NICARAGUA re en Amérique semérical accentue ent de laide mili
'IMPERIALISME américain accentue sa pression militaitaire US à la dictature salvadorienne (86 millions de dollars pour 1983) n'a pas réussi à donner de résultats décisifs sur le champ de bataille. La guérilla du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) fait toujours preuve d'une capacité importante à prendre des initiatives militaires, et l'administration Reagan s'enfonce vers une intervention encore plus résolue aux côtés des dictatures centro-américaines.
Des avril 1982, le président Ronald Reagan et ses principaux conseillers avaient approuvé, à cet égard, un programme d'activités destiné à prévenir « la prolifération d'Etats sur le modèle cubain » en Amérique centrale. La presse américaine a rendu publies des extraits d'un document du Conseil national de sécurité résumant les décisions de cette réunion. Selon ce texte, les responsables américains sont parvenus à la conclusion que les Etats-Unis avaient « un intérêt vital à ne pas permettre la prolifération d'Etats sur le modèle cubain, qui fourniraient des plate-formes pour la subversion, compromettant
L'accès de voies maritimes vitales et faisant peser une menace militaire directe à nos frontières ou près d'elles ». Les éléments
Daniel JEBRAC
Pour l'heure, Ronald Reagan s'est engagé dans une agression quasi ouverte contre le
Nicaragua. Nombreux sont les témoignages qui illustrent le rôle des conseillers américains dans l'organisation des opérations militaires menées par les anciens gardes somozistes à partir de la frontière hondurienne. La révélation récente de l'installation prochaine au Honduras d'une station radar américaine capable de contrôler le trafic aérien de toute la région a apporté une nouvelle pièce de poids au dossier de l'intervention nord-américaine en Amérique centrale (1).
L'administration Reagan semble pressée par le temps. Au Salvador, le succès relatif que pouvait représenter pour Washington la tenue des élections de mars
1982 a été neutralisé en grande partie par le poids de l'extrême droite dans l'Assemblée qui en est issue. Les divisions au sein du gouvernement et dans l'armée s'en sont trouvées accrues. La crise de direction bourgeoise de la dictature reste donc entière. Les Etats-Unis craignent même de plus en plus une décomposition possible de l'armée et du régime salvadoriens, à l'image de ce qui s'est passé pour la garde somoziste nicaraguayenne en 1979. Aussi, les élections présidentielles prévues pour la fin de l'année ne pourraient atteindre leur objectif de restructuration de la direction dictatoriale et d'amélioration de l'image internationale du régime salvadorien que si elles coïncident avec une nette transformation de la situation militaire en faveur des forces armées de la dictature.
La trajectoire de la
révolution sandiniste face
à l'escalade impérialiste
tiennent » au Salvador. rer l'embargo économique ». C'est en partie dans cette perspective que les Etats-Unis ont besoin aujourd'hui d'internationaliser encore davantage leur intervention dans la région. En frappant le Nicaragua, ils prétendent tarir la source même de l'aide militaire dont bénéficie le FMLN du Salvador et isoler ainsi la révolution salvadorienne pour mieux la combattre. Mais, si l'impérialisme américain cherche à créer les meilleures conditions qui soient pour infliger de sérieux revers militaires aux forces du FMLN avant les élections de la fin 1983, son objectif est aussi de porter des coups à la révolution nicaraguayenne.
L'ESCALADE MILITAIRE IMPÉRIALISTE La pression militaire imposée par les USA sur le Nicaragua, par alliés somozistes interposés, entend contribuer, en imposant un effort de dépenses militaires extrêmement coûteux, à freiner la reconstruction économique du pays. S'il ne peut aller immédiatement jusqu'à des actions visant au renversement pur et simple du pouvoir sandiniste, l'impérialisme américain est intéressé à voir la légitimité du gouvernement de Managua sérieusement contestée et entamée. Cette œuvre de déstabilisation impérialiste ne recule évidemment devant aucun moyen, et les Etats-Unis s'entourent logiquement des opposants à la révolution sandiniste les plus déterminés, les ex-gardes somozistes basés au Honduras.
C'est pourquoi les incursions militaires lancées ces dernières semaines depuis fondamentaux de ce programme consistent à empêcher le gouvernement nicaraguayen « d'exporter la révolution » au Salvador et à soutenir les éléments pro-américains au Salvador et au
Guatemala. Ainsi, l'International Herald Tribune du 3 avril
1983 rapporte que « le Conseil a exprimé son approbation au coup d'Etat militaire qui a renversé un gouvernement élu au
Guatemala ». D'après le mémorandum de l'administration Reagan, le coup d'Etat du général Rios Montt a effectivement donné aux USA « de nouvelles possibilités qui amélioreront les relations avec ce pays ». Les responsables américains ont également discuté de la nécessité « d'efforts concertés pour accroitre les frictions entre les groupes de guérilla et ceux qui les sou-
Des actions clandestines de pression sur le gouvernement du Nicaragua constituent l'axe du programme, et le document précise effectivement que le gouvernement du Nicaragua est
« sous une pression croissante du fait de nos efforts clandestins ». Parallèlement, une pression économique et publique sur
Cuba est proposée, qui prévoit d'utiliser « la communauté cubaine internationale pour porter le message », et de « resserle Honduras, les déclarations de l'état- major contre-révolutionnaire du Front démocratique nicaraguayen (FDN), selon lesquelles il aurait établi des positions militaires dans trois des quatorze départements que compte le pays, et les projets encore vagues de proclamation d'un gouvernement provisoire, ne sont pas à prendre à la légère. Si ces objectifs étaient atteints, ils donneraient, à défaut d'une victoire totale, de nouvelles cartes au jeu impérialiste et des contre-parties précieuses pour un marchandage généralisé dans la région. Car l'impérialisme US n'écarte pas forcément la perspective de « négociations », sur la base d'un rapport de forces militaire qui lui soit plus favorable.
En ce sens, on peut dire que l'impéaméricain cherche toujours à créer les conditions d'une discussion politique globale sur la région, dont la nécessité avait déjà été évoquée le 21 février
1982 par le président mexicain Lopez
Portillo dans son Appel de Managua. II proposait alors un plan de paix d'ensemble visant à résoudre, « par des canaux séparés mais convergents », trois types de conflits : celui du Nicaragua, celui du Salvador, et celui des rapports entre
Etats-Unis et Cuba (2) ... Il apparaît évident qu'une telle position peut gêner, sur le plan diplomatique, l'initiative militaire américaine en Amérique centrale. Mais elle cherche en même temps, à plus long terme, à placer des gouvernements com-
1. Inprecor numéro 147 du 11 avril 1983.
2. Résolution du Secrétariat unifié de la
IVe Internationale publiée dans Inprecor numéro 121 du 22 mars 1982.
me ceux du Mexique, de l'Espagne, ou même de la France, en situation de médiateurs possibles pour une négociation éventuelle.
Cependant, dans l'immédiat, de telles prises de positions contribuent, sur le plan diplomatique, à l'isolement de la politique d'agression américaine, et ce processus s'est confirmé surtout depuis la guerre des Malouines au printemps 1982. Le Nicaragua sandiniste a été élu au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Des pays comme le Venezuela ou la Colombie, qui étaient parmi les meilleurs alliés des USA dans la région, ont quelque peu
Lors d'une rencontre au sommet tenue dans l'ile panaméenne de Contadora en janvier dernier, le Mexique, la Colombie, le Venezuela et le Panama ont adopté une position commune réclamant que les conflits centroaméricains soient dissociés de l'affrontement entre les Etats-Unis et l'Union soviétique pour faire l'objet d'une solution négociée. Lors du débat au Conseil de sécurité de l'ONU sur l'invasion de commandos somozistes au Nicaragua, des alliés des Etats-Unis, comme les Pays-Bas, le Pakistan ou l'Espagne, ont été jusqu'à mettre en doute la version américaine des faits. Seuls le Honduras et le Salvador — qui ne sont pas membres du Conseil de sécurité - ont manifesté un soutien sans failles à la politique des USA. Des couches de plus en plus importantes de la population des Etats-Unis s'opposent aussi au glissement progressif de la politique de Ronald Reagan vers une intervention directe en Amérique centrale. Au sein même de la bourgeoisie américaine et du Congrès, des voix s'élèvent contre les risques de guerre régionale et l'orientation politique et militaire actuelle de l'administration Reagan. Cette dernière arrive même à incommoder quelque peu certains des alliés de l'impérialisme US. Alvaro Jerez, porte-parole de l'Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE), organicomposée d'éléments de l'ancienne bourgeoisie anti-somoziste repliés au Costa Rica, déclarait récemment à ce propos que « si l'administration Reagan veut démocratiser le Nicaragua et pacifier la région, ce n'est pas la bonne manière de s'y prendre (3) ». Ce secteur craint que les opémilitaires tramées par Washington n'aboutissent en définitive qu'à renforcer la légitimité intérieure et internationale du régime révolutionnaire niste, en mettant à nu le rôle direct de l'impérialisme et des rescapés du somozisme dans l'agression contre le Nicaragua.
DE LA REVOLUTION SANDINISTE
Ces manœuvres militaires impérialistes comportent en effet le risque, pour les USA, de précipiter une nouvelle radicalisation anti-impérialiste au Nicaragua, de rendre totalement irréversible la fracture déjà profonde entre le pouvoir sandiniste et ce qui subsiste de la bourgeoisie locale, de faire basculer définitivement le fragile equilibre de l'« économie mixte » par de nouvelles sanctions contre les secteurs privés, suspects de collaborer à l'agression.
Jusqu'à présent, en effet, les dirigeants sandinistes ont toujours affirmé leur respect du pluralisme politique et leur attachement à ce qu'il sont eux-mêmes caractérisé de système d'« économie mixte ». Mais, à cet égard, le conflit qui oppose la bourgeoisie et ses alliés au pouvoir révolutionnaire depuis le renversement de Somoza, s'est traduit par une évolution du rapport des forces en fa-
Certes, le pluralisme politique est toujours respecté, dans la mesure où il existe plusieurs formations politiques lé gales en dehors du Front sandiniste, où il y a un réel pluralisme syndical, où paraissent plusieurs organes de presse.
Mais les éléments représentatifs de la bourgeoisie n'ont cessé de se détacher du pouvoir. Des le printemps 1980, Alfonso Robelo et Violetta Chamorro ont quitté la Junte de gouvernement constituée lors du renversement de Somoza, pour protesla composition du Conseil d'Etat assurant une majorité absolue au courant sandiniste. Arturo Cruz, qui avait pris, avec d'autres, leur relève au sein de la Junte de gouvernement, démissionnait à son tour pour protester contre son manque de pouvoir réel. Nommé ambassadeur aux Etats-Unis, il finissait par déserter définitivement. Le président de la Banque centrale, Alfredo Cesar, après avoir renégocié la dette extérieure du pays, prenait le chemin de l'exil en mai 1982. En décembre, c'était le successeur de Cruz ambassadeur à Washington, qui rompait à son tour avec le régime, sous prétexte d'avoir vu censuré un entretien dans lequel il prenait position pour la levée de l'état d'urgence décrété en septembre 1981, pour l'organisation d'élections libres. Enfin, Eden Pastora, vice-ministre de l'armée sandiniste, considéré comme proche de l'Internationale socialiste, est passé dans l'opposition dès le
Sandinistes lors des affrontements précédant la chute de Somoza. (DR) printemps 1982, pour fonder au Costa Rica, avec Alfonso Robelo, l'Alliance révolutionnaire démocratique.
aujourd'hui, c'est la hiérarchie ecclésiastique dirigée par l'archevêque de
Miguel Obando y Bravo, qui tente d'occuper le vide laissé par l'exil des principaux représentants bourgeois et agit comme catalyseur de l'opposition interne à la révolution sandiniste. Mais c'est au risque de différenciations sociales et politiques parmi les fidèles, comme l'a montré le récent voyage du Pape à Mana-
Quant à l'« économie mixte », elle a évolué dans le sens d'un contrôle accru de l'économie par le pouvoir sandiniste. S'il est vrai que le secteur privé reste largement majoritaire, aussi bien dans l'industrie que dans l'agriculture, il est de plus en plus encadré par un contrôle quasi-total du crédit et du commerce extérieur par le gouvernement. De plus, si le secteur d'Etat ne représente qu'entre 20% et 30% de l'activité agricole, il est étroitement lié à un secteur coopératif en constant développement. La grande agriculture privée reste cependant significative dans la production clé Dans l'industrie, les expropriations successives ont porté le secteur public à plus de 40 % de la production. La bourgeoisie nicaraguayenne l'essentiel du pouvoir de décision économique.
A chaque épreuve de force avec les secteurs de la bourgeoisie, la direction sandiniste a agi dans le même sens. Elle a soufflé le froid et le chaud, emprisonnant par exemple de hauts responsables de l'organisation patronale (COSEP) à l'automne 1981, et les libérant pour négocier au printemps 1982. Mais les affrontements et les périodes de tension se sont toujours dénoués dans un sens identique : un compromis sur le terrain économique,
3. Inprecor numéro 146 du 28 mars 1983.
mais une affirmation croissante de l'autorité politique et de l'hégémonie du FSNL.
Les dirigeants sandinistes ont d'ailleurs été très clairs sur ce point. Lors du conflit de mars 1980 avec Alfonso Robelo et Violetta Chamorro, ils ont franchement annoncé que les élections n'auraient lieu qu'après la consolidation de la révolution. En désignant elle-même les successeurs de Robelo et Chamorro au sein de la Junte de gouvernement, la direction du Front sandiniste a clairement indiqué que sa propre légitimité se plaçait au-dessus de celle du gouvernement.
Suite à la défection d'Eden Pastora, la direction nationale du FSLN publiait à nouveau une déclaration sans ambiguité : « Nous jurons de ne pas changer notre hymne, de rester solidaires des peuples opprimés en lutte, de continuer à exercer notre droit souverain, de nous armer pour nous défendre, de ne pas rendre les biens confisqués, de ne pas restituer aux latifundistes paysans qui les travaillent aujourd'hui, de ne pas mettre un terme au chatiment des contre-révolutionnaires et de leurs complices, de ne jamais rendre les banques à leurs anciens propriétaires, de poursuivre nos plans d'éducation, de santé et de logement pour le peuple travailleur; nous jurons que cette révolution populaire sandiniste, celle des ouuriers, des paysans, des travailleurs et des pauvres ne sera jamais trahie, et que ceux qui nous menacent et nous pas. (4) » La même déclaration affirmait direction sandiniste de société sans exploiteurs ni exploités ».
Quinze jours plus tard, dans son discours du ler Mai, le commandant Tomas Borge reprenait le même thème : « Il y a des travailleurs qui croient que l'ennemi principal de la classe ouvrière est toujours la bourgeoisie. Mais la bourgeoisie en tant que classe a, dans ce pays, été mortellement blessée. Et les mourants n'ont jamais été les pires ennemis. Le principal ennemi de la classe ouvrière, c'est la division de la classe ouvrière. (...) Notre le peuple travailleur, sait dans quelle direction nous allons; c'est pourquoi je demande aux ouvriers et aux paysans massivement rassemblés ici: où allons-nous ? Vers le socialisme ! (5) »
La nécessité constante d'assurer l'autodéfense de la révolution face à l'impérialisme pèse terriblement sur la situation économique du pays, impose de nouveaux sacrifices aux travailleurs et aux paysans qui ont déjà souffert de la guerre civile, mais elle impose en même temps un approfondissement de la révolution.
VERS UNE RADICALISATION
En effet, la lutte contre les menées contre-révolutionnaires tramées sur frontière hondurienne ou sur celle du Costa Rica draine une grosse part des ressources financières dégagées par le secteur étatisé. Il faut entretenir une armée de près de 40 000 personnes et assumer le coût de la mobilisation de la milice, sans compter le manque à gagner résultant du
Des chiffres qui comptent
Le 5 février, à Matagalpa, le commandant sandiniste Jaime Wheelock,
fait qu'une partie de la force de travail est détournée de la production au profit des tâches de défense. D'après les chiffres officiels, la milice a pris part à soixante-dix engagements militaires en 1982.
De son côté, la bourgeoisie, ou ce qui en subsiste, joue la politique du pire. La Banque mondiale elle-même estime que l'investissement privé, qui représentait 80 % de l'investissement total sous Somoza, n'en constituait plus que 10% au
L'analphabétisme a régressé de façon assez spectaculaire. La mortalité infantile également. Le système de santé assure des dentaires gratuits à ceux qui en ont besoin. La consommation alimentaire globale s'est élevée de 40% par rapport à l'époque de Somoza, la distribution est cependant défaillante. Une enquête de 1982 effectuée à Managua n'enregistre aucune amélioration significative de l'alimentation des pauvres. Les inondations et la sécheresse de 1982 ont porté un grave préjudice aux récoltes.
La chute du prix de certaines matières premières a porté un autre coup à l'économie. Le père Xavier Gorostiaga, directeur de l'Institut économique du Nicaragua, déclarait récemment à un journaliste américain : « Le problème ne vient pas tant du volume de la production que de sa valeur. Il y a deux ans, on vendait le sucre 24 cents la livre. Il est maintenant à 9 cents. Nous avons peut-être perdu 140 millons de dollars en 1982 du seul fait de la détérioration des termes de l'échange, ce qui a réduit le revenu total de nos importations et freiné notre processus de réformes. (6) »
Autre facteur, l'endettement international, qui dépasse les 2,5 dollars, continue à augmenter. Or, en 1981, le service de la dette absorbait déjà 28 % des revenus de l'exportation, et les grosses factures commenceront à être présentées par les créanciers en 1985, en vertu des accords sur le rééchelonnement de
Pour essayer encore plus sûrement d'étrangler la révolution, les Etats-Unis, tout en accentuant leur pression militaire sur le Nicaragua, envisagent de réduire leur quota d'importation de sucre nicaraguayen. C'est en effet ce qu'aurait réclamé le Conseil national de sécurité, sous prétexte que le quota du Nicaragua repré sente 2,1% du total des importations de de sucre, alors que celui du « fidèle allié » des USA qu'est le Honduras, n'en repré sente que 1%. Un porte-parole de l'ambassade du Nicaragua aux Etats-Unis a aussitôt déclaré que la réduction du quota attaque économique visant « à tuer la révolution nicaraguayenne » et représenterait une perte annuelle
4. Déclaration de la Direction nationale du FSLN datée du 16 avril 1982, « année de l'unité devant l'agression ». publiée dans Inprecor numéro 126 du 17 mai 1982.
5. Des extraits en français du discours de Tomas Borge ont été publiés dans Rouge, orgala Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de France, en date du 14 juillet 1982.
6. The Christian Science Monitor, 4 avril
équivalant à 100 millions de franes français pour l'économie du pays (7).
La production industrielle, héritière d'une structure de production archaïque et inadaptée aux besoins sociaux a baissé, d'après les chiffres officiels, de 5,6 % en 1982, contre une baisse de 26% en 1979, une hausse de 13 % en 1980, et de 2,8 % en 1981. Mais, derrière cette baisse globale, 1l y a une ditterence entre le secteur public (Aire de propriété publique, APP), qui a progressé de 4,1 %, alors que le secteur privé, qui représente les deux tiers de la production industrielle, a chuté de
Cette situation ne peut s'éterniser. Les épreuves de forces militaires peuvent précipiter le dénouement final. En janvier, le commerce de gros pour des produits de base tels que l'huile, la farine ou le savon, a été nationalisé. En janvier éga-
June mobilisation exceptionnel. le de 100 000 travailleurs a permis de sauver la récolte de café, mûrie prématurément et d'atteindre une production record de 140 000 quintaux. En février, une loi sur le logement a été élaborée avec la contribution des Comités de défense sandinistes (CDS). Celle-ci prévoit de distribuer 67 000 logements à leurs locataires et n'envisage l'indemnisation des anciens propriétaires qu'à titre tout à fait exceptionnel (s'ils sont eux-mêmes locadu logement qu'ils occupent, par Toutefois, l'agression militaire contre le Nicaragua, si elle peut démoraliser des secteurs peu combatifs de la population, a, globalement, l'effet contraire. Elle stimule un réflexe d'autodéfense de la révolution et de ses conquêtes. Un reporter américain en atteste en écrivant: « La guerre et les mesures d'austérité ne provoquent pas ici un large mécontentement. En fait, la guerre semble stimuler l'unité nationale. Les Nicaraguayens paraissent dans une large mesure mieux comprendre maintenant que l'an dernier ce que font leurs dirigeants sandinistes... Beaucoup semblent croire à présent que c'est l'intervention américaine qui fait empirer les choses dans leur pays. Cela rend la pénurie de produits relativement moins dure à supporter. (8)»
L'OPPOSITION BOURGEOISE ET LE DEBAT SUR LES PARTIS Du côté de l'opposition nicaraguayenne, le déclenchement de l'escalade militaire contre-révolutionnaire entraîne une polarisation à droite. Les anciens gardes somozistes, qui ne sont plus, en dernière analyse, que les hommes de main de l'impérialisme, donnent le ton et mettent au pied du mur l'ensemble de l'opposition : quand l'affrontement devient armé, il devient inévitable de choisir son camp.
L'invasion du Nicaragua, lancée en mars à partir de la frontière hondurienne, est cependant le fait de la Force démocratique nicaraguayenne (FDN), le principal groupe d'opposition armée. Il est composé presqu'exclusivement d'anciens gardes nationaux somozistes, basés au Honduras, dirigés par le colonel Enrique Bermudez.
FSLN UNA VIA démocratique nicaraguayenneguayennes (UDN-FARN), dirigée par Fernando Chamorro Rappacciolli, basée à San José du Costa Rica, serait maintenant coordonnée au FDN. Elle prétend avoir infiltré environ six cents guérilleros à l'intérieur du pays au cours des huit derniers mois (9).
L'UDN-FARN aurait par ailleurs rompu avec l'Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE) d'Alfonso Robelo et Eden Pastora, parce que ces derniers s'opposeraient à la collaboration avec les forces somozistes qu'ils combattaient il y a encore quelques mois. Alors qu'Eden Pastora annonçait à grand bruit, en mars, qu'il s'apprêtait à ouvrir un nouveau front militaire au sud contre le régime sandiniste, Robelo déclarait quant à lui que les forces de l'ARDE ne participeraient à aucune action conjointe et qu'il excluait toute invasion à court terme (10). En fait, les dirigeants de l'ARDE préfèreraient se constituer en solution de réserve pour d'éventuelles négociations plutôt que de se compromettre irrémédiablement aux côtés des revanchards somozistes. Mais l'espace pour une politique de « troisième force » se réduit à vue d'œil.
Pendant que l'opposition bourgeoise se rangeait de plus en plus dans le camp de la lutte armée contre le régime sandiniste, un symposium convoqué par le Conseil d'Etat s'est tenu en janvier 1983 à Managua, pour discuter du projet de loi sur les partis politiques. La Coordination démocratique « Doctor Ramiro Guerrero », qui regroupe les débris de l'opposition bourgeoise, affaiblie depuis l'exil volontaire d'Alfonso Robelo, a refusé de participer à ces discussions en invoquant le manque de liberté d'expression orale et écrite. Par contre, elle a envoyé en tournée en Amérique latine une délégation composée de représentants du COSEP (l'organisation patronale), du Mouvement libéral constitutionnaliste (MLC), du Parti social-démocrate (PSD), de la Centrale travailleurs nicaraguayens (CNT), et de la Confédération d'unifica-
MUN H
Sur un mur de Managua après la révolution. (DR) tion syndicale (CUS), pour exposer ses positions. Une des principales exigences de la Coordination démocratique est que soient organisées des élections libres dès 1984, et non en 1985 comme prévu.
En revanche, les six partis qui constituent le Front patriotique révolutionnaire (FPR) ont participé au symposium : à savoir, outre le FSLN, les deux fractions staliniennes que constituent le Parti sonicaraguayen (PSN) et le Parti communiste nicaraguayen (PCN), le Mouvement d'action populaire (MAP) d'origine maoïste, le Parti libéral indépendant (PLI) et le Parti populaire social-chrétien (PPSC). La principale eritique au projet les partis, formulée par le PSN et le PLI, porte sur le rôle dévolu aux partis, qui resterait subordonné aux institutions. Les deux formations ment que les partis puissent prétendre à la conquête et à l'exercice du pouvoir politique par la conquête d'une majorité électorale. En revanche, le PCN et le MAP, qui ne sont pas représentés au critiquent le comme étant trop libéral. Le premier, qui caractérise la révolution « démocratique bourgeoise », nie légitimité aux « partis bourgeois » et exige la nationalisation des moyens de communication. Le second réclame la suppression de toute activité des partis de droite, « parce que la bourgeoisie ne doit avoir aucun droit... »
Le PPSC, qui a rompu avec le parti social-chrétien en raison du rôle de la hiérarchie cléricale dans l'opposition au régime sandiniste, considère le FSLN comme l'avant-garde du processus révolutionnaire et, tout en admettant que les partis po-
7. International Herald Tribune, 6 avril 1983g. The Christian Science Monitor, 4 avril 1983.
9. Les FARN viennent d'annoncer qu'elles poursuivent des discussions avec le FDN pour « essayer d'arriver à une unité d'action dans la lutte ». Inforpress Centroamericana, Ciudad Guatemala, 7 avril 1983.
10. Latin America Weekly Report, 31 mars 1983.