Violente répression la grève générale du 10 mars Le 10 mars dernier, le Pérou a été très largement paralysé générale. L'initiative de la lutte avait été prise par la Confédération générale du travail péruvienne (CGTP), centrale syndicale de loin la plus puissante, qui se trouve sous l'hégémonie du Parti communiste. compris la centrale liée à l'Alliance po(APRA), jadis puissante mais désormais réduite à une structure d'appareil -, les organisations paysannes et d'autres organisations populaires s'y étaient associées
Le but de la mobilisation était de protester contre la politique économique adoptée sous la férule du Fonds monétaire international (FMI) par l'ancien Premier ministre Manuel Ulloa, et reprise intégralement par son successeur Fernando Schwalb.
Le gouvernement avait riposté à la décision des organisations syndicales et populaires en proclamant l'état d'urgence et la suspension des garanties constitudans la région de la capitale pendant cinq jours. Par ailleurs, le pouvoir entendait désamoreer la mobilisation ouvrière et populaire en proposant quelques concessions de dernière heure (augmentations salariales partielles, ajournement de l'augmentation du prix de l'essence, contrôle sur le prix du pain, ete.). Mais cela n'a pas suffi à faire annuler la grève générale. De larges secteurs populaires restaient déterminés à agir. Il faut rappeler à ce sujet la détérioration considérable du niveau de vie qu'ont connu les masses travailleuses. La moitié de la population active est condamnée au chômage ou au sous-emploi, l'inflation a atteint le taux de 16 % dans les deux seuls premiers mois de 1983, ce qui signifie qu'il a plus que doublé par rapport à l'année pré-
La grève générale du 10 mars dernier a représenté un important succès, même si elle n'a pas atteint le niveau de mobilisation et de combativité de la grève géné. rale du 19 juillet 1977. A Lima, la capita-
ABONNEZ-VOUS ET REABONNEZ-VOUS A INPRECOR !
les secteurs clés de la production industrielle ont été complètement bloqués et, plus généralement, environ 60% des travailleurs ont suivi la grève. Les moyens de transport ont été presque totalement
A Cuzeo, dans le sud-est du pays, la mobilisation a débouché sur un meeting sur la place centrale auquel ont participé environ 10 000 personnes. A Puno également, toute activité a été paralysée, et 15 000 personnes se sont réunies place centrale à l'appel du Front des organisations populaires (FOP). Des mobilisations d'une portée analogue ont eu lieu dans d'autres villes, comme Ayacucho, Taena, Huancayo, Chimbote, etc. Il vaut la peine de préciser que le groupe guérillériste Sentier lumineux n'a pas participé activement à la grève et n'a pris aucune initiative pour la préparer et la soutenir dans aucune des régions du pays. A ce propos, il faut rappeler qu'en 1977 Sentier lumineux s'était opposé à la première grève générale contre la dictature, en expliquant qu'il s'agissait d'une grève « social-impérialiste » et « urbaine » (cf. « Points de repères pour l'analyse de la péruvienne », Inprecor numéro D'après l'analyse du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section péruvienne de la IVe Internationale, qui avait engagé toutes ses forces pour le succès de la mobilisation, la grève a porté un coup au gouvernement. Son isolement social s'est accentué davantage.
L'attitude répressive des autorités a provoqué, dans différentes villes, de violents affrontements entre la police et les manifestants. A Lima, il y a eu quatre morts et des centaines de personnes arrêtées. Dans les jours qui ont suivi la grève, la plupart des personnes arrêtées ont été libérées. Mais au moment où nous écrivons, une quinzaine d'entre elles, dont des membres du PRT, sont toujours incar-
Parmi les militants encore détenus, cinq sont accusés d'appartenir au PRT. Il s'agit d'Oscar Wong Ortigas, artisan, secrétaire à l'organisation du Comité département de Callao, arrêté alors qu'il rentrait chez lui à la fin des mobilisations (ce camarade avait déjà été arrêté et incarcéré pendant quarante-cinq jours en 1980) ; de Pedro Espinoza Garcia, ouvrier électricien, secrétaire général du Syndicat ouvrier de Transervice, actuellement au chômage, arrêté dans la rue principale, domicile a été perquisitionné ; de Fredy Joo Gonzales, travailleur indépendant de Villa el Salvador, qui a subi des violences après son arrestation ; de Marco Mantilla Guevara, professeur d'école secondaire, habitant lui aussi à Villa El Salvador, et qui a été très durement frappé par les forces répressives.
La mobilisation s'organise au Pérou pour obtenir la libération de tous les militants encore incarcérés. Elle doit pouvoir se développer dans l'unité au-delà des divergences politiques entre organisations du mouvement ouvrier. Si les militants arrêtés n'étaient pas promptement relâchés, une campagne internationale devrait être engagée pour réclamer leur libération. •