entreprises, des commissions syndicales et des militants de Solidarité ! Dans notre région, une telle discussion se déroule depuis plusieurs mois. La lettre ouverte du président de notre syndicat régional, Wladyslaw du 11 septembre dernier - sans doute un des plus importants, sinon le plus important texte politique qui ait vu le jour dans la clandestinité —, a ouvert des perspectives nouvelles à la discussion syndicale. La dernière intervention radiodiffusée du vice-président de notre syndicat régional, Piotr Bednarz, revêtait le même caractère. Nous devons rester fidèles à cette tradition.

Dans l'immédiat, chaque commission syndicale devra déterminer sa position sur l'attitude à observer envers les structures d'autogestion. La TKK considère qu'il faut utiliser ces structures dans la lutte économique, là où il est possible qu'elles soient constituées de façon à pouvoir servir à la défense des conditions de vie des travailleurs et à leur défense contre la répression. Dans chaque entreprise de notre région, il faut soigneusement peser tous les pour et tous les contre sur cette question. La décision définitive prendre en compte le degré d'organisation de notre syndicat dans l'entreprise. Nous devons poursuivre le développement du front du refus et avant tout du boycott des syndicats pro-gouvernementaux, ainsi que notre lutte pour une conscience sociale indépendante, l'organisation d'un ré seau parallèle pour la production intellectuelle et artistique, ainsi que la création d'un fonds culturel. Tout cela est développé dans notre programme. La réalisation des principales propositions de notre programme sera la garantie de l'indépendance de la société. C'est un test très sérieux sur la voie de la création d'une République autogérée.

Jozef PINIOR Déclaration radiodiffusée à Wroclaw, février 1983.

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